Man Vrouw Maatschappij
Man Vrouw Maatschappij (Société Homme Femme, MVM) est une organisation féministe néerlandaise active de 1968 à 1988. Elle est fondée par Joke Smit et Hedy d'Ancona et marque le début de la deuxième vague du féminisme aux Pays-Bas. Elle est en grande partie à l'origine de la légalisation de l'avortement, la loi sur l'égalité salariale entre hommes et femmes, la création de la Commission d'émancipation et d'un secrétariat d’État aux Affaires d'émancipation.
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LOVER (tijdschrift) |
Contexte historique
modifierEn novembre 1967, Joke Smit publie l'article Het onbehagen bij de vrouwen (le malaise des femmes) dans un numéro spécial du magazine De Gids (nl). Elle y dresse un bilan des situations différentes des hommes et des femmes dans la société. De nombreuses femmes se reconnaissent dans les contradictions entre les avancées féministes et les inégalités qui peuvent en découler et le font savoir à l'autrice[1],[2],[3].
Joke Smit fonde avec Hedy d'Ancona, le 26 octobre 1968, le groupe d'action féministe Man Vrouw Maatschappij (Société Homme Femme) avec l'objectif de déconstruire les rôles traditionnels des hommes et des femmes. Joke Smit est présidente et Hedy d'Ancona vice-présidente[1].
Cette nouvelle association est accueillie avec enthousiasme par, notamment, la Nederlandse Vereniging voor Seksuele Hervorming (Fondation néerlandaise pour lé réforme secuelle), la Nederlandse Vereniging voor homofielen (Association néerlandaise des homosexuels, COC) et la Federatie van Studenten Werkgroepen Homosexualiteit (Fédération des groupes de travail étudiants sur l'homosexualité, FSWH) et avec un enthousiasme plus modéré par des organisations féministes traditionnelles, en particulier, celles qui ont été accusée d'échec[4].
Objectifs
modifierL'association vise à développer un modèle de société différent, avec un partage non genré des responsabilités et met en question la famille traditionnelle au profit de modes de vie plus individualisés. Elle est la première à rassembler les différents points clés de la deuxième vague féministe[4],[2].
Pour atteindre ces objectifs, elle revendique très concrètement de meilleures possibilités de travail à temps partiel, l’harmonisation des horaires scolaires et des vacances, davantage de garderies pour les enfants, la surveillance des repas à l’école, l’égalité fiscale entre les hommes et les femmes, les allocations chômage pour les femmes mariées et l’égalité des chances en matière d’éducation pour les garçons et les filles[1].
Structure et fonctionnement
modifierEn tant qu'association, la Man Vrouw Maatschappij possède un conseil national élu et des membres qui paient des cotisations. Elle a des sections locales dotées elles aussi d'un conseil, composé d'un président, d'un secrétaire et d'un trésorier. Les cotisations assurent son financement et, début 1973, MVM acquiert même des bureaux à La Haye[5].
MVM considère que l'émancipation des femmes est une lutte commune des hommes et des femmes et accueille, parmi ses membres, aussi bien des hommes que des femmes. Environ 10 à 15 % des membres sont des hommes mais tous ne sont pas actifs[2],[1].
Des groupes de travail sont mis en place pour traiter les différentes priorités. Un groupe de travail « avortement » est ainsi créé en mai 1970 pour mener une campagne de pétition en faveur de la création d'une clinique d'avortement par Stimezo (Fondation pour l'interruption médicalement responsable de grossesse)[5].
La Man Vrouw Maatschappij connaît un succès immédiat et les demandes d'adhésion affluent rapidement. Parmi les premières membres., figure l'écrivaine et journaliste Harriët Freezer. Six mois après sa fondation, l'association compte déjà 1000 membres, ce qui est considérable, dans le contexte de la société néerlandaise, alors très conservatrice[6],[4],[7],[3]. Hedy d'Ancona se souvient : « L'attention était disproportionnée, mais nos revendications ont rapidement été intégrées aux programmes politiques. »
Ses membres sont majoritairement des femmes instruites, dans la trentaine, partageant les idées anti-autoritaires des années 1960 et mal à l'aise face à la condition féminine et, parfois, aux discriminations[4].

Dans un premier temps, l'approche de l'organisation est modérée, voire prudente[4].
Actions
modifierLe lobbying
modifierLa Man Vrouw Maatschappij travaille essentiellement par lobbying auprès du gouvernement et des partis politiques, notamment le Parti travailliste auquel appartiennent les deux fondatrices et Démocrates 66[2]. C'est ainsi que les pressions exercées sur le Premier ministre issu du Parti travailliste, Joop den Uyl, aboutissent à la création d'une « Commission d'émancipation »[5].
Les campagnes nationales de sensibilisation
modifier- Op de vrouw af (à la rencontre des femmes) : une campagne nationale de sensibilisation les 9 et 10 novembre 1970 en collaboration avec Dolle Mina et l'Association néerlandaise pour la réforme sexuelle ainsi que de l'hebdomadaire Margriet (en) et plusieurs chaînes de télévision et de radio . La campagne veut attirer l'attention sur l'importance du travail rémunéré pour les femmes, le manque d'emplois à temps partiel de qualité et la situation des mères célibataires et non mariées[8],[1],[5].
- Marie, Marie, word wijzer! (Marie, deviens plus sage !) : ce groupe de travail étudie, avec la participation d'autres associations, à partir de 1971 les moyens d'améliorer la position des filles dans l'éducation. Les filles quittent souvent l'école plus tôt que les garçons, ce qui les désavantage sur le marché du travail. « Marie » symbolise l'écolière néerlandaise qu'il faut encourager à poursuivre ses études[1].
- Vrouw ’72 : MVM lance cette campagne avant les élections législatives de novembre 1972, avec le slogan : « Choisissez le parti que vous voulez, mais votez pour une femme. ». L'objectif est de lutter contre la faible participation des femmes en politique. Cette action suscite des polémiques, certains la jugeant trop radicale, d'autres la trouvant trop peu favorable aux partis représentant les travailleurs[5]..…
- « Willem wordt wakker » (Willem réveille toi) : ce groupe de travail est créé en 1976 pour se consacrer au rôle des hommes dans la société dans l'optique d'une évolution des rôles traditionnels. Le groupe est dissous en 1982[2].
Le journal
modifierLes membres reçoivent six fois par an le magazine de l'association, MVM-Nieuws auquel s'ajoute, en 1974, un supplément, titré LOVER (tijdschrift) (nl) (abréviation de « LiteratuurOVERzicht). Des féministes de renom comme Anja Meulenbelt, Joke Smit, Selma Leijdesdorff (nl), Gloria Wekker et Maaike Meijer (nl) y publient des articles et en font un vecteur de diffusion des idées de la deuxième vague du féminisme. LOVER est très populaire et devient un magazine à part entière. Il subsiste après la dissolution de MVM et devient un magazine en ligne en 2011. Il fête ses cinquante ans en 2024[9],[10],[11].
Autres moyens d'action
modifierMVM recourt à d'autres actions traditionnelles telles que la publication de documents, la signature de pétitions et, occasionnellement, la participation à des manifestations. Elle innove également avec la création de groupes de discussion (praatgroepen) [5].

Déclin face au radicalisme
modifierEn désaccord avec les nouvelles approches, Joke Smit démissionne de son poste de présidente dès 1970[7].
La hiérarchie au sein des organisations étant également contestée, à partir de 1973, le conseil d'administration de MVM n'a plus de présidente et ne compte plus aucun homme. Hedy d'Ancona et Wim Hora Adema, entre autres, quittent l'organisation[1].
Dissolution
modifierLe 27 février 1988, la décision est prises de dissoudre Man Vrouw Maatschappij. La dissolution officielle a lieu le 19 octobre 1988[2].
Bilan
modifierMan Vrouw Maatschappij a longtemps suscité peu d'intérêt, les actions spectaculaires de Dolle Mina, attirant davantage l'attention. Dans sa thèse, publiée en 1989, Anneke Ribberink note les résultats obtenus, en grande partie, grâce à MVM : légalisation de l'avortement, loi sur l'égalité salariale entre hommes et femmes, création de la Commission d'émancipation et d'un secrétariat d’État aux Affaires d'émancipation[5],[4].
La cofondatrice Hedy d'Ancona dresse également un bilan positif : « Nous avons réussi. Le désavantage scolaire des filles a été surmonté. L’idée, soutenue par des pédopsychiatres et des pédagogues, selon laquelle les mères mariées ne devraient pas travailler est dépassée. En politique, nous avons maintenant des femmes à la tête de partis parlementaires. ». Elle est cependant moins optimiste pour ce qui concerne l'égalité des chances dans le monde du travail « Ce qui n'a pas fonctionné, c'est que la société soit gouvernée à la fois par les hommes et les femmes, au sein du foyer comme à l'extérieur. [...] Il s'agit de construire une carrière pendant la période de la vie où les enfants arrivent. Apparemment, on ne peut pas faire carrière avec un emploi à temps partiel, et ce sont précisément les femmes qui travaillent à temps partiel. »[3].
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Anneke Ribberink, Leidsvrouwen en zaakwaarneemsters een geschiedenis van de Aktiegroep Man Vrouw Maatschappij (MVM), 1968-1973, Verloren B.V., Uitgeverij, , 352 p. (ISBN 9789065505996)
Filmographie
modifier- 5 jaar actiegroep Man-Vrouw-Maatschappij #1973, film, Nederlands Instituut voor Beeld & Geluid
- (nl) Man-Vrouw-Maatschappij jubileert, 1973, production Polygoon-Profilti
Liens externes
modifier- Archives de la section de Rotterdam de la MVM sur Stadsarchief Rotterdam
- Archives conservées par : Atria, kennisinstituut voor emancipatie en vrouwengeschiedenis (arch196)
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 (nl) « Joke Smit, icoon van de 'tweede feministische golf' », sur atria (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (nl) V. van de Loo, « De vrouw beslist. De tweede feministische golf in Nederland », Bijdragen en mededelingen betreffende de geschiedenis der Nederlanden, (résumé)
- 1 2 3 van Twillert, M. (9 mei 2008). Het onbehagen is terug. NRC Handelsblad. Gearchiveerd op 19 september 2016.
- 1 2 3 4 5 6 (nl) Anneke Ribberink, « Radicaal maar toch redelijk. Het ontstaan van de Aktiegroep Man Vrouw Maatschappij (MVM) », Amsterdams Sociologisch Tijdschrift, vol. 16, no 3, , p. 31–51 (ISSN 0921-4933, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (nl) Agnes van Steen, « De vergeten actiegroep Man Vrouw Maatschappij », sur Leiden University,
- ↑ (nl) « Dames in Data: Harriët Freezer – 1972 », sur Maatschappij der Nederlandse Letterkunde,
- 1 2 (nl) « Joke Smit: feministe en journaliste », sur IsGeschiedenis, (consulté le )
- ↑ (nl) « Reportages in Margriet van 1970-1979: gedoseerde aandacht voor emancipatie, vrouwenrechten en taboes », sur Margriet (consulté le )
- ↑ (nl) Merel de Koning, « De terugkeer van mannelijke feministen », sur OneWorld, (consulté le )
- ↑ (nl) LOVER, « Tijdschrift LOVER - Over LOVER », sur www.tijdschriftlover.nl (consulté le )
- ↑ (nl) LOVER, « Tijdschrift LOVER - Symposium: LOVER 50 jaar », sur www.tijdschriftlover.nl (consulté le )