Maddalena Casulana
Maddalena Casulana[1], née vers 1535[2], probablement à Vicenza (Vénétie), et morte vers 1590, est une compositrice, luthiste et chanteuse italienne de la fin de la Renaissance. Elle est la deuxième compositrice occidentale à avoir été publiée après Gracia Baptista[3].
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Biographie
modifierOn sait peu de choses sur sa vie, mais des déductions peuvent être faites à partir de différentes archives administratives retrouvées à Sienne, Vicenza et ailleurs ; ainsi qu'à partir des dédicaces et des publications de ses madrigaux. Son nom de publication, Casulana, lui viendrait d’un premier mariage avec un homme de la famille Casolani, peut-être Fabio da Casole, orfèvre de métier[2].
En tant que jeune fille, l’enseignement musical par la maîtrise de l’église, réservé aux hommes, lui était interdit : elle a donc dû recevoir dans sa jeunesse une éducation privée. Il est possible qu’elle ait été au service du cardinal Hippolyte d’Este, en tant qu’instrumentiste et chanteuse, et à ce titre élève de Nicola Vicentino[2].
Casulana aurait connu le siège de Sienne en 1554-1555[4], qu’elle fuit, avec deux enfants en bas âge, pour retrouver son mari à Rome. Dans les années qui suivent, elle divorce, et retourne à Venise où elle débute son activité de compositrice.
Ses premières œuvres datent de 1566 : quatre madrigaux dans une collection, Il Desiderio, qu'elle joue à Florence. Deux ans plus tard elle publie, toujours à Venise,son premier livre de madrigaux pour quatre voix, Il primo libro di madrigali, première œuvre musicale publiée par une femme.
La dédicace de ce premier recueil, adressée à Isabelle de Médicis, contient cette déclaration [5]:
« [Je] veux montrer au monde, autant que je le peux dans cette profession de musicienne, l'erreur que commettent les hommes en pensant qu'eux seuls possèdent les dons d'intelligence et que de tels dons ne sont jamais donnés aux femmes. »
La même année Roland de Lassus dirige une de ses œuvres — aujourd'hui perdue — à la cour d'Albert V de Bavière à Munich. Elle dédicace plusieurs œuvres à Isabelle de Médicis. En 1570, 1583 et 1586 elle publiera d'autres livres de madrigaux, tous à Venise.
Casulana entretient, dès les années 1560, des liens artistiques avec d’autres compositeurs, comme Alessandro Striggio, Stefano Rossetti, et Philippe de Monte. Elle donne également des cours de composition à Antonio Molino, acteur, musicien et poète vénitien, qui lui dédie son propre recueil de madrigaux[6].
Elle apparaît à la cour de Vienne en 1571 et à la cour de Paris en 1572, où elle donne sans doute ses propres œuvres en concert. Elle a un second mariage, sans doute en 1579, avec un certain Lazaro da Mazaro[7]; elle continue de se produire à Vérone, Milan et Florence. Le nom qui figure en première page de son Primo libro de madrigali a 5 voci (1583), résume ainsi son nom d’usage, son nom de publication et son nom patronymique : « Madalena Mezari detta Casulana Vicentina ». On perd sa trace après 1591.
Au début des années 2020, des parties manquantes de son livret de 1583 ont été retrouvées par la musicologue Laurie Stras dans les collections de la bibliothèque d'État de Russie à Moscou; elles avaient sans doute été volées pendant la Seconde Guerre mondiale à la bibliothèque de l'Académie polonaise des sciences à Gdansk[8].
Œuvres
modifierParmi les œuvres connues de Maddalena Casulana, un certain nombre sont, à ce jour, perdues ou incomplètes.
Madrigaux publiés dans des anthologies
modifier- Vedesti amor, Scolpio nell’alma amore, Morir non puo, et Se scior si vede il laccio ; 4 pièces publiés dans Il Desiderio, primo libro a 4 voci, Venise, Scotto, 1566 :
- Amorosetto fiore, dans Il desiderio, terzo libro a 4 voci, Venise, Scotto, 1567 :
- Stavasi il mio bel sol, dans Il gaudio, primo libro a 3 voci, Venise, Scotto, 1567
Livres de madrigaux
modifierAutres
modifier- Un motet à 3 voix, chanté à la cour de Munich (perdu)
En prenant en compte les quelques doublons publiés dans 2 recueils et/ou anthologies distinctes, on connaît aujourd’hui 67 madrigaux de Casulana, dont 47 sont complets.
Style
modifierMaddalena Casulana fait un usage modéré du contrepoint et du chromatisme, un peu à la manière de Marenzio et des nombreux madrigaux de Philippe de Monte, évitant les expériences des compositeurs de l'école de Ferrare comme Luzzaschi et Gesualdo. Ses lignes mélodiques sont chantantes et près du texte. Que Lassus ait choisi l'une de ses compositions pour l'exécuter montre assez l'estime dans laquelle il la tenait. De Monte également avait une très bonne opinion d'elle.
Bibliographie
modifier- Catherine Deutsch, Music Advocating for Women in Early Modern Italy, Cambridge, Cambridge University Press, 2025. (ISBN 9781009569163)
- « Maddalena Casulana » dans Stanley Sadie, Stanley (Éd.), The New Grove Dictionary of Music and Musicians 20 vol. London, Macmillan Publishers Ltd., 1980. (ISBN 1-56159-174-2)
- (en) Todd Borgerding (dir.), « Madalena Casulana: My body knows unheard of songs », Gender, sexuality, and Early Music, , p. 41–72 (ISBN 0-8153-3394-3)
- (en) Karin Pendle, Women and music : a history, Indiana University Press, , 2e éd., 86–87 p. (ISBN 978-0-253-33819-8, lire en ligne)
- Beatrice Pescerelli, « Maddalena Casulana », dans James R. Briscoe (Éd.), Historical anthology of music by women, Bloomington, Indiana University Press, 1986 (ISBN 0-253-21296-0)
Notes
modifier- ↑ Autres noms : Madalena Casulana di Mezarii, Madalena Casula, Maddalena da Casole
- 1 2 3 Catherine Deutsch, Maddalena Casulana: music advocating for women in early modern Italy, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-009-56916-3 et 978-1-009-56913-2)
- ↑ Thomas W. Bridges, « Casulana, Maddalena », dans Grove Music Online. Oxford Music Online (consulté le 10 janvier 2010)
- ↑ Siena, Archivio di stato, I-Sas, Balia, 955, fol.86r.
- ↑ Primo libro de madrigali a 4 voci, Venise, Scotto, 1568
- ↑ I dilettevoli madrigali, Venise, Merulo, 1568
- ↑ Archivio diocesano di Vicenza, Parrocchia di S.Marcello in S.Filippo in Vicenza, 854008-02031
- ↑ Dalya Alberge, Groundbreaking female composer’s lost madrigals to be heard for first time in 400 years, The Guardian (5 mars 2022).
- ↑ Les parties d’alto et de basso manquent. Ce recueil fait l’objet d’un projet de reconstitution en cours : voir « Digital Casulana »
- ↑ G. Thibault, « Deux catalogues de libraires musicaux: Vincenti et Gardane (Venise 1591) », Revue de Musicologie, vol. 10, no 31, , p. 177–183 (ISSN 0035-1601, DOI 10.2307/925551, lire en ligne, consulté le )
Annexes
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Partitions libres de Maddalena Casulana dans Choral Public Domain Library (ChoralWiki)
- Partitions libres dans Werner Icking Music Archive
- Il secondo libro de madrigali a quattro voci, Vinegia, 1570
- (en) Giulio Bonagionta da San Genesi (dir.), « Amorosetto Fiore », Terzo libro del desiderio. Madrigali a quattro voci di Orlando Lasso et d'altri eccel. musici con un dialogo a otto, Venise, Girolamo Scotto, , p. 16 (lire en ligne) Disponible sur GallicaAvec des pièces de Lassus, Giovanni Flori, Jan Nasco, Annibale Padovano, Costanzo Porta, Stefano Rosetto, Gioseffo Zarlino, Annibale Zoilo