Pierre Louis Alphonse Courby de Cognord

général de brigade français, survivant de Sidi-Brahim (1799-1862)

Pierre Louis Alphonse Courby de Cognord, né Pierre Louis Courby le à Thiers et mort le à Tarbes, est un général français. Entré en 1815 aux mousquetaires du roi, il sert dans la cavalerie sous la Restauration, notamment aux hussards de la Garde royale, et fait la campagne d'Espagne de 1823 puis celle de Belgique en 1831. Chef d'escadrons en Algérie à partir de 1840, il est cité pour sa conduite à la bataille d'Isly en 1844 avec le 2e régiment de hussards. Colonel du 6e hussards, il réprime à Auch, en décembre 1851, l'insurrection républicaine contre le coup d'État du 2 décembre, puis achève sa carrière comme général de brigade dans les Hautes-Pyrénées.

Pierre-Louis Courby de Cognord
Le général Courby de Cognord photographié par l'atelier Disdéri à Paris.
Fonction
Commandant (en)
6e régiment de hussards
-
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 63 ans)
TarbesVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Pierre Louis CourbyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Allégeance
Domiciles
Activité
Autres informations
Arme
Unités
Grade militaire
Conflits
Distinctions

Le , à la bataille de Sidi-Brahim, il commande la cavalerie de la colonne du lieutenant-colonel Lucien de Montagnac, qui lui remet le commandement en mourant. Grièvement blessé et fait prisonnier par les troupes d'Abd el-Kader, il est le plus haut gradé des captifs français[1] ; épargné lors du massacre des prisonniers d'avril 1846, il est racheté en novembre 1846 avec les dix derniers survivants. Ses lettres et son rapport rédigés en captivité, puis ses mémoires, restés inédits, comptent parmi les principales sources sur le combat. Avec le clairon Guillaume Rolland et le caporal Jean Lavayssière, il est l'une des figures autour desquelles s'est construit le récit de Sidi-Brahim.

Biographie

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Origines et famille

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Originaire de Largentière, en Vivarais[2], la famille Courby s'établit à Thiers en 1741 avec son arrière-grand-père, Michel Courby, chirurgien militaire[3], qui y devient maître chirurgien juré[4],[5]. Son grand-père, Pierre Annet Courby (1756-1834), épouse à Thiers en 1774 Jeanne Joubert, fille d'un marchand[6] ; négociant, il se fait appeler Courby-Joubert[7]. En 1779, la famille acquiert la terre seigneuriale de Bicon, près d'Aigueperse[2]. Couvert de dettes à la suite d'affaires ruineuses, Pierre Courby vend plus tard le bien de Bicon à son fils[8] ; veuf, il meurt en 1834 à Irigny, près de Lyon[9]. Le château de Bicon, ancien fief situé entre Riom et Aigueperse qui relevait avant la Révolution de la justice d'Artonne, appartient en 1877 à F. Courby de Cognord[10].

Il naît le 9 fructidor an VII (), à midi, dans la maison familiale, au Moutier, à Thiers. Il est le fils de Joseph Courby (1777-1848)[11], négociant, et d'Anne Cognord ; son père, qui déclare la naissance, signe l'acte « Courby Cognord »[7]. Ses parents se sont mariés par contrat du 18 brumaire an VII ()[8]. Sa mère, fille d'un receveur de la gabelle et notaire de Thiers, est la nièce de Claude-Antoine Rudel (mort en 1807), maire de Thiers et député à la Convention[3]. Il passe sa jeunesse au château de Bicon[3].

Son nom véritable est Courby : ses frères et lui y joignent le nom de leur mère, précédé d'une particule[12],[2]. Dès 1821, il figure dans les listes officielles de l'armée sous le nom de « Courby de Cognord (Pierre-Louis-Alph.) »[13], alors que son état de services de 1833 l'inscrit sous le seul nom de « Courby (Pierre Louis) »[14]. Lors de son mariage, en 1841, il affirme sous serment que, désigné sous le nom de Courby de Cognord dans certaines pièces et sous celui de Courby seulement dans d'autres, il s'agit bien de la même personne[15]. À cette date, ses parents, propriétaires, demeurent au château de Bicon, sur la commune d'Artonne, où il a lui-même son domicile[15],[16]. Son père meurt le à Clermont-Ferrand, où il habite[17] ; sa mère, qui lui survit, possède des terres à Bicon[18]. Son frère Félix est le père de Louis Courby, propriétaire du château de Bicon[2].

Le , à Tarbes, alors chef d'escadrons au 2e hussards, en garnison à Dole après Vesoul[16], il épouse Joséphine-Françoise-Eugénie de Lassalle d'Odos (1821-1865), dite Nathalie[15],[19],[20], fille de Jean-Pierre-François de Lassalle d'Odos, capitaine en retraite[15],[16], et petite-fille de Marie-Cécile Barère, sœur de Bertrand Barère (1755-1841)[21],[12]. Pendant ses campagnes, il entretient une correspondance suivie avec sa femme et avec son beau-père[12]. De ce mariage naissent deux enfants : Anne-Françoise-Marie-Blanche, qui épouse en 1866 un M. de Malartic, et Albert-Jules-Lucien[21]. Sa veuve meurt le au château d'Odos, où elle demeure[19].

Sous la Restauration et la monarchie de Juillet (1815-1840)

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Il entre au service le , à quinze ans, dans la 1re compagnie des mousquetaires du roi, avec rang de lieutenant[14]. Sous-lieutenant aux dragons du Calvados (1er régiment) le , il sert dans ce régiment, en garnison à Valenciennes en 1821[13], puis passe lieutenant en second aux hussards de la Moselle le [14]. Il fait la campagne d'Espagne de 1823 : présent au siège de Pampelune, il reste ensuite avec son régiment dans la division d'occupation de la Catalogne jusqu'à la fin de 1824[14]. Le , il est fait chevalier de 1re classe de l'ordre de Saint-Ferdinand[14].

Grande-Croix lauréate de Saint-Ferdinand (1ère classe)

Le , il entre comme lieutenant en second aux hussards de la Garde royale, où il est promu lieutenant en premier le , puis capitaine en second le [14]. Licencié et mis en congé illimité le , au lendemain de la révolution de Juillet, il est nommé capitaine au 5e hussards le et fait la campagne de Belgique la même année[14]. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le et prête serment le [14].

Chef d'escadrons en Algérie (1840-1845)

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Arrivé en Afrique en 1840, il est blessé d'un coup de feu à la jambe gauche le au passage du col de Ténia, ou col de Mouzaïa, que l'armée du maréchal Valée (1773-1846) franchit ce jour-là en revenant de Miliana[22],[23],[24], puis promu six jours plus tard chef d'escadrons au 1er régiment de chasseurs d'Afrique[12],[25]. En janvier 1841, il passe au 2e hussards[12],[21].

En 1844, il repart pour l'Algérie avec son escadron[12]. Cité à l'ordre de l'armée d'Afrique pour sa conduite à la bataille d'Isly, le [23],[12], il est proposé deux fois pour le grade de lieutenant-colonel, à l'inspection générale de 1844 puis après l'Isly ; classé seulement 31e sur 44 par le comité de la cavalerie, il ne paraît pas encore, en 1845, à 46 ans, devoir être promu[12]. Ses chefs l'apprécient : en 1844, le colonel Gagnon le dit « toujours convenable dans toutes ses relations », et le général inspecteur, le marquis de Castelbajac, le juge « très susceptible d'avancement » et « très propre à faire la guerre »[12].

Sidi-Brahim (1845)

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En septembre 1845, son escadron tient garnison à Djemmaa-Ghazaouet avec le 8e bataillon de chasseurs d'Orléans du commandant Auguste Froment-Coste (mort en 1845), sous les ordres du lieutenant-colonel Lucien de Montagnac (1803-1845)[26]. Le , pendant une première sortie de Montagnac, Courby de Cognord exerce le commandement supérieur du poste et lui fait suivre une lettre du général Cavaignac (1802-1857) transmise par le lieutenant-colonel de Barral[27]. Le 21, à dix heures du soir, il quitte Djemmaa avec la colonne de Montagnac, forte de 420 hommes : 354 chasseurs du 8e bataillon, 60 cavaliers et six muletiers du 2e hussards[28]. Le 22, Montagnac lui communique, ainsi qu'à Froment-Coste, l'ordre d'envoyer 300 hommes[29].

colonel Lucien de Montagnac

Le , à 6 h 30, Montagnac lui ordonne de faire monter les hussards à cheval, en selle nue, puis de disperser les cavaliers qui tiennent la crête[28],[30]. Courby de Cognord charge à la tête de ses deux pelotons, mais l'ennemi résiste et la mêlée devient sanglante ; le capitaine Gentil Saint-Alphonse est tué et le lieutenant Klein mortellement blessé[30],[22],[28]. Lancé à vingt ou trente pas en avant de ses hommes, il a son cheval tué sous lui de deux coups de feu ; le hussard Louis Testard (1820-1871), du 1er escadron, met pied à terre et lui offre le sien[28],[30],[31]. Courby de Cognord l'accepte : « il fallait veiller au salut des braves qui me restaient », écrit-il dans ses mémoires[30].

Après une nouvelle charge, menacé d'encerclement par les cavaliers de Bou-Hamedi et ceux de l'émir, il rallie une quarantaine d'hommes et s'empare d'un piton pour y attendre l'infanterie, qui arrive peu après ; Montagnac, blessé, l'y rejoint[28],[32]. La compagnie du capitaine de Chargère, lancée par Montagnac contre l'ennemi, est enveloppée et décimée ; resté seul officier sur le piton, Courby de Cognord a un second cheval tué sous lui[28]. Mortellement atteint, Montagnac lui remet alors le commandement en lui disant que son « compte est réglé » et en l'invitant à gagner le marabout de Sidi-Brahim[33]. Une soixantaine de hussards et de chasseurs se groupent autour de Courby de Cognord, qui place les hommes aux points menacés et leur annonce l'arrivée de Froment-Coste ; aucun ne songe à se rendre[32]. Formé en carré[23], le groupe, presque entièrement démonté, résiste au moins une heure et demie, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que douze ou quinze combattants[28]. Pendant ce temps, le commandant Froment-Coste, prévenu par le maréchal des logis chef Barbut, est tué en venant à son secours[28], et les carabiniers du capitaine de Géreaux se retranchent dans le marabout de Sidi-Brahim[22].

Captivité (1845-1846)

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Frappé de trois coups de feu à la tête, Courby de Cognord tombe sans connaissance ; il reçoit encore deux coups de yatagan, dont l'un lui tranche le menton jusqu'à la langue[28],[23],[34]. Il va être décapité lorsque le khalifa Bou-Hamedi, lui-même blessé à la jambe, reconnaît l'uniforme d'un chef, arrête le bras des meurtriers et le fait emporter par un capitaine des spahis réguliers pour qu'il soit conduit à Abd el-Kader[28],[34],[35],[36]. Conduit sous la tente d'un chef, il y est pansé par le sous-officier Barbut, prisonnier comme lui[36]. D'autres récits attribuent son salut à un vieux soldat régulier qui, reconnaissant son grade aux soutaches de son dolman, l'aurait fait prisonnier[23],[37].

l'Émir Abd el-Kader

Le 24 septembre au matin, Abd el-Kader fait conduire sous escorte Courby de Cognord et les autres prisonniers vers le Maroc[38]. À Djemmaa-Ghazaouet, les premiers rescapés le donnent pour mort[39],[40]. Le , il écrit que, des 66 hommes de son détachement du 2e hussards, seuls le maréchal des logis chef Barbut, le maréchal des logis Barbier et dix hussards sont prisonniers avec lui, et qu'Abd el-Kader a ordonné à ses chefs de traiter les captifs avec humanité[28]. À la deïra, il se fait le chef et le protecteur des prisonniers[1]. À force d'instances, il obtient de Bou-Hamedi la grâce de trois prisonniers condamnés à mort, le zouave Poggi et le chasseur Ismaël, puis le caporal Moulin, alors que les fusils sont déjà chargés[36]. Fin novembre 1845, il transmet la liste nominative des survivants de Sidi-Brahim ; Cavaignac lui fait ensuite parvenir de l'argent et six croix de la Légion d'honneur pour ses compagnons[35]. Il est fait officier de la Légion d'honneur le , comme chef d'escadrons au 2e hussards[14], puis, pendant sa captivité, lieutenant-colonel au 3e hussards le [23],[41]. À Tarbes, où elle s'est installée chez son père, sa femme a pris le deuil à l'annonce du désastre et ne le quitte pas, même en apprenant qu'il a survécu[35].

Le , Moustapha ben Thami, beau-frère d'Abd el-Kader, fait séparer des autres les officiers, deux sous-officiers et quelques soldats, avant de faire massacrer les prisonniers dans la nuit[37],[23] ; les officiers ont été écartés sous prétexte d'une invitation à partager un couscous[36]. Les chefs de la deïra les gardent comme garantie pour leur propre sécurité : Courby de Cognord, les officiers Larrazet, Marin et Hillerin, le docteur Cabasse, les sous-officiers Barbut et Thomas et quatre ordonnances échappent ainsi à la mort[42]. Courby de Cognord apprend le massacre de la bouche de Hadj-Habib[35].

À l'été 1846, sa famille reçoit de lui des nouvelles rassurantes : Abd el-Kader l'a chargé d'écrire au gouverneur général pour lui proposer un échange des prisonniers français contre des prisonniers arabes[43]. Le , le secrétaire d'un khalifa vient lui proposer, à l'insu d'Abd el-Kader, de racheter la liberté des captifs ; Courby de Cognord offre 20 000 francs, on lui en demande 60 000, et les pourparlers sont un temps rompus[44]. Le , le maréchal Bugeaud (1784-1849) lui adresse les conditions d'un échange à soumettre à l'émir[45]. Le , un cavalier arabe remet au gouverneur espagnol de Melilla un billet écrit au crayon par Courby de Cognord : Moustapha ben Thami, chargé de leur garde, propose de rendre les onze derniers captifs, quatre officiers, deux sous-officiers, quatre soldats et une cantinière, contre 40 000 francs payés comptant[46],[47]. Le , il écrit à Bugeaud, à Cavaignac et au consul général de France à Tanger qu'Abd el-Kader rend la liberté aux onze prisonniers et les fait conduire à Melilla[45].

Avant leur départ, Abd el-Kader le convoque sous sa tente pour lui annoncer leur libération[35], et les captifs signent une attestation de bon traitement[48]. Le , sur la plage de la pointe de Bertinza, près de Melilla, les onze Français sont remis par moitiés à l'enseigne de vaisseau Durande, du Véloce, arrivé à Melilla le avec la rançon prélevée à Oran[47],[46]. Ils gagnent Melilla, puis Djemmaa-Ghazaouet, où ils arrivent le et où le colonel Mac-Mahon (1808-1893), qui commande le 41e de ligne, a organisé une fête militaire en leur honneur[46]. Le soir, au banquet donné par Mac-Mahon, Courby de Cognord est placé à sa droite ; Alexandre Dumas (1802-1870), alors en voyage en Algérie, assiste à l'arrivée des captifs et à ce banquet[49],[50]. À Oran, le général Lamoricière (1806-1865) accueille Courby de Cognord sur le quai ; le lendemain, Bugeaud reçoit officiellement les anciens captifs au Château-Neuf[47].

Colonel du 6e hussards (1846-1851)

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Gravure du colonel Courby de Cognord parue dans L'Illustration le .

Il débarque à Marseille à la mi-décembre 1846 avec ses compagnons de captivité ; le préfet fait aussitôt annoncer son arrivée à sa famille, à Tarbes, par le télégraphe[51]. Il est cité à l'ordre de l'armée d'Afrique pour sa conduite à Sidi-Brahim[22],[23]. Passé en décembre 1846 comme lieutenant-colonel au 6e régiment de lanciers, en garnison à Nancy[23],[52], il est nommé colonel du 6e hussards le [23]. Son ancien compagnon de captivité Louis Testard demande à servir dans son régiment[35]. Il est promu commandeur de la Légion d'honneur le [14],[53].

En garnison à Auch depuis mars 1851, le régiment ne compte que 480 hommes lorsque survient le coup d'État du 2 décembre 1851[54] ; trois escadrons seulement se trouvent alors dans la ville[55]. Le , une colonne d'environ 3 000 insurgés républicains marche sur la ville par la route de Condom[54],[56]. Face aux hésitations du général Dupleix, commandant la subdivision, Courby de Cognord, installé à l'hôtel de ville, fait bloquer la colonne au faubourg de l'Oratoire[54]. Le général accepte une suspension d'armes jusqu'au jour, mais le colonel, qui « brûlait d'engager le combat », obtient l'accord des préfets et du procureur pour reprendre l'initiative[54],[56]. À sa demande, le procureur de la République fait sans délai les sommations réglementaires, en présence de l'ancien et du nouveau préfet, MM. de Magnitot et Lataude[55] ; certains insurgés, les ayant entendues, se retirent, mais elles échappent à beaucoup d'autres[54],[56]. Il est neuf heures du soir et la nuit est sombre lorsque Courby de Cognord, qui a disposé sa troupe en colonne d'attaque, par pelotons à vingt-cinq pas, charge à la tête de 90 hussards ; il traverse deux fois la masse des insurgés, qui s'enfuient vers les carrières et les ravins voisins[55], et les repousse sur cinq cents mètres[54],[56]. Postés sur les berges qui dominent le chemin, d'autres insurgés tirent sur les hussards à l'aller et au retour[55].

Le maréchal des logis Sauter et le hussard Bollinger sont tués ; trois officiers supérieurs, dont le major Dulau, grièvement atteint au visage, et dix-huit hussards sont blessés[55],[54],[57]. Le major Dulau et le brigadier-fourrier Pruvost meurent ensuite de leurs blessures, ce qui porte à quatre le nombre des morts du régiment[54]. Courby de Cognord est atteint de plombs au cou, sa croix de la Légion d'honneur, brisée par d'autres projectiles, lui évitant une blessure plus grave[54], et son cheval est grièvement touché[55]. Les pertes des insurgés sont faibles et aucun mort n'est relevé parmi eux[54],[56]. Dans son rapport au ministre, le général de Geraudon estime que ce fait d'armes a sauvé « la ville d'Auch d'une dévastation certaine, et le département d'une conflagration générale » et salue en lui « l'intrépide chef de la cavalerie française à Sidi-Brahim »[54],[55].

Général de brigade (1852-1862)

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Promu général de brigade le [14], il cède le 6e hussards à Edgar Ney (1812-1882)[57] et est nommé au commandement de la subdivision de l'Indre, à Châteauroux[54],[58],[55]. À l'automne 1852, il rend visite à Abd el-Kader, alors de passage à Paris. Devant son ancien prisonnier, l'émir proteste contre l'accusation d'avoir ordonné le massacre des captifs français, survenu « contre mes ordres et contre ma volonté » alors qu'il se trouvait dans le Rif, chez les Beni-Snassen. Au général qui lui demande pourquoi il n'en a pas puni les auteurs, il répond que les prisonniers étaient chez les Marocains et que ses chefs ne lui obéissaient plus ; Courby de Cognord lui prend alors les mains et les serre avec effusion[59].

Il commande ensuite à trois reprises à Tarbes : la 4e brigade de la 13e division en 1852, puis la subdivision des Hautes-Pyrénées en 1856 et en 1859[22]. En mars 1861, lorsqu'il quitte Tarbes pour la subdivision d'Alençon, la presse locale et les notables tarbais lui rendent hommage[22]. À partir de 1852, il fait restaurer et agrandir le château d'Odos, dont il confie les travaux à l'architecte tarbais Tiffon ; le plan est établi en 1852 et le chantier, commencé en 1853 et retardé par l'entreprise Virebent, s'achève en 1862, à sa mort, non sans malfaçons. Les armoiries des Cognord ornent la façade nord[20].

Passé dans la réserve le [23], il se retire au château d'Odos[22],[14],[60]. Il meurt subitement à Tarbes le au soir, à 63 ans, au 12 de la rue Massey[61],[14], frappé d'apoplexie en descendant de voiture[60],[62] ; le général Béchon de Caussade lui rend les honneurs militaires avec les troupes de la garnison[22]. Il disparaît la même année que le maréchal Boniface de Castellane (1788-1862) et que les généraux Louis de Rostolan (1791-1862) et François Antoine Teste (1775-1862)[63].

Distinctions et honneurs

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Postérité

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Lettres, rapport et mémoires

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De captivité, il adresse au général Cavaignac, les 5 et , deux lettres qui comptent parmi les premiers récits du combat ; il y joint la liste des prisonniers, où il se compte lui-même avec cinq blessures, et il en garde la minute sur un cahier resté dans sa famille[65]. Abd el-Kader fait lui-même remettre la seconde à Lamoricière, qui la transmet au ministre de la Guerre comme « le véritable rapport de cette journée », conforme au récit établi par le chef d'escadron d'état-major de Martimprey (1808-1883) d'après les dires des rescapés ; il ajoute qu'il est « doublement honorable pour M. de Cognord de s'être conduit comme il le raconte, et de le raconter avec tant de simplicité »[39]. Accompagnée de cette lettre d'envoi, elle paraît dans la presse à partir du , notamment au Moniteur universel[28],[66].

Confiés par son petit-fils, Raymond Malartic, à l'historien Paul Azan (1874-1951), ses mémoires, restés inédits, fondent le récit que celui-ci donne en 1905 de la marche de la colonne et de la charge des hussards, après recoupement avec d'autres pièces ; Azan annonce alors leur publication dans un ouvrage consacré au général[67],[32]. Il relève qu'ils attribuent le désastre à une trahison des Souhalia, thèse qu'il écarte ; il estime aussi que Courby de Cognord et Froment-Coste, consultés par Montagnac, lui ont conseillé d'avancer et partagent ainsi une part de responsabilité, l'essentiel revenant à Montagnac[68].

Dans la presse et la littérature

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Avec le clairon Guillaume Rolland et le caporal Jean Lavayssière, il est l'une des trois figures autour desquelles se structurent les récits de Sidi-Brahim dans la presse[66]. Dès 1847, sa captivité le fait entrer dans la littérature consacrée aux prisonniers d'Abd el-Kader, popularisée par les récits d'Ernest Alby[66]. Alexandre Dumas, qui recueille son témoignage, s'en sert pour le récit de Sidi-Brahim qu'il insère dans Le Véloce et lui consacre un chapitre, « Monsieur Courby de Cognord »[66],[69]. En 1850 encore, la presse qui annonce sa promotion au grade de commandeur de la Légion d'honneur le présente comme « célèbre par sa captivité en Afrique »[53].

Portraits

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Auguste Raffet (1804-1860) dessine son portrait en 1844 ; entré dans les collections du duc d'Aumale (1822-1897) après la vente de l'atelier de l'artiste en 1860, il est conservé au musée Condé de Chantilly[70]. Un autre portrait, gravé, le représente en lieutenant-colonel en 1847[71].

Notes et références

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  1. 1 2 Ernest Alby, Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, t. 1 (lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, t. 12, Évreux, Imprimerie Charles Hérissey, Paul Hérissey successeur (lire en ligne), p. 127-128
  3. 1 2 3 Philippe Vidal, « Le général Courby de Cognord (1799-1862) et la conquête de l'Algérie », Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, no 724,‎
  4. ↑ Archives départementales du Puy-de-Dôme, registres paroissiaux de Thiers, paroisse Saint-Genès, 3 E 430 42, baptême du , vue 170.
  5. ↑ Archives départementales du Puy-de-Dôme, registres paroissiaux de Thiers, paroisse Saint-Genès, 6 E 430 6, baptême du , vue 112.
  6. ↑ Archives départementales du Puy-de-Dôme, registres paroissiaux de Thiers, paroisse Saint-Genès, 6 E 430 9, mariage du , vue 102 (lire en ligne).
  7. 1 2 Archives départementales du Puy-de-Dôme, état civil de Thiers, registre des naissances de l'an VII, 6 E 430 21, acte du 9 fructidor an VII, vue 152.
  8. 1 2 Mémoire pour le sieur Jean-Joseph Courby-Cognord, appelant ; contre le sieur Jean-Joseph Joubert, intimé, Riom, Imprimerie de Thibaud, , 48 p. (lire en ligne), p. 3-4
    Factum ; Bibliothèque de l'Université Clermont Auvergne, Factums Godemel, BCU_Factums_G2218.
  9. ↑ Archives départementales du Rhône, état civil d'Irigny, décès 1834, acte du , vue 2.
  10. ↑ « Les fiefs d'Auvergne et du Velay (suite) », Revue historique nobiliaire et biographique, Paris, J.-B. Dumoulin, 3e série, vol. 2,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ Archives départementales du Puy-de-Dôme, registres paroissiaux de Thiers, paroisse Saint-Genès, 6 E 430 9, baptême du , vue 237 (lire en ligne).
  12. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Paul Azan, Sidi-Brahim : récits d'Afrique, Paris et Limoges, H. Charles-Lavauzelle, (lire en ligne), p. 114-116
  13. 1 2 Annuaire de l'état militaire de France, , p. 392
  14. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 « Courby de Cognord, Pierre Louis Alphonse (notice L0610020, cote LH//610/20) », sur Base Léonore (consulté le )
  15. 1 2 3 4 Archives municipales de Tarbes, état civil, registre des mariages (1840-1842), 1 E 71, acte no 25 du , vues 223-225 (lire en ligne).
  16. 1 2 3 État civil de Dole (Jura), registre des publications de mariage de 1841, seconde publication du .
  17. ↑ Archives départementales du Puy-de-Dôme, état civil de Clermont-Ferrand, décès 1848, 6 E 113 243, acte no 149 du , vue 25.
  18. ↑ « Purge d'hypothèques légales et de privilèges inconnus », Courrier du Puy-de-Dôme,‎ , p. 4 (lire en ligne, consulté le )
  19. 1 2 Archives départementales des Hautes-Pyrénées, état civil d'Odos, naissances, mariages, décès (1865), 2 E 3/1418, acte de décès no 8 du , vues 14-15.
  20. 1 2 Claire Fournier, « château d'Odos », sur POP, la plateforme ouverte du patrimoine (consulté le )
  21. 1 2 3 Philippe Spitzer, « Le chef d'escadron Courby de Cognord », sur La Sabretache (consulté le )
  22. 1 2 3 4 5 6 7 8 « Général Courby de Cognord », sur military-photos.com (consulté le )
  23. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 A. Pernot, Combat de Sidi-Brahim : 23, 24, 25 et 26 septembre 1845, Saint-Dié-des-Vosges, A. Weick, (lire en ligne)
  24. ↑ Camille Rousset, « Les Commencemens d'une conquête. X. La rupture du traité de la Tafna. Le col de Mouzaïa. Médéa. Miliana », Revue des Deux Mondes, 3e série, vol. 81,‎ , p. 105-150 (lire en ligne)
  25. ↑ « La France », journal,‎ , p. 4 (lire en ligne, consulté le )
  26. ↑ Paul Azan, Sidi-Brahim : récits d'Afrique, Paris et Limoges, H. Charles-Lavauzelle, (lire en ligne), p. 89-90
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Bibliographie

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  • Paul Azan, Sidi-Brahim : récits d'Afrique, Paris et Limoges, H. Charles-Lavauzelle, (lire en ligne)
  • Hippolyte Langlois, Souvenirs d'un prisonnier d'Abd-el-Kader, Paris, H. Plon, (lire en ligne)
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  • Philippe Vidal, « Le général Courby de Cognord (1799-1862) et la conquête de l'Algérie », Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, no 724,‎ , p. 247-306
  • Eugène Ténot, La Province en décembre 1851 : étude historique du coup d'État, (lire en ligne)
  • André Mengelle, « Les Hussards au chevet et à l'agonie de la IIe République dans le Gers (février 1848-décembre 1851) », Bulletin de la Société archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers,‎ (lire en ligne)

Liens externes

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