Lycophron

poète grec (~320 av. JC - ~280 av. JC)

Lycophron de Chalcis (en grec ancien Λυκόφρων ὁ Χαλκιδεύς / Lukóphrôn ho Khalkideús) est un poète grec du IVe siècle av. J.-C., né dans les années 320 av. J.-C. à Chalcis en Eubée, et mort vers (ou peut-être vers 250[1]). Il fut un auteur connu, qui écrivit plusieurs tragédies. Il nous en reste une seule, célèbre déjà de son temps, intitulée Alexandra.

Lycophron
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Auteur tragique, écrivain, poèteVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Lycos de Rhégion (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de
Pléiade poétique (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales
Alexandra (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Éléments de biographie

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Il serait né à Chalcis, sur l'île d'Eubée[1]. Encore jeune, il se rend à Alexandrie, du moins durant un certain temps, au cours de la première moitié du IIIe siècle av. J.-C.[2],[3]. C'était un érudit, et il était chargé de classer les comédies de la Bibliothèque d'Alexandrie, si bien qu'il a travaillé à établir un canon en veillant à la publication d'auteurs comiques. La chose est attestée par son traité intitulé Sur la comédie et les quelques fragments qui nous en sont restés[1],[4]. Il fut par ailleurs un auteur de tragédies, bien connu puisqu'il figurait parmi les sept membres de la Pléiade, qui regroupait sans doute des auteurs réputés pour leur excellence[2],[4]. Cette appartenance à un tel groupe fait d'ailleurs de lui, à son tour, un poète « canonique »[4].

Tragédies

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Il ne reste de lui que des fragments des vingt tragédies en vers qu'il a composées, à l'exception du texte complet d'un poème tragique (monodrame) intitulé Alexandra. La Souda byzantine recense[5] Éole, Symmakhoi (Les Alliés), Andromède, Chrysippe, Les filles d'Éole, Les filles de Pélops, Éléphénor, Héraklès, Hippolyte, Cassandreis, Laïos, Les Marathoniens, Ménédème, Nauplius, Œdipe (deux versions), Orphanos, Penthée, Les suppliantes, Télégone, L'Étranger (Alétès).

Il fut un ami du philosophe Ménédème d'Érétrie, sur lequel il écrivit une pièce satyrique intitulée Ménédème, — il nous en reste cinq lignes — « un drame à la gloire du philosophe », selon Diogène Laërce, un avis que ne partage toutefois pas Athénée de Naucratis : selon lui, Lycophron s'est moqué du philosophe et aussi des banquets de philosophes[6],[7].

Alexandra

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Dirck Metius, La Prédiction de Cassandre. Entre 1625 et 1630. Paris, Musée du Louvre.

Une de ses pièces, Alexandra (Ἀλεξάνδρα, autre nom de la Troyenne Cassandre, fille du roi Priam[N 1]) longue de 1 474 vers, nous est donc parvenu en entier. On en possède aussi des scholies, réalisées bien plus tard, au XIIe siècle, par les frères Tzétzès.

Alexandra est une longue prédiction des malheurs réservés à la cité de Troie et aux Grecs venus l'assiéger après l'enlèvement d'Hélène par le frère de Cassandre (Pâris-Alexandre). L'auteur rapporte les prophéties de Cassandre-Alexandra le jour où son frère Pâris part vers la Grèce pour enlever Hélène[8]. Cette prédiction est faite par Cassandre, alors qu'elle se dirige vers Sparte, au moment où elle profère ses sinistres prophéties, comme l'explique le messager venu les rapporter à Priam, message dont la récitation mot pour mot du « dit d'Alexandra » à son maître constitue le corps du poème. Cette « litanie rapportée » est écrite par un Lycophron évidemment au fait de tous les événements « alors à venir ». Et l'auteur le fait dans un style « oraculaire », énigmatique et difficile (vocabulaire, syntaxe, références mythologiques, énigmes, anagrammes, assonances, allitérations, allusions à d'autres artifices tels que les palindromes et à la tradition du boustrophédon…). Sachant ce qui vase passer, Lycophron laisse donc, comme le messager du poème, la parole à une Cassandre qui mérite ici plus qu'ailleurs, selon certains auteurs modernes, son nom d'« Alexandra », celle qui porte malheur aux hommes et auxquels elle fait rempart en condamnant leurs folies meurtrières.

Le texte se compose donc de 1 474 vers, en trimètre iambique. Il accorde surtout une large place à une certaine intertextualité (Lycophron y retravaille, par exemple, les mots de l'Agamemnon d'Eschyle), qui donne au texte une grande modernité, même si de tels chevauchements de contenus n'ont rien de surprenant dans la littérature antique, ni plus spécifiquement dans ce texte au genre décidément indéfini (parler de « poème tragique » ou de « tragédie » ne suffit pas à résumer ses caractéristiques empruntant à des genres spécifiques divers), ni surtout dans un texte rédigé par un visiteur assidu de la Bibliothèque d'Alexandrie sous Ptolémée II Philadelphe, connu comme promoteur de la culture hellénistique, qui a chargé Lycophron, « poète grammairien », de classer les comédies de la Bibliothèque. Le texte contient dans sa dernière partie une référence à Alexandre le Grand qui voulait unir dans son grand empire l'Asie à l'Europe. Mais cette « révérence » n'est pas claire, l'interprétation des quelques vers concernés ne fait pas l'unanimité et il pourrait même s'agir d'une interpolation.

La langue et le style d'Alexandra étaient déjà considérés comme difficiles et obscurs par les auteurs antiques eux-mêmes (comme Stace[9] qui le qualifie d'obscur ou de noir, ou Lucien de Samosate[10], qui parle de « langue difficile à comprendre »). Clément d'Alexandrie considère que le poème « Alexandra de Lycrophon, comme les vers de Callimaque et d'Euphorion, constitue pour les grammairiens un exercice athlétique dans l'exégèse[11] ». Mikhaïl Gasparov souligne que même la langue savante de Callimaque paraît simple et claire en comparaison de celle de Lycophron[12].

Notes et références

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  1. Cassandre est parfois prénommée « Alexandra ». Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, PUF, , 5e éd. (1re éd. 1951), 576 p. (ISBN 978-2-130-50359-0), p. 81

Références

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  1. 1 2 3 Dominique Richard, « Lycophron (env. 320-env. 250 av. J.-C.) », sur universalis.fr (consulté le )
  2. 1 2 Suzanne Saïd, Monique Trédé et Alain Le Boulluec, Histoire de la littérature grecque, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 2021 (4e éd. mise à jour), 724 p. (ISBN 978-2-130-82079-6), p. 343-345
  3. M.C. Howatson (Dir.) (trad. de l'anglais par Collectif), Dictionnaire de l'Antiquité. Mythologie, littérature, civilisation The Oxford Companion to Classical Litterature »], Paris, Bouquins, , 1066 p. (ISBN 978-2-221-06800-7), p. 588
  4. 1 2 3 Hurst 2010, p. 409
  5. (en) Souda, « Lycophron », sur cs.uky.edu, Suda On Line Search (consulté le )
  6. Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, (trad. française sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé ; introd., trad. et notes de M.-O. Goulet-Cazéde, J.-F. Balaudé, L. Brisson, J. Brunschwig, T. Dorandi, R. Goulet, M. Narcy, Paris, Le Livre de poche, coll. « La Pochothèque », 1999, 1398 p. (ISBN 978-2-253-13241-7) V. II, 133, p. 350 et note 4 ; II, 140, p. 355 et note 4.
  7. Athénée, Les Deipnosophistes, II, 55 [lire en ligne (page consultée le 18 août 2026)] et X, 420a-b [lire en ligne (page consultée le 18 août 2026)]
  8. Quatrième de couverture de la traduction parue chez L'Harmattan, 2008 (V. « Bibliographie »)
  9. « Lycophronis atri » (Stace, Les Silves, V 3, 157).
  10. Lexiphanes, 25. (Lucien de Samosate, Œuvres complètes, Laffont, coll. « Bouquins », 2015, p. 692.
  11. Stromates, V, 50, 2.
  12. (ru) Mikhaïl Gasparov, Histoire de la littérature mondiale, 1983, tome I, p. 417.

Annexes

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Bibliographie

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Éditions et traductions de Lycophron

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  • (grc)+(en) Alexander W. Mair, Callimachus (Hymns and Epigrams), Aratus (Phaenomena), Lycophron (Alexandra), Cambridge, Harvard University Press, coll. « Loeb Classical Library », 1921. [Lire en ligne la traduction d’Alexandra (page consultée le 19 août 2026)]
  • (grc)+(la) Lorenzo Mascialino, Lycophronis Alexandra, Leipzig, Teubner, 1964.
  • Pascal Quignard, Lycophron. Alexandra, Paris, Mercure de France, 1971 ; traduction rééditée et accompagnée d'un texte inédit du traducteur, sous le titre Lycophron et Zétès, Gallimard, coll. « Poésie » , 2010. [Présentation en ligne (page consultée le 19 août 2026)]
  • (grc)+(it) Massimo Fusillo, Guido Paduano et André Hurst, Licofrone. Alessandra, Milan, Guerini, 1991. Rééd. 2002.
  • (it) Valeria Gigante Lanzara, Licofrone. Alessandra, Milan, Rizzoli, 2000.
  • Gérard Lambin, L’Alexandra de Lycophron, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005. [présentation en ligne]
  • Lycophron, Cassandre, (Traduction, notes et commentaire de Pascale Hummel (de)), Chambéry, Éditions Comp'Act, 2006.
  • (grc)+(fr) Lycophron, Alexandra (Texte établi, traduit et annoté par André Hurst en collaboration avec Antje Kolde), Paris, Les Belles Lettres, 2008. [Présentation en ligne (page consultée le 19 août 2026)]
  • Lycophron, Alexandra (Texte établi, traduit, présenté et annoté par Cédric Chauvin et Christophe Cusset), Paris, L'Harmattan, coll. « Études grecques », 2008. [Présentation en ligne (page consultée le 19 août 2026)]
  • (en + grc) Lykophron (Translation, Commentary, and Introduction Simon Hornblower (en)), Alexandra, Oxford, Oxford University Press, , 652 p. (ISBN 978-0-199-57670-8)
  • (en) Lykophron (Translated with Introduction and Notes by Simon Hornblower), Alexandra, Oxford, Oxford University Press, coll. « Oxford World Classics », , 192 p. (ISBN 978-0-198-86334-2)

Études

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  • Alain Billault, « Paul Auster et Lycophron : à propos d'Invisible », Bulletin de l'Association Guillaume Budé, no 1, , p. 233-247 (lire en ligne)
  • (it) Maria Grazia Ciani, « Scritto con mistero. Osservazioni sull'oscurità di Licofrone », Giornale italiano di filologia, XXV, 1973, p. 132-148.
  • (de) Maria Grazia Ciani, Lexikon zu Lycophron, Hildesheim, Olms, 1975.
  • (it) Andrea Del Ponte, « Lycophronis Alexandra : la versificazione e il mezzo espressivo », Studi italiani di filologia classica, 53, 1981, p. 101-133.
  • (en) Peter Marshall Fraser, « Lycophron », dans S. Hornblower et A. Spawforth (éd.), The Oxford Classical Dictionary, Oxford, Oxford University Press, 1996, p. 895-97.
  • (it) Valeria Gigante Lanzara, « I vaticini di Cassandra e l'interpretazione trasgressiva del mito », Studi Classici e Orientali, vol. 51, , p. 85-98 (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • (en) Simon Hornblower (en), Lykophron's Alexandra, Rome, and the Hellenistic World, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 978-0-1-987-2368-4)
  • André Hurst, « Lycophron : la condensation du sens, le comique et l'Alexandra », dans M. Trédé et P. Hoffmann (éd.), Le Rire des Anciens. Actes du colloque international, Université de Rouen, École normale supérieure, 11-13 janvier 1995, Paris, Presses de l'École normale supérieure, 1998, p. 177-187.
  • André Hurst, « Sur le statut du texte de Lycophron », Cahiers du Centre Gustave Glotz, no 21, , p. 409-417 (lire en ligne)
  • André Hurst, Sur Lycophron, Genève, Droz, coll. « Recherches et Rencontres » (no 29), , 176 p. (ISBN 978-2-600-11573-5, lire en ligne)
  • (de) S. Josifović, « Lykophron », Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft. Suppl. XI, 1968, p. 888-930.
  • Antje Kolde, « L’Alexandra de Lycophron en dialogue avec Pindare ? », Aitia - Regards sur la culture hellénistique au XXIe siècle, vol. 8, no 1 « Hellenistica Posnaniensia : aspects du lyrisme hellénistique », , version en ligne non paginée (lire en ligne)
  • Antje Kolde, « Parodie et ironie chez Lycophron : un mode de dialogue avec la tradition ? », dans C. Cusset, E. Prioux (eds.), Lycophron. Éclats d'obscurité (Actes du colloque international de Lyon et Saint-Étienne, 18‑20 janvier 2007), Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, , 762 p., p. 39–57 [Présentation en ligne de l'ouvrage]
  • (it) Pietro Luigi Leone, Scholia vetera et paraphrases in Lycophronis Alexandram, Galatina, Congedo, 2002.
  • (en) Stephanie West, « Notes on the Text of Lycophron », Classical Quarterly, vol. 33, no 1, , p. 114-135 (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • (en) Stephanie West, « Lycophron Italicised », Journal of Hellenic Studies, 104, 1984, p. 127-151.
  • (en) Stephanie West, « Lycophron’s Alexandra : “Hindsight as Foresight Makes No Sense”? », dans M. Depew et D. Obbink (éd.), Matrices of Genre. Authors, Canons, and Society, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2000, p. 153-166.
  • (de) Konrat Ziegler, « Lykophron (8) », Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, 1927, p. 2316-2382.
  • (de) Bernhard Zimmermann, « Lykophron (4) », Der neue Pauly. Enzyklopädie der Antike, 1999, p. 569-570.

Liens externes

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