Harriët Freezer
Harriët Freezer, pseudonyme de Wilhelmina (Miep) Eybergen, née à La Haye le et morte à Utrecht le , est une écrivaine, journaliste et féministe néerlandaise. Elle commence par écrire des romans policiers et publie par la suite dans des genres très variés pour abandonner finalement la fiction et se consacrer à des écrits sur des questions de société, généralement en lien avec la situation des femmes. Elle collabore aussi à divers journaux et magazines.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Wilhelmina Eybergen |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Enfants |
Elle adhère au groupe féministe Man Vrouw Maatschappij dès ses débuts et collabore activement au magazine féministe Opzij jusqu'à sa mort. Le prix Harriët Freezerring créé par ce magazine porte son nom.
Biographie
modifierJeunesse
modifierWilhelmina Eybergen, dite Miep, est née à La Haye le [1]. Elle est une des trois filles de Marinus Levinus Eijbergen et Gerarda Huberta van Lingen. La famille est de confession réformée mais non pratiquante[1],[2].
Lorsque Miep Eybergen a sept ans, son père, fonctionnaire local, veut changer de vie et emmène la famille vivre dans le village de Wenum, près d'Apeldoorn pour y créer un élevage de volailles[1].
Miep Eybergen et ses sœurs font leurs études secondaires à Apeldoorn. L'élevage de volailles périclite et les finances de la famille vont très mal. La famille Eybergen retourne alors à La Haye[1],[2]. Miep Eybergen intègre l'Académie royale des beaux-arts de La Haye avec le projet de devenir professeure de dessin[1],[3].
Formation
modifierÀ l'Académie, elle se confronte à une monde bien différent et peu conventionnel. Elle se découvre des affinités avec ses camarades communistes, mais, son père, ne l'autorisant pas à adhérer au Parti communiste des Pays-Bas, elle rejoint l'Association des smis de l'Union soviétique. Son enthousiasme ne dure cependant pas très longtemps. La lecture de Retour de l'URSS d'André Gide lui fait en effet découvrir la face sombre de ce pays[1].
Elle trouve alors dans la religion une réponse à ses idéaux. Le , elle est baptisée et confirmée dans la Confrérie des Remonstrants. Au début des années 1940, elle quittera cependant le mouvement[1].
Mariages et enfants
modifierElle ne termine pas sa formation, quitte l'académie au bout de trois ans et travaille quelque temps dans des librairies[1]. C'est là qu'elle rencontre son premier mari, Maurits Vriesendorp, un marin de la marine marchande. Ils se marient en 1937. Comme c'est l'usage à l'époque, Miep Eybergen cesse de travailler après son mariage. Le couple s'installe à Bilthoven et a quatre enfants entre 1938 et 1945, Harriet, Huberthe, Frits et Madelon. Huberte Vriesendorp (nl) devient plus tard traductrice et Madelon Vriesendorp (nl) artiste. Miep Vriesendorp-Eybergen mène une vie rangée auprès d'un mari aux idées traditionnelles et une belle-famille conservatrice[1],[3].
Pendant la Seconde Guerre mondiale et l'occupation allemande, elle est amenée à subvenir seule aux besoins de sa famille et apprécie l'indépendance que cette situation lui confère[1].
Miep Eybergen divorce en 1953 et épouse, en 1955, Jan Wolsak avec lequel elle a une relation secrète depuis quelque temps. Ils n'ont pas d'autres enfants et vivent à Bilthoven avec les quatre enfants de Miep Eybergen et le fils de Jan Wolsak[1].
Carrière
modifierÉcriture
modifierA partir de son premier roman, en 1948, et tout au long de sa vie, Harriët Freezer pratique un large éventail de genres littéraires, notamment des romans, des chroniques, des lettres fictives et des manuels sur les questions féministes[2].
Encouragée par Han G. Hoekstra (nl) , un ami et rédacteur en chef de Het Parool , elle écrit le roman policier Raadsels in Randerveen (Enigmes de Randerveen)» qui est publié en feuilleton, sous le pseudonyme de Harriët Freezer, dans le Nieuwe Rotterdamse Courant en 1948[1],[3].
Dans la même veine, elle écrit ensuite Moorddadige meimaan en 1955. Elisabeth en de moraal (1951) et Mijn dokter en ik (1965) sont également proches du genre policier[3].
Harriët Freezer publie régulièrement des romans inspirés de son vécu .Ainsi, après Luchtkasteel op poten- en 1952, récit de l'échec de l'élevage de volailles de son père dans la Veluwe, Huis aan vrij water paraît en 1962, et s'inspire d'un séjour dans la maison familiale à Irnsum, en Frise[2].
Brieven aan een grote dochter (Lettres à une grande fille, 1965) sont des lettres fictives d'une mère à sa fille. Wat doe je? O, niks. Portret van een moeder (Que fais-tu? Ah rien. Portrait d'une mère, 1965) parle de sa mère. Il est réédité une douzaine de fois[2].
Verhaal van een scheiding (Récit d'un divorce, 1967), présenté comme une fiction est cependant largement autobiographique. Ce livre marque la transition d'Harriët Freezer de la fiction vers des textes sociologiques[2].
Journalisme
modifierDe 1948 à 1955, Harriët Freezer écrit pour De Groene Amsterdammer[2].
Dans les années 1960, elle travaille pour Elseviers Weekblad, Avenue, l' Algemeen Dagblad, Het Vaderland (nl) et Het Parool . Pour ce dernier journal, elle collabore régulièrement à la page féminine compilée par Wim Hora Adema. Elle écrit aussi dans des magazines féminins comme Avenue (nl)et Margriet (nl)[3],[4].
Conférencière
modifierDepuis 1952, Harriët Freezer donne des conférences populaires à travers le pays[1]. Elle y aborde également la condition féminine, sans toutefois jamais mentionner les termes de féminisme ou d'émancipation. En utilisant des exemples du quotidien et en parlant de sa propre expérience avec humour, elle parvient à éveiller l'intérêt et la prise de conscience dans son public[1],[4].
Émissions de radio et télévision
modifierElle est très présente à la radio et apparaît aussi à la télévision. Elle contribue, entre autres, à l'émission Op de koffie pour VARA sur des thèmes concernant les femmes et sur lesquels les femmes sont invitées à s'exprimer. Pour ces émissions, Harriët Freezer se base souvent sur les discussions qu'elle a eues avec des femmes lors de ses conférences. Elle les développe également dans plusieurs publications, comme Kompleksen maken de vrouw (Les complexes font la femme) et Houd je nog een beetje van me ? (Tiens tu encore un peu à moi ?)[1],[2].
Militantisme
modifierFéminisme
modifierÀ la fin des années 1960, avec l'essor de la deuxième vague du féminisme aux Pays-Bas, Harriët Freezer, délaisse la fiction pour se consacrer à l'écriture d'articles à vocation sociale.
Lorsque Hedy d'Ancona et Joke Kool-Smit fondent le groupe d'action féministe Man Vrouw Maatschappij en 1968, Harriët Freezer y adhère immédiatement. De la même façon elle rejoint dès sa création en 1972, le magazine féministe radical de Wim Hora Adema et Hedy d'Ancona, Opzij. Elle y publie des articles jusqu'à sa mort[4].
Dans la veine féministe, elle publie, avec Wim Hora Adema, Rechtwijzer voor de vrouw (Guide juridique pour les femmes, 1975) et, dans un style plus lèger, Het onderste uit de man (Pour tirer le meilleur parti de l'homme), en 1972 et Wat doen we met moeder met de feestdagen? (Que faire avec maman pendant les fêtes ?) en 1975[3].
Harriët Freezer participe ainsi activement au mouvement d'émancipation des femmes : par ses chroniques, ses livres, ses conférences et ses émissions télévisuelles, elle touche un grand nombre de femmes, y compris des femmes au foyer et des femmes rurales[4].
Personnes âgées
modifierHarriët Freezer milite également pour l'émancipation des personnes âgées. En 1968, elle fonde la revue bimensuelle Ouderwijs en 1968 pour s'adresser aux générations plus âgées. La revue cesse de paraître au bout d'un an seulement[1].
Elle écrit également un guide pratique, Leven met de jaren (Vivre avec les années), pour encourager les personnes âgées à rester indépendantes. L'ouvrage connaît un grand succès, au point d'être rééédité dix fois en dix ans[2].
Traductions (anecdote)
modifierC'est aussi à partir de 1968, qu'elle signe les traductions de sept livres pour enfants de Roald Dahl. Elle remporte d'ailleurs le Zilveren Griffel (nl) pour trois de ses traductions. Ce n'est qu'après sa mort qu'on apprend que les traductions étaient en fait de la main de sa fille aînée, Huberte Vriesendorp. L'éditeur De Fontein est à l'origine de ce subterfuge, pensant ainsi stimuler les ventes[1].
Fin de vie
modifierHarriët Freezer meurt subitement le à l'hôpital Diakonessenhuis (nl) d'Utrecht d'une tumeur au cerveau[2].
Sa mort soulève une vague de messages de sympathie qui démontrent sa grande popularité[1].
Hommages
modifierOdonymie
modifierPrix Harriët Freezerring
modifierEn reconnaissance de sa contribution à l'émancipation des femmes, le magazine Opzij crée le Harriët Freezerring un an après sa mort, un prix décerné chaque année à une personne ou une organisation ayant contribué de façon significative à l'émancipation des femmes[6].
En 1990, un recueil de ses nouvelles a été publié sous le titre Is dat nu wel zo? (Est-ce vraiment le cas ?)[3].
Publications (sélection)
modifierFiction
modifier- (nl) Raadsels in Randerveen [« Énigmes à Randerveen »], Rotterdam, Ad. Donker ; De Arbeiderspers (réimpr. 1974) (1re éd. 1948)
- (nl) Elisabeth en de moraal [1951], Het Wereldvenster, [« Elisabeth et la morale »], Amsterdam, Arbeidspers, , 170 p. (ISBN 9789029517713)
- (nl) avec Jac. van de Ster, Dat is de reden niet. [« Ce n'est pas la raison »], Baarn, Het Wereldvenster,
- (nl) Luchtkasteel op poten. [1952], Het Wereldvenster, R. [« Château dans les airs sur pilotis »], Amsterdam, Arbeidspers, (réimpr. 1970) (1re éd. 1952)
- (nl) Harriet Freezer, Is dat nu wel zo? [« Est-ce vraiment ainsi ? »], Het Wereldvenster,
- (nl) Moorddadige meimaand [« Le mois de mai, un mois meurtrier »], Utrecht, A.W. Bruna & Zoon,
- (nl) Mijn dokter en ik [« Mon docteur et moi »], Rotterdam, Pfizer N.V.,
- (nl) Huis aan vrij water [« Maison sur l'eau libre »] (ill. Yvonne Molhuysen), Amsterdam, Anvers, Wereldbibliotheek, , 80 p. (lire en ligne)
- (nl) Brieven aan een grote dochter. Met tekeningen van de grote dochter. [« Lettres à une grande fille »], Amsterdam, Anvers, Wereldbibliotheek,
- (nl) Wat doe je? O, niks. Portret van een moeder [« Que fais-tu ? Oh, rien. Portrait d'une mère »], Amsterdam, De Arbeiderspers, (lire en ligne)
Non-fiction
modifier- (nl) Kompleksen maken de vrouw. Twee dozijn vrouwenkompleksen met een voorafje en een achterafje. [« Les complexes font la femme. Deux douzaines de complexes féminins, avec entrée et dessert. »], Amsterdam, De Arbeiderspers,
- (nl) Houd je nog een beetje van me? Vrouwen luchten hun hart [« M'aimes-tu encore un peu ? Les femmes se confient à cœur ouvert »], Amsterdam, De Arbeiderspers (réimpr. 1973), 6e éd. (1re éd. 1971) (ISBN 9789029517744)
- (nl) Het onderste uit de man [« Tirer le meilleur parti de l'homme »], Amsterdam, De Arbeiderspers,
- (nl) Leven met de jaren. Een praktische gids voor al uw doen en laten in de derde levensfase [« Vivre avec les années. Un guide pratique »], Haarlem, J.H. Gottmer (réimpr. 1980), 6e éd. (1re éd. 1972) (ISBN 9789025701192)
- avec Wim Hora Adema, A Rechtwijzer voor de vrouw [« Guide juridique pour les femmes »], A.W. Bruna & Zoon,
- (nl) avec Wim Hora Adema, Engeland. Van kust tot kust tot kust tot kust, Haarlem, J. H. Gottmer, , 206 p. (ISBN 90-257-0328-3)
Voir aussi
modifierRéférences
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 (nl) Bettina J. Mulder, « Eijbergen, Wilhelmina (1911-1977) », sur Biografisch Woordenboek van Nederland,
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (nl) Marianne Vogel, « Harriët Freezer », Kritisch lexicon van de moderne Nederlandstalige literatuur(1980-2015), (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 (nl) G.J. van Bork, « Freezer, Harriët », sur Schrijvers en dichters (dbnl biografieënproject I), (consulté le )
- 1 2 3 4 (nl) « Dames in Data: Harriët Freezer – 1972 », sur Maatschappij der Nederlandse Letterkunde,
- ↑ (nl) Jos Jansen of Lorkeers, « Kijk op de Wijk: Harriët Freezerplantsoen », sur Apeldoorn Direct, (consulté le )
- ↑ (nl) Bettina J. Mulder, « Eijbergen, Wilhelmina (1911-1977) », sur Biografisch Woordenboek van Nederland,