Lucien de Montagnac
Lucien de Montagnac, de son nom complet François Joseph Lucien de Montagnac[1], né le à Pouru-aux-Bois[1] et mort le lors de la bataille de Sidi-Brahim[2], est un officier français de la conquête de l'Algérie. Saint-Cyrien, il fait campagne en Espagne de 1823 à 1825 et refuse en 1832 la Légion d'honneur qui lui est offerte après l'insurrection de juin à Paris. Il sert en Algérie à partir de 1837 et y est grièvement blessé en 1843.
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François Joseph Lucien de Montagnac |
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Lieutenant-colonel (à partir de ) |
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| Maître | |
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Lettres d'un soldat (posthume, 1885) |
Lieutenant-colonel du 15e léger et commandant supérieur du cercle de Djemmaa-Ghazaouet, l'actuelle Ghazaouet, il en sort en septembre 1845, malgré l'interdiction de toute opération hors de la place, avec un peu plus de quatre cents hommes du 8e bataillon de chasseurs d'Orléans et du 2e régiment de hussards. La colonne est détruite par les cavaliers de l'émir Abd el-Kader et il est tué au début du combat. Sa correspondance familiale, publiée par son neveu en 1885 sous le titre Lettres d'un soldat, décrit et revendique les méthodes de guerre employées contre les populations algériennes : razzias, destructions, exécutions de prisonniers et décapitations.
Biographie
modifierOrigines et formation
modifierLucien de Montagnac naît le (7 prairial an XI) au château de Pouru-aux-Bois, dans les Ardennes[1],[3]. Il est le fils de Joseph Marie de Montagnac et d'Élisabeth Victoire Chardon, propriétaires dans la commune[1]. Son acte de naissance, dressé au nom de « François Joseph Lucien Montagnac », est rectifié par jugement du tribunal civil de Sedan du , afin que son nom et celui de son père portent la particule[1].
Il appartient à une famille qui compte plusieurs générations de soldats[3] : son père, ancien officier au régiment de Bourbonnais et chevalier de Saint-Louis, est colonel chef d'état-major des gardes nationales des Ardennes ; son grand-père François-Joseph et son arrière-grand-père Pierre-Joseph ont l'un et l'autre été gouverneurs de Longwy et colonels généraux des milices de Sedan, et ses trois oncles paternels, Bernard-Henri-Joseph, Louis-Joseph et Eugène-Louis-Joseph-Marie, sont officiers et chevaliers de Saint-Louis[4]. Il est élevé par sa tante, Mme Bernard de Montagnac, qui vit à Sedan[5]. Il a un frère cadet, Élizé (1808-1882), longtemps conseiller général et député des Ardennes[6],[7], et une sœur, Célestine, devenue Mme Durand de Villers[8].
Après des études au collège de Sedan[3], il entre à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr le [9], au sein de la deuxième promotion (1819-1821)[10]. Il en sort le sous-lieutenant au 1er régiment d'infanterie de ligne[9], qu'il rejoint le [11].
Premières années de service
modifierIl fait les campagnes d'Espagne de 1823, 1824 et 1825[9], qui lui valent d'être nommé chevalier de l'ordre de Charles III d'Espagne par ordonnance du [3],[9].
En janvier 1827, le 1er de ligne tient garnison à Belle-Île-en-Mer. Le , Montagnac, alors sous-lieutenant de grenadiers, déclare à la mairie du Palais la naissance, survenue la veille, d'un garçon prénommé « Joseph-Marie-Charle », qu'il reconnaît pour son fils et qu'il a eu de Félicité Hillion, âgée de vingt ans ; l'acte est signé en présence de deux officiers du régiment, dont le lieutenant Charles Antoine Deveyle[12]. Fille d'un boulanger de la ville[13], Félicité Hillion meurt au Palais le , à vingt-quatre ans[14]. Leur fils, Marie-Joseph-Charles de Montagnac, devient à son tour officier ; capitaine en retraite et chevalier de la Légion d'honneur, il meurt célibataire à Angers en juin 1875[15].
Il est promu lieutenant le [9]. Il est aussi l'élève du peintre Paul Delaroche, qui lui trouve assez de talent pour l'engager vivement à renoncer à la carrière militaire ; en 1836 encore, il fréquente un atelier à Paris[6].
En 1832, le 1er de ligne tient garnison à Paris. Pendant les journées des 5 et 6 juin, Montagnac, alors lieutenant de grenadiers, enlève trois barricades à la tête de sa compagnie, dont presque tous les officiers sont tués ou blessés[3]. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur, mais refuse la décoration, estimant ne pas l'avoir méritée[3]. Il raconte la scène à sa tante : appelé par le maréchal Soult à recevoir la croix des mains du roi, dans la cour des Tuileries et devant plus de deux cents officiers, il dit à Louis-Philippe : « Je ne puis pas accepter cette décoration. Je n'ai pas encore assez fait pour la mériter. J'espère la gagner plus tard sur un champ de bataille, en combattant pour ma patrie et pour vous », et lui désigne de vieux sous-officiers de sa compagnie, plus dignes que lui de la recevoir[5].
Le Courrier français prête alors à ce refus une couleur politique, ce que dément un officier de son régiment dans une lettre au journal[3]. En 1845 encore, le journal L'Afrique écrit qu'il voulait gagner la croix « sur le champ de bataille et non point à la suite d'une guerre civile », et que son refus « causa un grand scandale au château »[16]. Au même moment, L'Ardennais soutient au contraire que, si ce refus fut revendiqué par « chaque opinion hostile à nos institutions », toutes se trompaient : Montagnac, « sincèrement dévoué à la patrie et aux lois », jugeait n'avoir mérité ni une récompense ni une faveur ; le journal ajoute que la croix fut remise le mois suivant au voltigeur Bertrand, de son régiment[17].
En Algérie
modifierNommé capitaine le [9],[3], il est affecté en Afrique à sa demande[18] : il s'embarque à Toulon le sur le vaisseau le Suffren et débarque à Oran au début de mars[9]. Il n'en revient qu'une fois, en congé de convalescence[3]. Il prend part aux expéditions de la province d'Oran ; en 1840, son bataillon passe dans celle d'Alger, où il participe au passage du col de Téniah et à la prise de Médéa, puis à celle de Miliana en juin[16]. Cité à l'ordre de l'armée du pour s'être particulièrement distingué dans la deuxième expédition de Médéa[9], il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le [19] et accepte cette fois la décoration[3]. Elle lui est remise le à Oran par le colonel du 1er de ligne, devant le régiment rangé en bataille[20]. Selon une notice nécrologique de 1845, cette nomination fait suite à l'affaire de la Montagne-des-Lions, où périrent quatre cents réguliers de l'émir ; la même année, au combat d'El-Bord, il a un cheval blessé sous lui[11].
Le , il est nommé chef de bataillon au 61e de ligne[16],[21]. Lamoricière le garde dans la province d'Oran et lui confie un bataillon d'élite de grenadiers et de voltigeurs[3],[11]. Pendant huit mois, il tient la campagne sans interruption, ne vivant avec sa troupe que de ce qu'elle trouve dans les silos, et livre quinze combats[11]. Rappelé à son régiment en octobre 1842, il rejoint Philippeville et passe sous les ordres du général Baraguey d'Hilliers[3]. Au début de 1843, lors de l'expédition contre les Zardezas au cours de laquelle est tué Si-Zerdout, il dégage avec son bataillon l'escadron de spahis de Philippeville, encerclé[22],[23].
Au début d'avril 1843, lors des expéditions conduites par Baraguey d'Hilliers dans la région de Collo[11], il commande trois compagnies d'élite de la colonne du colonel Barthélemy. Attaqué de nuit dès son premier bivouac, à Suk-el-Khamis, le colonel les charge de marcher à l'ennemi à un signal donné du camp ; les Kabyles, qui ont pris la sonnerie de la charge pour celle de la retraite, se heurtent à ces compagnies et laissent une vingtaine des leurs sur le terrain[24]. Le , avec son ami le commandant d'Exéa, il affronte encore les Kabyles au fond d'un ravin ; cité à l'ordre du jour, il proteste et en reporte l'honneur sur d'Exéa[22],[11]. Le Moniteur du publie pourtant leurs deux noms parmi ceux des officiers du 61e mentionnés dans le rapport sur ces opérations[25].
Cinq jours après le , il quitte Philippeville vers Guelma à la tête des six compagnies d'élite du 61e. Au cours d'un engagement, il lutte corps à corps avec un chef arabe, perd ses étriers et tombe ; il a le bras droit brisé en deux endroits près du poignet[22]. Il garde le commandement de son bataillon pendant les soixante et onze jours de l'expédition, ses soldats le hissant chaque matin sur son cheval, puis, ayant perdu l'usage de la main droite, apprend à écrire de la main gauche[22].
Nommé lieutenant-colonel au 15e léger le [16], il l'apprend au début d'avril par une lettre de son frère[7]. Il obtient alors un congé de convalescence et se rend aux eaux de Bourbonne pour soigner son poignet ; à l'annonce d'une guerre prochaine avec le Maroc, il interrompt sa cure et regagne l'Afrique[26]. Il rejoint son régiment le , six jours après la bataille d'Isly, et s'installe le à Djemmaa-Ghazaouet[8], dont Lamoricière lui confie le commandement supérieur[11] : il y a là un établissement nouveau à créer, avec de très faibles ressources[26].
Sidi-Brahim
modifierEn avril 1845, le maréchal Bugeaud met Montagnac en garde contre tout combat hors de la place[2]. Le , le 8e bataillon de chasseurs d'Orléans est désigné pour renforcer sa garnison[27]. En septembre, Abd el-Kader, réfugié au Maroc, cherche à soulever les tribus algériennes[27].
Le au soir, Mohammed Ben Trari, caïd des Souhalias et homme de confiance de Montagnac, lui demande sa protection contre une razzia que prépare l'émir ; Montagnac fait faire une reconnaissance mais ne bouge pas[2]. L'introduction de 1885 fait de ce caïd le principal agent d'un piège tendu par l'émir[26]. Le lendemain, une lettre du général Cavaignac lui demande de redoubler de surveillance et rappelle l'interdiction de toute opération extérieure ; Montagnac y voit un reproche et en est vivement irrité[2]. Selon des officiers de l'état-major de Cavaignac cités par sa famille, Cavaignac, à qui il avait demandé des renforts, lui aurait répondu en lui donnant l'ordre de « faire son devoir »[26].
Le dimanche , à dix heures du soir, Montagnac sort de Djemmaa-Ghazaouet, dont il laisse par écrit le commandement au capitaine du génie Coffyn. Sa colonne compte 346 hommes et 9 officiers du 8e bataillon de chasseurs d'Orléans, aux ordres du chef de bataillon Froment-Coste, 62 hommes et 3 officiers du 2e hussards, commandés par le chef d'escadrons Courby de Cognord, un interprète et deux hommes du train ; chaque homme emporte soixante cartouches, sans réserve. Selon le rapport que le chef d'escadron d'état-major de Martimprey rédige le d'après le journal de Coffyn, cette sortie doit empêcher la jonction d'Abd el-Kader avec des chefs réfugiés chez les Traras et protéger les Souhalias[28].
Le 22, guidée vers le sud par Trari, la colonne établit son camp ; des cavaliers apparaissent sur les crêtes et les premiers coups de feu sont échangés[2]. Le même jour, le lieutenant-colonel de Barral, qui commande la colonne mobile de Lalla-Maghnia, fait demander à Djemmaa-Ghazaouet, sur ordre de Cavaignac, trois cents chasseurs du 8e bataillon pour appuyer les opérations du général chez les Traras. De son bivouac de l'Oued-Taouli, Montagnac répond à Coffyn à cinq heures et demie du soir : « Je ne puis donner les hommes du bataillon de M. Froment-Coste. Nous sommes entourés de goums considérables, composés de gens du Maroc. […] Je ne puis rejoindre Djemaa-Razaouat sans exposer les Souhalias à une déroute complète. Je vais me tenir sur la ligne où je suis établi. »[28]
Dans la nuit, il quitte ce bivouac vers l'est, sur la foi de renseignements que le rapport qualifie de « perfides », et établit son camp au point du jour sur le ruisseau de Sidi-Brahim. Le , à sept heures du matin, il laisse les bagages à Froment-Coste avec deux compagnies et se porte en avant avec les trois autres, soit 185 hommes, et l'escadron du capitaine Gentil de Saint-Alphonse, une soixantaine de chevaux. À trois quarts de lieue du camp, les premiers pelotons de hussards chargent des cavaliers apparus sur un plateau et sont écrasés par une masse de cavalerie qui se démasque ; Montagnac se lance avec les deux pelotons de réserve, qui subissent le même sort[28].
Mortellement blessé, Montagnac fait former le carré aux chasseurs, envoie le maréchal des logis Barbut demander à Froment-Coste de l'appuyer et meurt presque aussitôt[28]. Selon les récits réunis par sa famille en 1885, atteint d'une balle dans le ventre et d'une autre à la tête, il remet le commandement à Courby de Cognord en lui disant : « Ne vous inquiétez pas de moi […] mon compte est réglé. Tâchez de gagner le marabout de Sidi-Brahim »[29]. Pendant près d'une heure, le carré résiste aux charges répétées de près de trois mille cavaliers conduits par Abd el-Kader lui-même, avant d'être anéanti ; de Djemmaa-Ghazaouet, on entend à partir de huit heures une fusillade très vive dans la direction de Sidi-Brahim, qui dure environ trois heures[28]. Selon l’Histoire de l'Algérie française de Leynadier et Clauzel, parue l'année suivante, les Arabes pénètrent ensuite dans le carré, mettent son cadavre en lambeaux et lui coupent la tête ; les têtes des autres morts sont également coupées, enduites de miel et portées par les prisonniers jusqu'à la deïra d'Abd el-Kader, puis quelque deux cent cinquante d'entre elles sont envoyées à l'empereur du Maroc[30]. Une partie des survivants, menée par le capitaine de Géreaux, se retranche au marabout de Sidi-Brahim et y résiste jusqu'au [27].
Le , de son camp sur la Tafna, Cavaignac, qui opère alors chez les Traras, rend compte au gouverneur général par intérim, Lamoricière : « Il est évident que le colonel Montagnac, appelé par les Souhalias, a marché sur Abd-el-Kader et l'a combattu. » Il en conclut qu'il ne s'agit plus d'une simple révolte locale, mais de « la guerre recommençant sur la frontière »[31].
En France, la nouvelle est connue au début d'octobre. Le , le journal L'Afrique annonce que Montagnac, « entraîné dans une embuscade par un traître », a « péri victime d'un infâme guet-apens », et reproduit les premiers récits venus d'Algérie. Selon le Moniteur algérien, il est sorti en cédant aux instances de tribus voisines qui se disaient menacées par les cavaliers de l'émir ; selon L'Akhbar, un chef soumis, jusque-là loyal, l'avait assuré qu'Abd el-Kader se trouvait dans les montagnes des Traras, sans défiance et peu accompagné, et qu'il serait facile de le surprendre[32].
Dès l'époque, certains accusent Montagnac de témérité, ce que conteste son biographe Eugène Remy[26]. L'introduction de 1885 insiste de son côté sur la responsabilité du colonel de Barral, qui, prévenu, ne se porta pas à son secours et dont la conduite fut jugée très sévèrement dans l'armée[29]. Le rapport de Martimprey indique toutefois que la lettre envoyée par Montagnac à Barral ne lui est probablement pas parvenue, et que Barral écrivait encore à Coffyn le 23 au matin pour demander instamment de ses nouvelles[28]. Le ministère des Armées décrit Montagnac comme un officier impulsif, en mauvais termes avec Cavaignac[33].
Correspondance
modifierDu [5] au [34], Montagnac écrit régulièrement à sa famille de Sedan, son oncle et sa tante Bernard de Montagnac, son frère Élizé et sa sœur Célestine[8], ainsi qu'à un ami, M. de Leuglay[35]. Ces lettres, véritable chronique de ses campagnes[18], sont publiées en 1885 chez Plon par son neveu, Élizé Louis de Montagnac, sous le titre Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique[36], puis rééditées intégralement en 1998[18].
Sept ou huit jours avant le combat, Montagnac écrit à un vieil ami de Mâcon, M. Deveyle. Il y annonce son intention de prendre un congé l'année suivante, à moins que la situation ne devienne difficile, juge Abd el-Kader « plus puissant que jamais » et reproche au gouvernement d'avoir laissé régler les suites de la victoire d'Isly « par un ambassadeur civil » et retiré au maréchal Bugeaud le droit de traiter de la paix ; il ajoute : « Vous ne sortirez de ce mauvais pas que par une bassesse ignoble ou une action d'éclat. » Publiée par le Bien public le , la lettre est reprise par d'autres journaux[37]. Le , le Journal des débats lui reproche « son style plus que sans gêne et sa mauvaise humeur contre le gouvernement qu'il servait d'ailleurs avec loyauté », mais accuse « les journaux de l'Opposition » d'exhumer une lettre qui « n'était pas destinée à la publicité » pour livrer son nom à « une polémique fâcheuse »[38].
Les lettres publiées en 1885 décrivent sans détour la guerre de razzias menée contre les tribus. En mars 1842, de Mascara, il répond à son oncle que les femmes capturées sont gardées comme otages, échangées contre des chevaux ou vendues aux enchères « comme bêtes de somme »[39]. Le , il écrit à M. de Leuglay : « Qui veut la fin veut les moyens. — Selon moi, toutes les populations qui n'acceptent pas nos conditions doivent être rasées, tout doit être pris, saccagé, sans distinction d'âge ni de sexe ; l'herbe ne doit plus pousser où l'armée française a mis le pied »[35]. L'historien Alain Ruscio cite ce passage parmi les correspondances privées d'officiers de la conquête qui, comme celles de Bugeaud ou de Saint-Arnaud, « ne cachent rien ou presque de leurs actes », tant leurs auteurs sont convaincus du bien-fondé de leur mission et de l'infériorité des populations qu'ils répriment[40].
Le , il raconte à son frère avoir fait couper la tête et le poignet gauche du chef Si-Zerdout, tué pendant l'expédition, et être rentré au camp avec la tête piquée au bout d'une baïonnette ; il les envoie au général Baraguey d'Hilliers, qui le félicite et ordonne de le proposer pour le grade de lieutenant-colonel[23]. Il explique la terreur que les décapitations inspirent selon lui aux Arabes, affirme que presque aucun prisonnier ne lui échappe sans les subir et menace de coups de plat de sabre ceux de ses soldats qui lui amèneraient un Arabe vivant[23]. Il conclut :
« Voilà, mon brave ami, comme il faut faire la guerre aux Arabes. Tuer tous les hommes jusqu'à l'âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants, en charger des bâtiments, les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs ; en un mot, anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens.[23] »
Le , il écrit encore à son frère : « Nous nous sommes établis au centre du pays, et nous avons rayonné dans tous les sens avec des bataillons sans sacs (système Lamoricière), brûlant, tuant, saccageant tout »[41].
Il mesure aussi ce que la conquête réserve aux populations soumises. Dans une lettre à sa sœur du , il prédit que les jardins de ce pays deviendront la proie de « nos épouvantables spéculateurs d'Afrique » et que ses habitants mourront de misère ou s'éteindront « sous les miasmes de notre civilisation infecte », avant de conclure : « Là où nous passons, tout tombe[42]. »
Postérité
modifierLe , un service funèbre est célébré à sa mémoire en l'église Saint-Charles de Sedan. Les autorités de la ville, en costume officiel, se joignent spontanément à la famille, avec les officiers de la garnison et la garde nationale, dont la compagnie de grenadiers est commandée par son frère ; au moment de l'absoute, le curé prie pour « notre héroïque et bien regretté compatriote Lucien de Montagnac » et pour les soldats tombés avec lui[17],[43]. L'Ardennais lui consacre une notice nécrologique[17], de même que le journal L'Algérie, dont la notice, reprise par la Gazette de France, loue sa « loyale franchise » et la « stricte justice » qui lui avait valu « l'affection et le respect de ses inférieurs »[11]. En 1846, Ferdinand Thierry lui consacre à son tour une notice, extraite du Nécrologe universel du XIXe siècle, qui connaît au moins trois éditions[44],[45]. En 1847, Eugène Remy, officier au 61e, publie une Biographie du colonel de Montagnac[46],[3].
Le , Le Constitutionnel annonce que des portraits en pied des lieutenants-colonels de Berthier, tué à la même époque près d'Orléansville[32], et de Montagnac vont être exécutés par ordre du roi pour le musée de Versailles, et que les noms des quatre cent cinquante hommes de sa colonne seront gravés sur une table de marbre exposée dans l'une de ses salles[47]. Au printemps 1845, Montagnac avait reçu à Djemmaa-Ghazaouet le peintre Horace Vernet, de passage vers Mogador. Le , Vernet écrit à son frère qu'il entend le représenter dans les tableaux qu'il peint pour Versailles et lui demande un portrait[48].
Dès octobre 1845, le gouvernement décide qu'un monument sera élevé à sa mémoire à l'endroit où il est tombé[38]. Cinq mois après le combat, la colonne du général Cavaignac retrouve sur le terrain le carré d'ossements au milieu duquel Montagnac est mort. Sur son ordre, les ossements sont recueillis et placés dans une fosse au pied d'un monticule, sur lequel est élevé en septembre 1853 un monument, la « colonne de Sidi-Brahim »[49].
Le village de colonisation de Montagnac, dans le département d'Oran, aujourd'hui Remchi, portait son nom[10].
Distinctions et honneurs
modifierDécorations
modifier
Chevalier de la Légion d'honneur, nommé par décret du et reçu dans l'ordre le [19],[20].
Chevalier de l'ordre de Charles III, par ordonnance du .
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 « François Joseph Lucien de Montagnac », sur Base Léonore, Archives nationales (consulté le ), dossier de Légion d'honneur LH//1913/5 : extrait de l'acte de naissance (Pouru-aux-Bois, 7 prairial an XI), délivré à Sedan le 26 avril 1841, avec mention de sa rectification par jugement du 12 mai 1841.
- 1 2 3 4 5 « La Sidi-Brahim », sur Centre d'entraînement au combat – 1er bataillon de chasseurs à pied, Armée de terre, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Lucien de Montagnac et Élizé Louis de Montagnac (éditeur scientifique), Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. III-IVIntroduction de l'éditeur, signée « E. de M. » et datée du 23 juillet 1885.
- ↑ Lucien de Montagnac et Élizé Louis de Montagnac (éditeur scientifique), Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne)Tableau généalogique de la famille de Montagnac, placé avant la première lettre.
- 1 2 3 Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 1-3Lettre à Mme Bernard de Montagnac (Sedan), Paris, 6 juillet 1832.
- 1 2 Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 7Lettre à Élizé de Montagnac, Paris, 17 février 1836, et notes de l'éditeur.
- 1 2 Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 369Lettre à Élizé de Montagnac, Philippeville, 5 avril 1844.
- 1 2 3 Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 394-395Lettres à Bernard de Montagnac et à Mme Durand de Villers, Djemmaa-Ghazaouet, 6 septembre 1844.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « François Joseph Lucien de Montagnac », sur Base Léonore, Archives nationales (consulté le ), dossier de Légion d'honneur LH//1913/5 : état de services établi par le conseil d'administration du 1er régiment d'infanterie de ligne, Oran, 13 avril 1841.
- 1 2 Jean Boÿ, « Historique de la 2e promotion de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (1819-1821) » [PDF], sur saint-cyr.org, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Nécrologie », Gazette de France, , p. 3 (lire en ligne, consulté le )Notice reprise du journal L'Algérie.
- ↑ Archives départementales du Morbihan, état civil du Palais, registre de 1827 (4E_152_015), acte de naissance n° 7 du 16 janvier 1827, vue 4/23. La mère y est nommée « Félicité Hilion ».
- ↑ Archives départementales du Morbihan, état civil du Palais, registre de 1805-1806 (4E_152_007), acte de naissance n° 46 du 9 mars 1806, vue 14/32.
- ↑ Archives départementales du Morbihan, état civil du Palais, registre de 1830 (4E_152_015), acte de décès n° 68 du 28 août 1830, vue 13/17.
- ↑ Archives départementales de Maine-et-Loire, état civil d'Angers, registre des décès de 1875, acte n° 88 du 10 juin 1875.
- 1 2 3 4 « L'Afrique », quotidien, , p. 3 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 « Nouvelles diverses », Le Monde, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )Extraits de la notice nécrologique parue dans L'Ardennais et d'une lettre particulière de Sedan.
- 1 2 3 « Lettres d'un soldat : Algérie : 1837-1845 », sur bibliotheques-numeriques.defense.gouv.fr (consulté le )
- 1 2 « François Joseph Lucien de Montagnac », sur Base Léonore, Archives nationales (consulté le ), dossier de Légion d'honneur LH//1913/5 : chemise du dossier.
- 1 2 « François Joseph Lucien de Montagnac », sur Base Léonore, Archives nationales (consulté le ), dossier de Légion d'honneur LH//1913/5 : procès-verbal de réception, Oran, 13 avril 1841.
- ↑ « Actes officiels : Armée. — Nominations », Le Temps, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 Lucien de Montagnac et Élizé Louis de Montagnac (éditeur scientifique), Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. V-VIIntroduction de l'éditeur.
- 1 2 3 4 Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 290-299Lettre à Élizé de Montagnac, Philippeville, 15 mars 1843.
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- ↑ « Gazette nationale ou le Moniteur universel », quotidien, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 Lucien de Montagnac et Élizé Louis de Montagnac (éditeur scientifique), Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. VII-XIIIIntroduction de l'éditeur.
- 1 2 3 « 180 ans de la bataille de Sidi-Brahim » [PDF], sur lechevron.fr, École nationale des sous-officiers d'active, (consulté le )
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- 1 2 Lucien de Montagnac et Élizé Louis de Montagnac (éditeur scientifique), Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. XV-XVIIIIntroduction de l'éditeur, d'après les récits du maréchal des logis Testard, d'Eugène Remy et de L'Akhbar cité par Ferdinand Thierry.
- ↑ Camille Leynadier et Clausel, Histoire de l'Algérie française : précédée d'une introduction sur les dominations carthaginoise, romaine, arabe et turque, suivie d'un précis historique sur l'empire du Maroc, t. 2, Paris, H. Morel, (lire en ligne), p. 460
- ↑ « Le général Cavaignac à M. le lieutenant-général, gouverneur-général par intérim », Gazette de France, , p. 4 (lire en ligne, consulté le )Rapport du maréchal de camp Cavaignac, commandant la subdivision de Tlemcen, Mechera-Guettara, sur la Tafna, 25 septembre 1845.
- 1 2 « Mouvemens insurrectionnels en Algérie », L'Afrique, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « La bataille de Sidi-Brahim : la fête des chasseurs », sur Ministère des Armées, (consulté le )
- ↑ Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 500Dernière lettre du recueil, à Élizé de Montagnac, Djemmaa-Ghazaouet, 30 août 1845.
- 1 2 Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 334Lettre à M. de Leuglay, Philippeville, 24 janvier 1843.
- ↑ « Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique », sur Catalogue général, Bibliothèque nationale de France (consulté le )
- ↑ « Le Spectateur », journal, Dijon, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )Extraits de la lettre à M. Deveyle, d'après le Bien public du 19 octobre 1845.
- 1 2 « Journal des débats politiques et littéraires », quotidien, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 225Lettre à Bernard de Montagnac, Mascara, 31 mars 1842.
- ↑ William Blanc, « La première guerre d'Algérie : histoire d'une petite apocalypse », RetroNews, (lire en ligne, consulté le )Entretien avec l'historien Alain Ruscio.
- ↑ Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 311Lettre à Élizé de Montagnac, camp de Fessa, 2 mai 1843.
- ↑ Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 426-427Lettre à Mme Durand de Villers, Djemmaa-Ghazaouet, 19 décembre 1844.
- ↑ « Journal des débats politiques et littéraires », quotidien, , p. 3 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Ferdinand Thierry, Notice sur M. François-Joseph-Lucien de Montagnac, lieutenant-colonel du 15e léger... mort à Djemma-Ghazaouat (Algérie), le 22 septembre 1845, Paris, impr. de P. Baudouin, , 3e éd., 29 p., in-8° (BNF 31456544)Avec portrait.
- ↑ « Notices nécrologiques sur M. François-Joseph-Lucien de Montagnac, lieutenant-colonel du 15e léger », sur bibliotheques-numeriques.defense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ Eugène-J. Remy, Biographie du colonel de Montagnac, Paris, impr. de Cosse et J. Dumaine, , 36 p., in-18 (BNF 31195164)
- ↑ « Le Constitutionnel », journal, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Lucien de Montagnac, Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. 469-473Lettre à Bernard de Montagnac, Djemmaa-Ghazaouet, 9 avril 1845, et note de l'éditeur citant deux lettres d'Horace Vernet (22 avril et 25 octobre 1845).
- ↑ Lucien de Montagnac et Élizé Louis de Montagnac (éditeur scientifique), Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), (lire en ligne), p. XX-XXIIntroduction de l'éditeur, d'après un récit paru dans La Presse du 4 mars 1846.
Bibliographie
modifier- Lucien de Montagnac et Élizé Louis de Montagnac (éditeur scientifique), Lettres d'un soldat : neuf années de campagnes en Afrique : correspondance inédite du colonel de Montagnac, publiée par son neveu, Paris, E. Plon, Nourrit et C(ie), , XXII-502 p. (BNF 34082924, lire en ligne)
- Lucien-François de Montagnac, Lettres d'un soldat : Algérie : 1837-1845, Vernon, C. Destremau, , 251 p. (ISBN 2-913209-00-9)
- Ferdinand Thierry, Notice sur M. François-Joseph-Lucien de Montagnac, lieutenant-colonel du 15e léger... mort à Djemma-Ghazaouat (Algérie), le 22 septembre 1845, Paris, impr. de P. Baudouin, , 3e éd., 29 p., in-8° (BNF 31456544)
- Eugène-J. Remy, Biographie du colonel de Montagnac, Paris, impr. de Cosse et J. Dumaine, , 36 p., in-18 (BNF 31195164)
- Jacques-Louis Pègues, Combat de Sidi-Brahim et défense héroïque du marabout, septembre 1845 : souvenirs militaires algériens, Alger, Impr. Baldachino-Macon-Viguier, , 48 p.
- Paul Azan, Récits d'Afrique. Sidi-Brahim, Paris, Henri Charles-Lavauzelle, , 810 p. (lire en ligne)
- Paul Azan, Sidi-Brahim, Paris, Horizons de France, , 203 p.
- Yvick Herniou, Les combats de Sidi-Brahim : 23-26 septembre 1845, l'enquête, mythe et réalité, Paris, Muller, coll. « L'Épopée des chasseurs à pied » (no 3), , 368 p. (ISBN 979-10-90947-15-3)