Mandume ya Ndemufayo
Mandume ya Ndemufayo (1894 – ) fut le dernier roi d'Uukwanyama, un des royaumes précoloniaux du peuple Ovambo du sud de l'Angola et du nord de la Namibie. Ya Ndemufayo prit le pouvoir en 1911 et régna jusqu'en 1917, année où il se suicida ou fut abattu lors d'une attaque menée par les sud-africains[1]. Ya Ndemufayo est honoré comme un héros national en Angola et en Namibie[2].
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Nande ya Hedimbi (d) |
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Contexte historique
modifierLe royaume d'Oukwanyama a été divisé par la conférence de Berlin de 1884 en deux régions : l'Afrique occidentale portugaise et le sud-ouest africain allemand, mais aucune d'elles n'ont tenté de l'occuper ou de l'administrer pendant au moins deux décennies.
Après 1900, les frontières coloniales commencèrent à empiéter sur la région. Les efforts du Portugal pour soumettre la frontière sud de l'Angola échouèrent jusqu'à la conquête d'Ombandja en 1907 et d'Evale en 1912. L'Allemagne n'avait en revanche entrepris aucune démarche pour occuper le nord de sa colonie. Non seulement cette région était peu prometteuse économiquement, mais les royaumes ovambo, peuplés et bien armés, étaient considérées comme trop redoutables pour être facilement soumises, surtout avant 1904, alors que l'Allemagne peinait encore à s'implanter au centre du Sud-Ouest africain allemand. Les autorités coloniales préférèrent s'appuyer plutôt sur des traités de protection, qui facilitèrent l'immigration de main-d'œuvre vers les mines du sud, et s'assurèrent de rapports courtois avec les dirigeants Ovambo[3].
Enfance
modifierYa Ndemufayo a grandi à une époque de profonds bouleversements dans le royaume d'Uukwanyama, dus à la présence de marchands et de missionnaires européens. Troisième dans l'ordre de succession au trône de Kwanyama, le prince a vécu dans la peur d'être assassiné dès son plus jeune âge[4],[5].
Règne (1911-1915)
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Ya Ndemufayo succéda sur le trône à Nande ya Hedimbi en 1911, et transféra immédiatement la résidence royale à Ondjiva (aujourd'hui en Angola).
Avant d'accéder à la royauté, Mandume était connu pour être très critique à l'égard de la manière dont le royaume de Kwanyama s'était appauvri et désordonné. Il critiquait la manière dont ses compatriotes les plus pauvres étaient exploités, ce qui aurait finalement entraîné un appauvrissement de la nation tout entière. Il déplorait également l'épuisement des ressources naturelles d'Uukwanyama, dû à la négligence de ses prédécesseurs à exercer un contrôle royal sur les ressources, en particulier sur l'entretien des arbres fruitiers[3]. Globalement, le roi Mandume chercha à restaurer la richesse et la prospérité du royaume face à un système de gouvernement local en déclin[1]. Mandume entreprit rapidement des réformes intérieures, avec une approche radicalement différente de ses prédécesseurs. Dans les récits écrits et oraux, Mandume est décrit dès le départ comme ayant une vision cohérente et intégrée de la transformation de l'État et de la société Kwanyama. Ses réformes furent cependant graduelles, chacune s'appuyant sur le succès de la précédente[3].
Réforme sur les arbres fruitiers
modifierMandume commença prudemment avec un décret sur les arbres fruitiers: aucun fruit non mûr ne devait être cueilli, en particulier celui de l'omuandi (arbre à lait rouge), dont les fruits avaient été de plus en plus cueillis prématurément lors des récentes sécheresses, une pratique que ses prédécesseurs avaient laissée se poursuivre sans contrôle. Selon les récits traditionnels, le premier délinquant amené à Mandume pour être jugé fut contraint de manger tous les fruits verts qu'il avait cueillis, ce qui constitua un exemple efficace par la suite. L'efficacité de la punition est symboliquement relatée dans ce récit, sans doute à des fins didactiques pour promouvoir à la fois le but écologique et l'objectif autoritaire[3].
Restriction de l'usage des armes à feu
modifierLa tradition raconte ensuite que Mandume profita de sa deuxième réunion avec le conseil des chefs pour aborder le problème des tirs aléatoires, fréquents et souvent mortels dans un pays bien approvisionné en armes à feu. Mandume critiqua les pertes humaines inutiles causées par ces fusillades, devenues monnaie courante lors des mariages et des fêtes annuelles du bétail. Il affirma également avec force que les Kwanyama s'attendaient à une guerre avec des étrangers qui menaçaient de s'emparer de leurs terres. Or, ces derniers étaient les fournisseurs des armes et des munitions, et si elles étaient mal utilisées, l'approvisionnement serait incertain, rendant la situation critique en cas de guerre. Il ordonna donc la fin de tous les tirs inutiles. Il ordonna à ses assistants d'abattre le premier transgresseur connu, et demanda aux chefs d'expliquer à leur peuple la signification de cette exécution. Aux funérailles de l'un de ses oncles, l’interdiction fut complètement respectée[3].
Droits des femmes
modifierLes rois et les chefs précédents avaient apparemment estimé que les femmes ne devaient pas être autorisées à posséder du bétail. Les femmes avaient donc été soumises à la confiscation de tout gros bétail qu'elles possédaient, ce que Mandume abrogea. Mandume chercha également à contrôler la criminalité sexuelle : des peines sévères contre les violeurs furent appliquées de force[3].
Renforcement de l'autorité royale
modifierD'autres mesures de centralisation suivirent : Mandume convoqua tous les chefs de guerre, les commandants des etanga (bandes de guerre), à assister au prochain conseil des chefs. Il annonça qu'aucun autre raid pour le bétail et les captifs ne devrait être effectué dans les entités politiques voisines sans son autorisation personnelle. Il ne condamnait pas les raids en soi, mais les ramenait sous contrôle royal. Les chefs reçurent l'ordre de cesser leurs raids indépendants. Mandume les accusait d'attaquer les États voisins et de conserver la majeure partie du bétail, n'en transférant qu'une petite partie aux troupeaux du roi. Mandume revendiquait désormais l'autorité exclusive pour envoyer des troupes de guerre. Selon la tradition orale, le premier à contrevenir à cet ordre fut le chef Hangula ya Mutumbulwa, qui fomenta une attaque contre Ekamba. Lui et ses partisans revinrent, divisèrent le troupeau capturé et en emmenèrent la majeure partie au roi en guise de geste d'apaisement. Mandume ordonna de traire les vaches, puis força Hangula à boire tout le lait jusqu'à en être malade[3].
Relations avec le christianisme
modifierLa politique extérieure de Mandume consista d'abord à se rapprocher de la mission rhénane, par l'intermédiaire de laquelle il transmit des messages conciliants à l'administration allemande à Windhoek. Il devint rapidement évident qu'il entendait équilibrer ses tendances pro-allemandes par une position anti-portugaise. Il ne montra cependant aucun scrupule envers les commerçants portugais présents dans le pays, et les expulsa complètement après avoir dénoncé leurs prix prohibitifs[3].
Des tensions apparurent toutefois entre le nouveau roi de Kwanyama et les missionnaires allemands qui s'étaient établis dans quatre stations à Uukwanyama depuis 1890. Contrairement à ce que pensaient les missionnaires portugais et catholiques, les missionnaires rhénans n'avaient guère appris à Mandume plus que de signer son nom et de parler un allemand élémentaire. Mandume n'était pas favorable au christianisme : il rendait parfois la mission et l'existence de la communauté chrétienne extrêmement difficiles. En , les chevaux de Mandume furent délibérément conduits par des jeunes dans les champs de la communauté rhénane pour les faire paître, détruisant leurs récoltes. Peu après, Mandume fit abattre le jeune fils d'un chrétien pour avoir poussé le cri de guerre interdit, bien qu'un autre délinquant ait été épargné après que son père ait offert au roi un panier de céréales en paiement. La conviction que Mandume nourrissait une rancune contre les chrétiens et encourageait ou permettait à des éléments antichrétiens de les persécuter était également renforcée par les accusations de sorcellerie qui s'ensuivirent. Le cas particulier d'un chrétien nommé Israël, accusé d'avoir tué son beau-frère par sorcellerie et retrouvé mort par balle, a conduit les missionnaires à soupçonner que Mandume était indirectement responsable[3].
Moins d'un an après l'accession au pouvoir de Mandume, la communauté chrétienne d'Uukwanyama se sentit profondément en insécurité. Par intervalles, des familles s'enfuirent à Ondonga, où les convertis bénéficiaient d'une plus grande tolérance. Ces fuites étaient généralement précipitées par des rumeurs d'accusations imminentes de sorcellerie. Face à ces désagréments, Mandume insista sur le fait que les pressions exercées par les anciens de la cour avaient provoqué son changement d'attitude envers les chrétiens. La persécution des chrétiens constitua un aspect négatif du populisme de Mandume ; ils constituaient selon lui un objet d'« altérité » qui contribua à mobiliser l'unité parmi les Kwanyama non chrétiens. Mais il se peut qu'il s'agisse d'une vague de résistance sur laquelle Mandume exerçait moins de contrôle que ne l'imaginaient les missionnaires[3].
Lutte contre la colonisation et mort
modifierLa pression augmenta rapidement de la part des européens au cours de l'année 1915, marquée par une importante famine. Une armée portugaise se présenta pour mener à bien la conquête militaire du nord de l'Uukwanyama : lors de la bataille de Mongua, ya Ndemufayo et les Kwanyamas résistèrent à une attaque portugaise pendant trois jours, mais finirent par avoir le dessous. Ayant essuyé de lourdes pertes, ya Ndemufayo fut contraint de déplacer la capitale des Kwanyamas depuis Ondjiva vers Oihole, dans ce qui est désormais le nord de la Namibie[3],[5].
En 1915, suite à la capitulation Allemande, l'Afrique du Sud prit possession sans combat du Sud-ouest africain Allemand au nom de la Grande Bretagne[3]. Mandume ne put faire autrement que signer un traité de protection avec les sud-africains en . Mais les Kwanyama furent involontairement victimes d'un conflit frontalier entre le Portugal et l'Afrique du Sud, lorsque les deux puissances déplacèrent à deux reprises la frontière angolaise-namibienne en 1916, et Oihole se retrouva soudainement en territoire angolais[5].

Le Portugal et l'Afrique du Sud interdirent tous deux à Mandume de rendre visite à ses sujets de l'autre côté de la frontière. Il défia cette règle et traversa fréquemment la frontière pour rester en contact avec son peuple : il fut alors sommé par les sud-africains de déposer les armes et de se placer sous protection sud-africaine, ce qu'il refusa. En , les portugais et les sud-africains menèrent une attaque conjointe sur Oihole, plus nombreux et mieux armés que les hommes de Mandume. Ces derniers se défendirent vaillamment, mais finirent par tomber à court de munitions, submergés par le nombre, et Mandume mourut lors de l'affrontement[5],[6]. La cause de sa mort est controversée : les archives sud-africaines indiquent qu'il fut tué par des tirs de mitrailleuses[3], tandis que la tradition orale et populaire la décrit comme un suicide pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi. Blessé, il aurait demandé à trois de ses hommes de le tuer, mais ils refusèrent, et il se serait suicidé avec son épée[1],[5]. Il aurait notamment déclaré avant sa mort:
"My heart tells me that I did nothing wrong"[5].
Il existe une croyance selon laquelle il aurait été décapité à sa mort : sa tête aurait été enterrée en Namibie, et le reste de son corps en Angola[7].
La royauté d'Uukwanyama fut abolie après sa mort en 1917 jusqu'en , date à laquelle Kornelius Mwetupunga Shelungu fut finalement reconnu comme roi coutumier (Ohamba) des Uukwanyamas[5].
Hommages
modifier- Mandume ya Ndemufayo est l'un des neuf héros nationaux de Namibie, identifiés lors de l'inauguration du Heroes' Acre, près de Windhoek[8].Ya Ndemufayo y est honoré par une pierre tombale en granit sur laquelle son nom est gravé et son portrait est collé.

- Le roi Mandume est également célébré en Angola[7], où des rues portent son nom dans plusieurs villes du pays.
- L'Universidade Mandume ya Ndemufayo[9], université angolaise fondée en 1963, porte le nom du roi Mandume.
- En , des milliers de Namibiens ont assisté à la célébration du 100e anniversaire de la mort du roi Kwanyama Mandume ya Ndemufayo à Omhedi, dans la région d'Ohangwena. Parmi eux, d'anciens présidents namibiens, et le président Hage Geingob, qui a dévoilé un buste du roi Mandume[10].
- Une avenue du centre-ville de Windhoek porte son nom[5], qui mène au campus de l'Université de Namibie.

Références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Mandume ya Ndemufayo » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 Patricia Hayes, « Order out of Chaos: Mandume Ya Ndemufayo and Oral History », Journal of Southern African Studies, vol. 19, no 1, , p. 89–113 (ISSN 0305-7070, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Napandulwe Shiweda, Mandume ya Ndemafayo's Memorials in Namibia and Angola, University of the Western Cape, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Patricia Hayes, « Order out of Chaos: Mandume Ya Ndemufayo and Oral History », Journal of Southern African Studies, vol. 19, no 1, , p. 89–113 (ISSN 0305-7070, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Dictionary of African Biography, Oxford University Press, (ISBN 9780199857258, lire en ligne
), Mandume ya Ndemufayo (1894–1917) - 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) WildWeb, « Legacy of legendary Oukwanyama king still vivid », sur namibian.org (consulté le )
- ↑ (en) « Mandume yaNdemufayo: The Last Stand of a Warrior King Against Colonial Rule », sur padlangsnamibia.com (consulté le )
- 1 2 (en) Napandulwe Shiweda, Mandume ya Ndemufayo’s Memorials in Namibia and Angola, University of the Western Cape, (lire en ligne)
- ↑ (en) WildWeb, « The Heroes‘ Acre – a dignified resting place », sur namibian.org (consulté le )
- ↑ « Início », sur umn.edu.ao (consulté le )
- ↑ (en) « THE OVAMBO CAMPAIGN MEMORIAL NEAR THE WINDHOEK RAILWAY STATION - Nongqai BLOG », (consulté le )