Marie-Louise Moru
Marie-Louise Moru (dite Lisette, née le à Port-Louis et morte à Auschwitz en ) est une résistante française. Arrêtée et emprisonnée, elle fait partie du convoi des 31 000 qui part à destination d'Auschwitz le . Elle meurt dans ce camp de concentration quelques mois après son arrivée.
| Naissance | |
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| Décès | |
| Surnom |
Lisette Moru |
| Nationalité | |
| Activités |
Couturière, résistante |
| Conflit | |
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| Lieux de détention |
Auschwitz (à partir de ), fort de Romainville, camp de Royallieu |
Biographie
modifierMarie-Louise, Pierrette Moru, dite « Lisette », naît le à Port-Louis. Son père, Joseph Moru (1902-1954) travaille à l’arsenal et sa mère, Suzanne Gahinet (1900-) est marchande de poisson. Son grand-père paternel, Joseph Marie Moru, est mort à Souain durant la Grande guerre, le . Lisette est la deuxième de trois enfants naturels, la famille compte encore trois enfants adoptés[1].
Marie-Louise Moru fréquente l'école communale de Port-Louis où elle passe le certificat d'études. Elle obtient ensuite un certificat d’aptitude professionnelle (C.A.P.) de couturière en 1941. Entre-temps, la Seconde Guerre mondiale a commencé et elle doit travailler, faute de mieux, comme ouvrière dans la conserverie de sardines Breuzin-Delassus[1],[2].
Résistance et déportation
modifierElle participe à des actions de résistance. D'après Charlotte Delbo, sa codétenue à Auschwitz, elle n'est pas affiliée à un réseau mais participe à la lutte dans la mesure de ses moyens[2]. Sa nièce, Roselyne Le Labousse, pour sa part déclare que Marie-Louise Moru faisait partie du réseau de renseignements "Nemrod" (cependant celui-ci a été démantelé dès [3]). Avec ses jeunes amis, elle fleurit le monument aux morts le (ou l'emplacement de la chute d'un avion anglais, ou la tombe d'aviateurs anglais, selon les versions[4]), fait passer des messages et des informations, surveille les allées et venues des occupants et aide des jeunes gens à fuir en zone libre[5]. Elle transmet une liste, qu'elle a établie, de 36 personnes sympathisant avec l'occupant allemand, à son amoureux, Louis Séché (1922-1945). L'information parvient aux douaniers allemands. Leurs logements sont perquisitionnés et, le , à dix heures du matin, ils sont convoqués à la Kommandantur de Lorient. Le jour même, ils sont conduits à la prison allemande de Vannes. Lisette Moru est ensuite transférée au Fort de Romainville où elle est enregistrée le , sous le matricule no 1332 [1]. Louis Séché est interné au camp de Royallieu, à Compiègne.
De Romainville, Marie-Louise Moru envoie un message à sa famille, elle les rassure et leur demande de lui envoyer un colis de biens de première nécessité et fait part de la solidarité qui existe entre les détenues qui « partagent leurs paquets »[4].
Le , cent femmes otages sont transférées en camions du camp de Romainville au camp de Royallieu. Le lendemain, le , Lisette Moru fait partie d'un deuxième convoi de cent-vingt-deux détenues. Sept autres prisonnières sont amenées de la prison de Fresnes et une autre du dépôt de la préfecture de police de Paris. Toutes passent la nuit du à Royallieu.
Le lendemain matin, , les 230 femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et embarquées dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi, connu sous le nom de convoi des 31 000, dans lequel plus de 1 450 détenus hommes sont entassés depuis la veille . Parmi eux se trouve Louis Séché[1].
En gare de Halle-sur-Saale, le convoi est scindé, les hommes sont dirigés vers le camp de concentration d'Oranienbourg-Sachsenhausen, et les femmes vers Auschwitz où elles arrivent le au soir. Elles passent encore la nuit dans le train avant d'être conduites à pied au camp de femmes d'Auschwitz-Birkenau où elles entrent en chantant La Marseillaise[6]. Elles sont immatriculées dans la série des « 31000 », le numéro de chacune, entre 31625 et 31854, est tatoué sur son avant-bras gauche[7],[8]. Marie-Louise Moru porte le matricule 31825[1],[2].
Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block no 14, sans contact avec les autres détenues, provisoirement exemptées de travail. Ensuite, elles sont amenées au camp d'Auschwitz-I. C'est là qu'est prise la photo devenue célèbre de Marie-Louise Moru, souriante, face à l'objectif[1].
Le , les femmes du convoi des 31 000 sont assignées au Block 26, où elles sont entassées à mille détenues avec des Polonaises et soumises au travail forcé dans les Kommandos.
Les premiers mois passés à Birkenau sont les plus meurtriers, en particulier à cause de l’épidémie de typhus qui sévit dans le camp et de l'extermination dans les chambres à gaz des plus faibles. Le , elles ne sont plus que 70 survivantes[2].
Marie-Louise Moru, atteinte par une dysenterie sévère, succombe en au Revier de Birkenau où elle a été admise, auprès de Marcelle Mourot. Elle a 17 ans, 8 mois et 6 jours[1],[9],[10].
Louis Séché, d'après les témoignages, est encore en vie deux jours avant la libération du camp d'Oranienbiurg-Sachsenhausen. Puis il disparaît. En 1947, Il est officiellement déclaré « Mort pour la France » le à Oranienburg[1].
Les deux femmes qui les ont dénoncés sont condamnées, après la guerre, à des peines de trois et deux ans de prison, et à la dégradation nationale à vie[1].

Après la libération du camp, Marcelle Mourot écrit une lettre aux parents de Marie-Louise Moru « Quelques semaines après moi, Lisette devait rentrer à l’infirmerie, atteinte d’une grande dysenterie ou diarrhée dont elle ne devait jamais se remettre. Dans ses derniers moments, elle a beaucoup pensé à vous tous. Je serais vraiment très heureuse de pouvoir vous parler d’elle de vive voix pour vous dire le courage qu’elle a toujours eu durant l’exil qui vous séparait d’elle. » (cité par Stéphanie Trouillard)[4].
Hommages posthumes
modifierMarie-Louise Moru est déclarée Morte pour la France[11].
Un arrêté du autorise l'apposition de la mention Mort en déportation sur son acte de décès[12].
Les noms de Moru Lisette et Séché Louis sont gravés sur le monument commémoratif de Port-Louis[13].
Une plaque commémorative apposée au foyer laïque (Au Foyer Laïque de Port-Louis - "A ses Morts pour la France - 1939-1945) mentionne les noms de Moru Marie-Louise Pierrette et Séché Louis Jules[14].
Sur le caveau de famille, au cimetière de Port-Louis, une plaque rappelle son souvenir : « À Marie-Louise Moru, morte pour la France à Auschwitz, le 24-4-43, à l’âge de 17 ans et demi, lâchement vendue par deux Françaises le 8-12-42 ».
En 2008, le nom de Lisette Moru est donné à une petite salle de la commune de Port-Louis et une plaque commémorative est apposée sur le rempart de la citadelle[1].
En 2018, le conseil municipal de Port-Louis décide de donner le nom de Lisette Moru à une nouvelle rue de la ville[15].
Le , Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, le Centre d’animation historique du pays de Port-Louis, en lien avec la municipalité, fait apposer une nouvelle plaque pour rendre hommage à six fusillés et six morts en déportation de la commune[1].
En 2021, un web-documentaire de France 24 réalisé par la journaliste Stéphanie Trouillard retrace sa vie en quatre épisodes [16].
Stéphanie Trouillard a enquêté sur son histoire et publié en une bande dessinée[17] relatant son histoire[18].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 « Mémoire Vive – Marie-Louise, dite “Lisette” MORU – 31825 », sur memoirevive.org (consulté le )
- 1 2 3 4 Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1998 (réed. de 1965) (ISBN 978-2707316387, lire en ligne)
- ↑ « Honoré d'Estienne d'Orves (Réseau Nemrod, FNFL) », sur fondationresistance.org (consulté le )
- 1 2 3 Stéphanie Trouillard, « Le sourire d'Auschwitz », sur webdoc.france24.com, (consulté le )
- ↑ « A la mémoire de ceux qui ont vécu la Déportation », sur lesamisdelaresistance56.com (consulté le )
- ↑ Simone Alizon, L'exercice de vivre, Stock, , 388 p. (ISBN 978-2234046146, lire en ligne)
- ↑ « Mémoire Vive – Présentation du convoi du 24 janvier 1943, dit convoi des 31000 », sur memoirevive.org (consulté le )
- ↑ Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris et Musée Jean Moulin, Destinations Auschwitz, des déportés tatoués: Mémorial Leclerc, Musée Jean Moulin, 30 avril-13 octobre 2002, Paris-musées, (ISBN 978-2-87900-595-9, lire en ligne)
- ↑ « Marie-Louise Moru - Mémoire des hommes », sur memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le ), Service historique de la Défense, Caen AC 21 P 518 557.
- ↑ (en) Caroline Moorehead, A Train in Winter: A Story of Resistance, Friendship and Survival in Auschwitz, Random House, (ISBN 978-1-4481-5678-8, lire en ligne)
- ↑ « Moru, Marie-Louise, Pierrette », sur memorialgenweb.org (consulté le )
- ↑ Ministère de la défense, « Arrêté du 31 juillet 1997 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès », sur legifrance.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ « Monument à Port-Louis | Les monuments aux morts », sur monumentsmorts.univ-lille.fr (consulté le )
- ↑ « Port-Louis - Plaque commémorative 1939-1945 du Foyer Laïque (Relevé n° 114837) », sur memorialgenweb.org (consulté le )
- ↑ Procès-verbal du conseil municipal du 18 septembre 2018. Lire en ligne
- ↑ « “Le Sourire d'Auschwitz” », sur webdoc.france24.com (consulté le )
- ↑ Catherine Lozac'h, « Quand la BD fait revivre le sourire d’une jeune déportée morbihannaise », Journal Le Télégramme, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Stéphanie Trouillard, Le sourire d'Auschwitz, Éditions des ronds dans l'O, , 112 pages (ISBN 9782374181431) et Catherine Jaouen, « Dans l’enfer d’Auschwitz, le sourire de Lisette », Journal Ouest-France, (lire en ligne, consulté le ).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Stéphanie Trouillard, Renan Coquin, Le Sourire d'Auschwitz, l'histoire de Lisette Moru, résistante bretonne, Des Ronds dans l'O, 2024
- Charlotte Delbo, Le Convoi du 24 janvier, Les Editions de Minuit, 1998
- Charlotte Delbo, Aucun de nous ne reviendra, Éditions Gonthier SA Genève, coll. « Femmes » (réimpr. 1970, 1979, 1995 (aux Éditions de Minuit) (1re éd. 1965)
- Simone Alizon, L'Exercice de vivre, Stock, 1996 (ISBN 9782234046146)
- Marion Queny, Un cas d’exception : (…) le convoi du 24 janvier, mémoire de maîtrise d’Histoire, Université Lille 3-Charles de Gaulle, , notamment une liste réalisée à partir du registre de Romainville (copie transmise par Thomas Fontaine), p. 197-204, et p. 114.
- Alain Brebion, site Mémorial GenWeb, relevé du Monument aux morts de Port-Louis.
- Guy Le Floch, Le Patriote Résistant no 942, , page 4, courrier des lecteurs
Liens externes
modifier- Le Convoi de déportation dit des "31 000". Site des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation
- Marie-Louise, dite “Lisette” MORU – 31825 Site de Mémoire vive
- Stéphanie Trouillard, « Le sourire d'Auschwitz », web-documentaire en 4 chapitres, sur webdoc.france24.com/sourire-auschwitz/,