Madame Arthur
Créé en 1946, Madame Arthur est le premier cabaret travesti de Paris et tire son nom d'une chanson homonyme écrite par Paul de Kock en 1850, interprétée par Yvette Guilbert[1],[2].
| Type | |
|---|---|
| Fondation |
1946 |
| Rénovation |
2015 |
| Propriétaire |
Marcel Ouizman (d) |
| Site web |
| Quartier |
Montmartre - Pigalle |
|---|---|
| Adresse |
75 rue des Martyrs Paris 75018 |
| Métro |
M12 Pigalle - Abbesse |
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| Coordonnées |
|---|
Il se situe au 75 bis de la rue des Martyrs, en plein cœur de Pigalle, dans le 18e arrondissement de Paris.
En 2015, le bâtiment de Madame Arthur est associé à la salle de spectacle adjacente, le Divan du Monde, pour former un seul et même cabaret club.
Historique
modifierAvant 1868 et le rattachement de la commune de Montmartre à Paris, la chaussée des Martyrs bénéficie de la non-taxe sur l’alcool et en particulier sur le vin. L’actuel 75 bis rue des Martyrs s’appelle alors la musette Saint-Flour, très populaire pour son alcool bon marché. Avant le rattachement de la commune de Montmartre à Paris en 1860, la chaussée des Martyrs bénéficiait d’une fiscalité plus avantageuse sur l’alcool. Lors du rattachement à Paris, l’endroit devient le Café de la Chanson. L'endroit aurait aussi été un bal de charbonnier plus tôt au XIXe siècle.
En 1946, Monsieur Marcel, de son vrai nom Marcel Wutsman, choisit la chanson Madame Arthur comme nom d’enseigne pour le cabaret travesti qu’il ouvre au-delà du mur mitoyen appelé déjà Divan du monde.
Ce même Monsieur Marcel ouvre en 1961 un autre cabaret nommé Madame Arthur à Amsterdam avec deux artistes, Rita Del Ora et Capucine. C’est maintenant le Heineken Music-Hall. Madame Arthur's, Amsterdam[3]. En 1973, un club appelé Madame Arthur ouvre à Copenhague, où des drag queens performent. L'établissement ferme en 1989.
Madame Arthur est décrit ainsi par Bambi :
« Entre la scène et le bar, trois rangées verticales de tables accolées les unes aux autres. On prévoit quatre personnes par table. On y entasse parfois cinq, six, sept personnes. L’atmosphère n’en est que plus chaleureuse[4]. »
Dès l’après-guerre, le cabaret devient l’un des lieux emblématiques de la scène travestie parisienne, aux côtés du Carrousel de Paris et de quelques établissements de Pigalle. Plusieurs personnalités ont marqué l’histoire de Madame Arthur. Le cabaret voit passer sur ses planches des artistes transgenres ou travestis de renom comme Coccinelle, Baddabou, Cricri, Chantaline Erika Keller, Fétiche, Estelle Roederer, Angélique Lagerfeld, Chablie, Zaza Dior[5],[6] ou encore la célèbre Bambi[7],[2].
Joseph Ginsbourg, surnommé le Père Jo, est le pianiste dès la réouverture, et n’aime pas forcément les spectacles qu’il accompagne, mais doit faire vivre sa famille, émigrés juifs russes vivant rue Chaptal. « Joseph Ginsbourg, qu’on surnommait le Père Jo’, était très gentil, mais quand il se déplaçait on aurait dit un croque mort ». En 1954, Lucien, dit Serge Gainsbourg, prend la suite de son père. Serge écrira dans ses premières années Antoine le casseur pour « un travesti » danseur pour Mistinguett. Il aurait écrit une chanson intitulée Zita la panthère ainsi que d’autres, depuis perdues[8],[9].
Dès l’ouverture de Madame Arthur, l’animateur principal de la soirée est Floridor (en souvenir de l’acteur de Molière du XVIIe siècle). Il ne reste que quelques mois. Lui succède Bigoudi, qui restera deux ou trois ans avant de mourir. Ces deux derniers personnages sont antérieurs à l’arrivée de Bambi, débutant en 1950. Maslowa lui succède juste après. Cette dernière était considérée comme étant la meilleure meneuse de revue de Madame Arthur par Bambi [4].
Aujourd'hui
modifierC’est en 2015 que Madame Arthur prend sa forme actuelle. L’équipe de la salle de spectacle Divan du Monde reprend et rénove le cabaret Madame Arthur (alors fermé depuis de nombreuses années) pour former un seul et même établissement. Dès lors, l’ensemble forme un cabaret club connu sous la dénomination unique de « Madame Arthur »[7],[2],[10].
Chaque semaine, les artistes travestis proposent un spectacle de cabaret inédit[10]. Après le spectacle, l’établissement se transforme en club. Le public peut alors profiter de trois salles de DJ set consacrées à la musique française et ponctuées par des happenings donnés par les artistes travesties[2].
Dans un contexte déjà marqué par de nombreux départs, le directeur Fabrice Laffon licencie en 2026 six directeurs artistiques, rendus inutiles par l'utilisation de l’intelligence artificielle qui permet avec Suno AI de générer des listes de chansons et des trames de spectacles[11]. Un épisode des Pieds sur terre[12] et une enquête de Libération[13] décrivent comment le nouveau directeur limite l'indépendance des artistes en cherchant à leur imposer un contrat d’exclusivité[11], et leur reproche « d’être trop de gauche sur scène ».
Notes et références
modifier- ↑ Bertrand Dicale, Les chansons qui ont tout changé, Fayard, , 360 p. (ISBN 978-2-213-66536-8, lire en ligne).
- 1 2 3 4 Ondine Millot, « A Pigalle, la joyeuse renaissance de Madame Arthur, le tout premier cabaret travesti parisien », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Jon Wiener, « Dutch Treat: Madame Tussaud Scenerama Amsterdam », Radical History Review, vol. 1993, no 55, , p. 147–153 (ISSN 0163-6545 et 1534-1453, DOI 10.1215/01636545-1993-55-147, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Marie-Pierre Pruvot, Madame Arthur: roman, Éd. Ex aequo, coll. « J'inventais ma vie », (ISBN 978-2-35962-446-5)
- ↑ L’Officiel Hommes, n°3, 1978, « Un travelo nommé désir ».
- ↑ La présence de Zaza Diors dans cet univers est également attestée par plusieurs témoignages d’artistes de cabaret de la même génération. Dans ses mémoires, Simone cite ainsi parmi les figures transformistes qui « enflammaient le public » des cabarets parisiens des années 1960-1970 « les Bamby (sic), les Lolo Chanel, les Everest et autres Zaza Dior (…) » Simone, sous la dir. de Mireille Dumas, Simone par Simone, Éditions du Rocher / M.D. Éditions, 1997, p. 169.
- 1 2 « Madame Arthur : rien ne se perd, tout se transforme », sur Libération.fr, (consulté le ).
- ↑ Le doc Stupéfiant, La folle histoire des travestis, 2020, documentaire diffusé sur France 5.
- ↑ Christophe Conte, « Une jeunesse », Vanity Fair n°86, février 2021, p. 94-99.
- 1 2 François Delétraz, « Madame Arthur, cabaret d'un nouveau genre », Le Figaro Magazine, , p. 81.
- 1 2 « Au cabaret Madame Arthur, l’intelligence artificielle sera-t-elle bientôt seule en scène ? », sur www.telerama.fr, (consulté le )
- ↑ « Chez Madame Arthur, l’envers du cabaret », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ « Au cabaret Madame Arthur, les artistes à la peine : «On a vu les gens souffrir, dans un endroit où les personnes vulnérables sont d’habitude les reines» », Libération, (lire en ligne)
Bibliographie
modifier- Marie-Pierre Pruvot, dite Bambi, Madame Arthur - J'inventais ma vie, tome 2, éditions Ex Æquo, 2013 (ISBN 978-2-35962-446-5)
