Marlen Spindler

artiste russe

Marlen Pavlovitch Chpindler (en russe : Марлен Павлович Шпиндлер), également connu sous la transcription Marlen Spindler, né le à Karakol (RSS kirghize) et mort le à Kraskovo (oblast de Moscou), est un peintre russe, figure du nonconformisme soviétique parfois désigné comme la « seconde avant-garde russe ».

Marlen Spindler
Naissance
Décès
(à 72 ans)
Kraskovo, oblast de Moscou, Russie
Nom de naissance
Marlen Pavlovitch Chpindler
Nationalité
URSS puis Russie
Activité
Formation
École d'art des studios Mosfilm
Mouvement

Refusant de se conformer au réalisme socialiste, il passe une quinzaine d'années en détention et en relégation, période durant laquelle il continue de peindre sur des supports de fortune. Réhabilité à la fin des années 1980, il fait l'objet d'une exposition personnelle à la galerie Tretiakov en 1996. Ses œuvres sont conservées à la galerie Tretiakov de Moscou et au Musée russe de Saint-Pétersbourg.

Biographie

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Enfance en Asie centrale

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Marlen Chpindler naît en 1931 à Karakol, petite ville kirghize située à environ 150 kilomètres de la frontière chinoise. Son père est juif et sa mère orthodoxe ; le couple, qui a dû se marier clandestinement, choisit pour son fils un prénom formé par contraction des noms de Marx et Lénine, selon un usage répandu dans les prénoms d'origine soviétique[1].

La famille s'installe en 1932 en RSS d'Ouzbékistan, d'abord à Samarcande puis à Tachkent, avant de gagner Alma-Ata au Kazakhstan. L'artiste évoquera plus tard cette enfance centrasiatique — minarets, bazars, steppes — comme une source d'inspiration durable[2].

En 1941, la famille s'établit dans une maison de bois de Kraskovo, dans la banlieue de Moscou. Marlen Chpindler y suit de 1947 à 1950 la formation de l'école d'art rattachée aux studios Mosfilm[1].

Service militaire

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De 1951 à 1954, il effectue son service militaire dans une caserne de l'oblast de Vladimir. Peignant en dépit des interdictions, il passe plus de deux cents jours aux arrêts. Il profite néanmoins de chaque permission pour peindre la cathédrale de la Dormition de Vladimir et l'église de l'Intercession de la Nerl à Bogolioubovo[3].

Les fresques et icônes d'Andreï Roublev visibles à Vladimir constituent une influence déterminante sur son travail ; il y retournera régulièrement pour les étudier[2].

Promgrafika et passage à l'abstraction

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Son livret militaire défavorable lui ferme l'accès à l'académie des beaux-arts. Il travaille jusqu'en 1968 au combinat moscovite d'arts graphiques « Promgrafika », où il conçoit plus de deux cents logotypes pour des produits industriels[3]. C'est par le travail de réduction formelle qu'exige le dessin d'emblèmes qu'il chemine vers l'abstraction.

Il s'écarte alors des prescriptions du réalisme socialiste : chevaux sauvages, croix orthodoxes, jeux d'ombre et de lumière entre figuration et abstraction. Il fabrique lui-même ses tons terreux et ses pastels à partir de pigments naturels, plutôt que d'employer les couleurs franches attendues par la doctrine officielle[1].

Répression et détention

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Son refus des normes esthétiques officielles lui vaut d'être renvoyé de Promgrafika. S'ensuit une longue période de condamnations — au total une quinzaine d'années de prison et de relégation, loin de sa familleLes sources divergent sur le motif exact et le nombre des condamnations : la Wikipédia germanophone évoque une condamnation pour « parasitisme social » aggravée par des faits d'ivresse et de violence, tandis que d'autres sources mentionnent trois condamnations distinctes (1967, 1976 et 1986).[réf. nécessaire].

Il continue de peindre en détention, avec des techniques mixtes improvisées selon les matériaux disponibles, sur du papier d'emballage ou des draps usagés : scènes de camp, détenus jouant aux dominos, chat efflanqué. Une partie de cette production est découverte et brûlée par les gardiens ; son épouse parvient toutefois à faire sortir clandestinement plusieurs œuvres[3].

Dernières années

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Il est gracié et libéré en 1989, à la faveur de la perestroïka. Sa santé, éprouvée par les années de détention, limite sa production : il est victime d'accidents vasculaires cérébraux en 1994 puis en 1997, qui le laissent partiellement paralysé[3].

N'ayant jamais pu vendre ses œuvres interdites, il avait conservé chez lui l'essentiel de son travail, entreposé sur des étagères de fortune ou dissimulé sous le lit. La maison familiale de Kraskovo brûle en 1996, deux mois après que l'ensemble du fonds eut été transféré à Moscou pour le protéger de l'humidité[3].

En 1997, la télévision russe diffuse un documentaire de la journaliste Nadja Brykina consacré à sa vie et à son œuvreCertaines sources datent ce documentaire de 2000.[réf. nécessaire]. Marlen Chpindler meurt à Kraskovo en 2003.

Vie privée

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Il épouse en 1956 la peintre Valentina Lapchina, dont il a un fils, Nikolaï, né en 1958. En 1965, il se remarie avec l'artiste Lydia Tokareva ; leur fille Macha naît l'année suivante[3].

L'œuvre de Marlen Chpindler oscille entre figuration et abstraction. Elle emprunte à la mémoire des paysages d'Asie centrale, à l'icône et à la fresque russes anciennes, et se caractérise par une gamme chromatique sourde, obtenue à partir de pigments préparés par l'artiste. La croix et le cercle y reviennent comme motifs structurants. La toile de jute grossière figure parmi ses supports de prédilection.

Expositions personnelles

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  • 1991 : Moscou, hôtel Aerostar
  • 1993 : Moscou, Centre d'art contemporain (Studio 20 Gallery)
  • 1994 : Moscou, Centre d'art contemporain ; Fédération internationale des artistes (œuvres graphiques)
  • 1996 : Moscou, galerie Tretiakov
  • 2006 : Zurich, Nadja Brykina Gallery (rétrospective)
  • 2010 : Zurich, Nadja Brykina Gallery (rétrospective)

Expositions collectives (sélection)

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  • 1962 : Moscou, exposition des artistes du studio d'Elii Beliutine
  • 1987 : Moscou, parc Ermitage, « Rétrospective des artistes moscovites 1957-1987 »
  • 1988 : Moscou, Maison centrale des artistes, « Œuvres graphiques d'artistes moscovites »
  • 1990 : Moscou, galerie Tretiakov, « L'Autre Art »
  • 1990 : Tampere, musée d'Art, « Trésors dans la boue »
  • 1993 : Moscou, galerie Tretiakov, « Postmodernisme et traditions nationales »
  • 1996 : Moscou, galerie Tretiakov, « Les Nonconformistes — la seconde avant-garde russe 1955-1988, collection Bar-Gera »

Collections publiques

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Notes et références

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  1. 1 2 3 (de) Philipp Meier, « Widerspenstige Seele Russlands – Marlen Spindler », Neue Zürcher Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 (de) Jürg Vollmer, « Marlen Spindler: Ein russischer Nonkonformist in der Nadja Brykina Gallery », sur maiak.info, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 (de) Nadja Brykina, Marlen Spindler : Band I–III, Zurich, Nadja Brykina Editions, (ISBN 978-3-9523523-1-1)

Annexes

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Bibliographie

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  • (de) Boris Raev, Špindler, Marlen Pavlovič, vol. 105, Berlin, De Gruyter, (ISBN 978-3-11-023271-4), p. 293-294
  • (de + en + ru + fr) Marlen Spindler : monographie, M, N & O Art Publishing, (ISBN 5-85275-134-0)
  • (de + en) Marlen Spindler : catalogue, Nadja Brykina Gallery, (ISBN 3-033-00360-5)

Liens externes

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