Thuin

ville de Wallonie (Belgique)

Thuin (prononcé [tɥɛ̃] ou [twɛ̃]; en wallon Twin ; anciennement en néerlandais : Thuden) est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne, chef-lieu d'arrondissement en province de Hainaut, au cœur de la Thudinie et au confluent de la Sambre et de la Biesmelle. Elle jouxte les communes de Beaumont, Fontaine-l'Évêque, Ham-sur-Heure-Nalinnes, Lobbes, Merbes-le-Château, Montigny-le-Tilleul et Walcourt.

Thuin
Thuin
La ville haute, le beffroi et les jardins suspendus.
Blason de Thuin
Héraldique
Image illustrative de l’article Thuin
Drapeau
Administration
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Communauté Drapeau de la Communauté française de Belgique Communauté française
Province Drapeau de la province de Hainaut Province de Hainaut
Arrondissement Thuin
Bourgmestre Rachel Sobry (MR-Bleus de Thuin)
Majorité MR, IC Thuin-Les Engagés
Sièges
PS
MR
IC
23
10
8
5
Section Code postal
Thuin
Leers-et-Fosteau
Biesme-sous-Thuin
Ragnies
Biercée
Gozée
Donstiennes
Thuillies
6530
6530
6531
6532
6533
6534
6536
6536
Code INS 56078
Zone téléphonique 071
Démographie
Gentilé Thudinien(ne)[1]
Population
– Hommes
– Femmes
Densité
14 916 (2026)
48,67 %
51,33 %
194,57 hab./km2
Pyramide des âges
– 0–17 ans
– 18–64 ans
– 65 ans et +
()
17,32 %
57,25 %
25,44 %
Étrangers 5,03 % ()
Taux de chômage 13,30 % (2022)
Revenu annuel moyen 20 648 €/hab. (2021)
Géographie
Coordonnées 50° 20′ 23″ nord, 4° 17′ 13″ est
Superficie
– Terr. non-bâtis
– Terrains bâtis
– Divers
76,65 km2 (2023)
85,57 %
6,02 %
8,41 %
Localisation
Localisation de Thuin
Situation de la ville au sein de son arrondissement et de la province de Hainaut
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Thuin
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Thuin
Liens
Site officiel thuin.be

La commune est une capitale de la batellerie puisque bon nombre de propriétaires de péniches en sont originaires et qu'ils choisissent ce lieu de séjour quand sonne l'heure de la retraite. Son beffroi figure au patrimoine mondial de l'UNESCO[2]. C'est également sur le territoire de l'entité, à Gozée, que se situent les vestiges de l'abbaye d'Aulne. La ville est aussi célèbre pour sa marche dédiée à saint Roch.

Toponymie

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La première attestation de ce toponyme remonte à 868 sous la forme in Tudinio (polyptyque de l'abbaye de Lobbes). Il est formé d'un anthroponyme, Tudo, Theodo (issu du germanique commun *theud « peuple ») ou peut-être Tutus (cognomen latin), et du suffixe -inium et signifie donc « propriété de Tudo, Theodo ou Tutus »[3].

Géographie

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Situation

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Capitale de la Thudinie, Thuin surplombe le cours de la Sambre et de son affluent la Biesmelle qui ont creusé de profondes vallées. Pour cette raison, l'altitude s'élève de 103 m (à l'abbaye d'Aulne) à 215 m (sur le plateau de Gozée). Thuin se trouve à la limite de la région limoneuse hennuyère (à l'ouest) et du Condroz (à l'est).

Communes limitrophes

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Sections de commune

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#NomSuperf.
(km²)[4]
Habitants
(2025)[4]
Habitants
par km²
Code INS
1Thuin15,515.98438656078A
2Gozée18,804.11321956078B
3Biesme-sous-Thuin4,6459212856078C
4Thuillies14,231.99814056078D
5Donstiennes4,552214956078E
6Ragnies13,454363256078F
7Leers-et-Fosteau2,0138319056078G
8Biercée3,461.13732956078H

Géographie physique

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Sur le plan géologique, la ville de Thuin est implantée sur les hauteurs de la vallée de la Sambre et de la Biesmelle sur des couches de grès, de siltites, de shales et de poudingues. Dans les fonds de vallée, le sous-sol est constitué d'alluvions. Plus au sud vers Ragnies et Thuillies, on rencontre des bancs de calcaire orientés d'ouest en est. Les grès quartzitiques ont été jadis intensivement exploités pour la construction dans des carrières situées en rive gauche de la Sambre, au nord de Thuin[5].

De Thuin à Biesme-sous-Thuin s'étend une zone mêlant prairies et bois, traversée par la Biesmelle, un affluent de la Sambre qui serpente du nord-est au sud-est, avec des ramifications de ses affluents. Au nord, là où les forêts ont été défrichées pour permettre l'installation humaine jusqu'à la Sambre, s'étend une zone bocagère composée de petites parcelles entourant de modestes fermes. Le coteau des Waibes, quant à lui, est particulièrement favorable aux arbres fruitiers[6].

Le relief de Thuin se caractérise avant tout par un contraste marqué entre plateaux élevés, versants abrupts et vallées encaissées, ce qui donne à la ville son aspect très accidenté et à ses quartiers un positionnement en terrasses. La commune s’étend entre 38 m et 401 m d’altitude, avec une altitude moyenne d’environ 210 m[7]. Cette amplitude importante sur un territoire relativement restreint explique la présence de pentes fortes, notamment autour du centre historique et des jardins suspendus. Thuin domine la vallée de la Sambre, qui entaille profondément le relief. La ville haute repose sur un éperon rocheux qui surplombe la rivière, tandis que les quartiers bas s’étirent le long de la vallée. La Biesmelle, un affluent, contribue également à ce modelé en creusant des vallons secondaires[8].

Les alentours immédiats présentent des collines verdoyantes et des crêtes boisées, particulièrement visibles en direction de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Plusieurs secteurs de la commune, atteignent des altitudes élevées autour de 341 m, témoignant d’un relief plus marqué vers le sud-ouest[7]. Enfin, la topographie variée de Thuin explique la présence de nombreux sentiers de randonnée qui exploitent ces dénivelés et offrent des panoramas sur la vallée et les plateaux environnants[9].

Quartiers, hameaux et lieux-dits

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Les jardins suspendus et la vieille ville.

Quartiers

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Ville haute, Ville basse, le Berceau, les Waibes, sont d'anciens bois défrichés où vaigement, sous l'ancien régime, les troupeaux thudiniens, la herde communal[10]. « Waibes » signifiant prés marécageux[6] et la Demi-Lune.

Hameaux

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Le bois du Grand Bon Dieu.

Le Néspériat, Hauts de Sambre, le Parnasse, Saint-Jean, l'Alouette, les Hauts Trieux, les Marwèles ou les Maroëlles, Ermitage et Hourpes.

Lieux-dits

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La vallée de la Biesmelle.

Stoupré, Forestaille, le Gibet, Petit Courant, la Celle et La Maladrie.

Bois des Waibes, bois de Biesme, bois de Reumont, bois de la Frégenne, bois Jean Bonival, bois de Fontaine, bois de Lobbes et bois du Grand Bon Dieu. Reconnu comme site de grand intérêt biologique et une partie du site est classé pour sa valeur historique et naturelle. Il est intégré dans la zone verte protégée (Natura 2000) correspondant à la vallée de la Biesmelle qui s'étend de Thuin à Thuillies[11].

Hydrographie

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L’hydrographie de Thuin s’organise autour d’un réseau dominé par la Sambre, qui traverse la ville en formant une vallée encaissée caractéristique des cours d’eau wallons. La Sambre y apparaît comme un axe hydraulique majeur, classé parmi les voies navigables gérées par la Direction de l’Exploitation des Voies navigables, ce qui implique un tracé précisément défini et entretenu pour la navigation et la gestion des niveaux d’eau[12]. Autour de ce cours d’eau principal se greffe un ensemble de ruisseaux et affluents secondaires appartenant au Réseau Hydrographique Wallon, dont les axes recensent les cours d’eau non navigables classés en différentes catégories selon leur importance et leur gestion. Ces petits cours d’eau, parfois visibles, parfois souterrains ou intermittents, structurent les versants et zones de ruissellement qui convergent vers la Sambre[12].

La ville se situe dans un sous‑bassin hydrographique où toutes les eaux de ruissellement s’orientent vers un point de convergence, principe même d’un sous‑bassin tel que défini par les Wateringues wallonnes. Ce fonctionnement implique que les reliefs entourant Thuin dirigent naturellement les eaux vers la vallée sambroise, en alimentant les ruisseaux locaux et en participant à la dynamique hydrologique du secteur, notamment en période de fortes pluies[13]. L’ensemble s’inscrit dans une gestion régionale intégrée des cours d’eau, où les enjeux d’inondation, de biodiversité et de qualité de l’eau sont pris en compte à l’échelle du bassin.

Enfin, les cartes hydrogéologiques de Wallonie montrent que le sous‑sol de la région présente des formations géologiques variées influençant l’écoulement souterrain et la résurgence des eaux. Ces données permettent de comprendre comment les nappes phréatiques locales interagissent avec les cours d’eau de surface, notamment dans les zones de versants abrupts ou de plateaux où l’infiltration joue un rôle important[14].

Démographie

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Elle comptait, au , 14 853 habitants (7 246 hommes et 7 607 femmes)[15], soit une densité de 194,13 habitants/km² pour une superficie de 76,65 km²[Note 1].

Démographie: Avant la fusion des communes

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  • Source: DGS recensements population

Démographie : Commune fusionnée

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En tenant compte des anciennes communes entraînées dans la fusion de communes de 1977, on peut dresser l'évolution suivante :

Les chiffres des années 1831 à 1970 tiennent compte des chiffres des anciennes communes fusionnées.

  • Source: DGS , de 1831 à 1981=recensements population; à partir de 1990 = nombre d'habitants chaque 1 janvier[16]

Histoire

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Préhistoire

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Le territoire de Thuin présente une continuité d’occupation humaine depuis plusieurs millénaires, phénomène largement attribué à la configuration géographique du site. Un vaste plateau d’une quinzaine d’hectares, entaillé par les cours de la Biesmelle et du Ry de la Goulette, ainsi qu’un éperon rocheux dominant le point de rencontre entre la Biesmelle et la Sambre, constituaient des positions naturellement défensives[17]. Ces reliefs, entourés de zones humides, de cours d’eau et de terres fertiles abondantes en ressources animales et halieutiques, formaient un ensemble stratégique situé sur l’axe de circulation du sillon Sambre–Meuse, ce qui explique l’intérêt constant des communautés humaines pour cet emplacement[17]. Au fil du temps, ces atouts ont favorisé l’établissement de groupes sédentaires qui ont progressivement transformé le site en une place fortifiée, dont la fonction militaire s’est prolongée jusqu’à l’époque moderne. Le paysage actuel, demeuré en grande partie fidèle à sa morphologie ancienne, permet encore de percevoir les traces de cette évolution dans la topographie même[17].

Les premières présences identifiées remontent au Néolithique, période durant laquelle des communautés ont aménagé des habitats protégés par des levées de terre et des palissades[18]. Le mobilier lithique mis au jour pointes, grattoirs, haches atteste d’une activité soutenue entre le IVe et le Ier millénaire av. J.-C., avec un approvisionnement en silex provenant notamment du centre minier de Spiennes[19]. La découverte d’une hache votive en jadéite, probablement originaire des Alpes, témoigne de réseaux d’échanges à longue distance dès le Ier millénaire av. J.-C. L’absence de traces matérielles attribuables à l’âge du Bronze s’explique par la rareté du cuivre et de l’étain dans la région, ce qui a prolongé l’usage de la pierre jusqu’à l’introduction de la métallurgie du fer[19]. De nombreuses traces d'occupations préhistoriques sont présentes dans la commune et aux environs. Lors du chantier de dédoublement de la nationale 59, des fossiles ont été découverts notamment des dents de rhinocéros à narines cloisonnées et de chevaux sauvages[20]. Environ 300 outils en silex et plusieurs centaines d’éclats ont été récoltés lors des campagnes de fouilles de l'Université libre de Bruxelles (ULB) en 2018 et en 2019. « Ces objets se rattachent tous à une époque bien précise du néolithique appelée le « Michelsberg » (4300/4200 à 3700/3600e siècle av. J.-C.). Il s’agit principalement de haches et d’herminettes polies, de grandes lames retouchées, de percuteurs, d’armatures de flèches, de tranchets et de grattoirs[21].

Antiquité

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Cruches et urnes funéraires de la nécropole gallo-romaine de Thuin (IIe siècle et IIIe siècle ap. J.-C.), musée royal de Mariemont.

Le territoire communal abrite notamment dans le bois du Grand Bon Dieu les restes d'un retranchement préhistorique[22] qui a été réutilisé au Moyen-Âge. Le lieu aurait été l'oppidum de la tribu des Aduatuques[23]. En 1964, Une nécropole gallo-romaine contenant 70 sépultures a été découverte sur le plateau qui domine la rive droite de la Biesmelle à l'endroit appelé « Le Petit paradis ». Les dates d'enfouissement se situent entre 180 ap J.-C. et la deuxième moitié du IIIe siècle. On y a retrouvé des poteries contenant des restes humains et des fibules. Cela attesterait de la présence d'un petit vicus au confluent de la Sambre et de la Biesmelle, servant éventuellement d'étape de batellerie[24]. Les Nerviens formaient un peuple celtique établi entre l’actuelle Belgique occidentale et le nord de la France[25]. Leur principal oppidum occupait trois éperons naturels dominant la Sambre et la Biesmelle, protégés par des remparts de terre et de pieux datant du IIIe millénaire av. J.-C., dont subsistent encore des levées visibles au Bois du Grand Bon Dieu et à La Celle[25]. Les fouilles ont révélé un système défensif complexe, comprenant fossés profonds et enceintes couvrant plus de cent hectares, suggérant un centre stratégique majeur[25]. Dans les années 1980, le site a livré un trésor, notamment en statères, des pièces de monnaie gauloise en or, qui datent du premier siècle avant notre ère. Les statères en électrum (50% d'or, argent et cuivre), datant plus exactement de -57 à -51 av. J.C., se composent de 70 pièces (frappées au marteau) et correspondent pour la plupart à un type de pièce gauloise bien connu dit « à l’epsilon »[26],[23].

La mise au jour sur le site de Thuin d’un ensemble de soixante-neuf statères en or, attribués aux Nerviens, a renforcé l’idée que cette localité ait pu jouer un rôle central dans l’organisation politique de ce peuple belge. La présence d’un tel dépôt monétaire, d’une valeur symbolique et économique considérable, suggère l’existence d’un centre de pouvoir régional, voire d’une capitale tribale, dans un contexte où les Nerviens sont connus pour avoir résisté farouchement à l’expansion romaine. Cette hypothèse s’inscrit dans le cadre plus large des événements rapportés par Jules César lors de la campagne de 57 av. J.-C[25]. La bataille du Sabis, au cours de laquelle environ soixante mille guerriers nerviens affrontèrent huit légions romaines, constitue l’un des épisodes les plus marquants de la conquête de la Gaule[27]. César y souligne la détermination exceptionnelle de leurs combattants, qui poursuivirent l’assaut malgré un terrain défavorable et une infériorité tactique manifeste[27]. L’identification précise du lieu de l’affrontement demeure toutefois incertaine : plusieurs chercheurs situent le champ de bataille dans la région comprise entre Biercée et Sars-la-Buissière, zone dont la configuration géographique correspond à certains éléments du récit antique[27]. Après la conquête, Rome transféra la capitale nervienne à Bavay (Bagacum) et traça de grandes chaussées évitant systématiquement la région de Thuin, interprété par certains comme une volonté d’effacer un ancien foyer de résistance[27].

Moyen Âge

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Au cours du haut Moyen Âge, entre le Ve et le IXe siècle, la région de Thuin traverse une mutation progressive qui marque le passage de l’Antiquité tardive aux structures politiques et religieuses médiévales. Déjà fréquentée par des groupes germaniques depuis le IIIe siècle, elle ne subit que marginalement les bouleversements liés aux incursions de 406[28]. Durant les VIe et VIIe siècles, la population gallo‑romaine, largement imprégnée d’éléments germaniques, se mêle aux nouveaux arrivants venus du Rhin, donnant naissance à une culture composite où se rencontrent héritages romains, traditions franques et influences chrétiennes. Ce contexte favorise l’émergence de pôles religieux qui jouent un rôle structurant dans l’organisation du territoire[29]. Des établissements tels que le Moustier, la Celle, Aulne et surtout Lobbes deviennent des centres de rayonnement spirituel et intellectuel, ce dernier s’imposant comme l’un des foyers majeurs de la région[30]. Située à la frontière mouvante entre Neustrie et Austrasie, Thuin occupe une position stratégique durable dans les rivalités entre les royaumes francs et les territoires germaniques[30]. Sous le règne de Charlemagne, l’encadrement administratif et ecclésiastique se consolide, entraînant la structuration des premières paroisses et la fondation d’écoles destinées à la formation religieuse et à la diffusion du savoir[31]. À Thuin comme à Lobbes, cette dynamique se manifeste notamment par la création d’une école monastique vers 797, attribuée à l’abbé Anson, qui contribue à faire de la région un espace d’activité intellectuelle reconnue[32]. Après une période probable d’abandon, le site de Thuin semble avoir été réinvesti par les moines de Lobbes, qui y auraient établi un lieu fortifié servant de refuge[33]. Le nom de Thuin réapparaît plusieurs siècles plus tard dans l’inventaire des possessions de l’abbaye bénédictine, un polyptyque rédigé en 868‑869 par Jean, évêque de Cambrai, à la demande du roi Lothaire II[33]. Ce document mentionne un ancien castellum situé à Thuin, ainsi que diverses exploitations agricoles réparties dans les localités voisines de Biercée, Biesme‑sous‑Thuin, Donstienne, Gozée, Leers‑et‑Fosteau et Thuillies[33]. Le site apparaît sous les formes Thudiniacum castrum (840) et Thudinium castellum (868), désignant la forteresse où les moines de Lobbes trouvèrent refuge lors des incursions normandes de 866[33]. En 881, les Normands lancent une attaque contre la fortification de Thuin, qui parvient à résister, tandis que l’établissement d’Aulne est détruit. Cet épisode illustre le rôle défensif crucial joué par Thuin dans un contexte de menaces répétées sur les centres religieux de la région[33].

Au printemps 882, le prince‑évêque Francon, qui cumule alors la direction du diocèse de Liège et l’abbatiat de Lobbes, trouve refuge dans la forteresse de Thuin lors d’une nouvelle série d’incursions normandes. La tradition savante associe cet épisode à la rédaction de plusieurs œuvres majeures de la littérature médiévale : la Cantilène de sainte Eulalie, souvent considérée comme le premier texte littéraire en langue romane, le Ludwigslied en ancien haut allemand, ainsi qu’un poème latin[34]. Longtemps attribuées à l’abbaye de Saint‑Amand, ces compositions auraient en réalité été produites à Thuin, où Francon et sa communauté auraient cherché à encourager la résistance locale face aux raids scandinaves. La capacité de Thuin et de Lobbes à échapper aux destructions renforce leur position dans la région[35]. En 889, Francon obtient officiellement la seigneurie de Lobbes et de Thuin, constituant un noyau d’autorité étroitement lié au pouvoir liégeois[36]. Vers l’an 900, il fonde à proximité du château un chapitre dédié à Sainte‑Marie et à Saint‑Théodard, institution qui sera rapidement complétée par une école sous l’autorité de son successeur, Eracle. Cet ensemble contribue à faire de Thuin un centre religieux et intellectuel de premier plan dans le paysage carolingien tardif[36]. En 955, une nouvelle offensive venue de l’Est frappe la région de Thuin[33]. Incapables de prendre la forteresse, les assaillants identifiés par la tradition comme des Huns, terme souvent utilisé de manière générique dans les sources médiévales pour désigner des groupes nomades se tournent alors vers l’abbaye de Lobbes[33]. Les moines y organisent une défense déterminée, se retranchant dans l’église supérieure pour résister à l’attaque[33]. Selon le récit transmis par les chroniqueurs, leur survie aurait été assurée par une pluie soudaine et particulièrement violente, qui transforma le terrain en bourbier et mit les assaillants dans l’impossibilité de poursuivre l’assaut[33]. Cet épisode, mêlant faits militaires et interprétation miraculeuse, illustre la place centrale de Lobbes et de Thuin dans la protection des établissements religieux de la région au Xe siècle[33].

Au Xe siècle, l’abbaye de Lobbes passe sous l’autorité de l’évêque de Liège, événement qui marque l’intégration de la région dans la principauté ecclésiastique liégeoise[33]. À partir de ce moment, Thuin devient une possession liégeoise. Le prince‑évêque Notger entreprend alors de renforcer l’éperon rocheux dominant la ville afin d’en faire une forteresse de premier ordre, la plus occidentale de son territoire[33]. Cette position avancée constitue un défi direct aux comtes de Hainaut, dont l’intérêt pour la place est attesté par les tensions récurrentes entre les deux pouvoirs[33]. De cette première enceinte subsiste la base d’une tour d’angle, traditionnellement appelée « Tour Notger »[33]. La rivalité avec le Hainaut se manifeste de manière particulièrement violente en 1053, lorsque le comte Baudouin d’Hasnon parvient à s’emparer de Thuin[33]. La ville est alors mise à sac et incendiée, épisode qui illustre la valeur stratégique du site et les enjeux territoriaux qui l’entourent au XIe siècle[33]. Notger est reconnu comme le fondateur de la ville en tant que cité libre, mais la forteresse existait déjà avant lui[36]. À la fin du Xe siècle, l’église Notre‑Dame du Val est détachée du monastère et confiée au chapitre Saint‑Ursmer, signe d’une réorganisation progressive des institutions religieuses dans la région de Thuin[36]. Le développement urbain entraîne l’apparition d’un marché et d’un atelier monétaire où sont frappés des deniers portant l’effigie des empereurs Otton III et Henri II, témoignant de l’intégration économique de la ville dans les réseaux du Saint‑Empire[36]. Parallèlement, l’abbaye de Lobbes, épargnée par les incursions normandes et hongroises, demeure au Xe siècle un centre intellectuel de premier plan[36]. Des auteurs tels que Rathier, Folcuin ou Hériger y contribuent à une activité littéraire et historiographique soutenue, renforçant le prestige de l’établissement[36]. Dans ce contexte, Thuin et Lobbes s’inscrivent pleinement dans la principauté de Liège et dans l’espace impérial germanique, tout en conservant une autonomie relative qui reflète l’équilibre particulier entre pouvoir épiscopal, traditions monastiques et structures locales[36].

À la fin du Xe siècle, Thuin s’affirme comme un centre fortifié structuré par l’action du prince‑évêque Notger, qui y institue un avoué chargé de la défense militaire, de l’exercice de la justice et de l’administration locale. Le premier titulaire connu, Boson, dirige une milice assurant la protection de la ville neuve, des villages environnants et de l’abbaye de Lobbes[37]. La fonction devient rapidement héréditaire, donnant naissance à la lignée des seigneurs de Thuin, installés au château dominant le promontoire et à la tête d’une petite armée contrôlant une châtellenie regroupant une vingtaine de localités. Notger organise la Thudinie en deux ensembles : le domaine relevant du château, comprenant notamment Fontaine‑Valmont, Donstiennes, Gozée, Marbaix-la-Tour, Landelies, Montigny‑le‑Tilleul et le val de Thuin, et celui dépendant de l’abbaye de Lobbes[37]. Autour de l’an mil, malgré les inquiétudes eschatologiques qui traversent l’Occident, la communauté thudinienne connaît une période de stabilité et de prospérité, soutenue par une protection militaire efficace[37]. Les XIe – XIIIe siècles voient l’essor de la région, marqué par la reconstruction de plusieurs édifices religieux et par la création, vers 1100, d’une statue romane mosane de la Vierge, conservée à l’église du Val et devenue l’objet d’un pèlerinage important[38]. La situation politique demeure toutefois agitée au XIe siècle. Les ambitions de Richilde de Hainaut et de son second époux, Baudouin de Flandre, provoquent un conflit avec Liège et l’Empire[39]. Après 1071, Richilde, devenue veuve, se place sous la protection du prince‑évêque de Liège et inféode le Hainaut, dont les comtes deviennent théoriquement vassaux de Liège et du pouvoir impérial, rééquilibrant ainsi les rapports de force dans la région[39].

Au XIIe siècle, Thuin connaît une transformation politique et urbaine notable. Vers 1145, le prince‑évêque Henri de Leez fait édifier une tour et une aula à proximité du château, probablement à l’emplacement correspondant aujourd’hui à l’angle des rues Prince de Liège et des Nobles. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où l’autorité liégeoise cherche à consolider sa présence dans une région disputée[39]. À la même époque, le châtelain‑avoué Roger de Thuin, également avoué de l’abbaye de Lobbes, mène des actions violentes contre les villages relevant du domaine monastique, pratique poursuivie par son successeur Jehan de Thuin. Ces tensions illustrent les rivalités locales entre pouvoir seigneurial et institutions ecclésiastiques[39]. Autour de 1150, la collégiale romane de la ville haute est reconstruite et confiée à des chanoines issus de l’abbaye d’Aulne, récemment réformée et placée sous l’autorité des Cisterciens à la suite de l’intervention de Bernard de Clairvaux[39]. Le chapitre dispose alors d’une école dirigée par Egrannus, où étudient probablement des membres de la famille châtelaine, témoignant du rôle éducatif croissant des institutions religieuses dans la région[39]. L’essor de Thuin pousse le comte de Hainaut Baudouin IV à renforcer son propre réseau défensif en fondant les places fortes de Binche et de Beaumont, afin de contenir l’influence liégeoise[40]. Les villages dépendant des moines sont tenus de fournir des veilleurs et de participer à l’entretien et au renforcement des murailles du castrum, signe de l’importance stratégique de la ville dans les rapports de force régionaux[41].

À la fin du XIIe siècle, Thuin poursuit son évolution en tant que centre fortifié au cœur des rivalités régionales. En 1185, le comte de Hainaut Baudouin V procède à un agrandissement de la forteresse, étendant l’enceinte jusqu’au Crépion. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre le Hainaut, le Brabant et la Flandre, au sein duquel Thuin sert de refuge aux fils du comte[41]. L’union du Hainaut et de la Flandre en 1191 accentue encore les enjeux politiques dans la région, tandis que la participation du prince‑évêque Raoul de Zähringen à la troisième croisade contribue à renforcer les liens entre Liège et le Hainaut. En 1199, la construction d’un pont en pierre sur la Sambre améliore les communications vers le nord et témoigne de l’importance croissante des infrastructures dans le développement urbain[42]. Dès le milieu du XIIe siècle, une organisation communale se met en place : maires et échevins, initialement représentants du prince‑évêque, s’affirment face à l’abbaye de Lobbes et sont progressivement remplacés par les bourgeois, signe d’une autonomie urbaine en expansion. La ville se structure alors en sept mairies réparties entre la ville haute et la ville basse, protégées par une seconde enceinte[43]. Cette période est également marquée par une évolution sociale notable. Les ministériels parmi lesquels les avoués et les échevins obtiennent la reconnaissance de leur statut d’hommes libres, une distinction évoquée dans l’œuvre du châtelain‑avoué Jehan de Thuin[44]. Ces transformations témoignent de l’affirmation progressive d’une société urbaine organisée, au sein d’un espace où s’entremêlent pouvoirs seigneuriaux, autorités ecclésiastiques et aspirations communales[44].

Au milieu du XIVe siècle, la peste provoque un effondrement démographique majeur en Europe occidentale et frappe durement Thuin. Selon la tradition locale, la statue de Notre‑Dame d’El Vaulx aurait été portée en procession durant l’épidémie, signe de la place centrale des pratiques dévotionnelles dans la réponse communautaire à la crise[45]. À peine la région commence‑t‑elle à se relever que de nouvelles violences surviennent : vers 1360, des compagnies de mercenaires démobilisées après la bataille de Poitiers ravagent la zone. Le bailli Jean de Louvain affronte ces bandes près de Thuin, affrontement qui laisse plusieurs centaines de morts et témoigne de l’ampleur des troubles[45]. Ces violences s’ajoutent aux tensions sociales liées à l’essor des institutions communales, qui modifient les équilibres entre autorités urbaines, pouvoirs seigneuriaux et établissements ecclésiastiques[45]. La combinaison de crises sanitaires, de conflits armés et de transformations politiques contribue à faire du XIVe siècle une période particulièrement instable pour la communauté thudinienne[45]. En 1372, l’assassinat du bourgmestre Jean de Harchée provoque une forte agitation politique : les Thudiniens se soulèvent à Liège et obtiennent le rétablissement du Tribunal des XXII, institution garante des libertés urbaines et symbole de l’autonomie communale[45]. Malgré cette instabilité, Thuin conserve une activité économique soutenue. Son marché hebdomadaire, ses trois foires annuelles et des secteurs dynamiques tels que la métallurgie, la draperie ou la tannerie animés par des corporations de métiers structurées assurent la vitalité de la ville[46]. À la fin du siècle, Thuin possède même une bombarde, la Spantole, probablement issue de ses propres ateliers métallurgiques, témoignant d’un savoir‑faire local dans le domaine de l’armement[47]. Le XVe siècle marque toutefois une période de graves destructions pour la cité, intégrée à la principauté de Liège et prise dans le conflit opposant les Liégeois aux ducs de Bourgogne[47]. Les villes de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, situées en première ligne, subissent des ravages considérables : Thuin, Fosses-la-Ville, Couvin et surtout Dinant sont détruites, cette dernière ayant bénéficié du soutien thudinien dans son opposition aux Bourguignons[47]. Ces événements illustrent la violence des affrontements et la fragilité des centres urbains face aux ambitions territoriales des puissances régionales[47].

En 1408, la défaite des milices liégeoises face au comte de Hainaut lors de la bataille d’Othée entraîne des sanctions sévères contre Thuin[47]. Les fortifications doivent être « abattues et arasées », mesure destinée à réduire la capacité défensive de la ville[33]. Les habitants de Binche, alliés fidèles du comte de Hainaut, profitent de la situation pour réclamer et obtenir les pièces d’artillerie thudiniennes ainsi que la Bancloque, la cloche communale suspendue dans le beffroi[33]. Ce dernier, symbole de l’autonomie urbaine, est lui aussi promis à la destruction avec les murailles[33]. La mort de Charles le Téméraire en 1477, suivie de celle de sa fille Marie de Bourgogne en 1482, met fin aux ambitions de la maison de Bourgogne d’intégrer la principauté de Liège à ses possessions[48]. Ce changement politique ouvre une période de répit pour Thuin, qui connaît alors un renouveau économique et urbain. Le château fort, édifié à l’époque du prince‑évêque Notger et détruit en 1466, ne sera toutefois jamais reconstruit, laissant place à une ville dont l’organisation se réoriente progressivement vers des structures civiles plutôt que militaires[48].

Au début du XVe siècle, Thuin subit les conséquences des démolitions imposées après la défaite liégeoise de 1408. Les prescriptions, connues grâce au cahier des charges conservé à Lille, ordonnent la destruction complète des défenses urbaines, transformant temporairement la cité en ville ouverte dépourvue de protection[49]. La disparition du château entraîne la suppression de l’avouerie, tandis que les chanoines de Saint‑Ursmer et du Moustier sont transférés à Binche avec leurs reliques et leurs archives, signe d’un affaiblissement institutionnel durable[49]. Malgré l’interdiction de reconstruire les fortifications pendant un siècle, les habitants relèvent clandestinement leurs murailles après 1408, cherchant à restaurer un minimum de sécurité[49]. Cette initiative reste toutefois précaire : en 1466, Thuin est contrainte d’abattre à nouveau ses défenses, probablement en représailles à la participation de contingents thudiniens à une expédition armée contre Namur[49]. Ces épisodes illustrent la fragilité politique de la ville, prise entre les exigences de la principauté de Liège, les pressions des puissances voisines et les impératifs de survie locale[49]. Située entre plusieurs puissances rivales, la principauté de Liège demeure régulièrement exposée aux conflits voisins, et Thuin partage cette vulnérabilité structurelle tout en poursuivant sa reconstruction dans un climat politique plus apaisé[50]. Après les destructions bourguignonnes, Liège restaure progressivement ses institutions et ses symboles, dont le perron, marqueur de ses libertés urbaines[50]. Thuin, de son côté, prépare lentement la réédification de sa place forte et retrouve peu à peu ses structures communales, ses métiers et ses privilèges. L’autonomie laissée par les princes‑évêques favorise l’émergence d’un particularisme politique et économique durable[50]. Située aux confins du Hainaut, du Brabant, de Namur et du royaume de France, Thuin demeure un territoire enclavé, souvent perçu comme un fragment détaché du Pays de Liège, dont elle partage les institutions mais non la continuité géographique. Cette position frontalière contribue à façonner une identité locale singulière, marquée par la coexistence de traditions liégeoises et d’influences venues des principautés voisines[50].

Temps modernes

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À la suite du rétablissement durable de la paix au cours du XVIe siècle, la ville haute de Thuin connaît une phase de reconstruction qui fixe en grande partie son organisation actuelle. L’espace compris dans l’ancienne enceinte est réaménagé selon un plan plus ordonné, tout en conservant son périmètre restreint[51]. De nouveaux édifices y sont établis, parmi lesquels les refuges des abbayes de Lobbes et d’Aulne, qui y trouvent un lieu de repli. Malgré ces efforts, la cité doit faire face à des attaques iconoclastes venues du royaume de France, entraînant des dommages dans plusieurs bâtiments religieux[51]. L’enceinte médiévale est reconstruite en suivant son tracé traditionnel, tandis que le sommet du promontoire est élargi par des apports de terre, ce qui permet l’extension de l’habitat et l’apparition de quartiers nouveaux, notamment celui de la Crapaurue[51]. Ces transformations modifient profondément le relief et favorisent l’émergence de vastes propriétés aux contours réguliers, témoignant d’une volonté de structurer l’espace urbain de manière plus rationnelle[51].

Au fil de l’époque moderne, les fortifications de Thuin sont progressivement adaptées aux exigences de la guerre utilisant les armes à feu : les murs sont renforcés, de nouvelles tours sont édifiées et la porte Bourreau fait l’objet d’importants travaux de consolidation. Des aménagements supplémentaires protègent les accès menant vers les vallées de la Sambre et de la Biesmelle, zones particulièrement sensibles en cas d’attaque[52]. Dans le même mouvement, la porte Notre‑Dame et sa rampe sont construites afin d’assurer une liaison directe entre la ville haute et l’église du Val, desservie alors par les chanoines thudiniens[52]. L’ensemble de ces interventions, poursuivies jusqu’au XVIIIe siècle, contribue à fixer durablement la configuration urbaine de Thuin[52]. Cette période de transformation s’accompagne d’un dynamisme notable dans les métiers du bâtiment[52]. L’intensité des chantiers favorise l’essor d’artisans locaux architectes, maçons et sculpteurs dont plusieurs lignées quittent la cité pour rejoindre Louvain, Bruxelles ou Mons, où elles prennent part à des projets d’envergure[52]. Parmi les figures connues se trouvent Jehan de Thuin au XVe siècle, ainsi que Jean de Thuin père et fils, actifs notamment sur le chantier de la collégiale Sainte‑Waudru[52]. Les écriniers, spécialisés dans la sculpture sur bois, laissent également des réalisations religieuses remarquées, témoignant de la vitalité artistique de la ville[52].

À Thuin, la Renaissance se manifeste par une réorganisation plus rationnelle de l’espace urbain et par l’implantation croissante de communautés religieuses bénédictines, cisterciennes, puis capucines et oratoriennes qui contribuent à diffuser les courants intellectuels nouveaux tout en consolidant l’ancrage catholique de la population face aux influences protestantes[53]. Parallèlement, l’économie locale bénéficie de l’exploitation du sous‑sol liégeois et du développement d’activités métallurgiques dans la vallée de la Biesmelle, où les forges et leurs makas assurent une production soutenue[54]. Ces industries, prospères durant l’Ancien Régime, se déplaceront au XIXe siècle vers la nouvelle ville de Charleroi, créée en 1666, dont l’essor est favorisé par l’exploitation intensive du charbon[54]. Au début du XVIIe siècle, la contre‑réforme encourage l’installation de nouvelles congrégations dans les villes et les campagnes. À Thuin, les Capucins parviennent en 1618, malgré l’opposition des Récollets, à obtenir l’autorisation d’établir un couvent sur l’ancien site castral détruit au XVe siècle, grâce au soutien du comte de Belle‑Joyeuse, bailli d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse. Leur église, construite à l’emplacement de l’ancienne chapelle dédiée à saint Ursmer, est achevée en 1623[55]. Ordre mendiant, les Capucins vivent d’aumônes et se consacrent aux soins des malades, jouant un rôle essentiel lors des épidémies récurrentes de peste. Ils contribuent notamment à diffuser le culte de saint Roch durant la grande contagion de 1636[55]. Les personnes atteintes sont alors isolées dans différents lieux : l’ancienne léproserie de la Maladrie, le nouvel hôpital Sainte‑Élisabeth ou encore des huttes installées dans le bois des « Bourdeaux »[55]. Un lollard, chargé de soigner et d’inhumer les pestiférés, réside dans une maison des Trieux qui prendra son nom. Introduit par des troupes venues d’Allemagne en 1635, le culte de saint Roch se développe rapidement sous l’impulsion des Capucins, entraînant la création d’une confrérie, l’organisation d’une procession et l’édification d’une chapelle au Tienne Trappe[56].

En 1638, dans un contexte marqué par les invasions, les difficultés économiques et les crises sanitaires, le Magistrat de Thuin décide de construire un nouveau beffroi de près de soixante mètres, conçu avant tout comme ouvrage de surveillance et d’alerte. Financé par la ville, l’édifice est doté d’une logette de guet permettant d’observer les plateaux environnants et de repérer toute menace. Les chanoines obtiennent uniquement le droit d’utiliser les cloches pour leurs offices, la fonction première de la tour demeurant civique et défensive. Les quatre tourelles d’angle, aujourd’hui purement décoratives, étaient à l’origine de véritables échauguettes en encorbellement, reliées entre elles par une balustrade, comme le montre un dessin réalisé vers 1740 par Remacle Leloup[56]. En 1654, les troupes espagnoles, sous les ordres du prince de Condé, entreprennent le siège de la ville mais sans pouvoir concrétiser. Le Spantôle, ancienne pièce à feu en fer forgé qui trône dans la ville et qui a donné son nom à une spécialité pâtissière, aurait été capturé à cette occasion, mais l'objet est bien plus ancien[57].

Plan de Thuin au XVIIe siècle. La présence de l'église paroissiale Notre-Dame des Carmes de 1670 permet de dater la carte du dernier tiers du siècle.

Face à la menace, les habitants de Thuin s'organisent pour défendre leur ville. Le , l'ennemi venant de l'est installe son artillerie sur les Trieux. Réagissant rapidement, les défenseurs thudiniens tirent avec leurs canons et mousquets[58]. Pendant plusieurs jours, les assaillants bombardent, creusent des tunnels et placent des mines sous les remparts. Les Thudiniens ripostent, réparent les brèches et fabriquent poudre et balles[59]. Le , ils mènent une audacieuse sortie dans les lignes ennemies, provoquant chaos et pertes. Déstabilisé, l'ennemi lève le siège après 15 jours, laissant 400 morts sur le terrain. Les Thudiniens, eux, comptent 12 morts et 45 blessés[58]. Depuis cette victoire de 1654, se déroule chaque année, le troisième dimanche de mai, une procession qui a pris plutôt l'allure d'une marche militaire en l'honneur de saint Roch. Parmi tous les uniformes portés par les participants, ce sont les uniformes des soldats du Premier Empire qui ont la faveur des marcheurs et du public. Cette marche de Saint-Roch fait partie des quinze marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse qui ont été reconnues en comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité par l'UNESCO[60].

Thuin au XVIIIe siècle. D'après une gravure de Remacle Leloup parue dans Les Délices du Pays de Liège.

Au XVIIIe siècle, les relations tendues entre le pouvoir communal de Thuin, représenté par le Magistrat, et les chanoines du Chapitre aboutissent à une réorganisation profonde de la vie religieuse locale[59]. Ces tensions, anciennes mais accentuées autour de 1660, conduisent les autorités civiles à s’affranchir de la tutelle canoniale dans les domaines scolaire et spirituel[59]. Elles fondent alors une paroisse indépendante et entreprennent la construction d’une nouvelle église, consacrée en 1670, malgré l’opposition persistante des chanoines[59]. Soucieuse d’améliorer un enseignement jugé insuffisant, la ville fait appel en 1659 aux Pères de l’Oratoire, installés dans une maison de la grand‑rue[59]. Leur présence marque durablement la vie éducative thudinienne, cette implantation étant à l’origine de l’actuel Athénée[59]. L’arrivée des Oratoriens s’inscrit dans un mouvement plus large de réorganisation religieuse, conséquence directe du conflit entre les autorités civiles et le Chapitre, qui façonne durablement l’équilibre institutionnel de la cité[59].

Au cours du dernier quart du XVIIe siècle, Thuin subit les conséquences des ambitions militaires de Louis XIV dans une région pourtant intégrée à la principauté de Liège, traditionnellement neutre[59]. L’Entre‑Sambre‑et‑Meuse devient un espace stratégique en raison de la proximité de plusieurs places fortes, ce qui entraîne une présence française presque ininterrompue, notamment durant les périodes 1672‑1678 et 1688‑1697[61]. Cette occupation s’accompagne de destructions ponctuelles, dont l’incendie partiel du village de Biercée[62]. Le roi et Vauban séjournent régulièrement dans la région ; l’ingénieur militaire envisage un temps de transformer Thuin en forteresse, avant d’abandonner cette option au profit de Maubeuge et de Charleroi. Ce choix met fin au rôle stratégique que la cité avait brièvement acquis dans le contexte des guerres louis‑quatorziennes[62]. Au début du XVIIIe siècle, Thuin retrouve une période de relative stabilité après plusieurs siècles marqués par les conflits. Des troupes allemandes y stationnent afin de prévenir une éventuelle offensive française, tandis que les armées de Louis XIV campent dans la vallée de la Sambre sans remettre en cause la neutralité de la principauté de Liège[63]. Malgré une population limitée à environ trois mille habitants, la cité dispose alors de l’ensemble des institutions caractéristiques d’un centre urbain d’importance, témoignant d’une organisation administrative, judiciaire et religieuse pleinement structurée[63].

Au XVIIIe siècle, le pouvoir communal de Thuin est exercé par un Magistrat renouvelé chaque année. Cette institution siège à l’étage de la maison de ville, tandis que le rez‑de‑chaussée abrite la halle. Le , les bourgeois se réunissent pour élire sept mayeurs, chacun représentant l’une des mairies de la ville haute ou du Val[64]. Ils désignent ensuite deux bourgmestres régents ; avec les mayeurs et les bourgmestres sortants, ils forment un collège de onze membres chargé de l’administration civile[64]. Le corps électoral, composé des bourgeois, est élargi à des représentants des campagnes et à des habitants du Pays de Liège, ce qui renforce la base sociale de la gouvernance urbaine[64]. Au cours du XVIIIe siècle, cette autorité civile acquiert une influence croissante face au pouvoir religieux, marquant une évolution notable dans l’équilibre institutionnel de la cité[64]. La justice thudinienne est exercée par un tribunal composé de sept échevins nommés à vie par le prince‑évêque et présidés par un mayeur également désigné par celui‑ci[65]. Cette Cour échevinale siège à l’hôtel de ville, où se trouvent aussi les prisons civile et criminelle. Les affaires les plus graves sont transférées à la justice souveraine de Liège, seule compétente pour statuer sur les dossiers dépassant le cadre local[65]. Les exécutions capitales se déroulent au lieu‑dit le Gibet, attesté jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, témoignant de la persistance des pratiques pénales de l’Ancien Régime[65].

Au XVIIIe siècle, la vie intellectuelle thudinienne est dominée par le collège des Oratoriens, dont le rayonnement attire les fils de la noblesse et de la bourgeoisie des Pays‑Bas méridionaux[66]. Plusieurs de ses élèves poursuivent ensuite des carrières remarquées dans diverses capitales européennes, témoignant de l’importance de cet établissement dans la formation des élites régionales[67]. Sur le plan religieux, les chanoines de la ville haute maintiennent leurs activités pastorales et encadrent de nombreuses confréries, tandis que l’église du Moustier, entourée de son cimetière, demeure le principal lieu des offices funéraires[67]. La procession de Notre‑Dame d’el Vaulx, organisée le , continue d’attirer une participation importante[67]. Les Sœurs grises, installées à proximité du collège, se consacrent aux soins des malades et assurent une présence quotidienne à l’hôpital de la Piraille, héritier d’un ancien béguinage. Leur action caritative contribue à structurer l’assistance locale et à maintenir une tradition hospitalière solidement ancrée dans la cité[67]. Au XVIIIe siècle, la vie économique thudinienne est marquée par le déclin progressif des anciennes corporations, autrefois structurées autour des « bons métiers ». Alors que Liège en comptait plusieurs dizaines à la fin du Moyen Âge, Thuin n’en possédait qu’un nombre limité, dont la plupart se désagrègent au siècle des Lumières[67]. Seuls les drapiers conservent une organisation solide, tandis que les tanneurs et les bouchers, pourtant prospères auparavant, disparaissent presque des archives, même si leurs activités se maintiennent et préparent l’essor ultérieur de la cordonnerie[67]. L’industrie du fer, autre pilier local, subit la concurrence croissante de Charleroi et le remplacement du charbon de bois par la houille, absente en Thudinie[67]. Les forges du Haut et du Bas Marteau se reconvertissent en moulins à farine, à écorce ou en fouleries, tandis que quelques installations hydrauliques subsistent le long de la Biesmelle et de la Sambre[68]. Seuls les hauts fourneaux de Hourpes se maintiennent grâce à l’abondance forestière et à la voie fluviale, dirigés notamment par les familles Moreau et Daoust, qui assurent la continuité de cette activité métallurgique dans un contexte économique en mutation[69].

Au XVIIIe siècle, la société thudinienne se structure autour de deux clans bourgeois rivaux, issus en partie de familles enrichies par la métallurgie et désormais instruites, souvent formées au collège des Oratoriens ou à l’Université de Louvain. Ces élites urbaines s’opposent aux artisans et commerçants de la ville basse, également bourgeois mais moins influents, dans un climat électoral tendu qui annonce les futurs affrontements entre « el Vaulx » et « el Ville »[70]. En marge de ces rivalités, les paysans des environs, les masuirs, demeurent exclus des droits politiques, ce qui souligne la forte hiérarchisation sociale de la cité[71]. Bien que située en position périphérique, Thuin reste perméable aux idées nouvelles circulant depuis Mons et Liège : franc‑maçonnerie, pensée économique moderne et valeurs bourgeoises s’y diffusent progressivement[71]. Ces influences annoncent la fin de l’Ancien Régime et l’entrée dans l’ère des révolutions, marquant une transition intellectuelle et sociale décisive pour la cité[71]. Entre 1716 et 1746, les habitants de Thuin se soulèvent à plusieurs reprises contre l’autorité du prince‑évêque, exprimant un malaise politique durable au sein de la cité liégeoise[72]. À la fin du siècle, l’hiver 1788‑1789 se révèle exceptionnellement rigoureux : la Sambre et la Meuse demeurent prises par les glaces durant près de trois mois, paralysant les échanges et aggravant les difficultés quotidiennes[72]. Le printemps suivant n’apporte que peu d’amélioration, les intempéries perturbant les cultures et compromettant les récoltes[72]. La raréfaction des denrées alimentaires entraîne une hausse marquée des prix, accentuant les tensions sociales à la veille des bouleversements révolutionnaires[72].

Époque contemporaine

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Thuin en 1789 d'après G. Boulmont. Plan des Remparts (carte postale).

La révolution liégeoise, déclenchée le , constitue dans la région de Thuin l’aboutissement d’un antagonisme ancien opposant les milieux industriels et commerçants du Val aux élites administratives de la Ville, traditionnellement proches des grands propriétaires fonciers et des institutions religieuses locales[73]. L’événement prend une dimension particulière le , lorsque le Magistrat traditionnel de Thuin est déposé et remplacé par une municipalité issue des quartiers populaires du Pont et de la Solval, dirigée par Pierre Mengal et Constant Bataille, figures emblématiques du mouvement réformateur local[73]. Dans un contexte de crainte de pénurie, les nouvelles autorités instaurent une surveillance rigoureuse du commerce des grains[74]. Les patrouilles chargées de contrôler les fermes, surnommées Catulas, se rendent toutefois coupables de pillages, provoquant une vive hostilité dans les campagnes environnantes[75]. Les ruraux s’organisent alors autour du fermier Noël Losseau, qui met sur pied une milice d’environ soixante-dix hommes, la Compagnie des Volontaires, destinée à défendre les intérêts agricoles face aux groupes urbains. Les tensions culminent en 1790, lorsque cette milice bombarde les quartiers du Pont et de la Solval[75]. Après dix-huit mois de confrontations et d’instabilité, le Magistrat traditionnel est rétabli en , réaffirmant l’ordre institutionnel du Pays de Liège jusqu’à l’invasion française de 1792, qui ouvre une nouvelle phase politique pour la région[75].

À partir de 1792, la déclaration de guerre de la France révolutionnaire à l’Autriche entraîne le redéploiement des forces impériales le long de la frontière occidentale, ce qui replace la Principauté de Liège dans l’orbite du Saint‑Empire jusqu’en 1794. La région thudinienne voit alors circuler des détachements autrichiens et prussiens chargés de contenir les troupes françaises regroupées dans le nord du royaume[76]. Le , une offensive française vise Fontaine‑l’Évêque, mais les soldats impériaux stoppent l’avancée sur le plateau d’Anderlues au terme d’un affrontement à la baïonnette[76]. Le lendemain, une contre‑attaque conjointe autrichienne et hollandaise force les unités révolutionnaires à repasser la Sambre. Dans ce contexte de guerre mouvante, l’Assemblée liégeoise vote le le rattachement à la France. À Thuin, les partisans de cette orientation organisent le 17 février un référendum dont le résultat, unanimement favorable à l’union (693 suffrages sur 693 votants), contraste avec la population totale de la ville, qui avoisine alors les deux mille habitants[76]. Le scrutin est réservé aux hommes majeurs. Les forces autrichiennes, retranchées dans les défenses de la cité, finissent par céder sous la pression des troupes révolutionnaires, qui s’emparent de Thuin au prix de lourdes pertes. Les soldats, rejoints par des habitants acquis aux idées nouvelles, se livrent ensuite à des pillages[76]. Le 14 mai, les Français, accompagnés de patriotes locaux, incendient les abbayes de Lobbes et d’Aulne, entraînant la destruction de leurs archives et de leurs collections de manuscrits. L’occupation se durcit : le commandant impose le port de la cocarde tricolore, l’église de la ville basse est convertie en dépôt militaire, celle de la ville haute est vandalisée, et les cloches du beffroi sont réquisitionnées pour être fondues en pièces d’artillerie[76].

Le , les troupes françaises du général Marceau s'emparent de la ville. Le , à l’issue de six jours de bombardements et face à la menace des troupes révolutionnaires françaises d’exécuter les prisonniers, la garnison autrichienne occupant la citadelle de Charleroi capitule et évacue la ville[77]. Le 14 mai, les abbayes de Lobbes et d'Aulne furent incendiées par les troupes françaises[78]. Le , les troupes autrichiennes engagent une vaste contre‑offensive qui déclenche la bataille de Fleurus, affrontement majeur des guerres révolutionnaires où près de cent mille combattants s’opposent durant une journée de combats particulièrement intenses[77]. Cet épisode est marqué par une innovation militaire : les forces françaises recourent pour la première fois à une observation aérienne grâce à un ballon captif, utilisé pour surveiller les déplacements ennemis et transmettre des indications tactiques[77]. À la tombée du jour, les unités impériales se retirent, scellant une défaite qui met fin à la domination des Habsbourg sur les Pays‑Bas autrichiens[77]. Dans la foulée, les autorités révolutionnaires étendent leur administration aux territoires conquis, dont Thuin. Les décrets français y deviennent applicables et les biens appartenant aux personnes ayant quitté la région sont saisis. La population, déjà éprouvée par les réquisitions, est contrainte de participer à un emprunt forcé destiné à soutenir l’effort militaire[77]. À ces mesures économiques s’ajoute la conscription, imposant aux hommes de vingt à vingt‑cinq ans de servir dans les armées engagées sur de nombreux théâtres d’opérations, de l’Europe centrale à l’Égypte. Une part importante de ces jeunes, retirés des activités productives, ne revient pas des campagnes ; parmi les survivants, beaucoup rentrent invalides ou affaiblis par la maladie[77]. Ces contraintes réquisitions, confiscations, emprunts forcés et service militaire obligatoire provoquent une dégradation rapide des conditions de vie, marquée par la famine, la misère et un mécontentement croissant. La loi sur la conscription, en particulier, suscite une hostilité profonde au sein de la population belge, qui y voit une atteinte directe à ses libertés et à l’équilibre économique local[77].

Entre et , la Principauté de Liège et les anciens Pays‑Bas autrichiens sont progressivement intégrés dans l’espace politique et administratif de la France révolutionnaire. Jusqu’au , le prince‑évêque reste formellement vassal de l’empereur François II, mais l’autorité effective appartient déjà aux représentants français, qui gèrent le territoire comme une Belgique découpée en départements sous la Convention[79]. Le décret du officialise l’annexion, présentée comme conforme aux vœux des populations locales, mais motivée avant tout par des considérations stratégiques et économiques : la France entend tirer parti d’un espace conquis en 1792, repris en 1794, et encore riche en ressources humaines, matières premières et contributions fiscales[79]. À partir de cette date, la législation révolutionnaire s’applique sans restriction. Les levées militaires se multiplient, les biens des émigrés et du clergé sont saisis, la noblesse héréditaire et les corporations sont abolies, et les institutions d’Ancien Régime disparaissent[79]. Le Directoire, installé le , gouverne la France et les neuf départements belges, mais son fonctionnement est généralement considéré comme inefficace[79]. Le régime profite surtout à une bourgeoisie opportuniste, tandis que la population s’enfonce dans la pauvreté, contrainte de fournir hommes, vivres et matériaux aux armées engagées sur de nombreux fronts européens. Dans les localités comme Thuin, les effets de cette politique sont tangibles. Les églises sont désaffectées et converties en dépôts ou en écuries[79]. Celle de la ville basse sert d’entrepôt pour les métaux réquisitionnés, aisément transportés vers la France par la Sambre, tandis que l’église du Chapitre correspondant à l’actuel beffroi accueille chevaux et bétail saisis aux paysans, les privant de moyens de production et les empêchant de cultiver leurs terres. La région traverse une période de désolation quasi générale, dont seuls tirent avantage ceux qui collaborent activement avec les nouvelles autorités[79]. À l’âge de trente ans, Napoléon Bonaparte renverse le gouvernement républicain lors du coup d’État du 18 brumaire en , événement qui inaugure le Consulat et place le pouvoir exécutif entre ses mains en tant que Premier Consul. Cette prise de contrôle met un terme à une décennie de crises politiques et de désordres institutionnels, rétablissant une forme de stabilité en France comme dans les territoires belges annexés[79]. Le nouveau régime atténue certains aspects les plus radicaux de l’héritage révolutionnaire[80]. Le Concordat de 1801 rétablit le culte catholique, la conscription est maintenue mais désormais fondée sur un tirage au sort, les lycées sont développés pour structurer l’enseignement secondaire, et plusieurs pratiques traditionnelles sont restaurées[80]. Ces mesures contribuent à renforcer la popularité de Bonaparte, proclamé Premier Consul à vie en 1802, consolidant ainsi un pouvoir personnel qui prépare l’évolution vers l’Empire[80].

En 1803, la région voit réapparaître ses célébrations religieuses traditionnelles, notamment la procession Notre‑Dame d’el Vaulx à Thuin. La visite de Bonaparte en Belgique donne lieu à des hommages militaires où les pièces d’artillerie locales sont mises en batterie pour saluer sa présence[80]. Le , il devient empereur sous le nom de Napoléon 1er et poursuit la transformation administrative, éducative et juridique du pays, illustrée notamment par la promulgation du Code civil[80]. En 1806, il abolit le calendrier républicain et rétablit le système traditionnel, dans un contexte où l’industrie et le commerce connaissent une expansion notable.Ce dynamisme ne profite toutefois que marginalement à Thuin[80]. La nouvelle route reliant Mons à Charleroi via Fontaine‑l’Évêque, devenue chef‑lieu d’arrondissement, structure un axe industriel stratégique qui contourne la cité thudinienne. Cette configuration renforce un isolement déjà ancien, plaçant la ville en marge des principaux flux économiques de la période napoléonienne[80]. Au début du XIXe siècle, la municipalité de Thuin entreprend une politique de « modernisation » visant à effacer une partie de l’héritage médiéval et fortifié de la ville. Sous l’impulsion du maire, plusieurs éléments majeurs de l’ancienne forteresse sont démolis[77]. La collégiale Saint‑Théodard, adossée au beffroi, est ainsi détruite en 1811 afin de dégager un espace destiné aux festivités publiques[77]. Les tours de la porte Notre‑Dame disparaissent également, tout comme le châtelet d’entrée de la porte de Charleroi, autrefois appelée porte du Bourreau en raison du passage des condamnés se rendant vers le gibet[77]. Dans le même mouvement, le collège des Oratoriens est converti en collège impérial, témoignant de l’intégration des institutions éducatives locales dans le cadre administratif napoléonien[77]. Ces transformations contribuent à remodeler profondément le paysage urbain thudinien, au prix de la disparition de plusieurs témoins architecturaux de son passé défensif[77].

À partir de 1812, la Grande Armée, engagée dans des campagnes continues, souffre d’un manque croissant de soldats. Cette pénurie conduit à l’incorporation des hommes mariés et à un durcissement de la répression contre les déserteurs. Dans les territoires occupés, la misère s’étend et les populations expriment de plus en plus ouvertement leur hostilité envers le régime impérial[77]. La campagne de Russie se transforme en catastrophe : la retraite hivernale décime les troupes, victimes du froid, de la faim et d’attaques menées par des groupes locaux[77]. Aux abords de Vilnius, environ quarante mille soldats périssent sans même avoir combattu. Napoléon quitte alors l’armée pour regagner Paris, avant d’être renversé et envoyé en exil à l’île d’Elbe[77]. Dans la région de Thuin, la fin de l’année 1813 est marquée par la famine et par divers troubles liés à l’effondrement du système impérial[81]. Le 2 février 1814, les dernières troupes françaises quittent la ville, immédiatement remplacées, le lendemain, par une brève occupation de Cosaques russes[81]. Le premier traité de Paris, signé le , redéfinit les frontières européennes et laisse certains cantons voisins sous souveraineté française. Après sept siècles d’appartenance au monde liégeois et vingt‑et‑un ans d’administration française, la région se retrouve affaiblie et isolée[81]. Les provinces belges sont intégrées au royaume des Pays‑Bas, une décision accueillie sans enthousiasme mais perçue comme une garantie de stabilité après des décennies de conflits[81].

L’évasion de Napoléon Bonaparte de l’île d’Elbe, le , ouvre la période des Cent‑Jours, durant laquelle il reconstitue une armée de plus de cent mille vétérans. Dans les provinces belges, les troupes prussiennes prennent garnison à Thuin dès . Le , Napoléon se trouve à Beaumont, tandis que le maréchal Ney et le général Reille cantonnent dans les environs de Leers‑et‑Fosteau[81]. Le lendemain, les forces françaises commandées par Jérôme Bonaparte engagent les premiers combats de la campagne de Belgique autour de Thuin, repoussant les avant‑postes prussiens[81]. Le , la bataille de Ligny oppose les armées françaises et prussiennes, causant plus de vingt‑sept mille pertes. Deux jours plus tard survient la défaite décisive de Waterloo. Les rescapés français refluent vers la France et traversent Thuin le [82]. Le , les Prussiens réoccupent la région. Le second traité de Paris, signé le , restitue à la Belgique plusieurs cantons voisins et marque le début effectif de la période hollandaise sous le règne de Guillaume d’Orange, conformément aux décisions du Congrès de Vienne[81]. Après sept siècles d’appartenance liégeoise et plus de vingt ans d’administration française, la région se retrouve affaiblie, isolée, mais intégrée dans un nouvel ensemble politique accueilli sans enthousiasme, dans un désir général de stabilité après les guerres napoléoniennes[81].

Sous le régime hollandais, Thuin entre dans une phase décisive de transformation urbaine, portée par son bourgmestre Albert Martin, personnalité dynamique déjà active sous l’administration française. Profitant de la politique volontariste menée par Guillaume 1er, il s’attache à rompre l’isolement structurel de la cité en lançant une série de travaux d’infrastructure[83]. Entre 1820 et 1825, il fait aménager la route d’Anderlues, nouvel axe stratégique reliant Thuin à Nivelles puis à Bruxelles, et envisage son prolongement vers Beaumont, Chimay et PhilippevilleRocroi afin d’intégrer la ville dans un réseau régional plus cohérent[83]. Pour contourner l’exiguïté de la ville haute, il projette également la construction d’un pont au lieu‑dit La Cornette, destiné à créer un itinéraire alternatif passant par le Fosteau et Maroilles. Cette initiative ambitieuse, pensée pour désenclaver durablement Thuin, suscite toutefois de fortes oppositions locales, révélant les tensions entre modernisation urbaine et préservation des équilibres traditionnels[83]. En 1826, l’usine sidérurgique de Hourpes devient le site du premier haut fourneau construit sur le continent européen. L’installation est réalisée sous la direction de l’ingénieur anglais Thomas Bonehill, recruté par le roi Guillaume 1er dans le cadre de sa politique de modernisation industrielle[84]. Cette réalisation marque une étape importante dans l’essor de la métallurgie régionale et illustre l’ambition du souverain de doter les provinces belges d’infrastructures capables de soutenir une production sidérurgique moderne[84]. Au cours de la période hollandaise, les projets de modernisation menés à Thuin incluent également la transformation de la Sambre, jusque‑là rivière irrégulière et difficile à naviguer, en un canal aménagé selon les standards techniques modernes[85]. Soutenant l’initiative du bourgmestre Albert Martin, le gouvernement de Guillaume 1er approuve rapidement le projet, inscrit dans une politique plus large d’amélioration de la navigation intérieure[85]. Entre 1825 et 1830, les travaux modifient profondément la physionomie de la ville basse : l’île centrale disparaît, un vaste quai de chargement est aménagé, et le lit de la rivière est régularisé pour former un canal d’environ vingt‑cinq mètres de largeur[85].

Les transformations engagées sous le régime hollandais permettent à Thuin de devenir un centre actif de batellerie et un point de passage structurant entre Bruxelles et Beaumont. L’action persistante du bourgmestre Albert Martin, relayée après 1830 par son adjoint Georges Liégeois, contribue à préserver la ville du déclin face à la concurrence de Charleroi et au dynamisme croissant de Lobbes[83]. Malgré des destructions jugées excessives par certains contemporains, son rôle apparaît déterminant dans l’ouverture de Thuin à la modernité et dans son intégration aux nouveaux réseaux de circulation[86]. La fin du régime hollandais est marquée par une montée progressive des tensions. L’imposition du néerlandais comme langue administrative, une fiscalité lourde, la censure et le favoritisme envers les fonctionnaires venus du Nord alimentent le mécontentement[85]. La révolution parisienne de accélère les événements : catholiques et libéraux belges se rapprochent, la presse se libère, et l’émeute du à Bruxelles, suivie des Journées de Septembre auxquelles participent des habitants de Thuin entraîne le retrait des troupes hollandaises. La Belgique accède alors à l’indépendance et fonde un nouveau royaume, ouvrant une ère politique inédite après plusieurs décennies de bouleversements[87].

La crise d’août et à Thuin s’inscrit dans le contexte de l’insurrection belge contre le régime hollandais. À la fin de l’été, le Conseil de Régence met sur pied une garde bourgeoise pour contenir les troubles provoqués par les Malveillants, nom donné aux opposants locaux au pouvoir néerlandais[87]. Ces derniers sont principalement des ouvriers employés aux travaux de canalisation de la Sambre, soutenus par les commerçants du vieux pont, hostiles à la construction d’un nouvel ouvrage jugé nuisible à leurs intérêts[88]. Lors des festivités de début septembre, les tensions culminent : le bourgmestre Martin, pourtant ardent défenseur du projet de pont neuf, est contraint par la foule de proclamer « Vive le vieux pont, à bas le neuf », épisode humiliant qui le pousse à se retirer de la vie politique active[89]. Lorsque les Journées de Septembre éclatent à Bruxelles, Thuin s’associe activement au mouvement insurrectionnel. Le , alors que le prince Frédéric de Hollande tente de reprendre la capitale, des volontaires affluent de l’ensemble du pays. Cinquante habitants de Thuin rejoignent l’effort national sous la conduite d’Augustin Bataille, Jean‑Baptiste Clavel, Joseph Votion, Parfait Colbeau et Henri Spalart[89]. Un premier groupe d’environ vingt‑cinq hommes atteint Bruxelles le et combat aux côtés des volontaires de Charleroi et de Gosselies, notamment dans le secteur du faubourg de Namur[89]. Le lendemain, un gouvernement provisoire s’installe à l’Hôtel de Ville, où des Thudiniens assurent une garde continue de trente‑deux heures. Le retrait nocturne des troupes hollandaises, découvert le 27 au matin, consacre le succès de l’insurrection[89]. Un second contingent quitte Thuin le même jour, tandis que la ville et les localités voisines envoient vivres et provisions pour soutenir les insurgés. Les volontaires belges poursuivent ensuite les forces néerlandaises en retraite vers Anvers[89]. Parmi eux figurent plusieurs Thudiniens, dont le capitaine Adolphe Clavel, ancien déserteur de l’armée hollandaise. La ville d’Anvers est bombardée puis reprise, scellant la participation active de Thuin à la révolution belge de 1830 et à la naissance du nouvel État indépendant[89].

Au début de la Belgique indépendante, Thuin est administrée par une succession de bourgmestres catholiques dont l’action façonne durablement l’organisation urbaine et la vie publique. Parmi eux, Georges‑Louis Liégeois occupe une place centrale. Né en 1770 près de La Roche‑en‑Ardenne, formé chez les Oratoriens et allié par mariage à une famille influente de Thuin, il devient l’un des principaux collaborateurs du bourgmestre Albert Martin avant d’entrer au conseil communal en 1804[90]. Juriste reconnu, il est élu en 1830 premier bourgmestre de la Belgique nouvellement indépendante et conserve cette fonction jusqu’à sa mort en 1844. Son administration poursuit les efforts engagés pour ouvrir la ville vers l’extérieur[91]. Elle supervise la création de la route de Gozée, l’aménagement de la future rue Léopold II et l’intégration de Thuin dans un réseau routier en pleine recomposition[91]. Certains tracés, notamment l’embranchement reliant Lobbes à Sartiau, contribuent toutefois à maintenir la cité dans une forme de marginalité régionale, malgré les efforts de modernisation. L’action de Liégeois demeure néanmoins déterminante dans la structuration du Thuin du XIXe siècle, à la fois dans son urbanisme et dans son insertion progressive dans les circulations régionales[91]. Après la mort de Georges‑Louis Liégeois, son fils Alphonse Liégeois lui succède brièvement à la tête de la commune, avant l’élection d’Auguste Maillard, médecin installé à Thuin depuis 1815. Humanitaire engagé lors de la campagne napoléonienne de 1815, Maillard, élu bourgmestre en 1845, oriente son administration vers le développement de l’instruction publique, l’essor du collège communal, la gestion de l’hospice et la promotion de la vie culturelle, notamment à travers la société musicale Ordre et Progrès[91]. Son mayorat coïncide avec la construction de la ligne 130A, appelée à devenir un axe international reliant Paris à Cologne, symbole de la révolution industrielle en cours[91]. Cette mutation majeure suscite toutefois des résistances locales, en particulier parmi les transporteurs et commerçants dont les activités traditionnelles sont menacées par l’arrivée du rail[91]. Ces tensions contribuent à la défaite électorale du parti catholique en 1852. Maillard demeure néanmoins conseiller communal jusqu’à sa mort en 1857. Son nom reste associé au Chêne Maillard, arbre pluriséculaire qu’il aurait contribué à préserver, devenu un élément patrimonial emblématique de la région[92].

L’arrivée au pouvoir du libéral Omer Ladeuze en 1852 ouvre une période de vingt‑six ans marquée par une expansion économique sans précédent. Exploitant agricole aisé, Ladeuze dirige Thuin au moment où le bassin houiller et métallurgique de Charleroi connaît une croissance fulgurante[92]. Grâce au chemin de fer, la ville profite indirectement de cette dynamique : de nombreux ouvriers thudiniens se rendent quotidiennement dans les usines du Pays noir, tandis que Thuin développe ses propres activités l’usine de Hourpes, les carrières de grès, la batellerie, les tanneries, les cordonneries et un petit commerce en expansion[92]. La défaite française de 1870 stimule encore la demande en charbon, renforçant la prospérité régionale et favorisant l’exploitation des ressources forestières et agricoles de la Thudinie. L’amélioration des transports routes, rail et navigation soutient également l’essor d’un premier tourisme local[92]. Des visiteurs, souvent issus des centres industriels voisins, affluent par train pour découvrir le site pittoresque de Thuin. Cette période voit ainsi la ville s’inscrire durablement dans les réseaux économiques et culturels de la Belgique du XIXe siècle, tout en affirmant une identité façonnée par l’alternance politique entre catholiques et libéraux et par les mutations rapides du monde industriel[92]. En 1866, une épidémie de choléra frappe Thuin et l’ensemble de sa région. Face à la propagation rapide de la maladie, le conseil communal adopte un règlement destiné à encourager la population à respecter diverses mesures d’hygiène, dans un contexte où la potabilité de l’eau devient un enjeu sanitaire majeur[93]. La crise provoque également un regain de ferveur autour du culte de saint Roch, traditionnellement invoqué contre les fléaux épidémiques, témoignant de la manière dont les communautés locales mobilisent à la fois des réponses pratiques et des ressources spirituelles pour affronter la catastrophe[92]. Dans la paroisse de la ville basse, le curé Grard redonne vie à une confrérie Saint‑Roch alors en déclin, rétablit la procession du et fait reconstruire la chapelle du Tienne‑Trappe. En 1867, l’administration libérale de Thuin instaure une marche militaire et sollicite la participation du clergé pour accompagner la statue de saint Roch[94]. Ce cortège, rapidement très populaire, défile désormais chaque troisième dimanche de mai, même après que le curé décide d’en supprimer les éléments religieux[95]. Ce n’est qu’en 1883 qu’un compromis est trouvé entre le bourgmestre t’Serstevens et le curé Lagache, permettant d’harmoniser au moins partiellement la cérémonie religieuse et le défilé civil. Cette entente marque une étape importante dans l’histoire de la marche Saint‑Roch, devenue l’un des événements identitaires majeurs de Thuin, à la croisée des traditions paroissiales et des pratiques festives locales[95].

Sous l’administration du bourgmestre libéral Jean‑Baptiste t’Serstevens, en fonction de 1878 à 1895, Thuin connaît une phase marquante de modernisation. L’arrivée de cet élu, lié à la famille Troye par son mariage avec Alix Troye, s’inscrit dans la continuité de l’influence exercée par cette lignée, dont plusieurs membres avaient occupé des postes importants sous les régimes précédents[96]. Originaire de Bruxelles, t’Serstevens apporte une vision extérieure qui transforme durablement la ville. Il stimule le développement touristique, restructure la ville basse et oriente son action vers l’urbanisme, l’hygiène publique et l’instruction[96]. Sous son impulsion, l’ancien collège communal est repris par l’État, tandis que trois écoles de quartier sont fondées, renforçant l’accès à l’enseignement et inscrivant Thuin dans les politiques éducatives de la Belgique de la fin du XIXe siècle. Son administration contribue ainsi à façonner un paysage urbain modernisé, mieux connecté aux réseaux économiques et culturels de la région[96]. Sous l’administration du bourgmestre libéral Jean‑Baptiste t’Serstevens, Thuin connaît une modernisation profonde entre 1878 et 1895. Son sens de la conciliation favorise l’essor du folklore local, en particulier la marche Saint‑Roch, dont il harmonise les dimensions religieuses et civiles avec l’appui du curé Delmotte[96]. Il encourage également la mise en valeur des traditions paroissiales, notamment le culte de Notre‑Dame d’el Vaulx. Réélu en 1888, t’Serstevens poursuit une politique de grands travaux qui transforme durablement la physionomie urbaine. La rue principale de la ville basse porte aujourd’hui son nom, en hommage à son rôle structurant dans l’aménagement du territoire[96]. Durant son mandat, les activités économiques connaissent une croissance soutenue : les chantiers navals se développent, les moulins sont modernisés et les carrières des Waibes tournent à plein régime, témoignant d’une période d’expansion industrielle qui inscrit Thuin dans les dynamiques économiques de la Belgique de la fin du XIXe siècle[97].

Le centre-ville (ville haute), carte postale datée de 1908.

En 1896, l’élection du libéral Victor Vilain ouvre pour Thuin une période d’ambitions nouvelles. Admiratif du site et de sa région, Vilain nourrit le projet de transformer la ville en lieu de villégiature haut de gamme. Il concrétise cette vision par l’ouverture d’un casino dans la Grand’rue, établissement qui acquiert rapidement une réputation internationale[98]. Cafés, restaurants et hôtels prospèrent, tandis que les familles bourgeoises accueillent les visiteurs attirés par ce nouvel art de vivre thudinien[98]. La ville s’anime grâce à l’association Thuin‑Attractions, qui organise concerts, corsos fleuris, fêtes vénitiennes sur la Sambre, concours hippiques et de nombreuses autres manifestations[99]. Thuin traverse alors des années d’euphorie, portée par une effervescence culturelle et touristique inédite. Cette dynamique est toutefois brisée en 1904, lorsque la Belgique interdit les jeux de hasard. Le casino doit fermer ses portes[98]. Par la suite, Spa et Ostende obtiennent de nouvelles licences d’exploitation, mais malgré les démarches répétées du conseil communal auprès des Chambres législatives, Thuin ne parvient pas à obtenir une autorisation similaire. La ville perd ainsi l’un des moteurs de son prestige touristique, sans toutefois effacer le souvenir d’une période où elle avait brièvement rivalisé avec les stations les plus en vue du pays[98].

À la suite de la fermeture des salles de jeux, Thuin adopte un profil plus discret, mais l’élan touristique initié sous Victor Vilain continue de dynamiser la cité. Grâce à l’engagement de plusieurs figures locales, l’activité commerciale demeure vivante et la ville conserve l’image d’une petite agglomération accueillante où il fait bon vivre[99]. Des personnalités thudiniennes telles que le peintre Jules Cran, l’écrivain Maurice des Ombiaux, le sculpteur Hector Dufossez ou encore l’imprimeur Monnom dont la fille Marie épouse le peintre Théo Van Rysselberghe contribuent à faire rayonner Thuin jusqu’à Bruxelles. Autour de 1900, la ville connaît, à l’image du pays, une période d’intense vitalité culturelle et sociale[99]. Cette prospérité masque toutefois la précarité persistante d’une partie de la population, notamment celle des paysans restés en marge de l’industrialisation et vivant dans des conditions difficiles. Dans ce contexte, seuls quelques notables engagés apportent un soutien concret aux plus démunis[99]. Le docteur Berteaux se distingue par son action contre les maladies liées aux eaux polluées, tandis qu’Henri Conreur fonde plusieurs œuvres sociales en faveur des plus modestes, ce qui lui vaut le surnom de « Bon Dieu des Waibes ». Ces initiatives témoignent de la manière dont la solidarité locale tente de répondre aux inégalités persistantes au sein d’une ville pourtant portée par l’essor culturel de la Belle Époque[100]. Cette prospérité masque toutefois la précarité persistante d’une partie de la population, notamment celle des paysans restés en marge de l’industrialisation et vivant dans des conditions difficiles. Dans ce contexte, seuls quelques notables engagés apportent un soutien concret aux plus démunis[100]. Le docteur Berteaux se distingue par son action contre les maladies liées aux eaux polluées, tandis qu’Henri Conreur fonde plusieurs œuvres sociales en faveur des plus modestes, ce qui lui vaut le surnom de « Bon Dieu des Waibes »[100]. Ces initiatives témoignent de la manière dont la solidarité locale tente de répondre aux inégalités persistantes au sein d’une ville pourtant portée par l’essor culturel[101].

La grand'rue et le beffroi en 1908, carte postale.

Au cours de l’été 1914, la Thudinie devient le théâtre d’affrontements particulièrement violents qui encerclent Thuin sans atteindre directement la cité. Cette situation préserve son patrimoine médiéval, alors que de nombreuses localités belges subissent des destructions massives au début du conflit[100]. Le , la procession dédiée à Notre‑Dame d’el Vaux rassemble une foule inquiète face à l’avancée allemande[100]. Les habitants adressent leurs prières à la Vierge pour protéger la ville, laquelle échappe effectivement aux ravages malgré les combats qui se déroulent dans les environs immédiats[100]. Cet épisode, interprété par certains comme un signe providentiel, inspire au chanoine Hector Dupont la réalisation de petites reproductions de la statue romane de Notre‑Dame[100]. Ces objets, conservés par de nombreuses familles thudiniennes, deviennent des symboles de protection et de mémoire, témoignant de l’impact spirituel et émotionnel de ces journées de guerre sur la communauté locale[100]. De très violents combats s'y sont déroulés le (bataille de Charleroi), plus particulièrement à Gozée et à Biesme-sous-Thuin, lorsque la 5e armée française faillit se faire encercler par les Ire, IIe et IIIe armées allemandes[102]. Les régiments français qui, le , ont combattu sur le territoire de la commune sont le 12e RI (Tarbes), le 18e RI (Pau), le 34e RI (Mont-de-Marsan), le 49e RI (Bayonne) et le 144e RI (Bordeaux). Toutes ces unités faisaient partie du 18e Corps d'Armée (Bordeaux) qui constituait le flanc gauche de la 5e armée française et était placé sous les ordres du général de Mas-Latrie[103]. Devant l'ampleur des pertes françaises  983 soldats et officiers du seul 49e RI ont perdu la vie ce jour-là à Thuin , le chef de la 5e armée, le général Lanrezac prit l'initiative  en désobéissant au généralissime Joffre  de faire reculer ses troupes. Cette désobéissance lui permit de sauver l'essentiel de ses forces et fut, de ce fait, l'une des raisons de la victoire de la Marne qui eut lieu quelques semaines plus tard.

Inauguration du cimetière militaire allemand aujourd’hui désaffecté. À gauche, le bourgmestre Victor Vilain, visiblement décidé à garder ses distances avec les officiers ennemis[104].

Pendant l’occupation allemande de 1914‑1918, l’autorité militaire installée à la ville haute se désintéresse largement de la gestion quotidienne, qu’elle laisse au bourgmestre Victor Vilain. Celui‑ci coordonne les secours, l’approvisionnement et les finances locales, allant jusqu’à recourir à des monnaies de substitution pour pallier la pénurie de numéraire, tandis que la police demeure sous contrôle de l’occupant[105]. En 1921, la fin du vote censitaire permet l’arrivée au pouvoir du baron Paul Gendebien, qui cherche à apaiser les tensions politiques et à rassembler la population[105]. Il organise une exposition coloniale remarquée, relance la marche Saint‑Roch en créant un comité pluraliste et s’attaque aux problèmes sanitaires, notamment l’approvisionnement en eau potable grâce à de nouveaux aménagements hydrauliques[106]. Son administration modernise également les routes, tente d’étendre le tram vicinal et développe des lignes d’autobus. Les fêtes populaires restent soutenues, et un circuit automobile est aménagé dans les années 1920[107]. Le centenaire de la Belgique en 1930 donne lieu à de grandes célébrations, tandis que l’église des Waibes est inaugurée en 1931. Entre les deux guerres, la marche Saint‑Roch s’impose comme la fête officielle de la ville, intégrant durablement traditions civiles et religieuses dans un cadre festif devenu l’un des marqueurs identitaires majeurs de Thuin[108]. Entre 1932 et , la Belgique traverse une période de tensions politiques et économiques croissantes. Après l’Union sacrée de la Première Guerre mondiale, émergent en Flandre et en Wallonie des mouvements autonomistes, tandis que le Rexisme, mouvement contestataire dirigé contre les partis traditionnels, gagne en visibilité dans un contexte international instable. L’économie nationale, fondée sur les charbonnages et la métallurgie, amorce un déclin durable[109]. Les régions proches des bassins industriels, comme la Thudinie, en ressentent fortement les effets, même si l’agriculture locale en atténue partiellement l’impact. Les élections de 1933 maintiennent la majorité catholique et confirment Paul Gendebien comme bourgmestre[109]. La décennie est également marquée par des difficultés d’approvisionnement en eau : la source de la Piraille, qui alimente la ville haute depuis 1930, s’épuise en 1935[109]. La situation n’est résolue qu’en 1945 grâce au raccordement au réseau intercommunal Lobbes‑Anderlues. En 1936, l’instauration des congés payés favorise l’essor d’un tourisme populaire naissant, qui profite à Thuin et à son environnement pittoresque. Cette période, marquée par des mutations sociales rapides, prépare la ville à affronter les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale[109].

Lors de la Seconde Guerre mondiale, Thuin a été bombardé le ainsi que les jours suivants, ce qui a entraîné un exode d'une très large partie de la population vers la France[110][111]. En , l’offensive allemande débute par l’invasion de la Belgique sans déclaration préalable. Les forces mécanisées franchissent rapidement l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse et atteignent la région de Thuin le 17 mai, provoquant le repli désordonné des troupes françaises et l’exode massif des civils[112]. Plusieurs localitésThuin, Lobbes, Thuillies subissent des bombardements visant les voies ferrées, les gares et des quartiers habités, causant de nombreuses victimes parmi les réfugiés[112]. Les ponts de la Sambre et les infrastructures ferroviaires sont détruits par l’armée française pour ralentir la progression ennemie. Le 17 mai, les premières unités allemandes entrent dans une ville presque entièrement vidée de sa population[112]. Après la capitulation belge du 28 mai, suivie de celle de la France en juin, Thuin vit quatre années d’occupation marquées par une réorganisation administrative locale, la présence de la Kommandantur et l’installation de divers services allemands[112]. À partir de 1942, l’instauration du travail obligatoire en Allemagne intensifie l’activité des réseaux de résistance, qui mènent sabotages, actions clandestines et collecte de renseignements. Ces opérations se poursuivent jusqu’à la libération de 1944, marquant la fin d’une période de contraintes sévères mais aussi d’engagement civique et patriotique au sein de la population thudinienne[112].

À partir de 1943, les forces alliées intensifient leurs préparatifs en vue d’une offensive destinée à libérer l’Europe. Les bombardements visant les infrastructures allemandes se multiplient, tandis que dans la région de Thuin, la population se réfugie régulièrement dans les caves ou les abris à l’annonce des alertes aériennes[112]. L’écoute clandestine de la radio de Londres entretient l’espoir d’un débarquement imminent et d’un recul progressif des troupes allemandes. L’année 1944 voit s’accentuer à la fois les actions de la résistance et la répression exercée par l’occupant[113]. Le survol fréquent de formations de bombardiers alliés, les crashs d’appareils isolés et les parachutages témoignent de l’intensification du conflit dans le ciel de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse[113]. Les bombardements de la gare de Lobbes, en mai puis en août, s’inscrivent dans la stratégie alliée visant à désorganiser les communications ferroviaires allemandes avant l’ouverture du front de Normandie. Ces opérations marquent l’approche de la libération, dont les effets se font sentir jusque dans les villages thudiniens, pris entre espoir et danger croissant[113]. Après le débarquement du , les mouvements militaires allemands se multiplient dans la région, tandis que les sabotages menés par les réseaux locaux se poursuivent. Au cours de l’été, l’avancée américaine provoque la désorganisation des troupes ennemies, dont les convois sont régulièrement mitraillés[113]. Fin août et début septembre, la retraite allemande devient générale. Les derniers combats locaux notamment autour du pont de la Sambre et lors d’affrontements entre résistants et unités allemandes précèdent l’arrivée des premiers soldats américains à Thuin le , accueillis par une population en liesse[114]. La ville retrouve alors son administration légitime, bien que la menace des armes nouvelles allemandes, telles que les V1, persiste encore. L’hiver 1944‑1945 est marqué par la présence américaine et par les effets de l’offensive des Ardennes, dont la région échappe toutefois aux combats directs[115]. Le printemps 1945 voit le retour des prisonniers et déportés, prélude au lent rétablissement d’une vie quotidienne normale après plusieurs années d’occupation, de privations et d’épreuves. Cet épisode clôt une séquence historique où Thuin, malgré les dangers, a préservé son tissu social et son patrimoine, tout en participant activement aux efforts de résistance régionaux[115].

Entre 1946 et 1971, Thuin traverse une période de profondes transformations politiques, urbanistiques et culturelles. Les élections communales de 1946 confirment la domination du parti catholique, et Charles Gendebien succède à son père à la tête de la commune[116]. La fin des années 1940 est marquée par l’ouverture de l’école industrielle et par l’impact du Plan Marshall, qui accélère l’américanisation de l’économie locale[116]. Dans les années 1950, la ville modernise ses infrastructures : généralisation du revêtement bitumeux, arrivée de la télévision, diffusion du gaz en bouteille et apparition des premiers appareils électroménagers facilitant les tâches quotidiennes[116]. L’instituteur Georges Cuisenaire acquiert une renommée internationale grâce à ses réglettes pédagogiques, tandis que le beffroi de Thuin est restauré et illuminé, renforçant la valorisation patrimoniale de la ville. Cette période voit Thuin entrer pleinement dans la modernité d’après‑guerre, tout en consolidant son identité culturelle et éducative au sein d’une Belgique en pleine reconstruction[116]. Les élections de 1952 portent le libéral Martial Bourgeois à la tête de la commune. En 1954, Thuin cède l’ancien collège des Oratoriens à l’État, et en 1957 sont inaugurées de nouvelles écoles ainsi qu’une bibliothèque communale, témoignant d’un effort soutenu en faveur de l’instruction publique[116]. Le libéral Marc Dagnelies devient bourgmestre en 1958. Les années 1960 voient se multiplier les projets structurants : construction du nouvel Athénée, passage du Tour de France 1961, découverte d’une nécropole gallo‑romaine en 1963 et création d’un terrain de camping en 1964[117]. Cette même année marque le retour du PSC au pouvoir avec Charles Gendebien[118]. En 1967, Thuin accueille l’intercommunale INTERSUD ainsi que la Fédération Cynologique Internationale, renforçant son rôle institutionnel dans la région[118]. Un nouveau pont en S est construit en 1969, suivi en 1970 par l’inauguration d’un viaduc à double courbure, deux ouvrages d’art qui transforment durablement la circulation et l’urbanisme local. Cette période, marquée par une succession de projets éducatifs, culturels et infrastructurels, inscrit Thuin dans la modernisation rapide de la Belgique d’après‑guerre[118].

Les élections de 1970 bouleversent l’équilibre politique thudinien : la division du camp catholique permet au Parti socialiste d’obtenir la majorité absolue, ouvrant la voie au premier pouvoir communal de gauche[119]. Le nouveau bourgmestre, dont le style de gouvernance est perçu comme autoritaire, mène une politique volontariste marquée par plusieurs décisions structurantes : suppression du kiosque de la Ville‑Haute, arrêt des compétitions de motocross, retrait de l’intercommunale INTERSUD, déplacement de l’administration communale et soutien à de vastes projets immobiliers destinés à faire de Thuin une cité résidentielle étroitement liée à Charleroi[119]. Cette orientation urbanistique, tournée vers l’intégration de Thuin dans la dynamique métropolitaine carolorégienne, marque profondément les années 1970 et illustre la volonté de remodeler la ville en fonction des nouveaux besoins résidentiels et socio‑économiques de la région[119]. La fusion des communes de 1976 fait de Pierre Trogh le premier bourgmestre de la nouvelle entité de Thuin, alors confrontée à de graves difficultés financières. Entre 1983 et 1988, Julien Brochard parvient à réduire le déficit et à réorganiser la gestion communale, notamment grâce à l’aménagement du rempart nord destiné à fluidifier la circulation[120]. De 1989 à 2000, Daniel Ducarme lui succède et mène une politique de modernisation de la ville basse, tout en développant des infrastructures touristiques et culturelles et en rapprochant les forces politiques locales[120]. En 2001, Paul Furlan devient bourgmestre et consolide une majorité stable. Malgré l’implication de figures politiques marquantes, la gouvernance thudinienne reste longtemps marquée par des projets contrariés et des tensions internes[120]. Au début du XXIe siècle, divers investissements extérieurs permettent la rénovation de quartiers historiques, la mise en valeur du beffroi, la création d’un port de plaisance et l’essor d’un zoning industriel[121]. La vie culturelle demeure active grâce à des associations artistiques, historiques et folkloriques, ainsi qu’à plusieurs initiatives muséales consacrées au tram, à l’imprimerie et à la batellerie, même si aucun musée général d’histoire locale n’a pu être établi[121].

Armoiries

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Blason de Thuin depuis la fusion des communes. Ce blason reprend le motif du plus ancien sceau connu de la ville.
Blasonnement : d'azur au château-fort d'argent accosté de deux écussons du même au lion couronné de sable, celui de dextre contourné[122].
  • Délibération communale : 16 octobre 1979
  • Arrêté de l'exécutif de la communauté : 27 août 1984
Armes de Thuin entre 1883 et la fusion des communes.
Blasonnement : D’azur semé de billettes d’argent au lion d’argent armé et lampassé de gueules brochant sur le tout.
DC 20 mai 1882 - AR 1 mars 1883 - MB 10 avril 1883
Après l'indépendance de la Belgique, un Arrêté royal confirme les armes accordées à la ville le 6 décembre 1820 par le Conseil suprême de la Noblesse des Pays-Bas.
Blasonnement : D’azur, à un lion d’or, armé et lampassé de même, l'écu timbré d'une couronne d'or.
DC 10 mai 1837 - AR 7 avril 1838
Drapeau de la Ville de Thuin. Parti de bleu et blanc, la laize bleue chargée de 3 merlettes blanches rangées à sa partie supérieure[123].
DC 2 février 1993 - AE 26 octobre 1993

Logotype

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L'œuvre « Silvardo », située dans les jardins suspendus qui est le logotype utilisé par la ville.

Inspiré de l'œuvre Silvardo de Jérôme Constant, qui représente un lion en tant que motif principal des armoiries de la ville, la sculpture intègre un trou dans la patte symbolisant la blessure de Saint-Roch. La couleur rouge, quant à elle, évoque le vin et fait référence au costume des zouaves[124].

Politique

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Liste des bourgmestres depuis 1814

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Les bourgmestres et coalitions qui ont dirigé Thuin :

Sous le régime français et le royaume uni des Pays-Bas :

  • 1814-1818 : Albert Gérard Martin ;
  • 1818-1830 : Albert Gérard Martin ;

Depuis l'indépendance belge :

Depuis la fusion des communes

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Résultats des élections depuis 1976 à aujourd'hui

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Résultats des élections de 1976
Parti Voix Sièges
PS 3 084 (39,7 %) 9
GGA 2 709 (34,9 %) 8
PSC 1 654 (21,3 %) 4
IC76 259 (3,3 %) 0
Résultats des élections de 1982
Parti Voix Sièges
PS 3 710 (42,1 %) 12
PRL 2 202 (25,0 %) 6
IC 1 843 (20,9 %) 5
UDPW 544 (6,2 %) 0
Résultats des élections de 1988
Parti Voix Sièges
Mieux 5 050 (55,0 %) 13
PS 3 456 (37,6 %) 9
Écolo 678 (7,4 %) 1
Résultats des élections de 1994
Parti Voix Sièges
Mieux 4 623 (48,58 %) 13
PS 2 845 (29,9 %) 8
Ici 1 206 (12,67 %) 2
Écolo 565 (5,93 %) 0
Résultats des élections de 2000
Parti Voix Sièges
Com.une 4 765 (52,19 %) 14
PSC 2 185 (23,93 %) 5
Éco-Ici 1 896 (20,76 %) 4
Geste 283 (3,1 %) 0
Résultats des élections de 2006
Parti Voix Sièges
PS 5 351 (53,85 %) 15
MR 1 840 (18,52 %) 4
CDH 1 495 (15,04 %) 3
Écolo 905 (9,11 %) 1
Résultats des élections de 2018
Parti Voix Sièges
PS 41,88 % 12
MR 21,27 % 5
IC 19,08 % 4
Écolo 9,9 % 2
Résultats des élections de 2024
Parti Voix Sièges
PS 3 502 (37,11 %) 10
MR 3 057 (32,39 %) 8
IC 2 227 (23,60 %) 5
Écolo 453 (4,80 %) 0

Conseil et collège communal 2024-2030

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Collège communal
BourgmestreRachel SobryMR-Bleus de Thuin
1er ÉchevinKarine CosynsLes Engagés - IC THUIN-LES ENGAGÉS
2e ÉchevinPhilippe LannooMR-Bleus de Thuin
3e ÉchevinVéronique ThomasMR-Bleus de Thuin
4e ÉchevinGrégory TulpinckIC THUIN-LES ENGAGÉS
5e ÉchevineMarie-Claude PireauIC THUIN-LES ENGAGÉS
Présidente du CPASNathalie RouletMR-Bleus de Thuin

Jumelages

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La ville de Thuin est jumelée avec :

L'ancienne commune de Gozée est jumelée avec Chamboulive (France)

Sécurité

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Poste de Police, rue de Stoupré, service d'incendie de Thuin, rue de Biesme.

Patrimoine et culture

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Patrimoine architectural

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Le beffroi.
Ville haute
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  • Le beffroi de Thuin. À l'emplacement d'un ancien beffroi effondré quelques décennies auparavant, le beffroi actuel, édifié dans la première moitié du XVIIe siècle, est un vestige de la collégiale des Saints-Lambert et Théodard, démolie en 1811[125]. Sur la face sud, les armoiries des bourgmestres de l'époque, accompagnées de leurs noms et de la date « P. TASSIER, N. DE BRUXELLE BOURGUEMRES. 1639 », surmontent les deux niches consacrées à saint Lambert et à saint Théodard, elles-mêmes ornées des inscriptions « DE-CANUS ET / CAPITULUM / ECCLESIAEA » et « COLLEGIATAE / THUDINIENSIS / AN° 1639 »[126]. Le beffroi, culminant à 60 mètres de hauteur, est surmonté d'une flèche campaniforme entourée de quatre clochetons polygonaux. Après avoir été détruit par une tempête en 1662, il a été restauré et a subi d'importantes réparations au milieu du XVIIIe siècle[125]. Le beffroi, dont les origines remontent au Moyen Âge, est construit à l'époque du plus grand essor de la ville. Il figure, depuis 1999, au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le beffroi a été entièrement restauré au début des années 2000[125][127][128]. En 1997, des fouilles ont révélé les fondations d'une église romane datant du XIIe siècle, dont le chœur gothique a été ajouté au XVIe siècle[129].
L'église Notre-Dame des Carmes (désacralisée[130]).
  • Un monument aux morts érigé contre le mur du beffroi est inauguré par le roi Albert 1er[131]. Ce monument, installé en 1919, représente les 25 Thudiniens morts pour la patrie qui y sont inscrits.
  • L'église Notre-Dame des Carmes ou église de la Sainte-Vierge. Cette église a été érigée en 1670 à la demande des paroissiens, qui devaient assister aux offices à la collégiale Saint-Théodard[132]. Édifice en briques et moellons, comprenant une vaste nef et un chœur se terminant par un chevet à trois pans[133]. Maurice des Ombiaux a décrit cet édifice comme ressemblant à une grange[134]. Aujourd'hui, l'église est désacralisée[135],[136].
  • L'hôtel des postes, ancien refuge de l'abbaye de Lobbes datant de 1552, comme l'attestent les ancres visibles sur la façade ouest du bâtiment, reprises au pignon lors de la restauration par l'architecte Van Houcke en 1889. Mis aux enchères publiques en 1795, il a ensuite été utilisé comme caserne de gendarmerie et école communale avant d'accueillir les PTT[137].
  • L'hôtel de ville, ancienne résidence de la famille Gendebien, il a été construit au XVIe siècle, modifié au XIXe siècle, puis restauré en 2008 avec des ajouts modernes mais discrets pour accueillir l'hôtel de ville. L'ancien parc du refuge de l'abbaye d'Aulne, situé derrière les bâtiments, a été classé comme site et renommé « parc de l'hôtel de ville »[138].
    La maison espagnole, classée en 1972[139].
  • L'ancien refuge de l'abbaye de la Thure, cédée aux Massart dès 1750, cette propriété historique appartenait autrefois à Saint-Augustin[140].
  • L'ancien refuge de l'abbaye d'Aulne, commencé dans la première moitié du XVIe siècle sous l'abbatiat[Note 2] de Jean de Lannoy (1529-1556), en style gothique, apprécié dès les premières décennies du XVIIIe siècle et vendu pendant la Révolution française[141].
  • L'Athénée Royal, ancien collège des Oratoriens. Cet ensemble de bâtiments de style Louis XIV a été construit entre la fin du XVIIe siècle et 1738. Les Oratoriens, établis en 1652, obtiennent sept ans plus tard l'autorisation d'enseigner les humanités jusqu'en 1793. Les bâtiments sont ensuite saisis par la ville lors de la Révolution française et portent successivement les noms de Collège impérial en 1812, communal en 1831 et royal en 1882. En 1950, l'Administration communale cède l'ensemble à l'État, et il abrite désormais l'internat des classes de l'Athénée[140]. Le collège a été transformé entre 1819 et 1823, puis à nouveau en 1877, pour devenir la justice de paix et l'hôtel de ville[142]. En 1980, un incendie a ravagé le bâtiment[139].
  • La chapelle des sœurs grises.
    La maison espagnole, construite dans la première moitié du XVIe siècle, avec une porte et une loggia de style néo-renaissance ajoutées au XIXe siècle[143].
  • L'ancien couvent des Sœurs Grises, datant du milieu du XVIIIe siècle, abrite aujourd'hui le siège de l'Institut Notre-Dame[144]. Reconstruit en 1757 par l'abbé de Lobbes, Dom Théodulphe Barnabé, après un incendie survenu en 1745[145][144]. Depuis le XVe siècle, les Sœurs Grises prenaient soin des malades et se consacraient à l'éducation des jeunes filles, et ce, jusqu'en 1817[144].
    • Située en bordure de rue, la chapelle Sainte-Élisabeth de Hongrie servait d’église au couvent et aurait été construite vers le milieu du XVIIIe siècle, avec une imposante façade baroque. Les orgues qui s’y trouvaient ont été transférées en 1986 à l’église du Christ-Roi, dans le hameau des Waibes, à la suite d'une donation des sœurs[145]. Après sa transformation, la chapelle dispose désormais de trois niveaux, avec un espace ouvert au public au rez-de-chaussée et de nouveaux locaux fonctionnels pour l'école aux étages[144].
      Les remparts, remontant au Xe siècle, au XIVe et au XVe siècle[146].
  • Les fortifications. À partir du castellum en forme d’œuf, installé à la pointe de l’éperon rocheux, la première enceinte urbaine, lancée à l’initiative de Notger à la fin du Xe siècle, s’étendait vers l’est en longeant le sommet du versant nord et les pentes étagées du sud. Lorsqu’une seconde enceinte fut construite aux XIVe et XVe siècles, elle s’étendit vers la plaine, en longeant toujours le bord des pentes. Son front oriental se situa cette fois un peu en retrait de la rue de Charleroi. L’accès à la ville était alors protégé par trois portes fortifiées : au nord-est, la porte de Charleroi dite Bourreau ; au nord-ouest, la porte Notre-Dame ; et au sud-est, la porte de la Houzée. Parmi les tours qui renforçaient les courtines, seule celle du Posty Bury a gardé deux arquebusières en calcaire, tandis que quelques poternes, appelées posty, offraient un passage à travers les remparts[146].
  • Les jardins suspendus orientés au sud, dans la vallée de la Biesmelle, ont été restaurés dans les années 2000 avec l'aide du Fonds européen de développement régional et de la Région wallonne (Phasing out de l'Objectif 1)[147].
    • Silverado, création de l'artiste Jérôme Constant sous la forme d'un blason médiéval, représente un grand lion tiré des armoiries de la ville. Il est orné de symboles graphiques propres à Thuin, tels que la batellerie, le beffroi, la blessure de Saint-Roch, le raisin et la couleur rouge du vin[148].
  • L'œuvre de John Cornu représentant une ruine d'une forteresse ou d'une civilisation disparue sur la place du Chapitre[148].
  • La chapelle Notre-Dame de Lourdes, construite au début du XIXe siècle[149].
  • Des maisons de la rue Saint-Jacques, datant des XVIIe et XVIIIe siècles[150].
Ville basse
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L'église Notre-Dame-du-Val à la ville basse.
  • L'église Notre-Dame d'El Vaux. Ancienne propriété de l'abbaye de Lobbes, fondée au VIIIe siècle grâce à ses fonds, elle passe ensuite sous l'autorité de la collégiale de Lobbes, devenue auxiliaire de la collégiale Saint-Théodard de Thuin en 1494. Après la Révolution française, l'église devient paroissiale en 1803. D'origine romane, elle est transformée dans un style gothique au XVIe siècle[153]. L'édifice actuel, construit en moellons de grès et pierres calcaires de la Sambre, a été rebâti au XIIIe ou XIVe siècle dans un style roman, puis remanié vers la fin du XVIe siècle. La charpente, en forme de coque renversée, couvrant la nef a été réalisée en 1893 par les ouvriers du chantier naval[154].
    • Chemin qui mène à la ville basse.
      Dans l'église Notre-Dame d'el Vaulx est conservée une statue du XIIe siècle en chêne, qui représente une sedes sapientiae (Notre-Dame de la Sagesse) dont le style combine les influences mosanes et scaldiennes. Cette église conserve un orgue remarquable de Henri De Volder[155] et une la statue de Saint-Roch en bois polychromé du XVIIIe siècle[156] escortée lors de la marche Saint-Roch.
    • Curiosité : un passage routier (en 2016, des escaliers) sous le chœur, servant de liaison entre la ville basse et la position fortifiée à l'époque des remparts et de la citadelle.
  • Le monument Maurice Des Ombiaux, réalisé par Charles Piot, [157].
  • Le château Beauregard. Construit par le bourgmestre libéral et franc-maçon Victor Vilain[158], ce manoir domine la vallée de la Sambre et la ville.
  • Une maison bourgeoise de style art nouveau se trouve à la rue de Ragnies, au no 25[159].
  • Le quartier des mariniers. Il accueille encore d'anciens bateliers à la retraite. Certaines maisons datent des XVIIe et XVIIIe siècles, comme les numéros 16-18 ou 36-42 de la rue du Rivage[160].
  • Le monument à la batellerie, élevé à l'entrée du quartier des mariniers.
Bois du Grand Bon Dieu
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Le calvaire du Grand Bon Dieu.
  • La chapelle Saint-Léonard, construite en 1688[161],[162],[149].
  • Le calvaire du Grand Bon Dieu, surplombant la Biesmelle, est une chapelle ouverte construite en 1725 et restaurée en 1857[161].
  • La chapelle Notre-Dame des Suffrages est un petit édifice qui daterait possiblement du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe siècle, mais qui a connu d’importantes modifications au fil du temps[163].
  • L'ancien moulin du Bas Marteau, datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle[164].
  • La chapelle de la Sainte-Face, avec sa potale en pierre datant de 1736[164].

L'église du Christ-Roi. L'église des Waibes est dédiée au Christ-Roi. Elle a été construite en 1930-1932, en s'inspirant de la collégiale de Lobbes[165].

Hourpes
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Le château d'Hourpes (XIXe siècle).
  • Le château Bonehill : construit vers 1887 dans un style éclectique par Émile Bonehill, fils de Thomas Bonehill, propriétaire des SA Usines Bonehill. Il s'est inspiré d'un château en Allemagne qu'il a reproduit presque à l'identique à Hourpes. Il possède des écuries et une conciergerie.
  • Le coron constitué de huit maisons sur le site d'un des berceaux de l'industrie sidérurgique dans la vallée de la Sambre. Le premier fourneau est installé à Hourpes vers le XVe siècle et le premier haut fourneau est attesté en 1738. Sa localisation est due à la proximité de la Sambre, voie navigable, à la présence du minerai de fer, de la force hydraulique et du charbon de bois fourni par la forêt. En 1866, les usines devinrent la propriété de la société Bonehill Frères. La construction du coron date de cette période. Hourpes connaît son apogée entre 1880 et 1914[166].

Environs

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Spantôle

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Fleur de lys sur la partie postérieure du canon.

Le « Spantôle » est un canon ancien actuellement exposé sur le Rempart du Nord à proximité de la place du Chapitre. C'est « une pièce massive en fer forgé, travaillée avec grande maîtrise. Sa forme octogonale lui assigne pour origine les provinces du nord de la France. À l'extrémité du tube on remarque deux fleurs de lys héraldiques. La partie postérieure, qui est supposée avoir été la chambre, a été enlevée au burin. La forme exacte de la bouche à feu n'est donc pas connue ; ce qui subsiste du tube mesure 1,4 m de longueur. Le poids total est de l'ordre de 1 500 kg ; l'âme, qui est cylindrique, a un diamètre de 16 cm[167]. »

Le canon est censé avoir été pris par les Thudiniens aux troupes espagnoles, sous les ordres du prince de Condé, lors du siège abandonné de 1653-1654. Mais une pièce périmée depuis longtemps à cette époque ne pouvait pas avoir fait partie du matériel de ce siège[168] et elle n'est pas mentionnée parmi le butin pris par les habitants de Thuin[169]. Cette explication est abandonnée.
C'est très probablement lors du sac de la ville en 1466 par les troupes de Charles le Téméraire que l'arme a été enclouée par les Thudiniens ou abandonnée par les Bourguignons[Note 3],[170] et alors prise comme butin.

Le nom de « Spantôle » est d'origine wallonne et signifierait « propre à épouvanter »[171].

Culture

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Musées

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Intérieur du musée des Tramways.
  • En hommage au passé batelier de la ville, un écomusée de la batellerie a été créé. Installé dans l'ancienne péniche Thudo amarrée près du viaduc, il fait revivre quantité d'objets qui faisaient partie du quotidien des familles batelières. La ville est également le point de départ d'excursions en péniche incluant le passage d'écluses. Cette péniche a été construite en 1959 et aménagée en musée en 2002[172].
  • Le Thudo, écomusée de la batellerie.
    Thuin possède un tramway historique (tramway Lobbes Thuin) qui rejoint Lobbes. En outre, un musée du tramway est implanté sur le site de l'ancienne gare de l'ouest, près du terminus de la ville basse. Cette voie étroite est un des ultimes reliquats du vicinal qui autrefois couvrait toute la Belgique. Ce tramway touristique est géré par l'ASBL ASVi (Association pour la Sauvegarde du Vicinal).
  • Thuin abrite aussi la Maison de l'Imprimerie. Un musée artisanal vivant dans lequel des machines d'imprimerie, presses typographiques et lithographiques, en fonctionnement sont visibles (dont une presse datant de 1875). Il est aussi possible d'observer la fabrication de papier chiffon et d'apprendre le comment se réalise une reliure.
  • Biercée abrite un musée de la distillerie[173],[Note 4].

Cinéma

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En 1948, Lucien Deroisy réalise Le trouble-fête[174], produit par Charles Dekeukeleire. 13 minutes. Travail de commande pour une association de compagnies d'assurance. Tournée lors de la cinquantième Marche Saint-Roch à Thuin, une suite de saynètes destinées à attirer l'attention envers les risques d'accidents domestiques, incendies, asphyxies, empoisonnements pouvant résulter de la distraction ou de la négligence.

Marche d'Entre-Sambre-et-Meuse Saint-Roch

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Les tromblons de la Ve infanterie de la Cie de Saint-Roch tirant une salve.

Le culte de Saint-Roch[175] prend racine en 1635, à la suite de l’épidémie de peste qui sévit dans la région. Les historiens se réfèrent à cette date car c’est à cette période que la confrérie Saint-Roch est citée.

Saint-Roch, Statue de bronze datant de 2002.

À l’origine, c’est une procession religieuse qui regroupe des compagnies de guerriers improvisées. Elle est abolie en 1789, mais elle est réorganisée en 1866 à la suite des épidémies de choléra qui ravagent les bas quartiers de la ville de Thuin. Depuis lors, cette procession s'est déroulée de manière ininterrompue, à l'exception des deux conflits mondiaux et de la crise du Coronavirus en 2020.

La marche de Saint-Roch est célébrée le 3e dimanche de mai pour la dissocier de la procession Notre-Dame. Cette dernière était fêtée le même jour mais, dans le but de lui redonner son prestige originel, une autre date fut établie.

La Saint-Roch se déroule sur 3 jours consécutifs : le samedi, le dimanche et le lundi.

Le 1er jour, les Thudiniens se donnent rendez-vous lors d’un rassemblement en soirée (régulièrement 20 h 30) où les 9 campes (canons) sont tirés et annoncent le début officiel des festivités, qui commencent par une retraite aux flambeaux réunissant marcheurs et civils.

La marche au flambeaux lors de la Saint-Roch avec le beffroi illuminé.

Le 2e jour, la procession prend forme dès le matin (10 h) à l’église Notre-Dame d’el Vaulx. Elle prend ensuite la direction du monument aux marcheurs et du monument aux morts. L’après-midi, c’est une marche/procession qui fait le tour de Thuin en repassant par l’église Notre-Dame d’el Vaulx et le monument aux marcheurs. Ensuite, les processionnaires prennent le chemin de la place des Waibes sur l'autre rive de la Sambre, de l’église du Christ-Roi, passent devant la chapelle Notre-Dame de Lourdes ainsi qu’à quelques mètres de la chapelle Saint-Roch. Avant d’amorcer la redescente vers le centre de Thuin, ils passent également devant la chapelle de la Sainte-Immaculée Conception et s’arrêtent à la rue du Moustier avant de rentrer dans l'église Notre-Dame d’el Vaulx.

Le 3e jour est surtout réservé à la population thudinienne et aux seules sociétés locales qui se rassemblent les unes chez les autres autour de déjeuners copieux pour ensuite prendre le départ de la marche vers la chapelle Saint-Roch. Après avoir rendu hommage à la relique lors du passage à la chapelle, ils se dirigent vers la potale Saint-Roch où la société des chasseurs-carabiniers joue la Brabançonne (hymne national belge), ensuite redescendent vers l’église Notre-Dame d’el Vaulx pour s’arrêter à la place du Chapitre au pied du beffroi où sont remises des décorations aux marcheurs anciens.

Spécialités culinaires et brasserie

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Distillerie de Biercée à Ragnies.

Enseignement

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  • Ecole Pierre Danaux, enseignement primaire spécial fondamentale, rue Crombouly.
  • Institut du Sacré-Cœur, enseignement maternelle et primaire, place Albert 1er.
  • Athénée Royal, section fondamentale, grand'rue.
  • Athénée Royale, enseignement secondaire, drève des Alliés.
  • EAFC Thuin-Erquelinnes, Grand'Rue.
  • Institut Notre-Dame, enseignement général et technique, Grand'Rue.
  • Ecole Industrielle de Thuin et de Montigny-le-Tilleul, enseignement de promotion sociale, rue Verte.
  • Académie de Thuin, clos de l'Harmonie.

Galerie

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Économie

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Tissu économique de Thuin

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Le tissu économique de Thuin se caractérise par une structure diversifiée dominée par un réseau dense de petites entreprises, de commerces de proximité et d’activités liées au tourisme patrimonial. L’économie locale repose sur une dynamique entrepreneuriale soutenue par l’Agence de Développement Local de Thuin (ADL), qui joue un rôle central dans l’accompagnement des porteurs de projets et dans la coordination des acteurs économiques publics et privés[176].

L’activité économique thudinienne s’inscrit dans un territoire semi‑rural de 14 864 habitants (2025), marqué par une densité relativement faible et une population vieillissante, ce qui influence la structure de la demande locale et les besoins en services[177]. Les villages qui composent la commune tels que Gozée, Ragnies, Biercée ou Thuillies contribuent chacun à un maillage économique fondé sur l’artisanat, l’agriculture durable et les circuits courts, secteurs explicitement soutenus par les politiques locales[176].

Le commerce constitue l’un des piliers du tissu économique, avec une volonté affirmée de renforcer l’attractivité des zones commerciales et de soutenir l’HoReCa, notamment via des initiatives comme l’extension des terrasses, la création de pop‑up stores ou l’organisation d’événements saisonniers visant à dynamiser la fréquentation[176],[178]. Le tourisme occupe également une place stratégique, porté par des atouts patrimoniaux majeurs tels que la Ville Haute, les jardins suspendus, l’Abbaye d’Aulne ou la halte nautique, dont le développement s’inscrit dans une logique de tourisme durable[176].

L’agriculture locale, bien que minoritaire en termes d’emploi, occupe une place stratégique dans la politique économique : promotion des circuits courts, marché des producteurs, valorisation des ressources rurales et soutien aux exploitations engagées dans des pratiques durables. Cette orientation contribue à ancrer l’économie thudinienne dans une logique territoriale et qualitative[176].

Entreprises

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La plupart des entreprises sont situées dans le zoning Lobbes-Thuin.

  • Bidfood, service de distribution[179].
  • Full Logistic Thuin SA[180].
  • Drinks Distri Boissons Lobbes[181].
  • Full Mazout[182].
  • Intérieur et Chaleur, entreprise de chauffage[183].
  • Multi-Service Découpe SA[184].
  • Acos-Visoderm (laboratoire de cosmétique)[185].

Commerces

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Le commerce thudinien repose d’abord sur un réseau dense de boutiques indépendantes réparties entre le centre historique, les villages de l’entité et les axes de passage. Les communications officielles de la Ville montrent une activité régulière des commerçants, y compris lors de jours fériés, avec des ouvertures exceptionnelles et une diversité de secteurs allant de la fleuristerie à l’alimentation spécialisée, en passant par la mode, la chocolaterie ou les soins esthétiques. Cette vitalité commerciale repose sur une logique de proximité, soutenue par l’Agence de Développement Local (ADL), qui centralise l’annuaire des commerces et coordonne les initiatives locales[186].

Un élément structurant de la vie économique thudinienne est le Marché des producteurs et artisans locaux, devenu un véritable marqueur identitaire. Créé en 2017, il s’est imposé comme un lieu de rencontre entre habitants, artisans et producteurs régionaux. Les éditions successives montrent une montée en puissance du concept : diversité des produits (bières locales, confiseries, légumes bio, cosmétiques artisanaux, créations en bois, bijoux…), implication croissante des artisans et intégration d’animations culturelles ou démonstrations de savoir-faire[187]. Ce marché joue un rôle économique notable en offrant une vitrine aux indépendants et en attirant un public local et touristique.

Les développements les plus récents indiquent une évolution stratégique : à partir de 2026, le marché adopte un format en soirée et une nouvelle gouvernance portée par l’ASBL CEAN, avec une orientation plus marquée vers la durabilité, l’expérimentation artistique et la valorisation du patrimoine. Cette transformation vise à renforcer l’attractivité commerciale du centre-ville en créant un rendez‑vous régulier, festif et identitaire au pied du Beffroi[188].

Enfin, les reportages locaux montrent que ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique plus large de soutien aux indépendants, notamment après les périodes difficiles liées aux contraintes sanitaires. Les marchés, animations et actions de l’ADL sont explicitement présentés comme des leviers pour stimuler la fréquentation, encourager l’achat local et maintenir la diversité commerciale de l’entité[189].

Tourisme

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L'office du tourisme.

Thuin possède un riche patrimoine historique et paysager qui en fait une destination touristique prisée en Wallonie. Son beffroi, inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO, est l’un des joyaux de la cité médiévale[190]. Le centre ancien séduit avec ses ruelles pittoresques et surtout ses jardins suspendus, près de 200 terrasses aménagées sur les pentes de l’ancien rempart. Ces jardins, aujourd’hui en partie plantés de vignes exploitées par la distillerie de Biercée, proposent une promenade qui allie histoire, paysages et art contemporain[190].

La commune abrite aussi l’Abbaye d’Aulne, un vaste ensemble cistercien en ruines située dans la vallée de la Sambre. Ouvert au public, le site est l’un des incontournables touristiques de la région et propose régulièrement des visites guidées, des promenades à thème et des événements culturels organisés par l’Office du tourisme de Thuin[191].

Thuin est aussi connue comme la capitale de la batellerie, grâce à son port de plaisance et à la péniche-musée Thudo, qui retrace l’histoire fluviale locale. L’Office du tourisme organise des excursions, des visites guidées multilingues et propose la privatisation de sites patrimoniaux comme le beffroi, l’abbaye ou la péniche. L’offre touristique s’enrichit d’activités de plein air, comme des promenades dans les quartiers historiques, sur les sentiers boisés ou le long de la Sambre, souvent mises en avant dans les itinéraires proposés aux visiteurs[192].

Promenades et tourisme vert
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Un sentier du GR129 dans le bois près de l'abbaye d'Aulne.

La ville de Thuin constitue un pôle important du tourisme vert en Wallonie grâce à la diversité de ses paysages, mêlant vallées, forêts, coteaux viticoles et patrimoine médiéval. Plusieurs itinéraires balisés permettent de découvrir la région à pied ou à vélo. Le réseau RAVeL, qui longe la Sambre et traverse l’ancienne cité batelière, offre des parcours accessibles à tous, notamment le chemin de halage reliant Thuin à l’abbaye d’Aulne. Les visiteurs peuvent également explorer les jardins suspendus, classés et aménagés en terrasses, qui témoignent de l’histoire horticole de la ville[193].

Le Bois du Grand Bon Dieu, situé sur les hauteurs, constitue un espace naturel apprécié pour ses sentiers ombragés et son caractère mystique. Plusieurs circuits de randonnée y sont proposés, dont des itinéraires familiaux et des parcours plus sportifs. Des plateformes de randonnée comme Komoot, AllTrails ou Visorando recensent de nombreux tracés autour de Thuin, incluant des boucles permettant de découvrir la vallée de la Sambre, les méandres de la Biesmelle ou encore les paysages ruraux de la Thudinie[194]. La région est également intégrée à de vastes réseaux de promenades couvrant l’Entre-Sambre-et-Meuse. Les itinéraires proposés incluent des parcours pédestres, cyclistes et équestres, totalisant plusieurs centaines de kilomètres balisés[195].

Anciennes industries et activités

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Batellerie

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Le quartier des mariniers vu depuis le beffroi.

La rive droite de la Sambre voit apparaître, dès l’Antiquité, une activité portuaire qui s’organise autour d’un petit noyau de marchands et de bateliers, profitant de la position stratégique du cours d’eau pour développer des échanges commerciaux[139]. Au Moyen Âge, une corporation de bateliers connue sous le nom de navieurs ou naiveursest attestée au moins dès le XIVe siècle, témoignant d’une structuration précoce du métier et de son importance dans l’économie locale. Au XIXe siècle, la canalisation de la Sambre, inaugurée en 1829 sous le règne de Guillaume 1er des Pays-Bas, transforme profondément le transport fluvial[196]. L’ouverture de la voie navigable facilite les déplacements, réduit les risques liés à la navigation et stimule le trafic[197]. À partir de 1840, des bateliers de Thuin établissent une liaison régulière entre Charleroi et Paris, renforçant encore le rôle de la vallée sambroise dans les échanges internationaux[197].

Cette dynamique favorise l’essor rapide de l’industrie batelière thudinienne. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, plusieurs chantiers navals au moins six s’installent le long de la Sambre, faisant de Thuin un centre de construction fluviale d’importance nationale[198]. La ville devient alors, de manière inattendue, le deuxième port fluvial de Belgique, juste derrière Anvers, ce qui illustre l’ampleur de son activité[198]. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la batellerie demeure un pilier de la société thudinienne : plus d’un millier de chefs de famille exercent encore ce métier, sur une population totale avoisinant les cinq mille habitants[197]. Aujourd’hui, le quartier des mariniers perpétue cette mémoire, conservant vivante l’identité batelière de la cité et son héritage fluvial[197].

Industries

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La vallée de la Biesmelle voit, dès le Moyen Âge, l’implantation d’ateliers et de moulins qui exploitent l’énergie hydraulique pour alimenter diverses activités artisanales[128].. Au fil du temps, cette zone devient un foyer industriel particulièrement dense : tanneries, fonderies, cordonneries, brasseries, scieries, forges, clouteries, ainsi que des établissements plus spécialisés comme une sucrerie, une usine électrique ou encore une scierie de marbre s’y succèdent, illustrant la diversité des savoir-faire locaux et l’évolution des techniques de production[197]. Sur la rive gauche de la Sambre, l’exploitation du grès est attestée elle aussi dès le Moyen Âge[197]. Cette pierre, abondante et facile à travailler, constitue un matériau privilégié pour l’architecture régionale : édifices religieux, beffroi, fortifications et autres constructions majeures en témoignent[197]. L’activité des carrières contribue durablement à la prospérité de générations de carriers et participe à la structuration et au développement du quartier des Waibes, où cette tradition extractive a laissé une empreinte profonde[197].

Au point de rencontre de la Biesmelle et de la Sambre se trouvait autrefois un chantier naval connu sous le nom d’Union batelière, où l’on construisait des péniches en bois en cale sèche[199]. Après le goudronnage et le calfatage de la coque, la mise à flot s’effectuait grâce à un dispositif de portes et de vannes permettant de relever le niveau de l’eau, un procédé également utilisé pour les opérations de radoub[199]. Thuin a longtemps été un centre important de construction fluviale, comptant jusqu’à six chantiers navals actifs. Avec le temps, un seul d’entre eux a poursuivi ses activités, se spécialisant progressivement dans la fabrication et l’entretien de péniches en fer motorisées[199]. Cette évolution s’accompagne d’une diversification : le chantier développe aussi la production de bateaux de plaisance et, dans certains cas, de voiliers conçus pour la navigation hauturière[199]. Parmi les réalisations marquantes issues de ces ateliers figure le Williwaw, voilier rendu célèbre par l’exploit du navigateur Willy de Roos, qui accomplit à son bord le premier passage en solitaire du Nord‑Ouest américain[199]. Ce navire, devenu emblématique de la batellerie thudinienne, fut construit par les chantiers Michot frères, témoignant du savoir‑faire local et de la place singulière de Thuin dans l’histoire de la navigation fluviale et maritime[199].

Industrie sidérurgique à Hourpes
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Le Val de Sambre constitue, depuis le Moyen Âge, un territoire marqué par l’exploitation du minerai de fer, rendue possible par la présence de vastes forêts fournissant le combustible nécessaire aux forges. La Sambre joue alors un rôle structurant : elle assure le transport du minerai vers les ateliers métallurgiques et permet l’exportation des produits finis[200]. Avec la Révolution industrielle, cette activité connaît une transformation profonde : l’usage croissant de la houille, l’introduction de la vapeur, la création de sociétés anonymes, l’essor du chemin de fer et l’indépendance de la Belgique contribuent à faire de la région un centre sidérurgique de premier plan, intégré aux grands réseaux industriels du XIXe siècle[200]. À Hourpes, un premier haut fourneau est mentionné en 1738[200]. Le site prend une dimension nouvelle lorsque l’ingénieur britannique Thomas Bonehill, appelé en Wallonie pour moderniser les forges de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, en devient propriétaire en 1824[201]. Son rôle dans la région de Charleroi est souvent rapproché de celui de John Cockerill, figure majeure du bassin liégeois. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, l’usine d’Hourpes atteint une production considérable : plusieurs dizaines de milliers de tonnes de fonte et de coke sont produites quotidiennement, témoignant de l’importance du site dans l’économie métallurgique belge[200].

À la veille de la Première Guerre mondiale, les dirigeants et les quelque 800 ouvriers refusent de participer à la fabrication d’armement pour l’occupant allemand[200][202]. Les installations sont détruites en représailles. Bien que l’activité reprenne ensuite, elle ne retrouve jamais son dynamisme initial, affaiblie par les rivalités entre bassins sidérurgiques et par les mutations du secteur[200]. À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, l’usine est démontée et transférée près de Dublin, où elle reste en service jusque dans les années 2000[202][200]. Aujourd’hui, les laminoirs ont disparu et la nature a progressivement recouvert les traces de l’ancienne industrie. Le hameau d’Hourpes, accessible par des sentiers forestiers, se compose d’un château et d’un ancien coron, derniers témoins de l’intense activité passée[200]. Les maisons ouvrières alignées rappellent la vie quotidienne des travailleurs, tandis que le château édifié vers 1887 par Émile Bonehill, fils de Thomas se distingue par ses façades en grès ornées de décors en briques. La tradition rapporte que son propriétaire aimait prendre ses repas au sommet de la tour, dominant un paysage aujourd’hui apaisé[203].

Voies de communication

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Sans être un nœud de communication important, Thuin peut être rallié à l'aide de bon nombre de moyens de transport.

La Sambre.

La Sambre, canalisée au gabarit 38,50 m depuis 1829, traverse la ville en offrant de très jolis paysages depuis sa vallée. Quatre écluses (no 5, 6, 7 et 8) sont situées sur le territoire de la commune.

En , la navigation y est devenue anecdotique car des ouvrages d'art situés en territoire français, sur le canal de la Sambre à l'Oise, risquaient de s'effondrer. De la sorte, il était impossible d'effectuer le voyage vers la vallée de l'Oise et donc d'arriver à Paris. Les travaux de rénovation de ces ouvrages ont eu lieu entre 2019 et 2021, et la réouverture du canal a eu lieu en [204].

La gare de Thuin.

La ville dispose de la gare de Thuin (anciennement Thuin-Nord) sur la ligne 130A de Charleroi à Erquelinnes (frontière) et est bien desservie par ce moyen de transport. Cette ligne fut ouverte en 1852 et fut électrifiée en 1962. Voici peu de temps encore, avant l'apparition du Thalys, elle servait aux relations ferroviaires entre Paris, le sillon Sambre-et-Meuse et l'Allemagne du Nord.

Jusqu'au milieu des années 1960, la ville disposait également d'une autre gare (Thuin-Ouest) qui était desservie par la ligne 109 (Mons-Chimay). Cette ligne fut ouverte à l'exploitation complètement en 1882. Le , la ligne 109 a été fermée définitivement.

Pont au-dessus de la Sambre pris du beffroi.

Thuin se trouve sur la nationale 59 (Seneffe-Gozée), qui rejoint à Gozée la nationale 53 reliant Charleroi à Chimay. Abordant la ville par le côté Nord, la route doit traverser la vallée de la Sambre pour rejoindre le plateau Sud où se situe le centre de la ville haute. Autrefois ce passage s'effectuait par une route en lacets, par un passage à niveau et par un pont à tablier ridiculement étroit sur la Sambre, occasionnant ainsi des embouteillages quotidiens importants en même temps que des difficultés de navigation dangereuses quand la Sambre était en crue. Depuis la fin des années 1960, un pont en « S » enjambe la voie ferrée et le cours de la rivière.

Chemin de fer vicinal (tramway)

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Un des trams de la ligne touristique exploitée par l'ASVi.

Thuin possède un tramway historique qui rejoint Lobbes. En outre, un musée du tramway est implanté sur le site de l'ancienne gare de Thuin-Ouest, près du terminus de la ville basse. Cette voie étroite est l'un des ultimes reliquats du vicinal qui autrefois couvrait toute la Belgique. Ce tramway touristique est géré par l'ASBL ASVi (Association pour la Sauvegarde du Vicinal). Deux lignes de tram avaient leur terminus sur la place de la Ville-Basse :

Maison de repos : Home Le Gai Séjour, drève des Alliés[205].

Sports et vie associative

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  • Badminton : Les Fous du Volant Thudiniens. Ce club actif au Centre sportif local propose des rencontres amicales, des entraînements structurés et participe à des compétitions provinciales. Il organise ponctuellement des journées découvertes et des tournois internes[206].
  • Basketball : Rapido Basket Club Thuin-Lobbes.
  • Football : RJS Thuin, RRFC Gozée.
  • Tennis : Tie Break Thudinien, Tennis club de Thuin. Le club organise chaque année des tournois interclubs, des compétitions homologuées et des animations saisonnières. Les installations, situées rue de Biesme, permettent la tenue d’événements tant pour les jeunes que pour les adultes[207].
  • Tennis de table : RCTT.
  • Golf : Ragnies Golf Club.

Infrastructures sportives

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  • Stade Roger Langelez, rue Crombouly. Il constitue le principal lieu d’accueil des rencontres officielles. Il héberge les matchs de championnat des équipes locales ainsi que des tournois régionaux.
  • Hall polyvalent Centre sportif local de Thuin, route de Thuin, à la limite avec Gozée. Infrastructure majeure de la commune, il héberge des stages sportifs, des journées multisports, des initiations encadrées et des événements associatifs couvrant disciplines collectives, gymnastique, arts martiaux et activités de remise en forme[208].
  • Courts de tennis, rue du Laid Pas et rue de Biesme.
  • Terrain du RRFC Gozée, rue Armand Bury.
  • Complexe sportif Shape&Go - Arena, rue de Donstiennes à Thuillies.

Événements sportifs

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Des joutes nautiques y sont organisées chaque été[209].

Vie associative

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Monument devant la maison de la Fédération cynologique internationale.

La vie associative à Thuin se caractérise par une densité remarquable d’organisations actives dans les domaines culturel, social, sportif, patrimonial et environnemental, reflétant le rôle de la ville comme centre historique et communautaire de la Thudinie. Elle s’appuie sur un réseau structuré d’ASBL, de services publics locaux et de collectifs citoyens, totalisant près d’une cinquantaine d’associations recensées sur le territoire communal[210].

La vie associative thudinienne s’inscrit dans un environnement institutionnel dynamique, soutenu par la Ville de Thuin, le Centre culturel Haute Sambre, le CPAS, la Maison des Jeunes, l’Office du Tourisme et divers partenaires locaux, qui coordonnent activités, infrastructures et événements publics[211].

Thuin est aussi le siège de la Fédération cynologique internationale et de l'Union Royale des Sociétés de Tir de Belgique[212]. Le secteur social est représenté par un ensemble d’organisations œuvrant dans l’aide à la personne, la solidarité et la santé[213]:

  • Maison Croix-Rouge du Val des Aulnes, aide alimentaire et sociale.
  • Vie Féminine Charleroi, actions en faveur des femmes.
  • Alzheimer Café de Thuin, rencontres et ateliers de soutien pour proches et patients.
  • Espoir thulisien, organisation locale active dans la solidarité et l’animation de quartier.

La ville accueille plusieurs structures dédiées à l’enfance et à la jeunesse[210]:

  • Patro Notre-Dame de Grâce de Gozée, mouvement de jeunesse.
  • Instituts scolaires locaux (Institut du Sacré-Cœur, écoles communales), souvent associés à des activités parascolaires et communautaires.
  • Maison des Jeunes, acteur central de l’animation socioculturelle .

Personnalités

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Notes et références

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  1. Ces chiffres reprennent toutes les personnes inscrites dans la commune le premier jour du mois écoulé, quel que soit le registre dans lequel elles sont reprises (registre de la population, registre des étrangers ou registre d'attente).
  2. Fonction d'abbé dans un monastère.
  3. Cette explication est également présente sur le panneau placé sur la muraille à côté du canon alors qu'une inscription sur une pierre placée au sol devant le canon présente l'histoire qui se serait déroulée en 1654.
  4. Il est situé à Ragnies.

Références

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Annexes

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Articles connexes

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Bibliographie

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Liens externes

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