Marthe Donas

peintre belge

Marthe Gabrielle Donas, née à Anvers le et morte à Audregnies le , est une peintre, dessinatrice et autrice de collages belge, appartenant aux mouvements cubiste et moderniste. Elle est reconnue comme l'une des figures majeures du modernisme. Marthe Donas travaille sous les pseudonymes non genrés Tour d'Onasky, Tour Donas et M. Donas.

Marthe Donas
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Biographie

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Jeunesse

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Marthe Donas est née le à Anvers, de Julienne Isenbaert et de Romain Donas, qui travaille dans le commerce de fruits secs. Elle a quatre sœurs, dont une sœur jumelle, et un frère. Dès l′enfance, elle s′intéresse à l′art et dessine beaucoup, passion qui a pu être nourrie par son grand-père, Florent Isenbaert un peintre de marines d′Anvers[1].

Bien que son père s'oppose à son désir de devenir peintre, l'empêchant de suivre des cours de dessin et de participer à des expositions, et lui interdisant tout contact avec les autres étudiants et artistes anversois, Marthe Donas s'inscrit de sa propre initiative, à l′Académie royale des Beaux-Arts d′Anvers en 1902, à l'âge de dix-sept ans[1]. Elle entre ensuite au Hoger Instituut voor Beeldende Kunsten et suit la formation pour jeunes filles auprès de Frans Van Kuyck[2],[3].

Avec le début de la Première Guerre mondiale et l'invasion de la Belgique par l'Allemagne, sa famille émigre à Goes, aux Pays-Bas. De là, Marthe Donas part pour Dublin, en Irlande, rejoindre sa sœur Laure[4]. Elle s'y perfectionne en dessin, peinture et gravure et apprend la technique du vitrail[5]. A la fin de l'année 1915, elle intègre l'atelier de vitrail de Sarah Purser, An Túr Gloine, où elle réalise trois grands vitraux pour des églises, ainsi que quelques œuvres plus modestes. En raison des événements politiques liés à l'Insurrection de Pâques à Dublin en 1916, elle est de nouveau contrainte de fuir. Tandis que sa sœur rejoint leur famille aux Pays-Bas, Marthe Donas décide de partir pour Paris, alors centre artistique de l'Europe[5],[4].

Débuts à Paris

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Elle arrive à Paris en 1916, loue un atelier au 9 rue Campagne Première, à Montparnasse, et fréquente l′Académie de la Grande Chaumière et l′Académie Ranson[4].

Elle découvre le cubisme lors d'une exposition d'André Lhote et travaille dans son atelier[3],[4].

Elle fait cependant face à des difficultés financières : « J’écris à mon père pour qu’il envoie le reste de mes économies mais il refuse, je continue à travailler dans la misère, la faim et le froid. » et accepte d'accompagner une dame aisée à Nice et de lui donner des cours de peinture en contrepartie de l’hébergement[4].

Sur la Côte d’Azur, Marthe Donas fréquente le cercle artistique et rencontre le sculpteur ukrainien Alexandre Archipenko. Ils créent de nombreuses œuvres ensemble et développent une relation amoureuse. Marthe Donas suit cependant sa voie propre [5],[1].

A partir de 1917, elle commence à produire des œuvres affiliées au cubisme, comme Femme au chapeau en 1917 et Femme se poudrant en 1918[4].

Carrière internationale

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Le couple revient à Paris après la guerre où Marthe Donas prend un atelier, rue du Départ. Ils intègrent la Section d'Or ou groupe de Puteaux, qui rassemble de nombreux artistes, parmi lesquels Léger, Braque, Gleizes, Duchamp, Brancusi, Kupka. Ces artistes défendent un cubisme plus diversifié et inclusif, mêlant formes géométriques et abstraites à des approches colorées et ornementales[6]. La présence de Marthe Donas est due à son talent et aussi favorisée par Archipenko qui écrit par exemple à Herwarth Walden en 1919 « Je vous recommande bien fort d′inviter pour votre salon un peintre moderne de grand talent ’Tour Donas’. C′est mon meilleur élève. »[1],[6].

En effet, Marthe Donas adopte tout d′abord le pseudonyme Tour d′Onasky, qui devient ensuite Tour Donas pour ne pas faire apparaître son genre dans son nom, pour éviter les stéréotypes envers les femmes, comme celui selon lequel elles ne seraient pas capables d′atteindre l′abstraction. Plus tard, elle signe simplement Marthe Donas, M. Donas, ou encore, Donas[3],[5].

L′artiste atteint une renommée internationale dans l′entre-deux-guerres.

Lors d'un retour momentané à Anvers, elle rencontre Théo Van Doesburg qui l'incite à prendre contact avec le mouvement De Stijl. Elle écrit alors des articles pour le périodique du mouvement sous le pseudonyme de Tour d’Onasky[7].

Theo van Doesburg et Herwarth Walden lui consacrent également plusieurs articles dans ce magazine[8],[9]. En 1921, elle expose 35 tableaux à la galerie Der Sturm à Berlin chez le célèbre marchand de tableaux Herwarth Walden. La collectionneuse d'art américaine, Katherine Dreier en achète plusieurs[10]. Marthe Donas expose au Salon des indépendants de 1927 les toiles Siestes et Garçon avec arc, en 1928, Sous la lampe et Les Blanchisseuses et en 1929, La Vierge rose et La Petite Dame au parasol[11]. Elle expose également en Angleterre et aux Pays-Bas[9].

Belgique

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Au début des années 1920, elle se sépare d′Archipenko, la Section d′Or est dissoute. Très malade et dépressive, Marthe Donas retourne à Anvers où elle vit loin du réseau international de l'avant-garde et de la vie artistique parisienne. Elle épouse en 1922 le philosophe Harry Franke. Elle s'installe à Ittre, dans une maison appartenant à ses beaux-parents. Sous l'influence de cette vie à la campagne, les sujets de sa peinture changent : paysages campagnards, fleurs des champs et peintures religieuses réapparaissent dix ans après son séjour irlandais. Elle retourne alors au style figuratif, tout en conservant son style linéaire et l'alternance d’ondulations et de lignes angulaires[3],[12].

A partir de 1926, reprend contact avec l′Avant-Garde bruxelloise et retourne à Paris avec le groupe L′Assaut pour une exposition[3].

Elle déménage à plusieurs reprises (Paris, Ittre, Anvers, Lisbonne, Braine-l’Alleud, Bruxelles) et cesse de peindre en 1927. Sa fille Francine naît en 1931. Ce n'est qu'en 1947 qu'elle reprend le pinceau, dans un style figuratif, avec des motifs religieux et des scènes de famille[7],[3],[12].

A partir de 1958, elle revient à l’abstraction avec des jeux de couleurs rythmiques. Elle participe à une exposition des premiers peintres abstraits à Anvers où son rôle de pionnière est souligné[7].

En 1960, une grande exposition lui est consacrée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles et, en 1961, elle participe, en bonne place, à l’exposition Der Sturm. Herwarth Walden und die Europaïsche Avant-garde. Berlin 1912-1932 à la National Galerie de Berlin[7].

Marthe Donas meurt le à Audreignies[1].

Marthe Donas développe tout d′abord un style cubiste inspiré d′André Lhote. Elle s′oriente ensuite vers l′abstraction. Au début de l’année 1917, elle peint ses premières œuvres cubistes et abstraites[7].

Elle est la première femme à représenter la peinture abstraite en Belgique[7]. Dans le catalogue de la Société Anonyme, Inc., la collection d'art de Katherine Dreier qui est conservée à l'université Yale aux États-Unis, Dreier la nomme « the first woman abstract painter ».

Elle expérimente le collage, avec des matériaux inattendus : soie, dentelle, jute, papier de verre combinés avec des ombres peintes, qui confèrent un relief trompeur à la peinture. Elle innove avec ses shaped paintings, des tableaux dont les formes irrégulières épousent les contours des sujets et abandonnent le format rectangulaire habituel[5],[6],[9].

L’œuvre de Marthe Donas est immédiatement reconnaissable. Elle intègre la couleur et le mouvement dans une vision abstraite et émotive de la réalité, par exemple, avec Poteries et fleurs en 1926 et Sous la lampe en 1927. « C’est un cubisme très coloré, mais ce qui la distingue des autres, c’est l’extraordinaire raffinement avec lequel elle travaille la peinture : une touche délicate, pleine de charme féminin. Sa palette est parfois très puissante, avec des bleus et des rouges qui s’entrechoquent. Dans d’autres œuvres, les tons roses et mauves dominent, évoquant une sensation de nacre. » (Adriaan Gonnissen). Michel Seuphor qualifie son travail de «mi-abstrait, mi-cubiste»[5],[4].

Reconnaissance

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Après son décès, Marthe Donas et son rôle important de pionnière tombent dans l’oubli pendant des années[8]. Sa carrière illustre la situation difficile des femmes artistes à l’époque. Son mariage et la vie domestique ont sans doute entravé le développement de son art et ce n'est que plus tard dans sa vie qu'elle fait un retour remarquable, avec une deuxième période fertile qui reçoit, surtout depuis le début du XXIe siècle la reconnaissance nécessaire[8].

Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique possèdent plusieurs tableaux de Marthe Donas dans leurs collections privées et le Musée Marthe Donas en compte près de cinq cent[13],[14]. Ses œuvres sont surtout conservées dans des collections privées[5].

Son travail est de plus en plus réhabilité à travers des expositions et l′action de la Marthe Donas Foundation créée en 2003 pour promouvoir son œuvre[15]. Un musée lui est également consacré à Ittre, en Belgique et compte une soixantaine de ses oeuvres[15].

Expositions

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Bibliographie

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  • (en) Peter J.H. Pauwels et Kristien Boon, Marthe Donas. A Woman Artist in the Avant-Garde, Anvers, Ludion, (ISBN 978-94-9181-941-4)

Références

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  1. 1 2 3 4 5 (en) Peter J.H. Pauwels, Marthe Donas, A Woman Artist in the Avant-Garde, Belgium, Ludion, , p. 8
  2. (nl) Paul-L. Piron, De Belgische beeldende kunstenaars uit de 19de en 20ste eeuw, vol. 1, Bruxelles, Art in Belgium, (ISBN 90-76676-01-1)
  3. 1 2 3 4 5 6 (de) « Der Kampf der Marthe Donas », sur SCHIRN KUNSTHALLE FRANKFURT, (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 6 7 Mélanie Huchet, « Marthe Donas: Peindre envers et contre tout », sur les plats pays, (consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 6 7 VRT NWS, « Marthe Donas, pionnière belge du cubisme et de l'avant-garde internationale, retrouve la lumière au KMSKA d'Anvers | VRT NWS: le site d'information de référence », sur VRTNWS, (consulté le )
  6. 1 2 3 4 « Le KMSKA présente Donas, Archipenko & La Section d’Or. Modernisme envoûtant », sur kmska.be (consulté le )
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 « Artistes - LANCZ GALLERY », sur lanczgallery.be (consulté le )
  8. 1 2 3 (nl) « Marthe Donas », sur Amarant (consulté le )
  9. 1 2 3 4 (nl-BE) « Marthe Donas. De Belgische avant-gardiste – De Witte Raaf » (consulté le )
  10. 1 2 3 « donas, belgian, avant-gardist | MSK Gent », sur www.mskgent.be (consulté le )
  11. René Édouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art & Édition, 1930, p. 420
  12. 1 2 3 « Marthe Donas, de retour au pays (1921-1927) », sur Musée Marthe Donas – MiMDo (consulté le )
  13. Cédric Wauthier, « Marthe Donas, première femme ' abstraite ' belge - RTBF Actus », sur RTBF, (consulté le )
  14. « Collections - Résultats pour l’artiste « Marthe DONAS » – Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique », sur fine-arts-museum.be (consulté le )
  15. 1 2 « Marthe Donas », sur marthedonas.be (consulté le )
  16. 1 2 Danièle Gillemon, « Marthe Donas à Genève, toute une histoire… », Le Soir, (lire en ligne)

Liens externes

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