Manufacture d'indiennes de Bienne
La manufacture d'indiennes de Bienne est une manufacture d'indiennes située dans la ville de Bienne, ou elle fut la première entreprise industrielle et active de 1747 à 1842.
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26-28 Promenade de la Suze (d) Bienne Ancienne Confédération suisse, République helvétique et Confédération des XIX cantons |
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Histoire
modifierEn 1747, Benedikt Rother (1697-1761) et Alexander Jakob Wildermeth (1715-1786), fondent une manufacture au « Pasquard », entre la ville et le lac de Bienne, connue pour la coloration des toiles de coton peintes ou imprimées qui alimentent alors le commerce triangulaire[1].
La manufacture, connue sous le nom de Verdan & Cie, est à Bienne la première entreprise industrielle[2]. Malgré plusieurs changements effectués dans l'administration, l'entreprise a du mal à tourner. François Verdan, fabricant d'indiennes travaillant à Greng et à Saint-Blaise, reprend la manufacture biennoise en 1784. Il agrandit l'entreprise avec son fils Henri Verdan (1770-1832) et ses gendres Johann Rudolf Neuhaus (1767-1846) et Johann Peter (Jean-Pierre) (1772-1839)[3].

Les propriétaires de Verdan & Cie comptaient parmi les industriels les plus riches de ce qui était alors le département du Haut-Rhin après la Révolution française de 1789. En 1808, l'entreprise comprend deux manufactures d'indiennes à Bienne et à Delémont, ainsi que trois manufactures de tissages et deux filatures[3]. Durant l'année 1808, 8 700 rouleaux de tissu de 16 mètres de long sont produits. Avec les usines de tissage et de filature associées à Bienne, la manufacture d'indiennes employait 1 200 personnes, soit près de la moitié de la population de Bienne. Le succès se poursuit avec la mécanisation[3].
Avec la fin de la domination française en 1814, la manufacture perd sa position privilégiée sur le marché français. Sur le marché suisse, la forte concurrence des fabricants d'indiennes anglais font perdre à la manufacture son statut. La manufacture de Bienne connaît ensuite un déclin constant. Neuhaus démissionne en 1823 pour fonder la filature Neuhaus, Boch & Cie[4]. Verdan & Cie ferme ses portes en 1842[3].
De 1858 à 1883, la communauté juive de Bienne utilise une pièce de l'ancienne manufacture pour y installer une salle de prière. L'ouverture de la synagogue en 1883 permet ensuite à la communauté de bénéficier d'un lieu de culte dédié.
L'ancien bâtiment principal de la manufacture accueille le musée Robert, créé en 1983 ainsi que le musée Neuhaus, créé en 1985. Les anciens bâtiments de la manufacture font aujourd'hui partie du NMB Neues Museum Biel.
Liens avec le commerce triangulaire
modifierAu XVIIIe l'indiennage est devenu pour les Biennois une nouvelle opportunité économique et une émigration se produit auprès de toutes les classes sociales[5]. C'est dans ce contexte que, dans les années 1760, les enfants Rother (Samuel, Abraham et Suzanne) émigrent à Nantes. Les frères y ouvrent leur manufacture, la Rother & Cie[6]. Suzanne quant à elle épouse, le Neuchâtelois Simon Louis Petitpierre[7], à la tête de la manufacture nantaise éponyme. Ces deux manufactures produisaient des indiennes destinées à être échangées contre des personnes esclavagisées sur les côtes africaines. Une demande d'autorisation d'importer du coton de moins bonne qualité, co-signée par les frères Rother et la manufacture Petitpierre a été adressée au roi de France en 1786[8]. Dans cette demande, les auteurs explicitent leur intention de destiner cette production à la traite[9].
Au XVIIIe siècle une grande partie des tissus peints ou imprimés dans les manufactures suisses[10] alimente le commerce triangulaire[11]. C’est le cas par exemple de la production d’une manufacture proche de celle de Bienne, la Fabrique-Neuve de Cortaillod. Celle-ci fournissait en tissu les sociétés de négoce installées autour de Neuchâtel, contribuant ainsi à l’entreprise coloniale[12] et à l’essor industriel de ce canton[13], alors un centre du commerce de traite parmi les plus prospères sur le continent européen[11]. Dans ce contexte il est probable que des tissus peints ou imprimés à Bienne aient été utilisés en tant que monnaie d'échange contre des esclaves.
Économie locale et régionale
modifierL'ouverture de la manufacture du Pasquart change le paysage économique et social de la ville, qui cesse d'être une économie artisanale[14.1]. Ces changements se déroulent dans quatre domaines[14.2] :
- Le travail se hiérarchise, contrairement aux pratiques des petites entreprises artisanales. Dès lors, différents corps de métiers œuvrent ensemble sous la direction de chefs.
- La production dépend dorénavant de l'offre et de la demande pour l'importation et l'exportation de matières premières et de directives internationales.
- La compagnie Verdan & Cie devient un important employeur local.
- La mécanisation de la production amorce la première révolution industrielle.
C’est la mécanisation du filage, du tissage et de la production d’indiennes à la fin du 18e siècle qui amène la révolution industrielle à Bienne[14.3].
Les femmes à la manufacture
modifierLes femmes constituent la principale main d'œuvre dans les prés, dans les lavoirs. Elles travaillent comme: picoteuses, pinceleuses, rentreuses. Les femmes exercent le même travail que les hommes (imprimeurs). Cependant elles gagnent nettement moins que les hommes[14.4].
Elles ont travaillé dans le bâtiment principal de la manufacture jusqu'à fin 1790 et n'avaient le droit que d'imprimer la deuxième ou troisième plaque. Le rez de chaussé du séchoir accueillait les femmes[14.4].
Les pinceleuses étaient la catégorie professionnelle majoritaire, jusqu'à 43% des employés dans certaines manufactures. Leurs travail consiste à faire des corrections ou des colories aux pinceaux sur les toiles de tissus[14.4].
Bâtiments
modifierLes manufactures d'indiennes, ou « indienneries » participent des prémices de la révolution industrielle. Elles développent des sites de production conséquents comprenant divers bâtiments aux fonctions différenciées et réunissant de nombreux corps de métiers spécialisés ou non. Leur ampleur permet l'emploi de centaines de personnes, hommes, femmes et enfants[14.5].
- La maison Neuhaus (Schüsspromenade 26-28) est répertoriée comme « bien culturel d'importance régionale » (objet B)[15].
Les bâtiments suivants sont inscrits comme « digne de protection » ou « bien culturel d'importance régionale » (objet C) :
- Ancien bâtiment de mécanique, construit en 1766 (Schüsspromenade 18)
- Ancienne chaufferie, construite en 1798 (Schüsspromenade 24)
- Ancien bâtiment Trockne, érigé jusqu'en 1786 (Seevorstadt 54-56)
- Ancienne cuisine des couleurs, construite en 1799 (Karl-Neuhaus-Strasse 3)
Bibliographie
modifier- (de) Ingrid Ehrensperger, « Die Indienne-Druckerei im Drei-Seen-Land im 18. und 19. Jahrhundert », dans Heimatbuch des Seelandes und Murtenbiets, Seebutz, (ISBN 3-906140-51-2)
- P.-A. Borel, Famille Verdan, communière de Sugiez, branche des maîtres indienneurs, Neuchâtel: édition de l’auteur et dela Société neuchâteloise de généalogie, 2010
- Ralf Dahler, Négoce, soie et coton : le début du capitalisme à Bienne, Bienne, Intervalles : revue culturelle du Jura bernois et de Bienne,
- Ralf Dahler, Bienne : émigration, indiennage et commerce globalisé au XVIIIe siècle, Bienne, Intervalles : revue culturelle du Jura bernois et de Bienne,
- Tobias Kaestli, « Fondation d’une industrie d’indiennes à Bienne », dans Petite histoire de la Ville de Bienne: un guide historique, Berne: Sinwel, (ISBN 978-3-85911-907-9)
Liens externes
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Notes et références
modifier- ↑ « Indiennes », sur hls-dhs-dss.ch (consulté le )
- ↑ Gaffino, David et Reto Lindegger (éditeurs), Histoire de Bienne: des origines à 1815, Baden, Hier+Jetzt, , 562 p. (ISBN 978-3-03919-303-5), p. 414
- 1 2 3 4 « Dictionnaire du Jura – Fabrique d'indiennes de Bienne », sur www.diju.ch (consulté le )
- ↑ « Johann Rudolf Neuhaus » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne (Stand: 12. Januar 2015)
- ↑ Ralf Dahler, Bienne : émigration, indiennage et commerce globalisé au XVIIIe siècle, Bienne, Revue culturelle du Jura bernois et de Bienne, , 142 p. (ISSN 1015-7611), p. 98
- ↑ Thomas David, Bouda Etemad et Jannick Schaufelbuehl, La Suisse et l’esclavage des Noirs, Lausanne, Antipodes, , 184 p. (ISBN 978-2-88901-201-5), p. 20
- ↑ Nathalie Barré, « Fabriques d’indiennes du faubourg des ponts (2/2) », sur Nantes Patrimonia, (consulté le )
- ↑ Aug. Simon & Roques Cie., Dubern & Cie., Rother & Cie., Veuve Daviez, Petitpierre Frères & Cie. et Gorgerat Frères & Cie., Mémoire pou les fabricants d'indiennes pour la ville de Nantes, , 8 p.
- ↑ Aug. Simon & Roques Cie., Dubern & Cie., Rother & Cie., Veuve Daviez, Petitpierre Frères & Cie. et Gorgerat Frères & Cie., Mémoire pou les fabricants d'indiennes pour la ville de Nantes, , p. 5-6
- ↑ « Indiennes », sur hls-dhs-dss.ch (consulté le )
- 1 2 « Des esclavagistes suisses cousus d’or », sur La Liberté (consulté le )
- ↑ « Colonialisme », sur hls-dhs-dss.ch (consulté le )
- ↑ « Neuchâtel (canton) », sur hls-dhs-dss.ch (consulté le )
- Ralf Dahler, Négoce, soie et coton, le début du capitalisme à Bienne (Revue culturelle du Jura bernois et de Bienne), Bienne (no 126), , 165 p. (ISSN 1015-7611)
- ↑ KGS-Nummer 769.