Couvin est un toponyme attesté dès 872 sous la forme Cubinium, dans le pagus Laumanensis. Les formes anciennes Couvin et Couvé renvoient à une origine gallo‑romaine ou gauloise[1].
origine gallo‑romaine. Le nom dériverait du suffixe latin ‑inius, indiquant la propriété ou l’appartenance. Il renverrait ainsi au domaine d’un personnage nommé Cupius ou Covius, anthroponymes gallo‑romains bien attestés .
origine gauloise. Une autre interprétation rattache le nom au gaulois co‑bo, signifiant «victoire», toujours associé au suffixe ‑inius. Le toponyme désignerait alors un «lieu de la victoire». Cette hypothèse reste toutefois plus incertaine;
Le site se situe dans l’ancien pagus de Lomme, subdivision territoriale carolingienne couvrant une partie de l’actuelle région de Couvin[1].
La commune de Couvin se situe au sud de la Belgique, à l'extrême sud-ouest de la province de Namur, dans l'arrondissement de Philippeville et à proximité de la France qu’elle jouxte au sud. La ville se situe à 65 km au sud-ouest de Namur, 110 km au sud de Bruxelles et à 250 km au nord-est de Paris. La commune est, pour ce qui est de la superficie, la deuxième de Belgique avec ses 206,93 km2, la première étant Tournai. Elle jouxte la province de Hainaut à l'ouest et le département des Ardennes au sud.
Couvin possède plusieurs lieux-dits dont le Fonds-de-l'Eau, qu'elle partage avec la section de Pesche, et la Platinerie. La vieille ville est logée en partie sur une des nombreuses falaises de la Calestienne, tandis que le faubourg Saint-Germain, qui tient son nom de l'ancienne église Saint-Germain détruite dans les années 1830-1840 et qui se trouvait sur l'actuelle Place Général Piron, se situe au pied de la même falaise dont il est séparé par l'Eau Noire.
Couvin est entourée par les anciennes communes fusionnées de Nismes au sud-est, par Le Brûly au sud avec Petite-Chapelle, au sud-ouest par Cul-des-Sarts, à l’ouest par Brûly-de-Pesches et Pesches, au nord-ouest par Dailly, par Boussu-en-Fagne, au nord par Frasnes et à l’est par Petigny et Oignies-en-Thiérache.
L'ensemble de la commune a un climat très varié dû à la différence environnementale entre le sud, avec les Ardennes, et le nord, avec la Fagne. La ville de Couvin, entre ces 2 zones géographiques, a un climat tempéré océanique dégradé grâce à la proximité de l'océan Atlantique tout en étant assez reculée dans les terres.
La ville culmine à une altitude de 210 mètres tandis que la commune atteint des altitudes allant de 160 mètres à 403 mètres, respectivement en Fagne et en Ardenne.
La commune occupe l’extrême sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse, entre Cerfontaine, Philippeville, Viroinval, la frontière française, Chimay et Froidchapelle. Elle s’étire sur environ 20 km du nord au sud et 10 km d’ouest en est. Cet allongement place le territoire à la jonction de plusieurs régions naturelles aux sols, reliefs et paysages contrastés, ce qui explique la diversité de ses milieux physiques, humains et économiques[2].
Panorama de la ville avec vue sur la Fagne et la Calestienne.
Partie de la dépression schisteuse Fagne-Famenne, elle s’étend entre le massif de Philippeville et celui de Rocroi. Les sols argileux, lourds et imperméables issus des schistes créent un paysage de prairies humides et de zones marécageuses[3]. Les versants schisteux du Condroz, peu favorables à l’agriculture, sont largement boisés. Cette région a longtemps freiné l’occupation humaine. Bande calcaire très contrastée, elle se caractérise par un sous-sol mêlant calcaires, schistes et calcaires coralliens[3]. L’érosion y a sculpté crêtes, collines et vallons pittoresques. Avec ses sols variés, ses pelouses sèches et ses zones cultivées, elle a attiré l’habitat depuis la préhistoire. Le terme Calestienne pourrait dériver du latin calciata («chaussée»)[4].
Au sud, le territoire s’élève vers le plateau de la Basse-Ardenne. Les schistes, phyllades, grès et quartzites issus de l’ancienne montagne hercynienne ont donné des sols pauvres et humides, propices à la forêt ardennaise (Arduenna sylva). Les Rièzes, zones de landes et tourbières, ont également limité l’occupation humaine et influencé la frontière[5].
Couvin est composée des quartiers de: Dessus la Ville, Planesse, la Marcelle, le Faubourg Saint-Germain, la Foulerie, Herdau, Béguinage, Pernelle, Fond de l'Eau et Résidence Donnay[6].
Couvin est composée des lieux-dits de: Tienne de Boussu, Tênes aux Marcottes, Fond d'Aine, les Tris Châlons, Haverland, Grand Pierrot, Taille de la Baraque, Taille au Cerf, Taille aux Allemands, Carrefour des Sept Frères, Lahonery, Baraque Omer, Trou du Bois Brûlé, les Drugmarts, les Waibes, Pépinières, Fontaine aux Charmes, Belles Tailles, les Lagonds, le Phare, Petite Lagond, Nauvileau, les Écarts, Barbençon, les Raches, les Buttes, les Fosses, les Hayettes, Grand Lu, Sous les Môries, la Justice et Chapelle de Boussus[6].
Les forêts qui entourent Couvin, au sud de la province de Namur, s’inscrivent dans un ensemble naturel d’une grande richesse écologique, marqué par la rencontre de trois régions biogéologiques: la Fagne, la Calestienne et l’Ardenne. Elles font partie intégrante du parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse, un territoire de plus de 22 000 hectares couvrant notamment les communes de Couvin, Viroinval, Chimay, Froidchapelle et Momignies[7].
Parmi les bois et forêts présents sur le territoire de Couvin, on compte notamment: Bois du Petit Forêt, Grand Bois de Thiérache, Bois de Petigny, Bois Furnaux et Bois de Couvin[6].
Une biodiversité exceptionnelle: le parc national concentre 86% de la faune wallonne et près de 80% de la biodiversité totale de Wallonie, grâce à la diversité géologique et microclimatique du territoire .
Une forte influence du calcaire: la Calestienne, bande rocheuse calcaire, favorise des essences thermophiles et des pelouses sèches riches en orchidées.
Elles couvrent une grande partie des versants et plateaux, mêlant hêtres, chênes, érables et frênes. Leur structure variée favorise une faune riche, notamment les chauves-souris, pics et mustélidés.
Sentier forestier à Petite-Chapelle à la frontière au sud de Couvin.
Dans les vallées de l’Eau Noire et de l’Eau Blanche, les forêts bordent des plaines alluviales sujettes à des inondations saisonnières. Ces zones accueillent[9]:
La commune est traversée par 2 cours d'eau principaux: l'Eau Noire et
l'Eau Blanche, et par de nombreux ruisseaux dont le Ry de Rome, le Ry
d'Aisne, le ruisseau de la Forge du Prince qui se jetteront dans l'Eau Noire,
et la Brouffe qui quant à elle, se jettera dans l'Eau Blanche.
L'Eau Noire prend sa source au plateau de Rocroi et s'étend sur 42 km.
Elle passe dans la partie ardennaise de la commune de Couvin et de Chimay, traverse Couvin
du sud au nord, et se sépare en deux branches dont une à l'air libre et l'autre dans les grottes de Neptune (ou grottes de l'Adugeoir). Les deux branches se rejoignent au centre de Nismes par la suite. L'Eau Blanche quant à elle, prend sa source aux environs
de Chimay, passe dans les sections d'Aublain, de Boussu-en-Fagne, et Mariembourg
pour terminer sa course près de Nismes.
Après, les deux rivières vont se rejoindre non loin de Dourbes
donnant ainsi naissance au Viroin qui se jettera par la suite dans la Meuse à Vireux-Molhain.
Le fait que la commune soit parcourue sur l'ensemble de son territoire par ces deux rivières implique
qu'elle fait entièrement partie du bassin de la Meuse.
Les grottes de l'Adugeoir où passe l'Eau Noire tiennent leur nom du
lieu-dit de la section de Petigny où elle se trouve, l'Adugeoir. Plus tard on renommera ces grottes
pour les appeler Grottes de Neptune, leur nom actuel. Les grottes ont été découvertes dans les
années 1890 et servent aujourd'hui de site touristique. Le barrage du Ry de Rome à Petigny est une réserve en eau potable et
sert de promenade apaisante pour les visiteurs autour du lac sur une distance de 5 kilomètres.
La surface du lac occupe 26,45 hectares[12].
L’examen des cartes de découvertes préhistoriques et romaines montre une nette répulsion exercée par la forêt fagnarde et la forêt ardennaise, que semblent avoir évitées tant les sites d’occupation que les grands axes de circulation anciens[14]. La frontière franco‑belge actuelle, qui limite la partie méridionale du territoire communal, correspondait vraisemblablement déjà à une ligne de partage entre cités gauloises[14]. Cette situation conduit à s’interroger sur les raisons qui ont poussé les premières populations à privilégier la Calestienne et sur la période à laquelle cette colonisation s’est opérée, ainsi que sur l’éventuelle influence de croyances religieuses. Cumont évoque en effet la perception sacrée de la grande forêt d’Ardenne, considérée comme le domaine d’une chasseresse mystérieuse[14].
Les résultats des fouilles et les témoignages des auteurs anciens permettent d’esquisser la vie des temps les plus reculés, bien que la région demeure souvent marginale dans les synthèses générales[15]. Une analyse critique suggère toutefois que les premières civilisations y ont exercé une influence plus importante qu’on ne le décrit habituellement[15]. La chronologie fondée sur l’évolution des techniques de l’industrie lithique reste relative, des groupes plus avancés ayant pu coexister avec d’autres plus archaïques. Les découvertes archéologiques sont parfois difficiles à dater, nombre de sites ne livrant aucun mobilier déterminant[15]. Les données disponibles indiquent que l’Homo sapiens apparaît dans la région durant la dernière glaciation quaternaire, alors que s’étendait une toundra fréquentée par les mammouths, rhinocéros laineux, rennes, cerfs, chamois, bouquetins, chevaux, aurochs, ours, renards, loups et hyènes[15]. Ces populations, installées notamment dans les cavernes de Petigny et Couvin, chassaient à l’aide d’outils en silex déjà techniquement élaborés. Avec le réchauffement climatique et le recul du glacier scandinave, la forêt gagne du terrain; les groupes humains, toujours chasseurs mais aussi pêcheurs et cueilleurs, occupent alors de nombreux plateaux calcaires[15].
Groupe constitué autour du rocher appelé la Falaise.
Au Néolithique, le mode de vie se transforme profondément: l’élevage et l’agriculture apparaissent, tandis que l’outillage se perfectionne, comme en témoignent les haches polies et pointes de flèches de Boussu‑en‑Fagne, Couvin et Pesche[16]. L’analyse pollinique d’une tourbière de Treignes situe les premiers défrichements vers 2000 av. J.‑C. Parallèlement, les premiers aménagements défensifs semblent émerger sur des promontoires naturellement protégés, suggérant une structuration croissante des communautés[17].
La caverne de l'Abime.
Les pratiques funéraires constituent un autre marqueur essentiel. Certaines tribus pratiquent des sépultures collectives au pied de parois rocheuses ou dans des cavernes, les corps étant déposés sur le dos ou les jambes repliées. D’autres groupes enterrent leurs morts sous des amas circulaires de pierres, les marchets ou tumulus[17]. Jusqu’à cette période, les populations sont de petite taille moyenne (environ 1,62 m), mais la fin du Néolithique voit l’apparition d’individus plus grands, associés à l’introduction de l’incinération et de chambres funéraires, comme à Boussu‑en‑Fagne, Couvin et Frasnes[17]. Ces tumulus sont systématiquement implantés sur les hauteurs, ce qui rejoint l’observation de K. Schumacker, citée par M. H. Hubert, selon laquelle les plus anciens chemins suivaient les lignes de crête et les partages des eaux[17].
Le silex utilisé dans la région provient de Spiennes ou de gisements français, ce qui implique l’existence d’échanges à longue distance dès la préhistoire[18]. L’ensemble de ces éléments suggère que les sociétés préhistoriques locales possédaient déjà une organisation structurée, bien que l’on ignore jusqu’à quel point elle se traduisait dans l’occupation du sol et les formes d’habitat[18]. Le site de la caverne de l'Abîme est occupé dès la préhistoire. Des fouilles archéologiques ont mis au jour des monnaies romaines et les restes d'un ancien cimetière mérovingien, ce qui permet d'affirmer une présence humaine dans les premiers siècles de notre ère[19].
Les vestiges protohistoriques entre 1700 et 54 av. J.‑C. sont rares dans la région, où les objets de bronze apparaissent nettement moins nombreux qu’à l’est de la Meuse, hormis quelques découvertes isolées comme une pointe de lance à Couvin. Les traces de l’âge du Fer sont presque inexistantes, limitées à quelques fortifications attribuées à La Tène[18]. Cette absence prolongée d’indices matériels interroge, d’autant qu’elle coïnciderait avec les débuts supposés de la métallurgie du fer en Entre‑Sambre‑et‑Meuse[18]. Les sources anciennes, souvent contradictoires, évoquent parfois une continuité avec les populations néolithiques plutôt qu’une disparition, hypothèse renforcée par l’importance des découvertes gallo‑romaines ultérieures[20]. L’organisation sociale avancée des Celtes, décrite par les auteurs antiques, suggère en effet des communautés structurées, capables de résister à des pressions extérieures et de mener des expéditions lointaines[21].
L’origine transrhénane des Celtes ou Belges est généralement admise, bien que les causes de leur migration restent discutées: poussée germanique vers 300 av. J.‑C., pressions démographiques ou modifications environnementales. Parmi les groupes installés en Belgique durant l’âge du Fer, les Aduatiques occupèrent notamment la région étudiée[21]. À La Tène, sous l’effet probable des mouvements des Cimbres et des Teutons, les Celtes entreprirent de vastes expéditions en Gaule, en Grande‑Bretagne, en Espagne, en Italie et jusqu’en Orient[21]. Leur société, dotée d’institutions juridiques, économiques et religieuses solides, formait un ensemble cohérent où le druidisme jouait un rôle fédérateur. Plusieurs traits de l’organisation gauloise semblent avoir influencé les structures romaines et chrétiennes ultérieures[22].
La romanisation, attestée par l’abondance des monnaies (76–388), fut profonde malgré l’absence de villa connue dans la région. Bien que la commune ne soit traversée par aucune grande voie impériale, des routes secondaires peut‑être héritées d’anciens chemins gaulois ou de la «route du silex» reliaient Givet à Saint‑Quentin via la Calestienne, et Nismes à Wavre par Frasnes et Boussu‑en‑Fagne[23]. Ce réseau, complété par la Sambre et la Meuse, favorisa le développement de la métallurgie et des activités extractives, ainsi que l’essor de nouvelles industries (tuileries, briqueteries, verreries) liées à la construction des villas et ouvrages d’art. L’arrivée de marchands (negotiatores) contribua à diffuser techniques et modèles culturels[24].
À partir du IIIesiècle, les invasions franques, parfois accompagnées de troubles internes, entraînèrent destructions et instabilité. Les Francs, peu nombreux selon les historiens, furent rapidement assimilés, et leur influence locale semble limitée[25]. L’isolement relatif de la région, renforcé par les massifs forestiers et l’éloignement des centres de pouvoir, accentua cette marginalité durant l’époque mérovingienne, marquée par des conflits dynastiques[25]. Malgré cela, la civilisation ne s’effondra pas totalement grâce à l’action des missionnaires et des monastères, même si la région paraît avoir conservé longtemps des traditions païennes et peut‑être des survivances celtiques, comme pourrait l’indiquer le petit sanctuaire découvert au Tienne de la Chapelle à Couvin[26].
L’Eau Noire traverse Couvin en bordure des prairies, rappelant le rôle qu’elle joua pour la petite ville et ses anciennes forges. Le noyau urbain conserve un ensemble de maisons des XVIIIe – XIXesiècles, aux toits d’ardoises, reflétées dans la rivière. Couvin alterne animation les jours de marché et calme rural le reste du temps[27]. La plus ancienne mention du lieu, Cubinium (872), dérive du celtique Cobino, «lieu de la victoire», en référence probable à la conquête d’un éperon rocheux déjà occupé au Néolithique[28]. Les découvertes romaines monnaies, sépultures et mobilier du Trou Bodet témoignent d’une présence antique importante, plus dense encore à Nismes[27]. Le toponyme évolua de Cobino à Cubinium, puis Cuvinium, Covaing et enfin Couvin. Les sépultures locales illustrent l’imbrication progressive des populations gallo‑romaines et franques entre le IVesiècle et l’époque mérovingienne[29]. En 1093, l’évêque de Liège Otbert acquiert auprès de Baudouin II de Hainaut le castellum de Couvin ainsi que plusieurs anciens domaines de l’abbaye de Saint‑Germain‑des‑Prés (Boussu, Frasnes, Nismes, Pesche). Ces possessions, complétées par Gonrieux en 1203, forment la Châtellenie de Couvin, intégrée à la principauté de Liège jusqu’en 1793[30]. Un château est établi au sommet du Rocher de la Falize pour protéger la nouvelle implantation liégeoise sur la rive droite de l’Eau Noire[30]. Une charte de 1218 décrit un ensemble comprenant une tour résidentielle, les logements du châtelain Roger de Chimay, une chapelle, une cour, des maisons administratives, un grenier et des écuries projetées[30]. Des fortifications en pierre complètent l’ouvrage. En 1301, l’évêque de Liège y possède également sa propre résidence. Dès 1299, Couvin reçoit le titre de Bonne Ville, avec les privilèges afférents[30].
La halle qui date de 1377 et a subi des transformations.
Couvin dépend d’abord de l’abbaye parisienne de Saint‑Germain‑des‑Prés, possession confirmée en 872. Au Xesiècle, Hadwige, fille d’Hugues Capet, apporte Cuvinum en dot aux comtes de Hainaut[29]. Vers 1096, Baudouin II vend la terre de Couvin à l’évêque de Liège, intégrant tout le sud de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse au domaine liégeois[31]. Le château, peut‑être rasé par l’évêque Otbert, est reconstruit ou restauré en 1153 par Henri de Leyen. En 1155, une bulle pontificale confirme l’appartenance de Couvin à l’Église de Liège[31]. Au XIIIesiècle, l’administration locale est confiée au seigneur de Chimay, châtelain héréditaire dès 1218[32]. La châtellenie passe ensuite aux comtes de Soissons (1226‑1370), tandis que la prévôté revient aux seigneurs de Boussu, dont le rôle devient honorifique au XVesiècle[32].
Durant le Moyen Âge, Couvin possède sa foire et son marché franc, ainsi qu'une halle. L'activité principale est à l'époque le travail du fer. L'annexion par la France en 1793 favorise la prospérité de la ville dont les forges alimentent alors les fabriques de canons. C'est d'ailleurs à Couvin que fut construit le premier haut fourneau à coke d'Europe.
Au XIVesiècle, Couvin est plus qu’un simple chef‑lieu: le , le roi des Romains Albert 1er l’intègre parmi les grandes villes de la Principauté de Liège, en lui accordant la haute justice[33]. Un record de 1340 fixe les limites de la châtellenie, composée de neuf localités: Couvin, Pétigny, Nismes, Frasnes, Boussu‑en‑Fagne, Pesche, Dailly, Aublain et Gonrieux[33]. Cette structure demeure inchangée jusqu’à la Révolution française, à l’exception d’une partie de Frasnes annexée par la France en 1659[33].
Le château de Boussu-en-Fagne.
Pendant près de quatre siècles, ces communautés partagent privilèges, obligations et défense commune, malgré des tensions récurrentes entre seigneurs, échevins et villages notamment Boussu et Pesche au XVIesiècle[33]. L’entité communale actuelle reprend presque entièrement l’ancienne châtellenie, à laquelle s’ajoute la ville fortifiée de Mariembourg, fondée au XVIesiècle[34]:
Aublain. Du cours de l’Eau Blanche (Alba). Attesté dès 868 (Alblinium). Probable poste romain;
Boussu‑en‑Fagne. De buxutum (buis) et fagne (marécage). Mentionné en 1054;
Frasnes. Du latin fraxinus (frêne). Attesté en 779;
Dailly. De Daliacum, domaine de Dallius. Mentionné en 868;
Pétigny. Dérivé de Dittiniacas; nombreuses formes médiévales;
Gonrieux. Probablement « villa de Gomer ». Attesté en 869;
Pesche. De pasca (pâturage). Mentionné en 789;
Nismes. Du celtique nemeto (bois sacré). Attesté au IXesiècle;
Petite‑Chapelle. Issue de la chapelle Bernaud (1650);
Brûly‑de‑Couvin / Brûly‑de‑Pesche. De brûlis, terres défrichées par le feu;
Cul‑des‑Sarts. Hameau du XVIesiècle, en limite de principauté;
Presgaux. « Pré de Segaud » ou « prés égaux ».
Le centre de la vieille ville avec l'église Saint-Germain.
Le territoire présente une occupation romaine dense: exploitation du fer (Abannets), voie secondaire reliant Givet à Reims, tombes et monnaies à Dailly, Pesche, Pétigny, Gonrieux[36]. Les invasions du IIIesiècle entraînent l’enfouissement de plusieurs trésors monétaires[37]. La période mérovingienne est moins documentée, hormis la nécropole du Tienne de la Chapelle (45 tombes)[38]. L’économie stagne jusqu’à la reprise monastique du VIIesiècle, portée notamment par Saint Landelin et l’abbaye de Lobbes. Les villages relèvent de seigneuries variées[39]:
Frasnes, Nismes, Boussu, Couvin dépendent de Saint‑Germain‑des‑Prés;
Aublain, Gonrieux, Dailly, Pétigny relèvent de Lobbes;
Pesche connaît une histoire féodale complexe, entre legs, inféodations et rachats.
La châtellenie forme néanmoins un fief de Liège, détenu en 1360 par Louis de Châtillon[40]. Les frontières avec le Hainaut et la France génèrent de fréquents litiges, et les troupes de passage ravagent régulièrement la région[40].
L'affaire d'Aublain, la seigneurie et les châteaux
L’église du village d'Aublain fut donnée en 1185 à l’abbaye de Floreffe par une dame nommée Hersende, qui l’avait acquise d’Albert et Adam de Machange, peut‑être liés à Matagne. Elle y ajouta une rente annuelle de deux sous prélevée à Aublain par le prévôt de Vierves[40]. En 1309, Philippine, comtesse de Hainaut, et son fils Guillaume sollicitèrent du prince‑évêque le rétablissement de la justice d’Aublain, alors considérée comme l’un des fiefs du comté de Hainaut[40]. Le territoire, très morcelé, apparaît dans un acte du comme partagé pour moitié avec Florennes, part qui passa au XVIesiècle aux seigneurs de Pesches[40]. Un quart, assorti du droit de moyenne justice, relevait de Rondeau de Chimay, tandis que le dernier quart appartenait à la famille d’Aublain, dite Rondeau le Hardy. L’ensemble relevait néanmoins de Florennes[40]. Subsistait en outre un fief distinct, dit du Buisson ou fief Martin, comprenant une masure, un jardin et deux bonniers de terre, conservé par les châtelains de Couvin lorsque l’avouerie passa aux Soissons. Ce petit domaine pourrait être à l’origine de la réclamation de Philippine[40]. De nouvelles difficultés survenues en 1353 conduisirent le prince‑évêque et la comtesse Marguerite à désigner des arbitres, sans résultat connu[41].
Les conférences tenues à Nivelles le montrent que l’archevêque de Reims trancha finalement le litige, bien qu’aucun document ne précise sa décision[41]. Un acte notarié du confirme toutefois que «la ville d’Ableng était et avait été de si long temps qu’on ne savait mémoire du contraire de la châtellenie de Couvin»[41]. Au XVesiècle, un conflit frontalier prolongé opposa encore la principauté de Liège à la France au sujet d’un petit bois nommé d’Entre‑deux‑Eaux[41]. L’ensemble de ces épisodes illustre les difficultés récurrentes que l’administration de la châtellenie de Couvin posa aux princes‑évêques de Liège[41]. Une fortification s’élevait dès le XIesiècle sur la falaise dominant Couvin, à une époque où le comte de Hainaut était vassal de l’évêque de Liège (1071)[42]. L’état de cette première construction reste incertain: elle aurait pu être détruite par l’évêque Otbert puis reconstruite ou restaurée sous l’épiscopat d’Henri de Leyen en 1153, sans qu’aucune source ne permette de trancher[42].
Aucun élément ne suggère la présence d’un seigneur résident avant la désignation d’un avoué épiscopal. Les possessions de l’évêque à Couvin sont clairement décrites dans le relief de 1360, rendu à Beaumont par Louis de Châtillon, comte de Blois et de Soissons[42]:
une tour;
une dépendance située entre la chapelle et la tour;
un grenier;
du terrain destiné à une étable pour cinq ou six chevaux.
L’évêque conservait le droit d’occuper ce domaine lors de ses séjours à Couvin, confirmant sans ambiguïté l’appartenance du site au pouvoir liégeois. La famille de Soissons semble avoir exercé des droits analogues à ceux des seigneurs de Chimay[42].
Le château médiéval comprenait quatre tours principales[42]:
le donjon, dont subsistent des vestiges;
la tour de Nismes;
la tour du Chevalier;
la tour Floriet.
La forteresse fut détruite et rebâtie à plusieurs reprises au cours de son histoire, témoignant de son rôle stratégique dans la région couvinoise[42].
Les événements dans la principauté pendant la période bourguignonnes
Couvin, du XVe au début du XVIIIesiècle, connaît des passages militaires répétés qui entraînent la destruction et la reconstruction de ses défenses[30]. Après la défaite liégeoise d’Othée (1408), la ville perd ses chartes de libertés et une sentence impose la démolition de ses fortifications, avec interdiction de les relever[30]. Au cours du conflit opposant Liège aux ducs de Bourgogne, ces mesures sont réaffirmées : en 1467, Charles le Téméraire ordonne à nouveau le démantèlement des Bonnes Villes, puis en 1469, Couvin subit une nouvelle destruction de ses murailles[30]. Après la défaite liégeoise à Othée (1408), plusieurs seigneurs nourrirent une hostilité durable envers Philippe le Bon. Parmi eux, Barthélemy d’Autel, capitaine d’Orchimont, et l’aventurier Jean de Beaurain entraînèrent divers nobles rebelles dans des opérations de pillage qui ravagèrent l’Entre-Sambre-et-Meuse[43]. Pour y mettre fin, le prince-évêque Jean de Heinsberg lança en 1436 une campagne contre ces «écorcheurs» et fit détruire leurs repaires, peut‑être responsables de la ruine de certains châteaux de la châtellenie de Couvin[43]. Région frontalière et forestière, l’Entre-Sambre-et-Meuse fut régulièrement exposée aux incursions et aux conflits. Une lettre de 1452 rappelle que Couvin, «sans garde et sans guet», devait renforcer sa sécurité face aux mouvements de troupes en France et en Flandre. En 1455, des dépenses sont encore mentionnées pour la «rédification» de la ville[43].
La rivalité entre Dinant et Bouvignes entraîna Couvin dans les tensions de la Principauté. Dinant, capitale militaire de la Sambrie, exigeait l’appui de Couvin et de ses huit villages, mais ceux-ci résistèrent à cette tutelle[44]. Plusieurs missives des années 1465‑1466 témoignent de conflits répétés, notamment d’incidents avec les gens de Chimay, qualifiés de «traîtres bourguignons»[45]. Après la destruction de Dinant par les Bourguignons en 1466, Couvin cessa de dépendre de cette châtellenie[45]. La principauté de Liège bénéficie, à partir de 1492, d’un statut de neutralité désarmée. Cette position officielle ne la préserve toutefois pas des conséquences des conflits européens, qui entraînent successivement famines, épidémies, ainsi que diverses crises démographiques et économiques[46].
Au cours du XVIesiècle, la rivalité opposant Charles Quint à François 1er exerce une influence notable sur la région de l’Entre-Sambre-et-Meuse liégeoise, fréquemment traversée par des troupes allemandes et françaises. Dès 1505, les forces françaises établissent un campement à Couvin. En 1543, le Magistrat de la ville entreprend la reconstruction des murailles, détruites précédemment sous le règne de Charles le Téméraire[47].
La fin du XVesiècle fut marquée par les troubles liés à Guillaume de la Marck, soutenu un temps par Louis XI, puis vaincu en 1484. Les États de Liège imposèrent alors une lourde contribution financière, dont une part fut réclamée à Couvin. La paix entre France et Saint‑Empire, conclue en 1492, confirma la neutralité liégeoise[48].
Malgré ces crises, les princes‑évêques s’intéressèrent aux ressources métallurgiques locales. Conscients de la qualité du minerai de fer, ils établirent des forges domaniales sur l’Eau Noire avant de concéder leur exploitation à des vassaux moyennant redevances. Des forges furent ainsi fondées à Couvin dès 1485 et à Pesche en 1494, annonçant l’essor de l’industrie du fer aux XVeetXVIesiècles[49].
Au début du XVIesiècle, l’accession d’Erard de la Marck au pouvoir (1505‑1538) et la conclusion de la Paix de Saint‑Jacques en 1507, qui scella l’alliance définitive de la principauté de Liège avec l’Empire romain germanique, laissaient présager une période d’accalmie politique. Toutefois, le traité de Saint‑Trond de 1518 ne fit qu’exacerber les tensions[50]. Les rois de France convoitaient les Pays‑Bas espagnols, et l’Empereur entendait défendre ces territoires directement aux frontières liégeoises[50]. Les anciennes fortifications régionales, telles que Fagnolle, Sautour ou Boussu, se révélèrent incapables de résister à l’artillerie moderne. Charles Quint obtint alors du prince‑évêque l’autorisation d’ériger de nouvelles places fortes en terre liégeoise[50]. La proximité immédiate de la France transforma la région de Couvin en zone de passage et d’affrontement entre armées espagnoles, françaises et leurs alliés respectifs. Les neuf villages de la châtellenie subirent l’ensemble des conséquences militaires et économiques de ces conflits[50]. Couvin fut occupée en 1543 par une garnison venue de Maaseik, puis prise en 1554 par Anne de Montmorency, en même temps que Mariembourg, qui capitula devant les troupes françaises[50]. Guillaume de Nassau reprit la localité l’année suivante. Le château fut détruit et la cité incendiée par le gouverneur de Mézières, avant d’être restituée à l’évêque en 1559. Boussu et Nismes furent également démantelés sur ordre du Taciturne, qui fit abattre deux tours en diagonale, comme à Fagnolle, afin d’affaiblir les défenses[50]. Malgré ces destructions, certaines places demeuraient aptes à accueillir des garnisons: en 1582, Ernest de Bavière en installa à Couvin, Pesche et Boussu, tandis que Français et reîtres allemands ravageaient l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse[50]. La neutralité perpétuelle de la châtellenie, proclamée en 1577 par Gérard de Groesbeek, resta largement théorique, car aucune puissance ne la garantissait; Espagnols, Impériaux, Français et Hollandais traversaient librement le territoire[50].
Au milieu du XVIesiècle, l’actuel hameau du Cul‑des‑Sarts n’était encore représenté que par deux habitations rattachées au Renniwé liégeois, un ensemble d’une quarantaine de maisons dispersées sur le territoire de la châtellenie de Couvin. Ces habitations étaient occupées par des manants venus d’autres régions, cherchant refuge contre les guerres et les pillages. Le prince‑évêque ne s’opposa pas à leur installation, car cette zone frontalière bénéficiait de la présence de colons susceptibles de protéger leurs propres biens tout en contribuant à la défense de la mense épiscopale contre les incursions françaises et les habitants de Montcornet[51]. Entre l’Eau Noire et le ruisseau de la Chaudière, qui confluaient à Regniowez, s’étendait un bois limitrophe de Rocroi et revendiqué par la baronnie de Montcornet, alors possession de Philippe de Croÿ, duc d’Aerschot. En 1570, celui‑ci concéda aux habitants du bois d’Entre‑deux‑Eaux une vaste superficie assortie de droits d’usage, moyennant le paiement de la bourgeoisie à la recette de Montcornet[51]. Les hameaux de la Taillette, de la Chaudière et du Rouilly s’y développèrent. Cette concession déclencha un conflit de deux siècles entre le duc d’Aerschot et le prince‑évêque, chacun revendiquant la propriété du bois. Le litige ne fut résolu qu’en 1779 par un partage; le terrain, devenu lande, prit alors le nom de «Différends». Parallèlement, d’autres manants s’étaient établis dans le bois des Parçonniers, sur le territoire de Pesche, suscitant des tensions avec les habitants de Montcornet et de Pesche, qui les accusaient de n’occuper ces terres que pour y nourrir leur bétail[52]. Henry de Ghoor, seigneur de Pesche, négocia lui‑même avec l’évêque à ce sujet. Par une charte de 1569, il autorisa les habitants du Renniwé liégeois à faire paître leurs bêtes dans toute la châtellenie, à condition qu’ils participent à la garde du château, aux tours de guet et aux signaux. Une ordonnance de Gérard de Groesbeek, datée du , imposa l’expulsion des étrangers ou leur assujettissement au paiement de la bourgeoisie[53].
La charte d’Henry de Ghoor s’inscrivait dans le contexte des différends opposant les gendres de Claude de Vaudémont. Elle prévoyait que les bois communaux de Pesche, produisant davantage que les besoins des bourgeois, seraient vendus au plus offrant, le produit étant partagé entre le seigneur et la communauté. Le seigneur conservait toutefois un droit de préemption pour alimenter sa forge, moyennant un patar brabançon de réduction[53]. Un record de 1560 mentionne en effet que Claude de Vaudémont avait fait construire un marteau et un fourneau à fondre sur le cours d’eau reliant Regniowez à Couvin, probablement à l’emplacement du futur moulin de Pesche[53]. Les bois de la châtellenie appartenaient soit à la mense épiscopale de Liège, soit à des seigneurs particuliers, soit aux neuf communes, où ils constituaient alors des «aisances»[54]. L’évêque et le châtelain en assuraient la garde et pouvaient y prélever le bois nécessaire à l’entretien des bâtiments, sous le contrôle des échevins, qui désignaient les arbres exploitables selon des règles strictes[54].
Malgré ces réglementations, la forêt subissait de nombreuses déprédations. Pour y remédier, Georges d’Autriche promulgua le un règlement renforçant les obligations des usagers, mais celui‑ci fut peu appliqué. En 1578, Gérard de Groesbeek fit vendre au profit de l’État une quantité importante de vieux chênes provenant des forêts de Couvin et de Bouillon, afin de favoriser la régénération des peuplements[54]. En 1554, les troupes françaises d’Henri II s’emparent successivement de Mariembourg puis de Couvin, dont le château est à nouveau détruit. Les deux localités restent occupées jusqu’au traité du Cateau‑Cambrésis (1559). Après leur restitution, les garnisons espagnoles de Mariembourg, Charlemont et Philippeville imposent à leur tour de lourdes contributions aux habitants de la région[55].
La place de Mariembourg.Mariembourg: La Place Marie de Hongrie avec ses tilleuils
Au milieu du XVIesiècle, Couvin est décrite en 1546 par Marie de Hongrie comme « une petite pauvre villette » dominée par un château en ruines. Afin de contenir l’influence française dans la région, Charles Quint fait édifier en 1546 la forteresse de Mariembourg, en accord avec le prince-évêque de Lièges[55]. Cette nouvelle place forte devient rapidement un enjeu stratégique : située entre la ville française fortifiée de Rocroi et Mariembourg, la châtellenie de Couvin subit une série de conflits[55].
La forteresse de Mariembourg trouve son origine dans un territoire situé à environ quatre kilomètres de l’ancienne forteresse de Fagnolle, laquelle, avec Sautour, avait défendu jusqu’au XVesiècle la trouée des Fagnes[56]. Dès le XIesiècle, la terre de Vérofle ou Berouffle appartenait à l’abbaye de Floreffe, qui y avait établi un couvent successivement occupé par des Norbertines puis, au XIIesiècle, par des Prémontrés[56]. Lorsque Charles Quint décida en 1546 d’ériger une place forte capable de résister à l’artillerie moderne, il chargea sa sœur, Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, de choisir un emplacement approprié[56]. Celle-ci, familière de la région où elle chassait fréquemment, invita le prince-évêque à Binche et conclut avec lui, le , un accord portant sur la cession d’un territoire près du Pont à Fresnes, en échange de la seigneurie de Herstal[56]. Tandis que Jacques du Broeucq concevait les plans de la nouvelle fortification, Charles Quint confia à Arnold Melckesnon la gestion des fonds nécessaires à sa construction et procéda à divers échanges de rentes contre la terre de Berouffle, que l’abbaye de Floreffe lui céda officiellement le 22 novembre suivant[56].
La place forte reçut le nom de Mariebourg lors de l’entrée solennelle de Charles Quint et de sa famille, le . Elle se présentait comme une construction tétragonale dont les côtés, flanqués de petits bastions, mesuraient environ 340 mètres[57]. Selon le Petit Beaulieu (1694), l’enceinte était revêtue de briques et de pierres de taille, et les fossés, larges et profonds, demeuraient constamment remplis d’eau en raison des marais environnants[58]. La ville conserve encore aujourd’hui une structure polygonale caractéristique, organisée autour d’une place centrale d’où rayonnent huit rues rectilignes. La défense en fut confiée au capitaine Philibert de Martigny, dont la garnison, persuadée de l’invulnérabilité des fortifications, se montra peu vigilante[58].
Plan de Mariembourg édité en 1645.
Le , Lardenov de Ville informa le maréchal de Gueldre que le camp du roi de France se trouvait devant Mariembourg et que les Français avaient déjà pris Chimay, Couvin et Fagnolle[59]. Le lendemain, la ville capitula. Martigny fut disgracié, et la place demeura aux mains des Français après plusieurs escarmouches. Henri II la rebaptisa Henribourg et y installa une garnison de 450 hommes et 200 chevaux-légers[59]. La construction des places fortes de Charlemont et de Philippeville, destinées à couper le ravitaillement de Mariembourg, entraîna l’arrivée de 5 000 reîtres commandés par Martin Van Rossum, chargé de protéger les ouvriers. La peste frappa alors la région, emportant Van Rossum, remplacé par Guillaume de Nassau, qui tenta de reprendre la place et détruisit les châteaux de Fagnolle, Couvin et Boussu[58]. Après l’abdication de Charles Quint, le traité du Cateau-Cambrésis (1559) rétablit la paix avec la France et rendit Mariembourg aux Pays-Bas[59]. La ville, ruinée par les assauts successifs, fut confiée à Jacques de Bryas, qui en reçut la gouvernance héréditaire. En son absence, la garnison commandée par le capitaine Rongy commit de nombreuses exactions, au point que l’évêque Gérard de Groesbeek exhorta ses sujets à y résister[59].
Dans le contexte des troubles provoqués par la révolte des Pays-Bas contre la rigueur de leurs gouverneurs, Mariembourg se joignit aux insurgés. Don Juan d’Autriche réclama les clefs de la ville, qu’il obtint le [59]. La Confédération d’Arras, regroupant les seigneurs wallons, exigea en 1579 le renvoi de toutes les troupes étrangères en échange du maintien exclusif du catholicisme[59]. Les Wallons de Jean de Croÿ prirent alors possession de la forteresse, tandis que les soldats étrangers Espagnols, Italiens, Albanais, Bourguignons et autres furent expulsés. Les archives concernant Mariembourg aux XVIeetXVIIesiècles sont rares, la ville ayant été ravagée par un incendie en 1655[59].
Le traité des Pyrénées (1659), qui mit fin à la Fronde et attribua à la France plusieurs villes des Pays-Bas espagnols dont Mariembourg, repoussa la ligne de défense espagnole vers la Sambre. Le , une garnison française s’installa dans la place[59]. L’évêque de Liège, Maximilien-Henri de Bavière, s’allia ensuite à la France pour attaquer les Provinces-Unies, permettant à Louis XIV de traverser la principauté en 1672. Le roi de France s’empara du Namurois en 1675 et visita Couvin, où ses troupes exercèrent de nombreuses violences[60]. Vauban recommanda le démantèlement de Mariembourg, mais la forteresse fut finalement remise en état en 1681. En 1692, la reprise de la guerre contre les Pays-Bas entraîna une nouvelle invasion de l’Entre-Sambre-et-Meuse, et Louis XIV ainsi que sa famille visitèrent Mariembourg[60].La garnison française, initialement composée de soldats d’origines diverses, s’intégra progressivement à la population locale, au point que ses membres devinrent des Mariembourgeois à part entière[60]. La ville demeura enfermée dans sa ceinture de fortifications, dont on ne pouvait sortir que par une seule porte, jusqu’à la Révolution française[60].
Au cours des guerres de Trente Ans et de la Fronde, l’indépendance de la Principauté ne fut pas davantage respectée que par le passé. Les villages et les massifs forestiers demeurèrent en permanence exposés aux opérations militaires, tandis que les troupes cantonnées dans la région qu’elles fussent au service de Pesche, de Chimay ou de Couvin vivaient largement de réquisitions et de pillages[61]. Afin de protéger le comté de Namur des ambitions de Richelieu, alors en guerre contre Philippe IV, Charles de Lorraine établit en 1635 un campement dans l’Entre-Sambre-et-Meuse avec environ 6 000 fantassins et 4 000 cavaliers, dont l’hébergement et l’approvisionnement furent imposés aux populations locales[61]. Les garnisons espagnoles de Chimay et de Mariembourg multiplièrent les incursions dans le pays de Rocroi, s’emparant du bétail, des récoltes, du fourrage et allant jusqu’à enlever des otages. Couvin fut occupé par Piccolomini[55], tandis que le maréchal de La Meilleraye installa en 1640 un camp de 20 000 hommes à Pesche. La bataille de Rocroi marqua ensuite un tournant, avant que la Fronde ne ramène le duc d’Enghien dans la région, où il prit Couvin et ne l’abandonna qu’à la paix de Tirlemont[62], laquelle rétablit la neutralité liégeoise et exigea le départ des troupes lorraines, condéennes et espagnoles[61]. Deux canons durent être mobilisés pour contraindre ces dernières à quitter Couvin. En 1655, Gonrieux fut incendié par les garnisons concentrées autour de Pesche[61]. L’hiver 1672 vit les armées de Louis XIV prendre leurs quartiers dans la Principauté avec l’accord de Maximilien-Henri de Bavière. En 1683, les troupes françaises envahirent de nouveau la région et imposèrent contributions et réquisitions[63]. La trêve de Ratisbonne attribua Chimay, Beaumont et Vivres à la France, et lorsque Louis XIV porta la guerre en Allemagne, ses troupes traversèrent Couvin[64]. Pour faciliter leur passage, une bande de cinquante toises de profondeur dut être défrichée le long de la route reliant Rocroi à Mariembourg[64]. À la fin du XVIIesiècle, les soldats espagnols, privés de solde, désertèrent massivement et se livrèrent à des actes de brigandage dans toute la contrée[64].
Les conflits incessants favorisèrent paradoxalement la prospérité de l’industrie du fer. De nombreuses forges furent établies dès le XVIesiècle à Gonrieux, Renniwé Liégeois, Baileux, l’Escaillère, Pont-Saint-Nicolas, ainsi qu’à la Forge du Prince, à Nimelette et à Nismes. Couvin compta notamment la Platinerie du Ry de Rome, les forges de Pernelle, le fourneau Sainte-Barbe et les forges Saint-Roch[64]. Ces établissements consommaient d’importantes quantités de bois transformé en charbon, procurant du travail aux forestiers mais contribuant à une dégradation rapide des massifs forestiers. Dès 1570, un envoyé du prince-évêque signalait que les forges, souvent fondées par des étrangers, profitaient peu au pays tout en détruisant entièrement les bois[64]. Malgré ces avertissements, l’activité se poursuivit: une forge employait une trentaine d’hommes ouvriers, charbonniers et voituriers et consommait environ 2 500 cordes de bois par an, ce qui explique l’état préoccupant des forêts au début du XVIIIesiècle. L’appauvrissement du couvert forestier et les défrichements successifs entraînèrent progressivement le déclin de cette industrie, qui ne connut un regain que sous la Révolution et l’Empire[65].
Le XVIIesiècle fut également marqué par une recrudescence des accusations de sorcellerie dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. Dans un contexte de guerres, de maladies, de mortalité du bétail et d’hivers rigoureux, les populations attribuaient leurs malheurs à des maléfices[66]. Un mandement épiscopal de 1608 ordonna aux juridictions locales de juger sommairement les personnes soupçonnées de sorcellerie, sur la base de rumeurs ou de propos rapportés[66]. La torture entraînait rapidement des aveux, et plusieurs procès eurent lieu dans la châtellenie: à Boussu, les sœurs Descry furent brûlées; à Pesche, les condamnés étaient étranglés avant d’être livrés aux flammes; à Nismes, plusieurs habitants furent exécutés en 1601. Une dernière instruction ouverte en 1625 fut interrompue, mais des procès se poursuivirent encore à Vierves en 1663 et dans le comté de Chimay en 1672[67].
Au début du XVIIesiècle, les hameaux du Brûly-de-Pesche, des Rièzes-de-Pesche et des Parchonniers dépendaient de Pesche; ceux du Brûly, de la Verde Place, de la Petite-Chapelle, de la Rièze-de-Couvin et du Gué des Bagneaux relevaient de Couvin, tandis que Presgaux était rattaché à Gonrieux[67]. Ces communautés formaient de vastes clairières au sein des forêts. Les habitants des sarts étaient paroissiens de Regniowez et ressortissaient du bailliage de Rumigny, bénéficiant d’un droit de bourgeoisie accordé par le duc de Guise, leur permettant de fréquenter les marchés et de franchir la frontière sans taxe[68]. Le Renniwé Liégeois ne possédait pas encore d’église, si bien que les fidèles se rendaient soit à Regniowez, soit à la Petite-Chapelle, où était vénérée Notre-Dame de l’Épinière, soit à Pesche, soit encore à l’ermitage de Couvin[67].
La principauté et la châtellenie connurent une période d’accalmie qui permit aux communautés locales de bénéficier durablement des effets de la Paix de Fexhe, à laquelle la ville de Couvin avait apposé son sceau le [69]. Au XVIIIesiècle, l’interdiction d’exporter les grains hors du royaume, décrétée en 1740 par le roi de France, modifia les équilibres économiques régionaux[69]. Les habitants des bois cessèrent alors de se considérer comme dépendants de Regniowez et, jouissant d’une aisance jugée honorable, entreprirent à leurs frais la construction d’une chapelle dédiée à saint Pierre, bientôt suivie de l’édification d’un presbytère en 1743[69]. La petite agglomération du Renniwé liégeois, située à la limite des territoires de Pesche et de Couvin, prit progressivement l’apparence d’un village sans en posséder encore le statut. On commença à la désigner sous le nom de Cul-des-Sarts, en référence à sa position à l’extrémité des sarts de la principauté[69]. En 1701, ce hameau comptait environ quatre cents têtes de bétail[69]. À la même époque, le cartographe autrichien Ferraris décrivait la région de Couvin et de Chimay comme un territoire très montagneux et largement couvert de forêts, particulièrement dans sa partie méridionale[69]. La vue y était limitée, à l’exception de quelques plaines situées au nord, autour de Forges, Gonrieux et Pesche, ainsi que le long de l’Eau Noire, près des hameaux de Lisbonne et de Chapelle-Bernaud. On y recensait alors dix-sept moulins à eau destinés au grain, un moulin à écorce au sud de Couvin et un moulin à tabac établi sur un ruisseau affluent de l’Eau Noire, près du bois de Gonrieux[69].
Malgré la pauvreté du sol et l’abondance des zones marécageuses, les habitants vivaient dans une aisance relative, tirant leurs ressources de l’exploitation des forêts, des petites industries locales et d’un commerce actif, auquel s’ajoutait une contrebande florissante[70]. Les forêts abondaient en chênes, hêtres, charmes et noisetiers, tandis que les prairies, souvent marécageuses, ne produisaient qu’un foin de faible qualité. La contrebande, notamment celle du tabac, jouait un rôle notable dans l’économie locale[70]. En 1701, les habitants de La Taillette, de la Grande et Petite Chaudière et du Rouilly accusaient les particuliers de Cul-des-Sarts de détenir des foyers, greniers et entrepôts de tabac et d’autres marchandises introduites frauduleusement, facilitée par la liberté d’usage dont ils bénéficiaient[70]. Un mémoire du duc d’Aiguillon, daté de 1737, reprenait ces accusations en affirmant que les contrebandiers liégeois étaient tolérés par certains officiers de la châtellenie de Couvin. Les populations frontalières, habituées de longue date au passage du sel monopole royal profitaient de la proximité immédiate de la France pour organiser ce commerce illicite[70].
En 1752, un conflit opposa les bourgeois de Couvin aux collecteurs d’impôts du soixantième et des droits sur le malt, le vin, l’hydromel, le brandy, le sel et le tabac. Plusieurs marchands refusaient l’accès de leurs maisons ou entrepôts aux agents du fisc, prétendant que Couvin possédait la «clef magistrale», privilège censé interdire les perquisitions. Non seulement la ville ne put en apporter la preuve, mais dans les sept villes de la principauté qui en jouissaient réellement, le droit de visite restait reconnu afin de prévenir les fraudes. Malgré l’avis défavorable des députés permanents, le prince-évêque accorda néanmoins la clef magistrale le , facilitant de fait les activités frauduleuses des marchands de Couvin et des villages voisins, où la frontière française se trouvait si proche qu’il fallait parfois la franchir pour passer d’une partie d’un village liégeois à une autre[71]. Le moulin à tabac mentionné par Ferraris sur l’Eau Noire s’inscrivait dans ce contexte. Pierre Philippe, venu de Nismes en 1710, transmit son activité à son fils Thomas, prénom conservé durant sept générations. L’un d’eux fonda en 1789, à La Pilerie, une petite fabrique de tabac à priser[71].
Les premières ardoisières de la région apparaissent également à cette époque. Ferraris signale une exploitation à l’ouest du hameau de Lisbonne, probablement celle de L’Escaillère, dont le nom dérive de l’ancien français escaille, signifiant ardoise[72]. Vers 1781, Thomas Legros, habitant de Cul-des-Sarts, aurait ouvert une ardoisière locale, atteignant quarante-deux mètres de profondeur avant d’abandonner l’entreprise, faute de moyens et en raison des troubles révolutionnaires[72]. En 1788, Alexis et Nicolas Druart obtinrent du prince-évêque l’autorisation d’exploiter les veines d’ardoise de Cul-des-Sarts, projet vraisemblablement reporté au siècle suivant[72]. L’élevage constitua néanmoins, durant des siècles, la principale source de revenus des habitants des sarts, contribuant fortement à la dégradation des forêts. Un rapport d’experts rédigé en 1791 pour la Cour de justice de Couvin constatait que les taillis étaient presque partout ravagés par le bétail[72]. Malgré de nombreux mandements épiscopaux, dont celui de Georges d’Autriche en 1551 et celui du 14 août 1772 imposant sept années de recroissance avant tout pâturage, ces prescriptions furent rarement respectées[72]. Les habitants, dépourvus de terres labourables, pratiquaient de longue date l’essartage. Après les coupes affouagères, ils brûlaient les broussailles à feu couvert ou à feu courant, les cendres servant d’engrais pour le seigle semé dans les essarts[73]. Ce procédé, déjà dénoncé en 1570 par les bourgmestres et mayeurs de la châtellenie comme l’une des pratiques les plus dommageables pour la forêt, détruisait en effet les jeunes pousses et les ressources ligneuses[73].
Après la Révolution française de 1789, l'armée révolutionnaire française se lancent dans la première annexion française des États de Belgique. À la mi-, estimant que «le bonheur des Liégeois dépend de leur réunion à la juste et loyale République française, les administrateurs municipaux de Couvin convoquent les habitants de leur ressort à acquiescer à ce projet». Le , la Convention décrète la réunion du pays de Liège à la France. Le , la Convention ratifie la réunion de Couvin à la France.
Le district de Couvin occupait une position particulière à la fin du XVIIIesiècle, protégé au nord par les places fortes françaises de Philippeville et Mariembourg et limitrophe de la France au sud, ce qui rendit son rattachement à la République française relativement peu conflictuel pour la population locale[75]. À la suite du décret de la Convention du , les habitants furent convoqués en assemblées primaires afin de se prononcer sur la forme de gouvernement à adopter[75]. Les commissaires envoyés par Paris encouragèrent activement la demande d’annexion, présentée comme le seul moyen d’abolir définitivement les vestiges de l’Ancien Régime. Seuls les hommes votaient, et seuls Couvin, Pesches et Petigny manifestèrent un réel enthousiasme[76]. Les rapports des commissaires de 1793 décrivent un district en grande difficulté: les biens nationaux ne pouvaient être vendus faute d’estimations, aucune imprimerie n’existait pour diffuser les instructions, la main-d’œuvre manquait pour les routes et les forges, il n’y avait pas de poste aux lettres, les bureaux administratifs étaient dépourvus de commis et les instituteurs faisaient défaut[76]. L’agriculture ne nourrissait les habitants que pour six mois, les travaux agricoles exigeaient un effort considérable en raison de la nécessité de défricher et d’épierrement annuel, les semences manquaient, l’élevage était coûteux et les animaux rares[77]. L’administration locale, impuissante, avait même interdit la vente des chevaux et des bœufs nécessaires aux charrois, mais dépendait d’une autorisation supérieure, l’armée étant le principal acheteur. Après la défaite de Neerwinden, les commissaires furent rappelés, l’organisation administrative n’ayant pas réellement démarré[78].
De nouveaux commissaires furent ensuite envoyés et confièrent la municipalité de Couvin à un maire provisoire, Guillaume Dutemple, le 11 floréal an VIII. Le conseil municipal se remit progressivement à fonctionner, avec la présence de représentants des hameaux, toutefois limités à un rôle consultatif[78]. Les archives des conseils de Couvin et Pesches témoignent d’une exécution lente et molle des directives du district, souvent rappelée à l’ordre. Les procès-verbaux de l’an VIII à 1809 évoquent surtout la traque des réfractaires. Les préfets et sous‑préfets étaient presque tous français[78]. À partir de l’an IX, des mesures générales furent prises pour protéger les récoltes et les bois, entretenir les chemins, réparer les bâtiments publics, organiser l’enseignement, percevoir les contributions et établir les budgets[78]. Ce n’est qu’en 1807 que ces préoccupations apparaissent clairement dans les registres[78]. Pour aider les communes à équilibrer leurs finances, l’instauration d’un octroi fut recommandée; Couvin en établit un en 1805 (25 pluviôse an XIII) sur la bière, l’eau‑de‑vie, le vin, le péquet et la viande, ce qui nuisit rapidement au commerce local, les communes voisines n’ayant pas adopté de mesure similaire[79].
La conscription constitua le principal motif de tension entre la population et l’administration française. En novembre 1793, les jeunes hommes de 18 à 25 ans furent convoqués à Mariembourg. Malgré plusieurs rappels, beaucoup se cachèrent dans les bois ou furent déclarés indispensables aux travaux de la République. L’agent militaire Poulet menaça les récalcitrants de comparution devant le tribunal militaire et leurs parents de séquestre des biens[80]. Les visites domiciliaires restèrent infructueuses: après huit semaines, aucun conscrit n’avait rejoint l’armée, et 776 jeunes gens se soustrairent à la réquisition dans le canton de Couvin[80]. La tradition rapporte des mutilations volontaires et des mariages arrangés avec des femmes âgées pour échapper au service. Les bois du département des Ardennes étaient réputés abriter de nombreux réfractaires. En l’an IX, la préfecture ordonna le logement forcé de troupes chez les parents des déserteurs, mesure jugée insupportable par la municipalité de Couvin[81]. À la fin de l’an IX, la préfecture constatait encore la présence de nombreux réquisitionnaires armés dans les bois, et la désertion ne diminua qu’avec les guerres de l’Empire. Après 1810, de nombreux soldats blessés furent renvoyés dans leurs foyers, et la campagne de Russie entraîna des réquisitions supplémentaires, notamment 89 quintaux métriques de viande pour l’ensemble des communes du canton[82].
L’industrie des forges occupait une place essentielle dans l’économie locale. En 1794, l’administration du district soulignait que le canton ne manquait ni d’eau ni de bois, mais souffrait d’un manque de main‑d’œuvre. Les forges furent soumises à des réquisitions de boulets de canon, payées en assignats peu utilisables. Les restrictions sur les coupes forestières et la réquisition des chevaux paralysèrent plusieurs établissements[82]. Au début du XIXesiècle, les forges de Jean Petit, Pré‑Brulart, Pont‑Saint‑Nicolas et Nimelette fonctionnaient à nouveau, et celles de Couvin tournaient à plein régime, au point que l’Eau Noire fut encombrée de déchets métallurgiques, nécessitant un curage à la charge des maîtres de forges[83]. On y forgeait notamment des canons à Saint‑Roch. La chute de l’Empire porta un coup fatal à cette industrie, déjà fragilisée par l’apparition des fours à puddler alimentés à la houille, qui rendirent obsolètes les petits établissements locaux[83]. La question forestière fut également importante. Les délits commis dans les bois avaient conduit l’Assemblée nationale à voter plusieurs décrets entre 1789 et 1791. Le domaine forestier du prince‑évêque de Liège fut sécularisé, et un jugement de floréal an II attribua les bois du duc de Croÿ à la commune[84]. Certains habitants, admis comme bourgeois de Pesches, conservèrent l’usage des parçonniers, même lorsque la commune perdit une partie de ses droits sur appel du préfet[84]. Pour les communaux restés indivis, le produit des coupes aurait dû être réparti par la commune de Couvin, mais celle‑ci refusa d’en attribuer une part aux hameaux, arguant que leur éloignement les dispensait de loger les troupes et qu’ils ne pouvaient dès lors prétendre aux mêmes avantages. La petite ville privilégia ainsi ses propres intérêts au détriment des écarts[84].
La période révolutionnaire entraîna une profonde réorganisation de la vie religieuse dans la région. La majorité des prêtres refusa de prêter serment à la République et quitta leur commune, laissant place à des prêtres assermentés, souvent originaires de France. En avril 1792, le prieur de Regniowez, qui desservait également les paroisses voisines, affirma publiquement qu’il n’existait plus ni bailli, ni comte, ni sujets du Prince[84]. Bien qu’il eût prêté serment à la Nation, il fut néanmoins arrêté en 1793 et transféré à Mont-Dieu. Les presbytères et les objets du culte furent vendus comme biens nationaux. Après le Concordat, les édifices religieux se trouvaient dans un état de dégradation avancée[85]. Un arrêté du préfet des Ardennes, daté du 8 germinal an XI, invita les municipalités à délibérer sur l’acquisition, la location ou la réparation des bâtiments destinés au culte. Le conseil de Couvin reconnut alors la nécessité de restaurer son église ainsi que celles des écarts[86]. Lors de la séance du 5 fructidor an XII, le conseil municipal estima que, outre la cure de Couvin comprenant la ville, les faubourgs, le fond de Pernelle et la Platinerie, pour un total de 1 600 habitants il convenait d’établir deux succursales supplémentaires, l’une à Cul-des-Sarts et l’autre à Petite-Chapelle[86]. Ces deux hameaux possédaient déjà une église et un presbytère, et comptaient respectivement 745 et 684 habitants. La commune de Pesches fut invitée par le préfet de l’arrondissement de Rocroi à participer aux frais, Cul-des-Sarts empiétant sur son territoire[86]. De 1805 à 1819, la cure de Couvin fut assurée par Jean‑Baptiste Desbans, tandis que Jean‑Baptiste Gonray et Jean‑François Forestier exerçaient leur ministère à Cul-des-Sarts et à Petite-Chapelle. La vie religieuse des autres villages devint, comme leur administration municipale, indépendante de Couvin[86].
La loi du 11 floréal an X sur l’instruction publique confiait au maire et au conseil municipal la nomination des instituteurs. Le 20 pluviôse an X, Wiliame Amand fut désigné instituteur à Couvin, avec un traitement de 300 francs, le logement, et une rétribution versée par les familles: 30 centimes pour les enfants apprenant l’écriture et 25 centimes pour ceux apprenant la lecture[86]. Les indigents étaient dispensés de cette contribution[87]. Le couvent des Récollettines, qui accueillait autrefois les jeunes filles, était tombé en ruines; sa démolition fut décidée le 30 pluviôse an XIII pour des raisons de sécurité. Les autres villages disposaient chacun d’une école mixte, où les enfants devaient apporter du bois pour le chauffage durant l’hiver[88]. La fin du régime français se manifesta par une séance extraordinaire du conseil municipal, le , consacrée à la désignation d’officiers municipaux. Le registre fut ensuite clos pour cette période[88]. Un procès-verbal du signale la présence de troupes prussiennes à Couvin et la nécessité de réunir des fonds pour répondre aux réquisitions quotidiennes des soldats stationnés dans les environs, un appel étant lancé à l’ensemble des habitants, en particulier aux notables. Avec l’autorisation des officiers Schemettow et Robendorf, il fut également décidé de vendre les bois nécessaires[88]. En décembre 1815, le conseiller d’intendance Bruno fut envoyé à Philippeville pour «prendre provisoirement possession des cantons de Walcourt, Florennes, Beauraing et Gedinne», cédés à la France à la suite du traité de Paris du . Les anciennes limites de 1790 furent alors rétablies[88].
À la suite du Congrès de Vienne, le , les puissances européennes confirmèrent les dispositions du premier Traité de Paris, qui prévoyaient l’union de la Belgique et de la Hollande au sein du nouveau Royaume des Pays-Bas[89]. Les villes de Philippeville, Mariembourg et Bouillon demeurèrent françaises jusqu’au second Traité de Paris, conclu après les Cent-Jours, qui les rattacha définitivement à la Belgique[89]. Dans les communes de l’ancienne châtellenie de Couvin, cette réorganisation politique entraîna de nombreuses démarches administratives, compliquées par des instructions venues de Bruxelles parfois rédigées en néerlandais[89]. La situation économique était difficile: les finances locales étaient fragiles, les routes en mauvais état, et les transports exigeaient des attelages lourds, comme les roulis qui devaient utiliser huit chevaux pour acheminer un chargement d’Olloy à Couvin[89].
Le roi Guillaume 1er d’Orange tenta d’harmoniser les intérêts divergents des deux parties du royaume. Il fit réviser la constitution hollandaise par une commission composée à parts égales de Belges et de Hollandais, mais la représentation parlementaire resta déséquilibrée: trois millions et demi de Belges ne disposaient que de 65 sièges, tandis que deux millions de Hollandais en détenaient 110. La répartition des emplois publics et militaires reflétait la même inégalité[89]. Toutefois, ce n’était pas tant cette disproportion qui provoquait le mécontentement dans les villages wallons que des questions plus sensibles pour les populations rurales: l’opposition du clergé à la liberté des cultes, l’usage indifférencié du français et du néerlandais dans l’administration, l’instauration en 1822 d’une taxe sur la mouture perçue comme un retour aux pratiques seigneuriales, et surtout les entraves à l’exercice des droits d’usage dans les anciennes forêts du Prince-Évêque. La pauvreté restait très présente, et les maîtres de forge, profitant d’une main-d’œuvre abondante, imposaient des conditions de travail sévères[90]. Certains travaux publics restauration de la forteresse de Mariembourg, construction de la route Charleroi-Couvin, canalisation de la Sambre bénéficiaient à la région, mais d’autres priorités nationales, comme le développement du port d’Anvers ou l’essor industriel de la Flandre, concernaient peu l’Entre-Sambre-et-Meuse[91]. Quelques évolutions positives furent néanmoins observées: la mendicité diminua et l’analphabétisme recula, bien que l’on comptât encore 241 000 illettrés en 1826, dont 228 000 dans les campagnes belges[91]. L’enseignement neutre et gratuit devait être assuré par des instituteurs diplômés; sept athénées, trois universités et environ 4 000 écoles furent créés[91].
Dans le domaine forestier, le duc de Croÿ, seigneur de Pesches, revenu d’émigration, reprit possession de ses 300 bonniers. La commune de Pesche tenta en 1826 d’en revendiquer la propriété auprès de la province de Namur, mais après un long procès, la prescription de 1844 confirma les droits du duc[91]. Une partie de ces bois aurait été répartie entre Cul-des-Sarts, Brûly-de-Pesche et Pesche si la commune avait obtenu gain de cause. Parallèlement, l’ancienne forêt du Prince-Évêque avait été intégrée au domaine de la Société Générale des Pays-Bas[91]. Un litige concernant un terrain frontalier nommé «Les Différends» opposa Couvin et plusieurs communes voisines à l’État; après appel, celui-ci récupéra la propriété en 1841, avant de revendre la partie belge à Cul-des-Sarts. Les bois communaux de l’ancienne châtellenie demeurèrent en indivision malgré plusieurs tentatives de suppression du droit d’entrecours, et cette situation ne fut entièrement résolue qu’en 1894[92].
L’industrie ardoisière fit l’objet d’efforts de relance de la part du gouvernement hollandais. Le banc de Cul-des-Sarts, partie d’une vaste formation géologique s’étendant de Charleville à Cherbourg, fournissait une ardoise comparable à celle de Fumay ou de Rimogne[93]. Après une première tentative en 1781, deux ardoisières Le Trésor et Sainte-Barbe furent exploitées au début du XIXesiècle, employant chacune une quarantaine d’ouvriers[93]. Les difficultés d’extraction, le manque de capitaux, l’absence de moyens de transport et la concurrence française entraînèrent leur fermeture malgré des mesures protectionnistes. À Brûly, la Société Générale entreprit également des travaux de prospection dès 1823, mais l’exploitation fut abandonnée en 1830[94]. Les forges connurent un déclin général après la chute de l’Empire, les forêts ne pouvant plus fournir suffisamment de combustible et le marché français étant perdu. À Couvin, le maître de forges Jean-Baptiste Hannonet tenta de revitaliser l’activité à partir de 1820[94]. Il regroupa plusieurs installations, développa des infrastructures, fit construire des logements ouvriers et introduisit un fourneau à l’anglaise fonctionnant à la houille[95]. Toutefois, l’absence de chemin de fer qui n’arriva qu’en 1854 et les dépenses excessives du propriétaire contribuèrent à la faillite de l’entreprise, laissant à d’autres industriels le soin de relancer ultérieurement la métallurgie locale[96].
Les hameaux de Cul-des-Sarts et du Brûly, dont la population augmentait rapidement, furent érigés en communes par arrêtés royaux du [96]. Les habitants du Brûly entreprirent aussitôt la construction d’une église, financée en partie par une souscription locale et par une promesse de l’archevêque[96]. Après négociation avec la Société Générale, un terrain fut acquis en 1827 et payé en 1831. Le développement de ces villages fut probablement favorisé par les possibilités de fraude à la frontière[96]. La contrebande constituait en effet une activité ancienne et lucrative dans la région. La fabrique de tabac à priser fondée en 1789 par Thomas Philippe à la Pilerie servait largement à alimenter ce commerce clandestin avec la France[97]. Après la Révolution, le monopole royal devenu monopole d’État ne mit pas fin à ces pratiques, qui se poursuivirent tout au long du XIXesiècle avec une organisation de plus en plus sophistiquée[97]. Les habitants, souvent pauvres, purent ainsi compléter leurs revenus grâce à ces expéditions nocturnes parfois dangereuses, et cette activité contribua durablement à l’amélioration de leur niveau de vie[97].
La coexistence entre les populations belges, tant flamandes que wallonnes, et les Hollandais durant le Royaume uni des Pays-Bas fut marquée par des divergences profondes de tempérament, de langue et de religion, ce qui limita l’adhésion au régime. Le principal avantage reconnu à cette période demeura la stabilité et la paix qu’elle assura[98].. La crise agricole de 1829‑1830, qui contraignit une partie de la population rurale à se nourrir d’avoine et de pommes de terre, accentua toutefois le mécontentement des cultivateurs. Lorsque les nouvelles des troubles de Bruxelles parvinrent dans la région, l’agitation gagna rapidement les localités du canton[98]. Dès le 29 août 1830, des heurts opposèrent la population de Couvin à la maréchaussée. Malgré les assurances du commissaire de district de Fosses, qui attribuait le calme relatif à l’action de M. Hannonet pour contenir les ouvriers étrangers employés chez lui, les manifestations se multiplièrent[98]. Lors de la ducasse, des drapeaux noir, jaune et rouge furent exhibés aux cris de «Vive la Liberté», hissés notamment sur le clocher et sur la maison communale, dont les portes furent ouvertes sous la menace[98]. Le bourgmestre de Petigny, Charles de Monge, prit part à ces actions. La proclamation royale du 5 septembre, annonçant l’envoi de forces supplémentaires pour protéger les personnes et les biens, fut déchirée et souillée. La proposition du Collège de créer une garde bourgeoise resta sans réponse[98].
À Nismes, le drapeau révolutionnaire ne fut arboré que le 7 septembre, à l’initiative de laveurs de mines encouragés par un certain Buzon. Les trois couleurs furent placées sur le clocher et quelques habitants se chargèrent de le garder. Des manifestations similaires eurent lieu à Vierves, Oignies et au Mesnil. Seul Boussu‑en‑Fagne demeura initialement à l’écart du mouvement[99]. Le 25 septembre, alors que Bruxelles se soulevait, le secrétaire communal informait encore le gouverneur que la population restait calme et satisfaite de la suppression de l’impôt sur la mouture et des mesures relatives à l’instruction, mais les événements de la capitale dissipèrent rapidement cette tranquillité[100]. À Mariembourg, où l’on espérait depuis longtemps un retour à la France, la garnison hollandaise fut désarmée. L’ensemble de ces événements s’inscrivit dans la continuité des aspirations à l’indépendance déjà perceptibles en 1789 lors de l’expulsion des Autrichiens, puis en 1792 lors de l’entrée des troupes du général Dumouriez[100]. Lors de la Révolution belge, Louis Ragondet[101], à la tête de 78 volontaires Couvinois, quitte Couvin le et le , unis à ceux de Binche, Fontaine-l'Évêque et de Gosselies, ils attaquent les Hollandais à Vilvorde et les poursuivent jusque Eppegem. À la suite de cela, la ville reçut comme 99 autres villes et villages belges, le , des mains du RoiLéopold 1erdrapeau d'honneur portant en lettres d'or A la commune de Couvin. La patrie reconnaissante.
Au début des années 1830, le canton présentait une population clairsemée en dehors des centres de Mariembourg, Nismes et Couvin. Le recensement de 1832 indiquait que Couvin comptait 2 180 habitants, répartis entre la ville et plusieurs dépendances. Mariembourg en comptait 613, Pesche 937, Petigny 634, Brûly 802, Cul‑des‑Sarts 974, Aublain 512, Boussu 461, Gonrieux 779, Frasnes 452, Dailly 266 et Nismes 877, pour un total de 9 487 habitants, en forte augmentation par rapport aux 6 075 recensés en 1793[102]. Les anciens châteaux de Couvin, Nismes, Pesche et Boussu n’existaient plus qu’à l’état de ruines, tandis que la famille de Monge occupait encore le château‑ferme de Petigny, vendu en 1862 à la commune pour y établir une école[103]. Les localités liées au travail du fer et de l’ardoise abritaient un prolétariat ouvrier, tandis que les autres villages étaient principalement peuplés de cultivateurs, d’éleveurs et d’artisans tels que maréchaux‑ferrants, tisserands, charrons, menuisiers, cordonniers, tailleurs et gardes forestiers[103].
L’activité industrielle reposait sur les fonderies, forges et laminoirs de Couvin, la forge et affinerie de Boussu, le haut‑fourneau de Gonrieux appartenant au prince de Chimay, ainsi que le haut‑fourneau et bocard de Nismes, employant ensemble environ 110 ouvriers. L’extraction du fer se poursuivait, notamment grâce aux lavoirs de mines de Nismes et Petigny. La fabrique de tabac de Thomas Philippe, implantée à Cul‑des‑Sarts depuis 1802, bénéficiait d’une licence pour la production de tabac à fumer[104]. L’installation des Récolletines de Couvin à Cul‑des‑Sarts sous l’occupation française avait favorisé l’essor d’un artisanat de la dentelle, devenu une véritable industrie locale avant de disparaître. La tannerie de Mariembourg exploitait les écorces issues du pelage annuel des chênes dans les communes voisines. On trouvait également une boissellerie à Frasnes, une carrière de marbre noir veiné de blanc à Dailly, ainsi qu’une carrière de pierres à bâtir à Nismes[105]. Les recherches de houille menées à Mariembourg restèrent infructueuses. Après la faillite du maître de forges Hannonet, les installations métallurgiques du secteur déclinèrent: Pré‑Brulart employait encore 20 ouvriers, Pont‑Saint‑Nicolas 50 et Jean‑Petit 20, cette dernière forge subsistant jusqu’en 1850. Couvin demeura le seul centre métallurgique durable, connaissant des périodes alternées de prospérité et de difficultés[105].
Les conflits liés aux droits d’usage forestiers furent nombreux. Le duc de Croÿ, redevenu propriétaire des 300 bonniers de Pesche, avait entrepris des défrichements et clôtures, louant des terres pour 99 ans et rendant les droits d’usage pratiquement caducs. Après une première acceptation par l’ancien conseil de Cul‑des‑Sarts, le nouveau conseil élu en 1839 contesta ces pratiques et engagea une procédure judiciaire. Un jugement du donna raison à la commune, mais le duc fit appel et l’affaire, encore pendante en 1848, se conclut finalement en faveur du propriétaire. Sous le régime hollandais, la forêt appartenant à la Société Générale avait déjà fait l’objet de restrictions imposées aux anciens usagers, limités au pâturage et à l’entrecours, tandis que la désignation des coupes défensables était constamment retardée. Des pratiques traditionnelles, comme le ramassage des feuilles mortes utilisées comme engrais, avaient donné lieu à des contraventions et à des procès. En 1845, sept communes issues de l’ancienne châtellenie, estimant leurs droits entravés, demandèrent le cantonnement conformément à la loi. Le tribunal de Dinant reconnut la légitimité de leur requête le , et une enquête menée en 1852 confirma cette décision, amenant la Société Générale à accepter le cantonnement. Après la publication du Code forestier de 1854, la société tenta de revenir sur son engagement en invoquant l’article 86, qui interdisait désormais de nouvelles demandes de cantonnement. Le litige se prolongea jusqu’à l’arrêt du , par lequel la cour de Liège déclara recevable la demande non seulement des sept communes initiales, mais aussi de Gonrieux, Cul‑des‑Sarts, Brûly et Petite‑Chapelle, qui s’étaient jointes ultérieurement à la procédure[106].
Au cours du XIXesiècle, la commune engage d’importants travaux publics afin de stimuler l’emploi et de maîtriser les crues de l’Eau Noire. Le redressement du cours de la rivière entraîne la disparition de trois moulins : moulin Chevalier (vers 1838), moulin Rigory (1866) et moulin de l’Évêque (1887). Entre 1838 et 1839, un bras de la rivière est comblé pour accueillir les installations métallurgiques Harpignies, remplacées plus tard par les usines Saint‑Germain puis Saint‑Joseph[107]. La première phase de canalisation (1867‑1869) est suivie d’une seconde au début du XXesiècle, provoquant en 1905 la démolition de maisons près du Grand‑Pont. En 1860, la commune construit l’École moyenne du Bercet, bientôt complétée par une section normale. En 1879, le doyen Lambert fonde une école privée sur un terrain voisin[108]. Dès 1852, l’état de délabrement de l’église paroissiale motive un projet de reconstruction. L’architecte Gustave De Man propose un édifice gothique plus vaste, accessible par un escalier donnant sur la Grand‑Place. Après dix ans de débats sur l’emplacement Grand‑Place ou place Saint‑Germain le projet initial est retenu. L’ancienne église est démolie en 1863 et remplacée par un bâtiment pouvant accueillir environ 800 fidèles[109].
La vie politique belge du milieu du XIXesiècle fut marquée par la rupture progressive de l’union entre libéraux et catholiques, initialement soudés contre les puissances étrangères. Après la formation d’un ministère exclusivement catholique en 1846, les libéraux s’organisèrent et remportèrent les élections de 1847, amorçant une implantation lente dans les communes traditionnellement catholiques[110]. À Couvin, cette période fut troublée par une crise économique sévère: le chômage frappait les fonderies, la population avait doublé en moins d’un siècle et l’industrie comme l’agriculture étaient en déclin. Pour répondre à la misère, les autorités locales renoncèrent à leurs émoluments et organisèrent des travaux publics rémunérés un franc par jour[110]. La création d’une garde bourgeoise provoqua toutefois une émeute, rapidement contenue. Les tensions sociales furent ravivées en 1848, dans le contexte de la Révolution parisienne, mais l’ordre fut rétabli. Cette même année, marquée par la sécheresse et les épidémies, le cens électoral fut abaissé, doublant le nombre d’électeurs belges[111].
Sur le plan économique, la région de Couvin subit les effets de la concentration de la métallurgie autour des bassins houillers. L’agriculture dut s’adapter à la disparition des droits d’usage et de l’essartage, tandis que la Société Générale procédait à des déboisements avant d’interdire l’essartage dans ses forêts[112]. Les agriculteurs améliorèrent leurs sols grâce aux engrais phosphatés et aux prairies artificielles, ce qui permit de maintenir un cheptel bovin important, alors que l’élevage ovin déclina. Dans les villages frontaliers, la contrebande de tabac prospéra[112]. À partir de 1862, les hauts‑fourneaux rachetèrent les scories anciennes les « crayats de sarrasins » dont l’exploitation fournit du travail aux plus pauvres et aux voituriers, qui introduisirent dans la région le poussier de charbon. D’importants dépôts de scories furent encore découverts en 1872[113]. Le recul de la métallurgie favorisa l’essor d’un artisanat majeur: la saboterie. Déjà présente au XVIIIesiècle, elle devint au XIXesiècle une véritable industrie locale, occupant une grande partie de la population masculine dans des villages comme Cul‑des‑Sarts, Gonrieux, Pesche, Presgaux ou Nismes[114]. La mécanisation apparut au début du XXesiècleet certaines coopératives fonctionnèrent jusqu’au milieu du siècle. À Nismes, la production atteignit 645 000 paires en 1936. L’activité a aujourd’hui disparu, bien que quelques anciens perpétuent encore le geste à titre mémoriel[115]. Les ardoisières de la région connurent également des fortunes diverses. La Société Générale refusa en 1827 de reprendre les exploitations de Gros‑Faux et Sainte‑Barbe, jugées mal équipées et constamment inondées[116]. Certaines furent néanmoins modernisées par la suite, notamment grâce à l’installation de pompes hydrauliques ou à vapeur, et Sainte‑Barbe resta active jusqu’à la Première Guerre mondiale[117].
L’enseignement dans la région de Couvin connut d’importantes transformations au XIXesiècle. Après l’Indépendance, l’élan contre l’analphabétisme initié sous le régime hollandais fut interrompu, tandis que la liberté d’enseignement inscrite dans la Constitution permit l’ouverture de nombreuses écoles, notamment catholiques, souvent tenues par des maîtres peu diplômés et installées dans des locaux précaires[118]. La loi Nothomb de 1842 imposa à chaque commune de disposer d’une école primaire et autorisa l’adoption d’écoles libres, tout en exigeant un diplôme pour les institutrices[118]. Malgré cela, les bâtiments restèrent longtemps exigus et délabrés, ce qui mena à la construction de nouvelles écoles dans plusieurs villages à partir des années 1860. La réforme scolaire libérale de 1879, imposant des écoles officielles et des instituteurs diplômés par l’État, déclencha une vive opposition catholique et la «guerre scolaire», jusqu’au rétablissement de l’adoption en 1884[119]. Le partage des biens indivis entre Couvin et les nouvelles communes issues de son territoire fut long et conflictuel, aboutissant seulement en 1893, après la revente des forêts par la Société Générale et le rachat des droits d’usage par les nouveaux propriétaires. Les anciens liens de la châtellenie s’en trouvèrent définitivement dissous[120]. Les communications demeurèrent un enjeu majeur: les chemins vicinaux, d’abord entretenus par corvées, furent ensuite soumis à des barrières payantes avant leur suppression progressive à partir de 1866[121]. Les routes restèrent en mauvais état jusqu’à l’essor de l’automobile. Quelques services privés de malle‑poste assurèrent le transport des voyageurs et du courrier vers 1880, avant l’arrivée des trams à vapeur en 1905. Le réseau ferroviaire se développa parallèlement, reliant progressivement la région à Cerfontaine, Vireux et Mariembourg[121].
Au début du XXesiècle, les villages devaient encore se doter d’infrastructures modernes lorsqu’éclata la guerre de 1914. Après une période de stabilité économique, le conflit apporta destructions, exécutions et incendies, notamment lors des journées des 24 et , où plusieurs localités furent gravement touchées, Frasnes en particulier. Malgré les pertes humaines et matérielles, la région retrouva une cohésion patriotique et put se relever durant les deux décennies de paix qui suivirent[122]. L’année 1940 voit une génération belge confrontée pour la seconde fois à une invasion allemande. Après la mobilisation de 1939, l’attente anxieuse prend fin le 10 mai lorsque les forces allemandes franchissent la frontière belge[123]. Les communiqués radiophoniques spéciaux sont suivis avec inquiétude, tandis que la population, redoutant une répétition des violences de la Première Guerre mondiale, se prépare à l’exode[124]. Dans les jours qui suivent, un vaste mouvement de troupes et de civils se met en place: les unités françaises, équipées d’un matériel déjà dépassé, progressent difficilement vers l’est, croisent les colonnes de réfugiés se dirigeant vers l’ouest, et les premiers bombardements provoquent incendies et victimes. Le 16 mai, les premières unités allemandes atteignent la région, marquant l’installation rapide de l’occupation[124]. Dans cette zone frontalière, l’occupant procède à des évacuations forcées, bien que Mariembourg échappe de peu à cette mesure. Le caractère désertique de la région ne s’explique que plus tard, lorsque l’on apprend que Hitler et son Grand État-Major ont séjourné quelques jours à l’Hôtel Melrose de Nismes avant d’établir leur quartier général à Bruly-de-Pesche, au cœur de la forêt de Thiérache[125]. Dès le 27 mai, ce site permet de diriger en toute sécurité les opérations militaires contre la France[125]. La population ne peut regagner ses habitations qu’à la fin du mois de juin, après l’armistice du 26 juin, qui marque également le retour progressif des réfugiés et une reprise relative de la vie quotidienne malgré les restrictions[125].
Prisonniers sur la place du marché en 1940.
Au fil du conflit, les revers militaires allemands et les bombardements subis par le Reich entraînent une intensification des violences commises par l’occupant. Parallèlement, la résistance locale s’organise, nourrie par l’espoir suscité notamment par le raid allié sur Dieppe le [125]. L’attente se prolonge jusqu’au débarquement allié du , mais la région connaît encore de lourdes épreuves avant la libération. Parmi les épisodes les plus marquants figure la tragédie du maquis installé dans les bois au nord de la Ferme de la Forêt[126]. En février 1944, la disparition de trois sentinelles chargées de surveiller un bombardier américain abattu à Cerfontaine déclenche une opération de représailles: une semaine plus tard, les forces allemandes encerclent le bois, capturent douze maquisards et les exécutent après un jugement expéditif. D’autres habitants sont arrêtés puis déportés en Allemagne, certains ne revenant jamais[127]. La débâcle allemande s’accélère avec l’avancée des troupes américaines. En août 1944, Mariembourg, important nœud ferroviaire, subit trois bombardements qui causent d’importants dégâts matériels[128]. Les forces américaines entrent dans la localité le 3 septembre, non sans pertes: deux chars Patton sont détruits près de Frasnes par une pièce d’artillerie allemande positionnée à la Montagne au Buis[128]. Quelques jours plus tard, un vaste camp-hôpital est installé près de l’Eau Blanche et du Pont Pavot, ce dernier ayant été détruit durant la dernière nuit de l’occupation puis rapidement réparé[128].Après la guerre, la région retrouve une certaine prospérité, bien que les difficultés économiques persistent. Le chômage demeure élevé dans le Grand Couvin, aggravé par le déclin des usines de Couvin et les restructurations industrielles qui entraînent pertes d’emplois et incertitudes quant à l’avenir[128].
Dans les années 1970, alors que la poêlerie traverse une crise profonde, un groupe d’une vingtaine de passionnés d’histoire se rassemble autour de l’architecte Roger Bastin et du docteur Georges André afin de raviver la mémoire collective des habitants et de promouvoir l’intérêt pour l’histoire sociale, économique et culturelle de Couvin. Le , cette dynamique aboutit à la création de l’Association Couvin 2000, dédiée au développement de l’entité couvinoise et à la sauvegarde de son patrimoine architectural et paysager[129]. Grâce à cette mobilisation, la ferme Waelkens, classée en 1982, est sauvée malgré l’effondrement de sa toiture en 1990. La restauration, longue et coûteuse, permet de préserver un bâtiment destiné à accueillir un centre culturel, bien qu’il demeure inoccupé. En revanche, les usines Saint‑Joseph et la cense de la Maladrie, datant du XVIIesiècle, disparaissent après des années d’abandon[130]. Plusieurs espaces urbains, tels que le quartier de la Ravalagne ou les places de l’Église et du Général Piron, bénéficient d’une mise en valeur, même si l’absence de fouilles archéologiques lors des travaux prive la ville d’informations historiques précieuses. La restauration de la tapisserie de la bataille d’Héliopolis dans les années 1990 constitue également un jalon important de cette politique patrimoniale[130].
En 1977, à la suite de la loi sur les fusions de communes, Couvin a fusionné avec les communes qui composaient la châtellenie de Couvin (Aublain, Boussu-en-Fagne, Le Brûly, Dailly, Frasnes, Gonrieux, Pesches et Petigny. Avec les communes qui s'étaient autrefois dépendent de ses communes comme par exemple Cul-des-Sarts, Petite-Chapelle et Presgaux), à l’exception de Nismes, qui faisait partie de la châtellenie mais a été rattachée à l’entité de Viroinval, et de Mariembourg, qui n’existait pas à l’époque médiévale où la châtellenie était en place. En 1978, suivant l'exemple des actions entreprises à Cour-sur-Heure pour s'opposer à la construction d'une usine[131], la population de Couvin s'opposa au projet de construction d'un barrage sur l'Eau noire, opposition qui dura neuf mois et qui attira l'attention des médias nationaux. Le ministre des travaux publics Guy Mathot retira finalement le projet. Le réalisateur Benjamin Hennot a réalise en 2015 un documentaire à ce sujet intitulé La Bataille de l'Eau Noire[132]. En 1985, Couvin reçoit le titre de ville de Belgique[133]. Le trafic automobile intense, notamment celui des poids lourds, rend nécessaire la réalisation d’un contournement routier attendu depuis trois décennies, afin de redonner aux faubourgs de la Gare, de Saint‑Germain et de Marcelle l’animation commerciale et sociale qu’ils ont progressivement perdue[130]. Par ailleurs, un développement plus affirmé du tourisme culturel pourrait offrir un nouvel élan à cette région riche en vestiges historiques et située au cœur d’un environnement naturel préservé[130].
L'ancienne ville possède des armoiries qui ont été octroyées le 14 décembre 1874 et modifiées le 3 février 1950 par l'ajout d'un écu sur le tout. Elles sont inspirées du sceau de Couvin de 1789. L'écusson montre le badge de la brigade du 1er corps d'armée (Belgique), la Brigade Piron, qui doit son nom à son premier commandant, le Général Piron, né à Couvin en 1896. Après la fusion des communes, la nouvelle entité reprend les armoiries de l'ancienne commune éponyme.
Blasonnement:Écartelé: aux 1 et 4 d'or; aux 2 et 3 d'azur; sur le tout un écu de sable à la croix latine cousue de gueules, à la tête de léopard d'or à la gueule ouverte et allumée de sable, brochant sur la croix[134].
Lors des élections communales de 2024, la liste «Unis» s'est imposée grâce à une alliance de centre droit (MR-IC-Les Engagés) à laquelle se sont joints certains socialistes dont Raymond Douniaux. Ce dernier ayant obtenu le plus haut score en nombre de voix de préférence, il a été nommé bourgmestre de la commune. Un poste qu'il avait déjà tenu de 2006 à 2018.
Face à «Unis», les socialistes menés par le député wallon Eddy Fontaine se sont alliés à des transfuges du MR, dont Françoise Mathieux, elle aussi députée wallonne. Leur coalition, dénommée «Ici», s'est placée en deuxième position.
Toujours en 2024, le parti Ecolo, présent à Couvin depuis 2000, a obtenu la troisième place.
L'église Saint-Germain depuis le jardin des Récollectines.La Fausse Porte, située rue de la Montagne.La caverne de l'Abîme (site préhistorique).
Le Vieux Couvin (haut de la ville) avec ses tavernes typiques et ses maisons en pierres.
L'église Saint-Germain. Anciennement dédiée à Notre-Dame, est un édifice néogothique en calcaire reconstruit en 1863‑1864 par l’architecte bruxellois Deman. Seule la tour, surmontée d’un clocher à flèche bulbeuse baroque, remonte au début du XVIIIesiècle[147]. L’édifice succède à une chapelle devenue église paroissiale en 1686, probablement établie à l’emplacement de la chapelle castrale mentionnée dès 1218[148].
La caverne de l'Abîme, grotte à gisement archéologique.La fausse porte. La «fausse porte» est un vestige du XVIIesiècle reconstruit en 1661 par les religieuses récollectines, qui reçurent trois chênes pour soutenir la voûte de l’ancienne porte médiévale alors en ruine. L’endroit avait servi de corps de garde durant les conflits précédents, accessible par un escalier encore visible derrière la maison du doyen[149]. En 1679, une partie de la structure menaçant de s’effondrer, les religieuses furent autorisées à empiéter sur la route et à ajouter trois pierres à boute pour protéger leurs bâtiments[150]. Deux dalles funéraires en marbre rose sont intégrées au mur gauche, dont celle de François Pocet, bailli de Couvin (†1668). À droite de la fausse porte se trouve l’ancien refuge des récollets, dont subsiste un mur du XVIIesiècle marqué par une ancienne baie à meneau[151]. En 1652, les récollets de l’Hermitage, situé sur l’ancienne route de Bruly, obtinrent l’autorisation d’y construire une petite maison servant de refuge et d’hospice. Les travaux furent interrompus en 1657 lors de l’occupation militaire par les troupes du colonel Miche, puis repris en 1669[151].
L'ancien site des Récollectines. La communauté des pénitentes récollectines de Couvin, branche féminine franciscaine issue de la congrégation de Limbourg, est fondée en 1629 par sept religieuses venues de Limbourg et de Philippeville. L’implantation est favorisée par le récollet Pierre Marchant, natif de Couvin, et soutenue par plusieurs notables locaux, dont Anne de Marotte et Michel Floriet[151]. Le couvent dirige rapidement un pensionnat réputé et connaît une forte croissance au XVIIesiècle : en 1669, il compte 38 choristes et 3 converses[152]. La communauté fonde deux établissements secondaires : en 1661 à Avesnes et en 1674 à Huy, où les sœurs disposent d’un refuge autorisé depuis 1658[152]. Après les troubles militaires de la fin du siècle, la maison-mère retrouve environ 40 religieuses en 1680. Comme beaucoup de couvents, elle décline au XVIIIesiècle et ne compte plus qu’une douzaine de sœurs à la fin de l’Ancien Régime[152]. Les bâtiments conventuels sont démolis sous le régime français. Seuls subsistent le quartier du père confesseur et une remise, reconstruits entre 1807 et 1809 puis vendus à la commune en 1810 pour servir de presbytère[152]. L’édifice, en mauvais état dès la fin du XIXesiècle, est démoli en 1931, à l’exception d’une partie du rez-de-chaussée encore visible aujourd’hui. L’entrée principale du couvent se situait probablement à gauche de la fausse porte, donnant sur une ruelle longeant l’ancienne église[152].
L’ancien hôtel de ville, situé sur la grand-place. Edifié en 1832, occupe l’emplacement de plusieurs anciennes maisons, dont celle du curé Destrée à la fin du XVIIIesiècle[153]. Conçu pour accueillir trois salles d’école au rez‑de‑chaussée et l’administration communale ainsi que la justice de paix à l’étage, il a depuis changé de fonctions[153]. Aujourd’hui, il abrite les bureaux de la police, la salle du conseil communal et la salle des mariages, où se trouve la tapisserie représentant la bataille d’Héliopolis[153]. Le bâtiment conserve également la maquette de l’ancienne ville réalisée en 1980 pour le millénaire de la principauté de Liège, ainsi qu’une exposition dédiée à la brigade Piron[153].
La halle.La halle, bâtiment néoclassique restauré, est mentionnée dès 1377. Transformée à plusieurs reprises, elle intègre au XVIIesiècle l’ancienne tour de la prison, tandis que ses caves servent alors de geôle[154]. Jusqu’en 1737, elle accueille les réunions du Magistrat et des échevins. Le rez-de-chaussée fait office de lieu d’affichage, de ventes publiques et de rassemblement paroissial[154]. À la fin du XVIIIesiècle, des aménagements intérieurs sont réalisés, permettant l’installation d’un marché couvert au XIXesiècle, tandis que l’étage abrite une école[154]. Reconstruite extérieurement vers 1835, elle présente une structure en colombages masquée par un parement de pierre. Aujourd’hui, la halle attend une nouvelle affectation, possiblement comme centre d’histoire locale et espace d’archives[155].
Le grand pont et la falaise.Les allées avec le monument aux morts.L'entrée de la vieille ville par le grand pont.Les chapelles des Calvaires.Carte postale illustrant le Château Saint-Roch.Le faubourg Saint‑Germain de Couvin s’est développé autour du Vieux Pont, passage stratégique dès les XVIeetXVIIesiècles. Ce pont, unique moyen de franchir l’Eau Noire en hiver avant 1780, servait à la fois de refuge en période d’insécurité et de voie de circulation pour voyageurs et marchands[156]. Parmi les édifices notables figurent la maison d’angle des nos2-4, reconstruite en 1730 par le marchand Simon Perlau, l’Hôtel du Grand Cerf (nos10‑12), issu de la réunion de deux habitations transformées en auberge au XVIIIesiècle, et l’auberge de la Croix d’Or (nos14‑16), réédifiée avant 1746 et successivement occupée par marchands, receveurs et maîtres de forges[157]. À l’arrière des parcelles, la présence ancienne de grandes censes a favorisé dès le XVIesiècle l’implantation de dépendances et de maisons secondaires, dont subsistent plusieurs éléments anciens, comme un seuil daté de 1593[158]. Le XVIIIesiècle voit également l’édification de demeures plus imposantes, telles que la maison no5, construite vers 1730 par le greffier Brunet, ou la maison classique du no35, reconstruite vers 1745 par le notaire Destrée. Ces bâtiments, souvent taxés pour un nombre élevé de cheminées, témoignent de la prospérité croissante du faubourg et de son rôle commercial et résidentiel dans la ville de Couvin[159].
La Marcelle est un ancien faubourg situé au‑delà du Vieux Pont, limite historique de la ville et de ses franchises. Son développement commence au XVIIesiècle du côté ouest, depuis le Grand‑Pont jusqu’à la rue Marie Pêtre, puis se poursuit au XVIIIeet auXIXesiècle grâce à la reconstruction du Ponceau en 1780 et à l’assèchement du vivier Monseu en 1788[160]. Quartier populaire, il présente longtemps un habitat modeste, parfois encore en bois et chaume au milieu du XVIIIesiècle, avant une lente amélioration du bâti. L’auberge Collignon, citée dès 1707 et devenue l’auberge du Monde en 1774, constitue l’un des édifices majeurs du faubourg, plus tard transformé en ferme[160]. Après la disparition de cette institution au début du XVIIIesiècle, l’habitat progresse jusqu’à la ruelle du Moulin, attirant de nombreux artisans, dont plusieurs familles de menuisiers renommés comme les Fonder, Chauveheid et Meunier. Le Pachis Trompette, longtemps espace ouvert, n’est bâti qu’en 1867 avec la construction de la maison Desorme[161]. Plusieurs demeures du XVIIIesiècle subsistent, notamment l’ancienne maison Fonder, ou encore la maison classique de 1774 bâtie par l’horloger Gaspard Petit, dont la famille réalise de nombreuses horloges en collaboration avec les ébénistes voisins[162]. D’autres maisons du XVIIIesiècle conservent des éléments caractéristiques tels que impostes sculptées, corniches de pierre ou linteaux bombés, témoignant de l’évolution progressive du faubourg entre architecture rurale et constructions plus soignées[163].
La chapelle Saint-Antoine de Padoue, construite en style néo-gothique en 1897 par l'architecte Edouard Van Gheluw originaire de Namur et réaménagée à l'intérieure vers 1970[164]. Elle se situé dans le hameau de Fond de l'Eau.
L'ancien hôtel du Chemin de fer, ce bâtiment de style néo-classique a été construit par Adolphe Gouttier en 1870[165]. Aujourd'hui démoli.
La chapelle des Calvaires, dont la première construction remonte à 1671, abrite dans sa chapelle ouverte un Christ en croix baroque datant de la seconde moitié du XVIIesiècle[166].
L’ancien Moulin de la Foulerie doit son nom à une foulerie de tissus installée le long de l’Eau Noire depuis le XVIIesiècle. Repris en 1824 par Hannonet-Gendarme, propriétaire des forges Saint-Roch, il y fit installer une forge dont l’activité cessa en 1833 à la suite d’une faillite[167].
Le château Saint-Roch, construit au XVIIIesiècle et remanié aux XIXeetXXesiècles, fut autrefois la propriété du maître de forge Hannonet-Gendarme[168].
L'ancienne halle, bâtiment de style néo-classique datant de la fin du XVIIIesiècle ou du début du XIXesiècle, déjà mentionné en 1377[169].
Les anciens fourneaux et laminoirs de Pernelle furent exploités au début du XIXesiècle par le maître de forge Hannonet-Gendarme, déjà mentionné en 1546[170].
La chapelle Notre-Dame de la Salette est un édifice de style néo-classique construit en 1850[171].
Les anciennes forges de Pernelle, remaniées au XIXesiècle, conservent aujourd’hui deux bâtiments datant de la fin du XVIIIesiècle[172].
le village de Treignes, le «Trignolles» des aventures de Toine Culot, le héros de l'écrivain Arthur Masson, son musée Arthur Masson, son musée de la Préhistoire et son écomusée;Une locomotive à vapeur 50 3696 du CFV3V à Mariembourg.
le bunker d'Hitler dans la forêt du Brûly-de-Pesche (Grand quartier général allemand de la campagne de France) qui abrite aujourd'hui le musée de la Résistance;
La Super des Fagnes est une bière belge artisanale originaire de Mariembourg, dans la commune de Couvin, brassée par la Brasserie des Fagnes. Elle occupe une place particulière dans le patrimoine brassicole local, car elle marque la renaissance d’une tradition familiale disparue au milieu du XXesiècle[174],[175].
La Super des Fagnes est relancée en 1994 par Frédéric Adant, arrière‑petit‑fils de deux brasseurs actifs dans la région au début du XXesiècle[174],[175]:
Constant Lauvaux (Couvin, Namur), également champion du monde de lutte en 1900 et 1901.
Les brasseries familiales ayant disparu dans les années 1950, la Super des Fagnes constitue un hommage direct à cet héritage. Son succès conduit à la fondation de la Brasserie des Fagnes en 1998, aujourd’hui un site brassicole et touristique majeur accueillant environ 140 000 visiteurs par an[174],[175].
La production annuelle des bières issues de cette lignée dépasse les 6 000 hectolitres, selon les données relatives à la marque Super des Fagnes. La brasserie, qui regroupe plusieurs activités (brasserie, magasin spécialisé, grossiste), représente environ 80 emplois dans la région des Fagnes, au sud des Ardennes namuroises[175].
La Super des Fagnes occupe une place notable dans le paysage brassicole wallon[174]:
Elle symbolise la renaissance d’une tradition brassicole locale disparue après la Seconde Guerre mondiale.
Elle contribue à l’identité touristique de Couvin et Mariembourg grâce à un site de production conçu pour être visitable librement, une première dans l’histoire brassicole belge.
Couvin dispose des écoles de l'enseignement secondaire: Athénée Royal Jean Rey, rue de La Croisette[178]; Athénée Royal de l’État – Implantation du Bercet[179]; Athénée Royal Jean Rey, Implantation de la Marcelle, rue de la Marcelle[178] et Institut Sainte‑Marie (Pesches), rue Noiret et rue Adolphe Gouttier à Couvin[180].
Le développement économique de Couvin repose également sur un savoir‑faire ancien dans le travail du bois, notamment l’ébénisterie et la saboterie. En 1912 est fondée l’usine du Liénaux, installée sur le site d’un ancien moulin de Frasnes et spécialisée dans la fabrication de manches d’outils[181]. L’entreprise s’établit en 1927 au village Hanonnet, le long de la nationale 5, et se tourne dès 1933 vers la production d’articles de sport, en particulier des raquettes de tennis en bois[181]. En 1969, elle devient Donnay SA, marque qui connaît une renommée internationale dans les années 1970 grâce au succès de Björn Borg. Toutefois, une reconversion tardive vers les fibres synthétiques à partir de 1975 conduit à la faillite de l’entreprise en 1988[181]. Durant une grande partie du XXesiècle, Couvin connaît une prospérité notable grâce à ses industries, à son commerce et à ses établissements scolaires. La population de la ville triplait chaque matin avec l’arrivée des ouvriers et des élèves. Aujourd’hui, la plupart des industries ont disparu, mais la ville conserve un rôle régional grâce à ses écoles et à son activité commerciale[181].
L’abondance de minerai de fer, de forêts fournissant le charbon de bois et de cours d’eau capables d’alimenter la force hydraulique favorise très tôt l’implantation d’activités métallurgiques dans la région de Couvin. En 1485, Gérard Gaymant obtient l’autorisation d’y établir un fourneau et une forge[182]. Aux XVIeetXVIIesiècles, les installations se multiplient, mais leur développement demeure irrégulier en raison des conflits armés fréquents. En 1715, seules la forge et deux fourneaux de Pernelle, le «vieux» et le «neuf», sont mentionnés[182]. À partir de 1737, la famille Desandruin engage une politique de concentration industrielle en rachetant ou louant plusieurs forges, contribuant notamment à l’essor des usines Saint‑Roch. La période 1765‑1785 marque l’apogée de cette activité, et un nouveau fourneau est signalé à Couvin en 1786[183]. L’industrialisation de la châtellenie entraîne, dès les années 1760, une croissance démographique alimentée par l’arrivée de travailleurs venus des environs[184]. Le pont de la Marcelle, simple passerelle de bois détruite par les crues de 1764, est reconstruit en pierre et élargi en 1780, facilitant l’extension des faubourgs Saint‑Germain et de la Marcelle ainsi que l’intensification du commerce avec la France[184]. Couvin conserve toutefois un caractère essentiellement rural, comme l’indiquent les nombreux fumiers encombrant la voie publique en 1766 et la présence quasi généralisée de chèvres et parfois de vaches dans les foyers, selon la capitation de 1674[184].
En 1793, Couvin est rattachée au département des Ardennes. Les usines métallurgiques locales prospèrent grâce à la production de canons et de boulets destinés à la France[184]. L’année 1813 marque l’arrivée de Charles Hanonnet, époux de Marie‑Jeanne Gendarme, qui modernise les forges et hauts fourneaux de Pernelle, de la Foulerie, de Sainte‑Barbe, du Prince et de Saint‑Roch en introduisant des innovations techniques anglaises telles que la machine à vapeur, l’usage du coke ou les fours à puddler[184]. Il ambitionne une intégration verticale allant de l’extraction du minerai au produit fini. Comme d’autres industriels de son époque, il fait construire vingt‑sept maisons ouvrières face au parc Saint‑Roch, formant le «village Hannonet», aujourd’hui disparu[184].
L’entreprise Hannonet‑Gendarme fait toutefois faillite en 1833, victime de la concurrence anglaise, de l’absence de mines de houille proches, de l’éloignement des débouchés, de difficultés d’extraction du minerai, de l’opposition de maîtres de forges locaux, ainsi que de tensions avec les autorités communales et d’un conflit interne[184]. La rupture des commandes de la marine royale hollandaise après l’indépendance belge aggrave encore la situation[185]. En 1837, l’ensemble des biens est vendu; les usines poursuivent leur activité quelques années avant de s’arrêter définitivement. Le dernier fourneau de Couvin, dit fourneau Saint‑Germain, s’éteint en 1865 et son emplacement accueille plus tard les usines Saint‑Joseph[185]. La disparition de l’activité métallurgique plonge la population ouvrière dans une grande précarité. De nombreux travailleurs doivent se rendre chaque semaine à Revin ou Maubeuge pour trouver un emploi[185]. L’arrivée du chemin de fer en 1854, soit vingt ans après la faillite Hannonet‑Gendarme, transforme progressivement les possibilités de circulation et d’échanges, mais trop tard pour sauver l’ancien complexe métallurgique[185].
À la fin du XIXesiècle, le doyen Lambert, soucieux d’améliorer les conditions de vie des familles ouvrières tout en tenant compte des intérêts électoraux du parti catholique, favorise en 1888 la création de la Société anonyme des Fonderies et Forges Saint‑Joseph, spécialisée dans la fabrication d’appareils de chauffage[181]. La majorité libérale du Conseil communal réagit en fondant en 1891 l’entreprise La Couvinoise. Ces poêleries jouent un rôle déterminant dans l’essor industriel de Couvin et marquent le début de la seconde révolution industrielle dans la région[181].
En 1906, le bourgmestre Alfred Moutarde fonde les Ateliers de l’Eau Noire, mis en liquidation en 1949 avant de renaître en 1953 sous le nom de Fonderies de l’Eau Noire, orientées vers la production de poêles au mazout[181]. Deux ans plus tard, en 1908, apparaît la Société anonyme des Usines et Fonderies Saint‑Roch, spécialisée dans les radiateurs en fonte et les chaudières de chauffage central[181]. En 1970, Saint‑Joseph devient la société Somy après l’absorption des Fonderies de l’Eau Noire, elles‑mêmes propriétaires de La Couvinoise. Après une période particulièrement prospère entre 1954 et 1964, la crise de 1973 provoque un déclin brutal et conduit à la faillite de Somy en 1976, bien que l’activité se poursuive encore un an et demi sous forme d’autogestion[181]. Les anciens bâtiments des Fonderies de l’Eau Noire sont ensuite reconvertis en centre administratif communal, ceux de La Couvinoise en centre commercial, tandis que les installations de Saint‑Joseph sont démolies entre 1980 et 1985 pour laisser place à l’espace Watriquet[181].
L’entreprise Saint‑Roch est fondée en 1903 comme fonderie moderne, rapidement reconnue pour la qualité technique de ses chaudières. Elle se distingue notamment par[186]:
la commercialisation des premières chaudières accompagnées d’un procès‑verbal d’essai thermodynamique universitaire,
une production continue de chaudières et radiateurs en fonte,
une réputation de robustesse et de technologie avancée.
Durant le XXesiècle, Saint‑Roch s’inscrit dans un bassin industriel très dense: Couvin et Frasnes comptent alors plusieurs fonderies majeures (Saint‑Joseph, La Couvinoise, Eau‑Noire‑Somy, EFEL). Saint‑Roch est la seule spécialisée exclusivement dans les chaudières[187].
En 1991, Saint‑Roch est rachetée par le groupe britannique Enertech Ltd, également propriétaire des marques Bentone, Giersch et Nu‑Way. Cette intégration permet[186]:
la modernisation des installations (cubilots informatisés, circuit de fonderie automatisé, contrôle numérique du sable),
l’exportation accrue vers l’Europe (normes DIN/DVGW, LRV 92, NF, CE).
En 1995, l’entreprise acquiert la marque française Zaegel‑Held, renforçant sa présence sur le marché du chauffage[186].
Crises, faillites et fin de l’activité (2017–2018)
La fonderie connaît une première faillite en 2017, suivie d’une relance par des investisseurs italiens (BSG Caldaie a Gas). Cette reprise s’avère catastrophique[188]:
apport en capital fictif via des machines inutilisables évaluées artificiellement à plus de 800 000 €,
achat des chaudières couvinoises à prix dérisoire pour revente en Italie,
gestion jugée frauduleuse (faux, escroquerie, abus de biens sociaux).
L’usine ferme définitivement en 2018, marquant la disparition de la dernière fonderie sidérurgique de Couvin.
Contexte historique, les Forges Saint‑Roch (XVIIIe – XIXesiècles)
Le nom Saint‑Roch renvoie aussi à un ancien complexe métallurgique situé au nord de Couvin, actif dès 1758 et comprenant[189]:
un château,
une ferme,
des écuries,
des installations de forge et de fourneau.
Ces forges, liées à la famille Desandrouin, participent à la proto‑industrialisation régionale (fabrication de machines à feu, canons, etc.). Elles disparaissent vers 1850[189].
Le tissu économique de Couvin, se caractérise aujourd’hui par un mixte d’activités industrielles, artisanales, commerciales et de services, structuré autour de pôles historiques (Mariembourg, Frasnes) et de zones d’activités en mutation. L’économie locale reste marquée par un taux de chômage supérieur à la moyenne wallonne, ce qui explique l’importance stratégique des projets d’extension de zones économiques[190]. La commune soutient activement l’extension du zoning de Mariembourg, essentiel pour les PME locales. Une enquête publique relative à l’expropriation nécessaire à l’extension a eu lieu au second semestre 2024[191].
Ce développement vise à renforcer l’emploi local et à diversifier l’activité économique.
Le principal moteur spatial de l’économie couvinoise est le Parc d’Activités Économiques (PAE) de Mariembourg, développé depuis les années 1960. Cependant, plusieurs analyses pointent une sous‑utilisation notable du zoning[190]:
densité d’emploi relativement faible: 10,5 emplois/ha, contre 17,6 emplois/ha en moyenne provinciale.
Cette situation a conduit les autorités régionales à envisager une révision du plan de secteur Philippeville-Couvin, intégrant[192]:
une nouvelle zone d’activité économique industrielle,
deux zones d’activité économique mixte,
en extension directe du zoning existant le long de la N5. Ces modifications ont été adoptées définitivement en 2024 par le Gouvernement wallon.
L’extension du zoning de Mariembourg suscite une controverse importante, car elle implique la conversion de 38 hectares de terres agricoles actuellement exploitées. Selon les collectifs citoyens[190]:
quatre exploitations agricoles seraient directement affectées;
l’une d’elles perdrait près de 30 hectares, soit 25% de sa surface;
la viabilité de la relève agricole serait menacée.
Cette tension illustre un enjeu majeur du territoire: concilier développement économique et préservation des terres agricoles, dans une région où l’autonomie alimentaire et la fragilité du secteur agricole sont devenues des préoccupations centrales.
Couvin fait partie des communes wallonnes présentant[190]:
un taux de chômage élevé: 16,8%, contre 13,4% en moyenne wallonne;
une dépendance forte aux politiques régionales de soutien à l’emploi;
une fragilité structurelle liée à la disparition progressive de certaines industries traditionnelles.
Le Programme Stratégique Transversal 2025-2030 de la Ville souligne également[193]:
l’incertitude financière liée aux réformes régionales et fédérales;
la nécessité de soutenir les publics fragiles;
la volonté de renforcer le potentiel économique local par une gestion rigoureuse et des investissements ciblés.
Les analyses régionales montrent que les secteurs traditionnels (textile, habillement,etc.) sont en recul national, ce qui renforce la nécessité pour les communes comme Couvin de diversifier leur tissu entrepreneurial[194].
Les données issues de Kompass recensent 372 entreprises actives à Couvin, couvrant un large éventail de secteurs économiques[195]. Couvin fut également le siège de l'entreprise Donnay, fabricant de raquettes de tennis.
CC Terrassements, travaux de terrassement, excavation, fondations et réhabilitation de terrains, Toiture Wester J.C, travaux de couverture, zinguerie et bardage, Menuiserie des Fagnes, Thomas Menuiserie et charpente en bois et Colinet‑Vancayzeele, construction de maisons et logements.
Couvin Transports, transport routier de produits en vrac et par citernes et F&K Transport (proche), services postaux et de messagerie, transport routier spécialisé.
Ass. Neefs Christophe et André, reproduction végétative, amélioration et sélection des plantes et Canivet Jean‑Marie et Philippe, services de soutien à l’élevage.
Le commerce à Couvin se développe aujourd’hui autour de trois pôles majeurs: le centre‑ville, confronté à une érosion progressive de ses commerces traditionnels, le centre commercial La Couvinoise, devenu un moteur économique régional, les zones d’activités comme le zoning de Mariembourg, en cours d’extension[191]. Ces dynamiques s’inscrivent dans une stratégie communale visant à contrer la désertification commerciale et à encourager des concepts de commerce de détail renouvelés.
Le centre de Couvin connaît une diminution progressive des commerces traditionnels, phénomène observé dans de nombreuses petites villes belges. La commune identifie comme priorité la redynamisation du commerce de proximité, en tenant compte: de la concurrence du centre commercial La Couvinoise, de la nécessité d’améliorer la mobilité en centre‑ville, de l’importance d’attirer des commerces innovants et des activités créatives[191]. Cette stratégie vise à encourager un commerce de détail réinventé, misant sur des concepts modernes et des initiatives locales. Un nouveau magasin Colruyt Meilleurs Prix a ouvert en avril 2025 à la Rue de la Gare, renforçant l’offre alimentaire locale[197].
La Couvinoise est un complexe commercial contemporain situé à Couvin, en Wallonie, conçu comme un pôle régional mêlant grandes enseignes et commerces locaux. Lancé par le Groupe Bartolas, le site occupe environ 25 000 m2 et s’inscrit dans une démarche d’intégration paysagère au sein du tissu rural couvinois. Il propose près de 18 à 20 enseignes, selon les sources, et dispose de 450 à 460 places de stationnement, ce qui en fait l’un des plus importants espaces commerciaux récents de la région[198],[199].
Le projet se distingue par une orientation marquée vers la durabilité énergétique, notamment grâce à l’installation de plus de 2 200 panneaux photovoltaïques destinés à alimenter plusieurs enseignes en énergie solaire. Le centre est également équipé de bornes de recharge pour véhicules électriques, témoignant d’une volonté d’intégrer des infrastructures adaptées aux mobilités actuelles[198].
Sur le plan architectural, La Couvinoise adopte une esthétique inspirée du passé industriel du site, anciennement occupé par une poêlerie. Les architectes du bureau BSolutions ont intégré des éléments rappelant les sheds caractéristiques des bâtiments industriels, tant en façade qu’en toiture. Cette approche vise à ancrer le complexe dans l’histoire locale tout en offrant une structure moderne et fonctionnelle[199].
La réalisation du centre constitue une prouesse technique : l’ensemble du chantier incluant démolitions, constructions et aménagements a été mené en 13 mois, entre mars 2020 et avril 2021, malgré les contraintes liées à la pandémie et à la configuration du terrain. Le projet totalise environ 44 000 m2 d’aménagements, dont 13 500 m2 de surfaces commerciales[200].
Pensé comme un espace de rencontre et de dynamisation économique, La Couvinoise offre également des services pratiques tels que le Wi-Fi gratuit, des abris vélos, des aménagements pour personnes à mobilité réduite, ainsi que des zones de repos destinées à améliorer le confort des visiteurs[201].
Couvin accueille plusieurs établissements touristiques, dont: Camping Le Roi Soleil, La Ferme de la Galoperie, ainsi qu’un ensemble de restaurants et hébergements.
L'Espace des Fonderies Saint-Joseph est un parc qui se situe dans le centre-ville.
Couvin se distingue par une biodiversité exceptionnelle, représentant près de 80% de la biodiversité wallonne dans le périmètre du parc national. Les paysages alternent[205]:
forêts profondes,
rivières limpides comme l’Eau Noire,
falaises et roches calcaires,
villages pittoresques intégrés dans un relief vallonné.
La vallée de l’Eau Noire constitue un site emblématique, propice à l’observation de la faune (hibou grand-duc, cincle plongeur) et à des promenades immersives[205].
Le brame du cerf à Couvin désigne l’ensemble des manifestations naturelles, activités d’observation et initiatives pédagogiques organisées dans et autour du Parc naturel Viroin-Hermeton dans la commune voisine de Viroinval, vaste territoire forestier situé au sud de la province de Namur. Chaque année, entre mi-septembre et mi-octobre, les forêts couvinoises deviennent le théâtre du rituel de reproduction du cerf élaphe, dont les vocalisations puissantes rythment les nuits et crépuscules d’automne[206],[207].
La N5 et l’E420 forment à Couvin un ensemble routier stratégique, combinant une route nationale historique et une infrastructure autoroutière moderne. La mise en service du contournement a profondément modifié la circulation locale, transférant le trafic de transit vers une voie rapide sécurisée et libérant le centre-ville. L’axe constitue aujourd’hui un maillon essentiel du corridor Charleroi à Charleville-Mézières, tout en restant l’objet de travaux et d’améliorations programmées, notamment au nord de Couvin, pour achever la transformation complète de la N5 en voie autoroutière[208]. La ville est aussi traversée par la nationale 99 qui relie la jonction de la nationale 40 à Doische à la frontière française à Macquenoise dans la province de Hainaut.
De 2011 à 2017: construction du tronçon Frasnes – Ry de Rome, de 2015 à 2019: prolongement jusqu’à Brûly, de 2016 à 2021: réalisation de la tranchée couverte sous la voie ferrée, de 2019 à 2021: équipements électromécaniques (éclairage, sécurité)[209].
La commune recense de nombreuses associations sportives, répertoriées dans l’annuaire communal : clubs de football, de tennis, de randonnée, de cyclisme, de sports de plein air,etc. Ces structures jouent un rôle central dans l’animation des villages et la socialisation des jeunes[210].
Couvin dispose notamment de deux terrains de football, rue de la Foulerie près du complexe Le Couvidôme; le centre sportif, «Le Couvidôme»; la piscine Claude Delobbe, rue de la Foulerie (plaine des Sports); d'un bowling, Flybowl, chemin du Try Châlons et des courts de tennis dans l'enceinte du Couvidôme (plaine des Sports).
La commune de Couvin accorde une place centrale aux mouvements de jeunesse dans sa politique associative. Les structures locales comprennent notamment[217]:
Scoutisme. Le scoutisme occupe une position majeure dans la région. Couvin est l’une des communes les plus prisées de Belgique pour les camps d’été : 75 camps y sont accueillis chaque année, dans le cadre d’un ensemble provincial dépassant les 350 camps estivaux. Cette affluence s’explique par la richesse naturelle du territoire : forêts, prairies, zones rurales et ambiance propice aux activités scoutes.
Patro. Le Patro fait également partie des mouvements présents, profitant des mêmes infrastructures naturelles et de la dynamique associative locale.
Maison des jeunes. Les MJ constituent un pilier de la vie associative, en complément des mouvements traditionnels.
Les autorités locales collaborent activement avec ces organisations, notamment via des dispositifs de médiation tels que « Madame et Monsieur Scouts », chargés d’assurer le lien entre camps, habitants et commune. Les autorités locales collaborent activement avec ces organisations, notamment via des dispositifs de médiation tels que « Madame et Monsieur Scouts », chargés d’assurer le lien entre camps, habitants et commune[217].
Couvin dispose de plusieurs maisons de jeunes reconnues, dont les deux principales sont :
Maison des Jeunes «Le 404». Fondée en 1983 et reconnue en 1984, elle constitue un espace d’accueil, de créativité et de participation pour les jeunes de 12 à 26 ans. Elle propose[218],[219]:
ateliers artistiques, musicaux et multimédias,
activités sportives,
projets citoyens,
échanges internationaux,
organisation d’événements locaux (fêtes de quartier, concerts, etc.). La MJ joue un rôle social important, notamment en favorisant la mixité, l’expression culturelle et l’intégration de jeunes issus de milieux variés, y compris des mineurs étrangers non accompagnés via des partenariats avec Fedasil.
Maison des Jeunes «Les Leus». Située Place des Tilleuls à Frasnes, elle complète l’offre locale en proposant un espace de rencontre et d’activités pour les adolescents et jeunes adultes[220].
Ces structures s’inscrivent dans une démarche d’éducation permanente, conformément au décret CRACS, et sont gérées avec la participation active des jeunes eux‑mêmes.
La vie associative couvinoise se distingue par :
Une forte orientation vers la nature. Les paysages boisés et ruraux attirent chaque été plusieurs milliers de jeunes, faisant de Couvin un territoire de référence pour les activités de plein air[217].
Des activités culturelles et créatives. Ateliers de danse, théâtre, musique, création de journaux ou radios locales au sein des MJ[218].
Des projets citoyens. Actions de sensibilisation, lutte contre les discriminations, initiatives de solidarité, projets interculturels[219].
Des événements réguliers. Journées portes ouvertes, animations de quartier, spectacles, rencontres entre jeunes locaux et visiteurs des camps.
Couvin occupe une position singulière dans le sud de la province de Namur :
Elle est un carrefour des mouvements de jeunesse, accueillant un nombre exceptionnel de camps.
Ses maisons de jeunes sont reconnues pour leur dynamisme et leur ancrage social.
La commune développe une politique proactive pour encadrer et soutenir ces activités, conciliant accueil des jeunes et respect des riverains[217].
Couvin, vaste commune rurale de la province de Namur, s’appuie sur un réseau d’associations structuré autour de plusieurs pôles : initiatives citoyennes, valorisation du patrimoine, activités culturelles, vie sportive et dynamisme transfrontalier. Le territoire, composé de 13 villages, est animé par des acteurs locaux qui œuvrent à la mise en valeur du patrimoine naturel et historique, à l’organisation d’événements et au renforcement du tissu social[221]:
ASBL Couvin.com. Plateforme associative jouant un rôle de centre d’information local. Elle relie habitants, associations et acteurs publics du bassin de vie transfrontalier (Couvin, Chimay, Philippeville, Viroinval, Rocroi, Trélon, Givet). Sa mission est de mettre en réseau, valoriser les initiatives locales et soutenir les forces vives du territoire[222].
Syndicat d’Initiative de Couvin. Fondé en 1912, l’un des plus anciens syndicats d’initiative de Belgique. Il promeut le patrimoine, les entreprises locales et les associations, et organise de nombreux événements culturels et touristiques[221].
Cercles d’histoire. Réunis notamment autour de la plateforme Couvin Bibliotheca, ces cercles participent à la préservation et à la diffusion de l’histoire locale, à travers publications, conférences et activités de recherche[223].
Associations culturelles locales. Elles organisent expositions, concerts, ateliers et événements mettant en valeur le patrimoine architectural, naturel et immatériel de la région.
↑Lieve Viaene-Awouters et Ernest Warlop, Armoiries communales en Belgique, Communes wallonnes, bruxelloises et germanophones, t.1: Communes wallonnes A-L, Bruxelles, Dexia, , p.258
Le patrimoine monumental de la Belgique: Wallonie, vol.9, t.1 et 2: Namur, Arrondissement de Philippeville, Liège, Pierre Mardaga, éditeur, , 694p. (ISBN2-8021-0040-8)
«1914 - L’Entre-Sambre-et-Meuse tragique: Mariembourg, Frasnes, Couvin, Petite-Chapelle», Cahier du Musée de Cerfontaine, no370,
L. M. De Vuyst-Hendrix et André Minet, Histoire du Grand Couvin, Couvin, Éditions de l'Eau Noire, , 112p.
Jean Evariste, «Soldats de Napoléon, des cantons de Couvin, Philippeville & Bouillon (+ Le Mesnil & Oignies)», Cahier du Musée de Cerfontaine, no426,
André Lépine, «80 monuments insolites d’Entre-Sambre-et-Meuse», Cahier du Musée de Cerfontaine, no520,
André Lépine, «Le rattachement du district de Couvin à la France (1793)», Cahier du Musée de Cerfontaine, no246,
Paul Magotteaux et Colette Monier, Couvin: Extraits d’actes des anciennes cours et justice, Wépion
Norbert Nieuwland et Jean Schmitz, Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, vol.5, Bruxelles, G. van Oest, , Extrait
Dom Thierry Réjalot, «Jacques Marchant, de Couvin, sa vie et ses œuvres», Annales de la Société archéologique de Namur, no27, , p.19-104