Apparitions de Dozulé
Les apparitions de Dozulé désignent des visions du Christ et de l'archange saint Michel qu'aurait eues Madeleine Aumont (1924-2016) à Dozulé (Calvados) entre 1972 et 1978. Grâce à de multiples associations, elles connaissent un fort engouement dans les années 1980 et 1990. L’Église catholique dénie tout caractère surnaturel à ces prétendues visions.
Historique
modifierMadeleine Aumont est née le à Putot-en-Auge dans le Calvados dans une famille modeste. Mariée et mère de cinq enfants, elle exerçait le métier de couturière[1].

Le Madeleine Aumont voit « une immense croix lumineuse » au lieu-dit la « Haute-Butte » à Dozulé où elle réside. Le lendemain, elle fait part de cette vision au curé du village, l'abbé Victor L'Horset, qui donne foi à ses dires[1]. Entre cette date et le , Madeleine Aumont affirme avoir été témoin de quarante-neuf apparitions du Christ et de l'archange saint Michel[2].
Les apparitions lui donnent pour mission d'ériger une croix lumineuse afin de protéger le monde des catastrophes à venir selon le message qu'elle rapporte ainsi : « Tous ceux qui seront venus se repentir au pied de la Croix Glorieuse seront sauvés. Satan sera détruit et il ne restera que Paix et Joie »[1],[3]. Les dimensions de la croix lui sont également dictées : « chaque bras de la Croix glorieuse doit mesurer 123 mètres et sa hauteur six fois plus », soit 738 mètres[1], altitude supposée du Golgotha[4]. L'autre thème récurrent de ces apparitions est le « retour imminent du Christ », 1975 devant être la dernière année sainte[4].
En 1980, un professeur de yoga du département de l'Aisne, Albert Delbauche, apprend l'existence des apparitions de Dozulé par la lecture d'une revue ésotérique[5],[6]. Il rencontre Madeleine Aumont et attire chaque fin de semaine ses élèves à Dozulé. L'association des « Amis de la Croix glorieuse de Dozulé » voit le jour le [2].
Albert Delbauche prophétise une série d'événements apocalyptiques qui doivent débuter dès la fin de l'année 1982 et déboucher sur une guerre mondiale. Plusieurs adeptes abandonnent leur emploi et leur famille pour se réfugier en Loire-Atlantique, la Bretagne devant être épargnée. Prenant conscience de l'imposture, la plupart des membres quittent l'association. En 1985 elle ne compte plus que trois personnes[2],[6]. Elle subsiste cependant et est classée comme secte dans le premier rapport de la commission d'enquête parlementaire de 1995[7],[8]. Un pèlerinage, organisé chaque , premier jour des apparitions, attire 6 000 personnes en 1990[2].
Le mouvement se répand grâce à des conférences et à des livres[2]. Il donne naissance à de multiples associations[2],[6] qui organisent à leur tour des pèlerinages payants qui drainent des milliers de personnes venues de plusieurs pays européens[9],[10]. Le phénomène connaît son apogée à la fin des années 1990[9]. Des études de faisabilité (géologiques et aérodynamiques) sont engagées pour ériger la croix grâce aux 300 000 euros de dons collectés. Le budget de la construction est estimé quant à lui à 230 millions d'euros[2]. Elle ne voit pas le jour faute de moyens, mais des centaines de « croix de Dozulé », mesurant 7,38 mètres de haut (un centième de la taille demandée), sont construites par des adeptes en plusieurs endroits en France et en Europe[2], la plupart du temps sans l'autorisation des diocèses[4].
Madeleine Aumont meurt le à l'hôpital de Lisieux, à l'âge de 91 ans[8]. L'association des « Amis de la Croix glorieuse de Dozulé » perdure, avec une vingtaine d’adhérents et une cinquantaine de soutiens, aux côtés notamment de « L’Arche catholique de Dozulé » et de l’association « Ressources »[10].
Jugements de l’Église catholique
modifierL'évêque de Bayeux-Lisieux, Jean Badré refuse dès le départ de reconnaître les messages de Madeleine Aumont. Il change d'affectation en 1977 le curé de Dozulé qui la soutient. En il fait savoir dans le bulletin officiel du diocèse qu'il « désavoue ceux qui, sans aucun mandat de l’Église, voudraient faire de Dozulé un lieu de pèlerinage et de rassemblement »[6].
Dans un communiqué d' il nie l'authenticité de ces apparitions supposées : « En aucun cas, la construction d’une croix monumentale entreprise à Dozulé, par une association dont le siège est à Paris, ne peut être un signe authentique de la manifestation de l’Esprit de Dieu »[11]. Il interdit les pèlerinages et les collectes de fonds en [12] et dénonce la « propagande fanatique » des soutiens de cette croix[13]. La condamnation est confirmée par son successeur Pierre Pican, ainsi que par le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi[14].
À la demande de l'évêque de Bayeux-Lisieux, Jacques Habert[11],[15], Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi, publie en réponse le une lettre de neuf pages dans laquelle il émet une declaratio de non supernaturalitate[3],[16],[13], qui est une « décision définitive »[4]. L'évêque entérine la décision du dicastère le dans un décret : « La promotion des messages non-reconnus de Dozulé et la célébration de culte ou d’œuvres de piété ne sont pas autorisées par l’Église catholique »[17],[18],[19],[20]. Le , Jacques Habert fait détruire le « bassin de purification » construit en 1984 par l’association des « Amis de la Croix glorieuse de Dozulé » sur un terrain appartenant au diocèse. L'évêché ne souhaite plus « aucun rassemblement, ni événement, ni promotion » sur le site des prétendues apparitions[21],[22],[23].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 Xavier Ternisien, « Ériger mille croix pour échapper à la « grande tribulation » finale », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Amélie de Mauraige, « La croisade de Madeleine », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Víctor Manuel Fernández, « L’unique Croix du salut : Lettre à l’Évêque de Bayeux-Lisieux à propos des apparitions présumées de Notre Seigneur Jésus-Christ à Dozulé »
, sur vatican.va, (consulté le ). - 1 2 3 4 Emmanuel Pellat, « Dozulé : le Vatican déclare qu’il n’y a pas eu d’apparition du Christ dans le village normand », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Jean-Pierre Van Geirt, La France aux cent sectes, Éditions Vauvenargues, , 383 p. (ISBN 978-2744300493, lire en ligne), « Amis de la Croix glorieuse de Dozulé », p. 25-26.
- 1 2 3 4 « Que sait-on de ?… Dozulé », Bulles (Unadfi), no 62, (lire en ligne).
- ↑ « Rapport fait au nom de la commission d'enquête sur les sectes », sur Assemblée nationale, (consulté le ).
- 1 2 Alexandra Huctin, « La secte millénariste des Croix Glorieuses de Dozulé continue de rassembler tous les 28 mars », France 3 Normandie, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 « A Dozulé, la croix clandestine ne fait plus recette », Ouest-France, (lire en ligne).
- 1 2 Nicolas Mouchel, « Dozulé : 50 ans après le témoignage de Madeleine Aumont, quelle est la situation de la Croix glorieuse ? », Le Pays d'Auge, (lire en ligne).
- 1 2 Agence I.MEDIA, « Le Vatican ne reconnaît pas les « apparitions présumées » du Christ à Dozulé en Normandie », Famille chrétienne, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « L'évêque interdit les pèlerinages », Le Monde, (lire en ligne).
- 1 2 Agence I.MEDIA, « France: les apparitions de Dozulé ne seront pas reconnues », Cath.ch, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Benoît Vandeputte, « Sectes », La Croix, (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Communiqué de Mgr Jacques Habert », sur Diocèse de Bayeux-Lisieux, (consulté le ).
- ↑ « Doctrine de la Foi: «Les prétendues apparitions de Dozulé ne sont pas surnaturelles» », Vatican News, (lire en ligne
, consulté le ). - ↑ « Communiqué et décret de Mgr Jacques Habert, évêque de Bayeux-Lisieux », sur Diocèse de Bayeux-Lisieux, (consulté le )
- ↑ Lucie Feuillolay, « « Dozulé n’est pas un lieu reconnu par l’Église » : dans un décret, le diocèse de Bayeux-Lisieux s’aligne sur le Vatican », Ouest-France, (lire en ligne)
- ↑ Paul Florequin, « "Ces gens sont dans l'erreur" : l'évêque de Bayeux publie un décret contre les prétendues apparitions divines de Dozulé », France Bleu, (lire en ligne).
- ↑ Amélie Rugraff, « Dozulé : les dévotions en lien avec les « prétendues apparitions » désormais interdites », La Croix, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Nicolas Mouchel, « Le diocèse de Bayeux-Lisieux fait disparaître le « bassin de purification » de la Croix glorieuse de Dozulé », Le Pays d'Auge, (lire en ligne).
- ↑ Louis Madelaine, « Le « bassin de purification » de Dozulé a été « remis à son état naturel » sur ordre du diocèse de Bayeux-Lisieux », Ouest-France, (lire en ligne).
- ↑ Jacques Habert, « Lettre de Mgr Habert à propos de Dozulé », sur Diocèse de Bayeux-Lisieux, (consulté le ).