Luigi Razza
Luigi Razza, né le à Vibo Valentia et mort le au Caire, est un syndicaliste, journaliste et homme politique fasciste italien.
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Luigi Razza |
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Militant syndicaliste révolutionnaire proche de Filippo Corridoni, il adhère à l'interventionnisme durant la Grande guerre avant de participer à la fondation des Faisceaux de combat en 1919. Sous le régime, il devient le second dirigeant le plus influent de l'appareil syndical fasciste, derrière Edmondo Rossoni, et participe activement à la théorisation du syndicalisme fasciste.
Il est le frère de Domenico Razza.
Biographie
modifierApprentissage politique et syndical dans les Pouilles
modifierLuigi Razza naquit à Monteleone di Calabria (aujourd'hui Vibo Valentia) de Leone et Carmela De Luca. Après sa petite enfance, son père, gardien de prison, fut muté à Noto, en Sicile, il entra au lycée « Di Rudini », dont il obtint le baccalauréat en 1912.
Après ses études secondaires et une une brève expérience journalistique en Sicile, Razza effectue dans les Pouilles son apprentissage politique en tant que jeune publiciste[1]. Décrit en 1913 par le préfet de Terra d’Otrante comme « totalement dépourvu de moyens financiers , mais suffisamment instruit et doué d’une grande facilité d’élocution, il occupe son existence en servant de secrétaire à plusieurs ligues socialistes qu’il a lui-même organisées »[1].
Militantisme syndicaliste révolutionnaire
modifierÀ peine âgé de vingt ans, Razza devient l’un des principaux dirigeants du mouvement syndical des Pouilles, tout en collaborant à de nombreux périodiques socialistes, notamment à Lecce, Monopoli, Corato et Cerignola[1]. Dans cette dernière ville, en avril 1914, il fait l’objet d’un mandat d’arrêt et est contraint à la clandestinité à la suite d’un conflit du travail, soutenu par les paysans locaux[1].
Installé à Milan, où il obtient une licence en droit, il vit pendant quelque temps dans la clandestinité en Suisse[1]. De retour en Italie, il collabore avec Alceste De Ambris et milite sous un faux nom au sein de l’Union Sindacale Italiana (USI)[1] et de l'Unione Sindacale Milanese (USM) de Filippo Corridoni ; il collabore à plusieurs périodiques dont L'Avanguardia.
Interventionnisme et combat sur le front
modifierRentré en contact avec Mussolini, ce dernier l'engagea comme rédacteur à Il Popolo d'Italia. Au début de la Première Guerre mondiale, il devint secrétaire du Faisceau d'action révolutionnaire interventionniste et tenta de s'engager sur le front[1].
Réformé à plusieurs reprises pour cause de douleurs thoraciques et de santé fragile (ses frères Domenico et Giuseppe, nés à Monteleone respectivement le et le , furent également réformés pour la même raison), il parvint à s'engager volontairement en 1916 avec le grade de sous-lieutenant dans la Brigade Volturno. Il combattit dans le Val Posina, dans le Trentin et sur le mont Cimone, où il reçut deux Croix de guerre pour sa bravoure ; durant cette période, il collabora activement aux journaux de tranchées.
Syndicalisme fasciste et journalisme à Trente
modifierAprès la révocation en 1917 du mandat d’arrêt qui l’avait contraint à la clandestinité[1], il participa en 1919 à la fondation des Faisceaux de combat italiens et, en 1920, fut nommé secrétaire du Fascio de Trente, ville où il racheta l'hebdomadaire socialiste Il Popolo, fondé en 1900 par Cesare Battisti[2].
Transformé en quotidien le 20 septembre 1922 puis, à partir de mars 1923, rebaptisé Il Giornale di Trento puis en 1924 Il Brennero, le journal renaît véritablement le 12 novembre 1920 sous la forme d'un hebdomadaire qui reprend non seulement le titre du quotidien de Battisti, mais précise explicitement, dans son sous-titre, qu’il est un « journal socialiste », « fondé par Cesare Battisti »[2]. Dans les colonnes d'Il Popolo, Razza défend un alors un « socialisme gradualiste » contre le « révolutionnarisme verbeux » et la « folie bolchevique »[2], se proposant au contraire de mener « une œuvre de soutien aux côtés de la masse laborieuse dans sa juste lutte pour son émancipation, et donc d’apporter un soutien enthousiaste à toutes les batailles que les travailleurs entreprendront pour défendre leurs intérêts » (Il Popolo,18 décembre 1921)[2]. Le journal devint par la suite l'organe officiel du fascisme trentin, avec une orientation syndicaliste plus marquée et la volonté d'être « la voix libre et indépendante des organisations syndicales nationales »[2].
Avec la montée du fascisme, Razza devint, après la Marche sur Rome, membre du Grand Conseil du fascisme et du Conseil national des Corporations. En 1923, il fut nommé vice-secrétaire général de la Confédération des corporations syndicales fascistes et en 1924 élu député sur la Liste nationale.

Carrière syndicale et politique sous le régime
modifierEn , la Confédération nationale des corporations syndicales fut scindée en six confédérations (industrie, agriculture, commerce, transports et navigation, banque, travailleurs maritimes et aériens, professions libérales et artistes). Razza devint secrétaire de la Confédération nationale des travailleurs agricoles. En 1929, il fut réélu député au Parlement italien puis, en 1930, fut nommé commissaire au sein du nouveau Commissariat aux migrations et à la colonisation intérieure, rattaché à la Présidence du Conseil des ministres. Il fut réélu député en 1934. L'apogée de sa carrière politique fut atteinte le , lorsqu'il fut nommé ministre des Travaux publics dans le gouvernement de Mussolini.
Mort
modifierIl resta en fonction jusqu'au , date de sa mort dans un accident d'avion au-dessus d'Almaza ( Le Caire ), alors qu'il se rendait en Érythrée. L'avion, parti de Guidonia, fit escale au Caire pour la nuit. Le matin du , dix minutes après le décollage, une explosion provoqua le crash de l'appareil, entraînant la mort des sept occupants (trois passagers et quatre membres d'équipage). L’incident provoqua immédiatement une vive émotion, y compris dans la presse étrangère, et l’on parla même d’attentat, mais les causes réelles ne furent jamais élucidées. De fait, la commission d’enquête dépêchée par le gouvernement italien déclara rapidement qu’il était impossible de déterminer les raisons de l’incident.
La ville coloniale de Massah, en Cyrénaïque, fut nommée en son honneur.
Entre syndicat et corporation : la pensée de Luigi Razza
modifierHomme politique mais surtout organisateur syndical, Luigi Razza fut un des théoriciens de la structure corporative du régime. Dans une étude consacrée à l'action de Razza, l'historien Giuseppe Parlato écrit que « si l’on souhaite identifier un point fort de l’action politique et syndicale de Luigi Razza, il faut le reconnaître dans sa référence constante aux « origines » du syndicalisme fasciste »[3]. Selon Parlato, les origines de la pensée corporative de Razza « plongent leurs racines dans la culture du syndicalisme révolutionnaire, qui constitue à son tour – une fois dûment actualisé – le repère permanent à partir duquel Razza élabore sa propre vision syndicale et corporative. En réalité, cet élément forme le fil conducteur de la pensée du syndicaliste calabrais[3]. Partant du célèbre « autogouvernement des catégories » issu de l’expérience syndicalo-révolutionnaire, Razza s’efforce de le concilier avec le « fascisme réalisé » des années 1930 » :
« En filigrane, entre les lignes, transparaît la conviction que le syndicalisme détient une supériorité culturelle et politique par rapport aux solutions que Mussolini lui-même propose pour bâtir le système corporatif – une supériorité issue des études approfondies et de l’action intense menée par les syndicats avant l’avènement du fascisme. »[3]
Ayant identifié très tôt le rôle politique du syndicat, dans l'article « Cultura sindacale » de mars 1921, Razza le qualifia d'« arène de culture prolétarienne » (« palestra di cultura proletaria »), faisant « ainsi référence, de manière significative, à cette pédagogie syndicale qui avait toujours constitué la force du syndicalisme révolutionnaire et qui se transmit ensuite au syndicalisme fasciste »[3]. Dans son article de mars 1921, il écrivait :
« Ce n’est plus dans le cercle politique ou dans la section du Parti que l’on discute de l’avenir social : c’est au sein du syndicat de métier et d’industrie qu’il faut préparer les esprits et hâter les événements en vue des plus grandes réalisations de demain. C’est pourquoi, aujourd’hui, la fonction du syndicat, entendu comme le regroupement de grandes masses de producteurs, et pas seulement de travailleurs manuels, est éminemment politique, puisqu’il ne peut y avoir de véritable conquête économique si elle n’est le fruit d’une conscience mûrie de sa réalisation définitive. »[4]
Numéro deux de l’ensemble de l’appareil syndical fasciste, juste derrière Edmondo Rossoni, Razza approuva pleinement le projet de ce dernier de former un « syndicat unique », autrement dit un « organisme de producteurs capable de gérer à la fois la politique économique et la politique sociale »[3]. Avec l’entière approbation de Razza, ce syndicat unique devait former un « front politique susceptible d’influencer tant la ligne de Mussolini que, surtout, les stratégies de la Confindustria (Confédération générale de l'industrie italienne), qui cherchait à établir un rapport direct avec le chef du gouvernement »[3]. En 1925, Razza posa deux questions incontournables : la reconnaissance juridique du syndicat fasciste et, surtout, l’attribution de nouvelles fonctions aux corporations syndicales :
« Pour Razza, le syndicat ne devait plus se limiter aux seuls conflits collectifs ; il lui fallait acquérir un rôle dans la régulation de la production. Autrement dit, il voulait faire de la corporation l’organe économique central de l’État fasciste, capable de le transformer en un véritable État social. À défaut, prévint-il, il y aurait « pleine autonomie du syndicat ». La loi Rocco fit échouer cette ambition : par la réforme du ministre de la Justice, le droit de grève fut supprimé, privant ainsi le syndicat de son arme la plus puissante pour préserver son indépendance. »[3]
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 Vittorio Cappelli, Il fascismo in periferia : il caso della Calabria, Editori Riuniti, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 Gianni Faustini, « Giornali e movimenti politici nel Trentino dal 1918 al 1926 : parte seconda », Studi trentini di scienze storiche. Sezione prima,
- 1 2 3 4 5 6 7 Giuseppe Parlato, « Luigi Razza. Tra sindacato e corporazione », Rivista calabrese di storia del '900, no 2, (lire en ligne)
- ↑ Francesco Perfetti, Giuseppe Parlato, Il Sindacalismo fascista: Dalle origini alla vigilia dello Stato corporativo (1919-1930), Bonacci,
Bibliographie
modifier- Pietro Neglie, Sindacalismo rivoluzionario e agitazioni contadine : ruolo e attività di Luigi Razza, Annali della Fondazione Ugo Spirito, XI (1999), pp. 123-130.
- Giuseppe Parlato, Luigi Razza. Tra sindacato e corporazione, Rivista calabrese di storia del '900, n°2, 2022.
- Giuseppe Parlato, La sinistra fascista: storia di un progetto mancato, Il Mulino, Bologna 2000.
- Vittorio Cappelli, Il fascismo in periferia. Il caso della Calabria, Editori Riuniti, Roma 1992.
- Nazareno Salimbeni, Luigi Razza - Uomo da non dimenticare, Mapograf, 1998.
- Florence Fanto, La vita la politica a Vibo Valentia dal 1918 al 1940, Mapograf, 2003.
- AA. VV., In memoria di Luigi Razza, Stab. tip. del genio civile, Roma, 1935.
- Beneduci Carlo, Il monumento a Laugi Razza di Fortunato Longo tra storia, arte e società, Vibo Valentia Monteleone, 2005.
- Dotto Salvatore, Luigi Razza di Calabria: menzogna e delitto di Stato, Giarre, 2002.
- Razza Luigi, Pubblicazione in memoria di Luigi Razza a cura di Giuseppe Pisani, Vibo Valentia tip. G.Froggio, 1935.
- Lischi Dario, In memoria di Luigi Razza. A cura della Confederazione Fascista dei lavoratori dell'agricoltura di Pisa, Nistri Lischi, 1936.
Liens externes
modifier- Ressources relatives à la vie publique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :