Luz (dessinateur)
Renald Luzier, dit Luz, est un auteur de bande dessinée français, né le à Tours[1]. Dessinateur de presse, il collabore à plusieurs journaux, dont Fluide glacial et Charlie Hebdo qu'il quitte en .
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Renald Luzier |
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| Distinctions | Liste détaillée Prix Tournesol () Prix Nouvelle République () Prix France Info de la bande dessinée d'actualité et de reportage ( et ) Prix Cases d'Histoire (Deux Filles nues (d)) () Prix de la BD du Point (Deux Filles nues (d)) () Grand prix de la critique () |
Biographie
modifierAu début des années 1990, Luz signe des planches dans le journal de bandes dessinées Psikopat. En , il est rédacteur en chef de Chien Méchant, un mensuel de bandes dessinées satiriques, qui existe durant six numéros jusqu'en . Il collabore avec l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo dont il devient au fil des années un dessinateur fécond. En 1997, à la suite de l'élection de Catherine Mégret (FN) à la mairie de Vitrolles, il crée dans l'hebdomadaire la rubrique en BD, Les Mégret gèrent la ville, qui tourne en dérision l'élue et son maire Bruno Mégret. En 1998, la publication en album de sa rubrique vaut à Luz d'être attaqué en justice par les époux Mégret : il est finalement relaxé[2].
À la suite du choc du premier tour de l'élection présidentielle française de 2002, il crée et distribue un petit fanzine, Cambouis dont les premiers numéros sont repris dans un volume publié par L'Association.
Luz, grand « musicovore », collabore à un magazine spécialisé comme Les Inrocks et avec le musicien Rubin Steiner pour son disque OuMuPo3 (2004). Entre-temps, en 2003, il est DJ et anime les soirées parisiennes dansantes de l'Élysée Montmartre, du Pop In ou du Truskel.
Luz réalise depuis 2006 le graphisme des albums de Polémix & La Voix Off, groupe proposant des remix politiques sur fond de satire. Il collabore avec la photographe suisse Stefmel.
Il apparaît en caméo dans le film Tel père telle fille d'Olivier de Plas (2007)[3].

Le , Luz, dont l'anniversaire a lieu le jour même, s'attarde chez lui : en retard à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo, il échappe à l'attentat[4] qui coûte la vie à une grande partie de ses collègues du journal. Il arrive au siège de Charlie Hebdo peu de temps après l'attentat et croise dans la rue les terroristes qui, ignorant son identité, ne s'en prennent pas à lui : il est l'une des premières personnes à alerter l'extérieur[5].
Il trouve « formidable » le soutien manifesté par l'opinion publique à l'égard de Charlie Hebdo, tout en se disant dépassé par la « charge symbolique » qui pèse sur un journal qui n'a jamais eu vocation à être consensuel, et méfiant quant aux risques de récupération politique[6].
Le , il participe à la marche républicaine en mémoire des victimes des attentats des 7-.

Le , il devient mondialement célèbre grâce à la une du numéro 1178 de Charlie Hebdo, où il dessine le prophète Mahomet, qu'il avait déjà représenté en couverture du no 1011 (dit Charia Hebdo). Certains pays comme le Sénégal censurent cette couverture[7]. Après la publication, des émeutes ont lieu[8]. Au Niger, ces émeutes provoquent des incendies d'églises et une dizaine de meurtres[9].
Dans une interview vidéo accordée à Vice, Luz revient sur les détails de ces journées et sur les réactions à la une du . Il déclare à ce sujet :
« Je pense que la majorité des musulmans s'en foutent de Charlie Hebdo. Je pense que les gens qui s'arrogent le droit de dire que l'ensemble de la communauté musulmane a été offensée sont des gens qui prennent les musulmans pour des imbéciles[10]. »
Il indique que son dessin en une du no 1178 doit être compris comme un « pardon mutuel » entre le personnage caricaturé sur la couverture du numéro Charia Hebdo, et le caricaturiste qui l'avait dessiné : « Moi, en tant qu'auteur, je suis désolé de t'avoir foutu là-dedans, et lui, en tant que personnage, il me pardonnait[11]. » En , il annonce dans un entretien aux Inrocks qu'il ne dessinera plus Mahomet[12].
En , il déclare dans Libération qu'il quitte l'équipe de Charlie Hebdo en pour des raisons personnelles[13].
En également, est publiée aux éditions Futuropolis sa bande dessinée Catharsis, dans laquelle il évoque sa vie privée et professionnelle après les attentats contre Charlie Hebdo. La critique du journal Le Figaro mentionne qu'il y dépeint ses « cauchemars, crises d'insomnies sévères, de paranoïa ou de nerfs, scènes d'amour exutoires avec sa compagne et, surtout, les doutes sur sa capacité à continuer le dessin[14]. » Pour la critique du journal L'Express : « C'est aussi l'histoire, très personnelle, d'une bataille et d'une victoire. Celle d'un survivant qui refuse de sombrer[15]. » L'album rencontre un vif succès dès sa sortie : « En moins d'un mois, ce récit en est déjà à son troisième tirage, et a été imprimé à 90 000 exemplaires[16]. ».
En , Luz entame dans les Cahiers du Cinéma (revue pour laquelle il avait dessiné la couverture du numéro de [17]), sous forme d'un feuilleton mensuel, une bande dessinée intitulée Misfits, consacrée au tournage du film de John Huston[18].
Le , il publie Indélébiles chez Futuropolis, une bande dessinée racontant ses vingt-trois ans passés à Charlie Hebdo[19]. En , l'ouvrage est récompensé par le Prix France Info[20].
En , il publie chez Albin Michel le premier tome de son adaptation dessinée de la trilogie romanesque de Virginie Despentes, Vernon Subutex[21]. En , le second tome est récompensé par le prix des « Inrockuptibles » dans la catégorie bande dessinée[22].
En , il publie Testosterror chez Albin Michel, bande dessinée dans laquelle le monde est frappé par un virus faisant chuter le taux de testostérone des hommes[23].
En , il publie Deux filles nues chez Albin Michel. Cette bande dessinée retrace plus de cent années du tableau du même nom d'Otto Mueller, vues à travers le tableau lui-même. Deux filles nues est récompensé par le Fauve d'or lors du Festival d'Angoulême 2025 après avoir reçu en le Grand prix de la critique[24] et le prix Wolinski de la BD du Point[25].
Vie privée
modifierIl est l'époux de la journaliste Camille Emmanuelle[26],[27], avec laquelle il a une fille née en 2015[28].
Œuvres
modifier- 1992 : dessinateur/caricaturiste pour L'Aberration, journal étudiant de la Fédération des étudiants de Tours (FET).
Charlie Hebdo hors série
modifierAutres éditeurs
modifier- 2002 : Cambouis, L'Association
- 2003 : The Joke, Les Requins Marteaux
- 2004 : livret de l'album OuMuPo3 avec Rubin Steiner sur le label Ici, d'ailleurs...
- 2005 : Claudiquant sur le dancefloor, Hoëbeke
- 2006 : Faire danser les filles, Hoëbeke
- 2007 : J'aime pas la chanson française, Hoëbeke
- 2008 : Quand deux chiens se rencontrent, Les Échappés
- 2009 : Les Sarkozy gèrent la France, Les Échappés
- 2010 : Robokozy, Les Échappés
- 2010 : King of klub, Les Échappés
- 2010 : Rouge Cardinal, L'Association
- 2015 : Catharsis, Futuropolis
- 2016 : Ô vous, frères humains, adaptation du récit autobiographique d'Albert Cohen, éd., Futuropolis, 2016, (ISBN 2-754-81643-7)[31]
- 2016 : Misfits, parution en feuilleton mensuel dans les Cahiers du Cinéma
- 2017 : Puppy, coll. « 1000 feuilles », Glénat
- 2018 : Indélébiles, Futuropolis
- 2019 : Hollywood menteur, Futuropolis
- 2020 : Vernon Subutex t. 1, adaptation de la trilogie de Virginie Despentes, Albin Michel[32]
- 2021 : Vernon Subutex tome 2, Albin Michel
- 2023 : Testosterror, Albin Michel
- 2024 : Deux filles nues, Albin Michel
- 2026 : Un diamant dans les gravats, Stock - Première sélection du Prix Renaudot de l'essai[33] et du prix André Malraux essais sur l'art[34]
Contributions
modifier- 1996 : Frédéric H. Fajardie (ill. dessins à la plume de Luz), Égérie légère, Paris, Éditions de la Table ronde, , 176 p. (ISBN 978-2-7103-0763-1 et 2-7103-0763-4, présentation en ligne)
- 2002 : La Casquette de Charles Bovary, ouvrage collectif sur une idée de Michel Boujut (éditions Arléa)
- 2006 : Antijour : « fanzine nocturne et musical », 3 numéros (0 à 2), présentation en ligne no 2
- 2006 : Mozart qu'on assassine, collectif avec Charb, Riss, Catherine Meurisse, Tignous et Jul (éditions Albin Michel)
- 2009 : Le Cahier de vacances de Charlie Hebdo, avec Charb, Riss et Catherine Meurisse (Les Échappés)
- 2010 : Élevons le débat, recueil collectif de dessins parus dans Charlie Hebdo en 2009/2010 (Les Échappés)
Prix et distinctions
modifier- 2003 : Prix Tournesol pour Cambouis
- 2015 : Prix Nouvelle République pour Catharsis au festival Bd BOUM de Blois[35]
- 2016 :
- Prix France Info pour Catharsis
Prix spécial du jury des prix Max et Moritz pour Catharsis- Finaliste Grand prix de la critique ACBD pour Catharsis[36]
- 2019 : Prix France Info pour Indélébiles[20]
- Prix du récit dessiné 2019 de la SCAM (Société civile des auteurs multimédia) pour Indélébiles[37]
- 2024 : Grand Prix de la critique de l'Association des critiques et journalistes de Bande dessinée et Prix Wolinski de la BD du Point pour Deux filles nues[38]
- 2025 : Fauve d'or (prix du meilleur album de l'année) pour Deux filles nues au festival d'Angoulême[39]
Références
modifier- ↑ Source : site de Charlie Hebdo.
- ↑ David Dufresne, « «P'tit Rat» perd contre Charlie. Bruno Mégret attaquait le dessinateur Luz pour diffamation », Libération, (lire en ligne
). - ↑ Cf. « fiche AlloCiné. ».
- ↑ « Luz : « La majorité des musulmans s’en foutent de Charlie Hebdo » », Le Monde, blog Big Browser, (lire en ligne).
- ↑ « Tirs au siège de Charlie Hebdo, “des victimes”, selon le dessinateur Luz », Le Point, (lire en ligne).
- ↑ Anne Laffeter, « Luz : « Tout le monde nous regarde, on est devenu des symboles » », Les Inrockuptibles, (lire en ligne).
- ↑ « Charlie Hebdo censuré au Sénégal », sur Seneplus, (consulté le ).
- ↑ « Nouvel Obs : « Le monde musulman en colère après la “une” de Charlie Hebdo » », .
- ↑ Christophe Rauzy, « Pourquoi la France est devenue la bête noire d'une partie du monde musulman », sur France TV, .
- ↑ « Luz : « La majorité des musulmans s’en foutent de Charlie Hebdo » », blog Big Browser, Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Lucas Godignon, « Luz, rescapé de Charlie Hebdo : "L'humour, ça ne tue personne" », L'Express, (lire en ligne
). - ↑ « Luz : "Je ne dessinerai plus le personnage de Mahomet, il ne m'intéresse plus" », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Quentin Girard, « Luz : "Je ne serai plus Charlie Hebdo mais je serai toujours Charlie" »
, Libération, . - ↑ Aurélia Vertaldi, « Catharsis : après le drame de Charlie Hebdo, les tourments de Luz », Le Figaro, (lire en ligne).
- ↑ Victor Garcia, « Luz après Charlie : cauchemars, sexe et espoirs », L'Express, (lire en ligne).
- ↑ Jérôme Lachasse, « Catharsis : vif succès de la BD de Luz sur l'après-Charlie », Le Figaro, (lire en ligne).
- ↑ Cahiers du Cinéma, « Cahiers du Cinéma °717, décembre 2015 », sur www.cahiersducinema.com (consulté le ).
- ↑ Cahiers du Cinéma, « Édito n°725, septembre 2016 La rentrée cinéma », sur www.cahiersducinema.com (consulté le ).
- ↑ « Les premières planches d'Indélébiles de Luz, la BD qui raconte Charlie Hebdo de l'intérieur », FIGARO, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Jean-Christophe Ogier, « "Indélébiles" de Luz, lauréat du 25e Prix franceinfo de la bande dessinée d'actualité et de reportage », sur France Info, .
- ↑ « Luz : biographie, bibliographie », sur les Éditions Albin Michel.
- ↑ Vincent Brunner, « Luz : “Netflix a gâché trois mois de ma vie” », Les Inrocks, (lire en ligne).
- ↑ Laurence Le Saux, « Luz sur sa BD “Testosterror” : “Je souhaitais raconter les hommes et leurs testicules sans verser dans le graveleux” », Télérama, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Luz Grand Prix de la Critique ACBD 2025 », sur ActuaLitté.com (consulté le ).
- ↑ « Deux filles nues » de Luz, prix Wolinski de la BD du « Point », sur Le Point, (consulté le ).
- ↑ « Charlie Hebdo : le coup de gueule de la femme du dessinateur Luz », France TV Info, (lire en ligne).
- ↑ Adrien Oster, « L'épouse de Luz sur le débat post-Charlie Hebdo: "Être aimé par des cons, c'est dur, être haï par des amis, c'est pire" », huffingtonpost.fr, (lire en ligne).
- ↑ Quentin Girard, « Camille Emmanuelle, "Jouissez sans entraves" », Libération, (lire en ligne).
- ↑ Laurent Mélikian, « Directs du gauche », BoDoï, no 12, , p. 11.
- ↑ Laurent Mélikian, « Krach 40 », BoDoï, no 18, , p. 6.
- ↑ Frédéric Potet, « Albert Cohen sous les crayons de Luz », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Benjamin Roure, « Vernon Subutex », sur BoDoï, .
- ↑ Charles Knappek, « La première sélection du prix Renaudot 2026 », sur Livres Hebdo, (consulté le )
- ↑ « Prix André Malraux 2026 : 16 livres dans la première sélection », sur ActuaLitté.com, (consulté le )
- ↑ « BD BOUM - Prix 2015 », sur Maison de la BD, .
- ↑ « Les cinq finalistes 2016, site officiel de l'ACBD ».
- ↑ Pierre Georges, « Luz récompensé par la Scam », sur Livres hebdo, .
- ↑ « La BD "Deux filles nues" de Luz remporte deux prix », sur L'Express, (consulté le ).
- ↑ « Le Festival de BD d’Angoulême décerne le Fauve d’or du meilleur album de l’année à Luz pour « Deux filles nues » »
, sur Le Monde, (consulté le ).
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Numa Sadoul, Dessinateurs de presse : entretiens avec Cabu, Charb, Kroll, Luz, Pétillon, Siné, Willem et Wolinski, Grenoble, Glénat, , 215 p. (ISBN 978-2-344-00016-8, OCLC 881040475)
- Frédéric Bosser, « Luz : il était une fois un tableau... », Les Arts dessinés, no 30, Avril-Juin 2025, p. 64-71
Liens externes
modifier- Ressources relatives à la musique :
- Ressource relative à la bande dessinée :
- Ressource relative à plusieurs domaines :