Marie Kingué

Devineresse et guérisseuse haïtienne d'origine kongolaise

Marie Kingué, de son nom d'esclave Marie Catherine, est une guérisseuse et devineresse d'origine congolaise, née entre 1746 et 1750 et morte après 785. Après son transport à Saint-Domingue comme esclave, elle prend le nom de « Kingué » pour revendiquer ses origines.

Marie Kingué
Biographie
Naissance
Activités

Biographie

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Origines et vie d'esclave

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Selon les documents judiciaires, Marie Kingué est d'origine congolaise et serait née entre 1746 et 1750[1]. La chercheuse Crystal Nicole Eddins suggère que son pseudonyme « Kingué » la rattache à Kinguélé, capitale du royaume de Kakongo. Elle porte deux ou trois marques congolaises sur la joue[1] et son visage est marqué de cicatrices[2]. Dans le cadre de la traite atlantique, elle est amenée dans la colonie française de Saint-Domingue, actuel Haïti. Ce transport a probablement lieu via le port de Malemba, à une soixantaine de kilomètres de Kinguélé. Eddins suppose que Kingué réussit à s'échapper une fois. Un numéro du Cap de présente le profil d'une femme recherchée nommée « Keingue » s'étant enfuie avec un Africain nommé « Moisna ». Lui aussi est un esclave et porte des tatouages représentant une croix de Malte et son pays d'origine[1].

Durant de nombreuses années et jusqu'en 1785, Kingué travaille comme esclave à Port-Margot, sur la plantation d'un homme blanc dénommé Caillon Belhumeur et d'une femme anonyme probablement une femme de couleur libre. Kingué cohabite avec Polidor, un Kongolais lieutenant[1]. Son nom d'esclave étant « Marie Catherine », elle choisit d'utiliser le nom de famille africain « Kingué » pour rejeter à sa condition d'esclave et affirmer son ascendance. Par ailleurs, elle insiste sur le fait qu'elle est une femme libre. Eddins et l'historienne Karol K. Weaver voient ces actes comme une reconquête de son identité face à l'autorité blanche, principalement celle de Belhumeur.

Guérison et divination

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De 1784 à 1785, Kingué pratique la médecine, l'herboristerie, la divination et l'obstétrique. À une époque où la religion est interdite[pas clair][3], elle exerce peut-être aussi le métier de reine vaudou[1]. Les termes « kaperlata »[4] et « hospitalière » sont utilisés pour la décrire. Des documents judiciaires affirment que Kingué a la capacité de guérir de nombreuses maladies, de tuer et de ressusciter. Elle se spécialise dans les soins aux prétendus mauvais sorts et donne des remèdes à base de plantes aux Blancs des classes populaires, aux personnes de couleur et aux esclaves[5]. Malgré l'interdiction de leur fabrication, Kingué acquiert une certaine notoriété jusqu'à Limbé et Plaisance pour la vente de salismans. Ils coûtent de 10 à 12 gourdes et sont censés posséder des pouvoirs spirituels contre les maladies. Elle organise des réunions où elle pratique la sorcellerie sur les talismans avant de les distribuer, souvent pendant qu'un sorcier chante et mène des danses[6].

En 1784, des propriétaires d'esclaves accordent leur confiance à Kingué pour démasquer les empoisonneurs dans leurs ateliers. Belhumeur est l'un de ses clients. Des voisins prétendent qu'il fait travailler à mort certains de ses esclaves, mais il rejette ces affirmations et demande à Kingué de déterminer si les ouvriers sont victimes d'empoisonnement et, le cas échéant, de déterminer le coupable. Suite à un rituel, elle soupçonne un complot dans sa demeure et, sans procès, Belhumeur fait torturer et tuer les esclaves que Kingué pointe du doigt[7]. Son service de démasquage des empoisonneurs enregistre une si forte demande qu'elle et Polidor, devenu son assistant, se mettent à former des élèves[3]. Dans un autre cas, Kingué invite Belhumeur dans la hutte d'une femme enceinte malade qu'elle soigne. La femme aurait accouché d'un serpent mort sous ses soins, ce qui laisse Belhumeur stupéfait[8]. Cet incident pousse les Africains à vénérer Kingué comme une déesse, ou du moins à l'associer à Mbumba, un esprit serpent divin du Kongolais[9]. Certains Africains volent pour payer ses services[10].

En 1785, Belhumeur conduit Kingué à Plaisance, paroisse montagneuse productrice de café au sud de Port-Margot, pour rendre visite à Antoine Chailleau, commandant de milice qui soupçonne un empoisonnement par ses esclaves. Kingué confirme ses dires et ajoute que son état est loin d'être fatal. Selon Nicolas François de Neufchâteau, procureur général du Cap-Français, elle le guérit en retirant un crapaud de sa tête et un autre de son flanc. Il se serait senti mieux et l'aurait autorisée à rester sur la plantation pour retrouver les coupables. Chailleau fait brûler vifs et fouetter à mort, ou vend outre-mer, les sept ou huit esclaves que Kingué désigne comme coupables[11]. Elle emménage chez lui, probablement avec le consentement de Belhumeur[8], prétendant surveiller certains esclaves[12].

Kingué débute sa vie de femme libre tout en versant une redevance mensuelle à Belhumeur[13]. Sa clientèle s'accroit y compris la diversité des personnes sollicitant ses divinations ou ses guérison. Les états de transe qu'elle manifeste durant lesquels elle adopte la voix d'un homme ou d'une femme faible, deviennent populaires, et Chailleau l'emmène dans diverses plantations du nord de l'île, le plus souvent à Limbé. Une plainte indique : « Elle a acquis une renommée qui s'étend sur toute la Province du Nord » et enchaine : « Elle connaît tous les secrets de toutes les plantations. » Kingué n'a jamais assez de talismans en stock, que, selon la plainte, tout Plaisance porte avec fierté[3]. Une autre plainte s'inquiète du fanatisme entourant Kingué, au point que « le plus grand désordre survenait dans les équipes de travail ». Dans un cas, elle rassemble une centaine d'hommes d'une équipe de travail et les incite à la révolte contre leur propriétaire[7].

Kingué est documenté dans les papiers de Neufchâteau déposés aux Archives nationales. [14]

Kingué réduit parfois au silence ses détracteurs. Lors de rituels accomplis dans une plantation de Pilate, trois de ses anciens initiés prévoient l'incriminer, mais elle les fait taire grâce à des menaces. Dans la plantation de Chailleau, devant un groupe de Blancs, elle menace un chirurgien de renom qui doute que les empoisonnements soient la principale cause de décès[15]. Le gérant d'une plantation de Pilate, où travaille Polidor, apporte d'abord son soutien à Kingué puis finit par tenter de l'arrêter. Elle le mord avant de prendre la fuite et les esclaves présents apeurés ne font rien pour l'en empêcher.

Contestation et arrestation

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Certains colons blancs s'irritent de son influence politique, son audace et sa richesse[16]. Le , un propriétaire d'esclaves signant simplement « M. », la dénonce dans une lettre à Neufchâteau. Deux semaines plus tard, un notaire nommé LeMay suit l'exemple[17]. Tous deux décrivent Kingué comme une catin et un charlatan, et qualifient ses partisans d'« imbéciles faibles d'esprit ». Ils[Qui ?] craignent d'être exclus par leurs voisins si leurs opinions étaient connues[pas clair][17]. Des gérants de plantations de Plaisance écrivent à Neufchâteau pour lui faire part des plaintes qu'ils avaient adressées à Belhumeur[7]. Lorsqu'un esclave mutilé s'échappe d'une plantation se retrouve nez à nez avec un juge du Cap-Français, le tribunal convoque Belhumeur pour complicité dans les activités de Kingué[18]. Belhumeur promet de la réprimander, mais les gérants déclarent qu'au lieu de cela, il continue de payer ses services. Ils se persuadent que la Maréchaussée ainsi que certains soldats blancs lui témoignent fidélité réclament son arrestation par une brigade spéciale[pas clair][7]. Jean-Baptiste Suarez d'Almeida, procureur royal au Cap-Français partage cet avis dans un rapport. Il estime qu'elle est coupable de persécution aussi bien envers les Noirs que les Blancs avec des superstitions absurdes[19].

Fin septembre, Neufchâteau rédige un rapport final qui résume l'affaire, dresse la liste des victimes susceptibles d'être appelées à témoigner et ordonne l'arrestation de Kingué et de Polidor. Recherchée, Kingué se refuge chez Neufchâteau[pas clair]. Le compte rendu du procès la dépeint comme une « négresse ou au mieux un monstre » et réfute son statut de femme libre en la qualifiant d'« esclave et de vagabonde »[16].

On ignore si Kingué se rend au tribunal, l'issue du procès et ce qu’elle devient par la suite.

Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Marie Kingué » (voir la liste des auteurs).

Références

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  1. 1 2 3 4 5 Eddins 2022, p. 142.
  2. Houllemare 2019, p. 163.
  3. 1 2 3 Mobley 2015, p. 1–2.
  4. Weaver 2006, p. 113.
  5. Weaver 2006, p. 113–115.
  6. Houllemare 2019, p. 167.
  7. 1 2 3 4 Eddins 2022, p. 143.
  8. 1 2 Houllemare 2019, p. 162.
  9. Eddins 2022, p. 143–144.
  10. Houllemare 2019, p. 166–167.
  11. Garrigus 2023, p. 132, 134.
  12. Garrigus 2023, p. 134.
  13. Garrigus 2023, p. 133.
  14. Houllemare 2019, p. 164.
  15. Garrigus 2023, p. 134–135.
  16. 1 2 Weaver 2006, p. 115.
  17. 1 2 Garrigus 2023, p. 135.
  18. « Vérification que vous n'êtes pas un robot ! », sur journals.openedition.org (consulté le )
  19. Mobley 2015, p. 2.

Voir aussi

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Bibliographie

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