L'origine de la procession remonte au XVIIesiècle, lors d'une épidémie de peste. La Confrérie Saint Roch, basée dans l'Église de la Ville-Basse, était responsable de l'organisation du culte et des processions. Pendant cette période, une messe solennelle était célébrée chaque mardi en l'honneur de Saint Roch. Au fil des ans, la procession en l'honneur de Saint Roch a pris de l'ampleur. Initialement associée à la procession Notre-Dame du 15 Août, la procession de Saint Roch avait lieu le pour remercier la protection du saint contre les épidémies[1]’[2]’[3].
L'année 1654 a été retenue comme «date symbolique» de la naissance de la Marche Saint-Roch de Thuin, probablement en mémoire de la victoire des Thudiniens contre les troupes du Prince de Condé lors du siège de la Cité[4].
En 1794, la marche fut interdite lors de la phase radicale de la Révolution française, comme de nombreuses autres processions religieuses en Belgique[5].
En 1866, lors d'une épidémie de choléra, le culte à Saint Roch a été revisité de manière spectaculaire. Une nouvelle confrérie Saint Roch a été fondée cette année-là, et en 1867, le troisième dimanche de mai est devenu le jour de la procession[1]’[2]’[6].
En 1868, à la demande du curé de la Ville-Basse, l'Administration communale a accepté d'associer une marche militaire à la procession. Cette tradition se perpétue aujourd'hui, avec la partie religieuse gérée par le clergé et l'organisation de la marche militaire confiée au «Comité Saint-Roch»[1]’[7].
La statue de Saint-Roch réalisée en 2000 par le sculpteur Martine Botson[8].
Vers la fin du XIXesiècle, la marche fut mise en évidence et promue en tant que patrimoine Wallon (par opposition au patrimoine Flamand, dans le cadre des tensions de l'époque).
Elle connut de nombreuses évolutions dans ses rites et costumes au cours des années 1930[5].
La marche folklorique de la Saint Roch de Thuin attire plus de 2 000 marcheurs chaque année. Les festivités se déroulent sur trois jours, du samedi au lundi, pendant le troisième week-end de mai.
Samedi: Tirs des Campes en soirée suivis d'un cortège aux flambeaux.
Dimanche: Hommage à la Chapelle Saint-Roch, descente solennelle de la statue de Saint Roch de l'église Notre-Dame d'el Vaulx, procession dans les rues de Thuin avec des moments forts ponctués par les cloches du beffroi.
Lundi: Rassemblement des sociétés, messe en l'honneur de Saint Roch à l'église Notre-Dame d'el Vaux, marche vers la chapelle Saint-Roch, procession dans la ville de Thuin.
Honneurs rendus aux reliques de Saint-Roch devant l'église Notre-Dame del Vaux avant la procession.
Procession religieuse escortée d’une marche militaire, la Saint‑Roch réunit plus de 2 000 marcheurs répartis en sociétés portant des uniformes historiques variés grenadiers, zouaves, sapeurs, artilleurs, tartares,etc.[9].
Second Régiment des Grenadiers à pied de la Garde impériale. Fondée en 1888 pour ouvrir officiellement le cortège de la Saint‑Roch, cette société thudinienne rassemblait initialement un peloton de sapeurs avant d’intégrer grenadiers et cavaliers. Depuis 1950, elle adopte l’uniforme du Second Régiment des Grenadiers de la Garde impériale. Active hors de Thuin dès 1893, elle a participé à de nombreux déplacements en Belgique et en Europe occidentale.
Second Régiment des Zouaves Français du Second Empire. Créée en 1890 dans les hameaux des Maroëlles et de la Maladrie, la compagnie alors nommée «Zouaves de Maroëlles» accompagne la procession Saint‑Roch dès ses débuts. Inspirée des troupes d’élite de l’armée d’Afrique, elle se distingue par la chéchia rouge, le boléro bleu et la culotte bouffante. Elle défile régulièrement en Belgique et en France, fidèle à la devise traditionnelle des Zouaves.
Arrivée de sapeurs de la marche Saint-Roch devant l'église Notre-Dame del Vaux.Société Royale des Pompiers Volontaires des Waibes. Fondée en 1908 pour répondre aux besoins de sécurité publique, cette société assurait autrefois des interventions réelles grâce à une pompe à bras. Devenue exclusivement folklorique en 1939, elle adopte en 1961 l’uniforme des pompiers parisiens de 1900. Elle reçoit le titre de société royale en 1965.
Société Royale des Mousquetaires du Roy. Mentionnée dès 1871, cette société montée s’inspire des mousquetaires de Louis XIII. Son uniforme, richement orné, comprend cape de velours, pourpoint coloré, culotte galonnée et feutre à plumes. Elle porte un étendard blanc fleurdelysé. Les Mousquetaires ont notamment défilé à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958.
Société Royale des Sapeurs‑Pompiers Volontaires de la Ville‑Haute. Créée en 1886, cette compagnie disposait à l’origine d’une pompe à bras et réalisait des exercices réguliers. Présente à la Saint‑Roch depuis ses débuts, elle devient «Société Royale» en 1964. Son uniforme associe veste et képi bleu foncé rehaussés de liserés azur.
Compagnie des Voltigeurs du Premier Empire. Fondée en 1986, cette société reproduit l’uniforme des voltigeurs napoléoniens: tunique bleue, pantalon blanc et schako à plumet rouge. Elle comprend tambours, état‑major, cantinières, vivandières et fusiliers.
Tromblons de la 5einfanterie dans la procession Saint-Roch.Tartares Lituaniens. Créée en 1983, cette société de cavaliers s’inspire d’unités tartares rattachées aux armées du Premier Empire. Après des recherches historiques, elle adopte l’appellation «Tartares Lituaniens». Les cavaliers portent veste bleue, gilet rouge brodé et colback de fourrure, précédés d’une batterie et de cantinières.
Sapeurs et Artilleurs du Second Empire de Biercée. Cette compagnie, active sous sa forme actuelle depuis 1989, reprend la tradition d’une ancienne unité locale disparue après 1918. Ses uniformes s’inspirent des premières troupes belges. Elle inclut un groupe de vivandières et défile autour d’un canon de 3 pouces surnommé «Léontine», exclusivement à la Saint‑Roch et à la Sainte‑Barbe.
Compagnie Royale des Enfants de sainte Barbe. Fondée en 1869 à Ragnies, cette société de sapeurs‑pompiers se place sous la protection de sainte Barbe. D’abord utilitaire, elle devient progressivement une compagnie purement folklorique après la création d’un corps de pompiers professionnels.
Volontaires Belges de 1830. Créée en 1987, cette société commémore la Révolution belge et la participation de Thudiniens aux événements de 1830. Son uniforme comprend blouse bleue, pantalon blanc, ceinturon et coiffe de fourrure ornée d’une cocarde tricolore.Salve tirée derrière l’église de la Ville-Basse par la compagnie Saint-Roch.
Flanqueurs de la Garde du Premier Empire. Fondée en 1988 à Ragnies, cette société s’inspire fidèlement des uniformes verts des flanqueurs impériaux, reconstitués à partir de modèles parisiens. Elle participe pour la première fois à la Saint‑Roch en 1989.
Compagnie Saint‑Roch. Créée en 1984 pour honorer saint Roch, cette société se compose de cinq sections et adopte des uniformes inspirés des premières troupes belges.
Compagnie Royale des Chasseurs Carabiniers de la Ville‑Basse. Fondée en 1868 après un incendie meurtrier, cette compagnie portait initialement le nom de «Chasseurs Pompiers Volontaires». Devenue folklorique, elle adopte l’uniforme des carabiniers belges de 1848: redingote vert‑épinard, pantalon gris et demi‑buse noire ornée de plumes.
Société Royale des Zouaves Pontificaux. Créée en 1901, cette société représente le régiment pontifical fondé en 1860 par le comte Xavier de Mérode. Structurée en pelotons (sapeurs, batterie, étendards, fusiliers), elle accompagne la statue de saint Roch et assure divers services processionnels. Les Pèlerins et Sœurs Grises portent la relique du saint et participent aux rites du lundi de la Marche.
↑Patrick Lemaire, «Quinze marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse admises au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco», L'Avenir (Belgique), (lire en ligne)
12Erik Hadley, «St. Roch Military Marches in Wallonia: Memory, Commemoration, and Identity, 1866-1940», Quidditas, vol.41, (lire en ligne)