Marwān II
ʾAbū ʿAbd Al-Malik Marwān ibn Muḥammad (en arabe : أبو عبد الملك مروان بن محمد), dit Marwān II, né vers 691 au Bilad el-Cham et mort assassiné le à Abousir, est le quatorzième et dernier calife omeyyade de Damas. Il succède à Ibrahim en 744, mais son règne est dominé par une guerre civile et il se fait renverser suite à la révolution abbasside.
مروان الثاني
| Calife omeyyade | |
|---|---|
| - | |
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Marwan ibn Muhammad |
| Activités |
Chef militaire, gouverneur, homme politique, calife |
| Appartenance ethno-culturelle | |
| Famille | |
| Père | |
| Mère |
Umm Marwan |
| Conjoint |
Muznah |
| Enfants |
Muhammad Ubaydallah Abd al-Malik Abdallah |
| Parentèle |
Marwān Ier (grand-père) |
| Religion | |
|---|---|
| Conflits |
Marwan ibn Muhammad's Caucasian campaign (d) Troisième fitna (en) Révolution abbasside |
| Maître |
Biographie
modifierOrigines
modifierMarwan ibn Muhammad est de la branche marwanide de la dynastie omeyyade. Il est le fils de Muhammad ibn Marwan, fils du quatrième calife omeyyade Marwān Ier[1],[2]. Sa mère est une femme probablement d'origine non arabe (kurde selon la plupart des récits). Il existe de nombreux doutes et litiges concernant son nom, mais elle est communément connue sous le nom d'Umm Marwan (« Mère de Marwan »), bien qu'elle soit parfois appelée Rayya ou Tarubah. Certaines sources mentionnent qu'elle était déjà enceinte de Marwan avant que son père légal, Muhammad, ne s'unisse à elle, ce qui ferait ainsi de l'enfant le fils d'un autre homme[3]. Quelques sources rapportent que Muhammad l'avait capturée lors de la répression de la révolte d'Ibn az-Zubayr ; avant sa capture, elle était l'esclave soit de Abdullah Ibn az-Zubayr, soit de son cuisinier, Zumri[4]. Ces deux hommes étaient considérés comme les véritables pères biologiques de Marwan par ses rivaux omeyyades[5].
Gouverneur
modifierEn 732, sous le règne de Hicham, Marwan est nommé gouverneur d'Arménie et de l'Azerbaïdjan en remplacement de Maslama ibn Abd Al-Malik. Cependant, sa campagne contre l'Empire khazar est un échec, et il est relevé de ses fonctions. Son successeur, après avoir mené d'actives campagnes, devient aveugle, et Marwan est alors rétabli dans ses fonctions. Il quitte Damas avec une armée de 20 000 hommes. Après quelques succès et l'arrivée de renforts, son armée compte 150 000 hommes[6].
En 736, Marwan envahit la Géorgie, la dévaste, s'empare de trois forteresses des Alains et conclut la paix avec Tumanshah. En 739, il lance de nouveaux raids et obtient un tribut. Les années suivantes, Marwan prend quelques forts, usant parfois de ruse. Al-Walīd II le confirme dans son poste.
En 744, après avoir été informé du complot visant à renverser et assassiner le calife, Marwan écrit à ses proches depuis l'Arménie une lettre condamnant un tel projet. Il les exhorte à préserver la stabilité et la pérennité de la dynastie. Cependant, son appel est ignoré et de nombreux hommes armés marchent sur Damas. Yazid ibn Al-Walid s'introduit alors dans la ville, renverse al-Walid II lors d'un coup d'État, puis procède à une distribution des fonds du trésor[7].
Marwan envisage alors de revendiquer le califat à la mort d'al-Walid II, mais une rébellion des Kalbites le force à attendre. Yazid III, désormais calife, le nomme gouverneur de la Haute-Mésopotamie et il s'installe dans la ville de Harran[8].
Atteint d'une tumeur au cerveau, Yazid meurt prématurément et son frère Ibrahim lui succède[9]. Marwan renouvelle alors ses ambitions, remet le gouvernement de l'Arménie à l'un de ses officiers et décide de marcher sur Damas afin de venger la mort d'Al-Walid II. Marwan destitue Ibrahim et devient calife[10]. Ibrahim se cache d'abord, puis demande à Marwan des garanties pour sa sécurité. Ce dernier les lui accorde et Ibrahim accompagne même le nouveau calife à la résidence de Hicham, à Rusafa.
Début de règne
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Marwan II nomme ses deux fils Ubaydallah et Abdallah en tant qu'héritiers. Il nomme également plusieurs gouverneurs et essaie d'asseoir son pouvoir par la force. Néanmoins, face à l'impopularité toujours croissante de la dynastie omeyyade, notamment en Perse et Irak, et avec la montée des Abbassides, Marwan se consacre surtout à essayer de maintenir l'unité du Califat.
Les Kharidjites, menés par Ad-Dahhak ibn Qays al-Shaybani (en), organisent un soulèvement général en Arménie et en Azerbaïdjan et prennent Koufa ; dans le Khorassan, plusieurs tribus arabes, se sentant marginalisées par le pouvoir, se révoltent. Marwan II hésite cependant à quitter Damas pour se rendre au Khorassan, par crainte de perdre la Syrie. Après un siège de dix mois, Homs est soumise. Le prince omeyyade Sulayman ibn Hicham (en) se soulève également contre le calife, mais il essuie une défaite sévère et se joint alors aux kharidjites. Le successeur d'al-Dahhak, al-Khaybari, parvient d'abord à faire reculer le centre des troupes de Marwan, s'empare même du camp du calife et s'assoit sur son tapis. Cependant, lui et ses hommes se perdent dans des combats au sein même du camp. Shayban lui succède. Marwan le poursuit lui et Sulayman jusqu'à Mossoul et les y assiège pendant six mois puis les en chasse. Shayban s'enfuit au Bahreïn où il est tué ; Sulayman fuit en Inde.
Montée des Abbassides et chute des Omeyyades
modifierLe Khorassan est aussi marqué par des luttes intestines entre le gouverneur Nasr ibn Sayyar (en) et des opposants. C'est dans ce contexte que les Abbassides commencent, en 747, au moment où Marwan II prévoit de rétablir l'ordre en Irak, une insurrection ouverte contre le pouvoir omeyyade. Nasr envoie son serviteur Yazid pour combattre le soulèvement, mais ce dernier est vaincu et fait prisonnier. Les combats se poursuivent à travers le Khorassan alors que les Abbassides gagnent de plus en plus de terrain. Finalement, Nasr tombe malade et meurt à Rayy le , à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Koufa est prise en 749.
Marwan mène campagne en Égypte en 749 pour réprimer la révolte bashmurique (en) et sécuriser ses arrières, mais c'est un échec[11]. Pendant ce temps, les Abbassides rencontrent du succès dans le Hedjaz.
Marwan II, à la tête de l'armée omeyyade, se dirige alors vers l'est pour arrêter les Abbassides. Les deux armées se rencontrent sur les rives du Grand Zab au début de 750 et les Omeyyades sont défaits. Durant cet affrontement, plus de 300 membres de la famille omeyyade perdent la vie. La même année, Damas, qui refuse d'ouvrir ses portes à Marwan et à sa famille, est prise par les Abbassides et As-Saffah, chef des Abbassides, est proclamé calife à Koufa. C'est la fin du Califat omeyyade et le début du Califat abbasside.
Fuite et assassinat
modifierMarwan décide de quitter Damas et de fuir vers la Palestine puis vers l'Égypte, pratiquant la politique de la terre brûlée. Il arrive ainsi à Fostat, où il est capturé et tué le , marquant la fin de la domination omeyyade en Orient. Ses héritiers, Ubaydallah et Abdallah, s'enfuient vers l'actuelle Érythrée, où Abdallah y meurt au combat. La tête de Marwan II est exposée publiquement à Koufa[12], tandis qu'en Égypte, sa langue est donnée à manger à un chat.
Les Abbassides détruisent la plupart des tombeaux omeyyades, n'épargnant que celui de Omar II, et presque tous les membres de la famille sont traqués et tués, à l'exception du prince Abd al-Rahman, petit-fils de Hicham qui réussit à s'enfuir vers la péninsule Ibérique. Il y établit un émirat à Cordoue en 756, fondant ainsi une nouvelle lignée. En 929, son descendant l'émir Abd al-Rahman III prend le titre de calife.
Apparence physique
modifierNotes et références
modifier- ↑ Zetterstéen 1993, p. 408.
- ↑ Donner 2014, p. 110.
- ↑ Abbott 1942, p. 361.
- ↑ Hawting 1991, p. 623.
- ↑ (en) Daniel C. Dennett, Marwan Ibn Muhammad: the passind of the Umayyad caliphate, University Microfilms, (lire en ligne), p. 189
- ↑ Tabarî 2001, p. 249.
- ↑ Théophile d'Édesse, Quoted Robert Hoyland, Seeing Islam as Others Saw It, Darwin Press, 1998, p. 660
- ↑ Hawting 2000, p. 96–97.
- ↑ Denys Ier d'Antioche apud Hoyland, 661 n 193
- ↑ Tabarî 2001, p. 270.
- ↑ Gabra 2003, p. 116.
- ↑ Tabarî 2001, p. 24-25.
- ↑ Ibn Kathir, « البداية والنهاية » [archive du ] (consulté le ) : « وكان أبيض مشرباً بحمرة، أزرق العينين، كبير اللحية، ضخم الهامة، ربعة الجسم، ولم يكن يخضب لحيته لا بالحناء ولا الكتان ويتركها بيضاء »
Bibliographie
modifier- (en) N. Abbott, « Women and the State in Early Islam », Journal of Near Eastern Studies,
- (en) Fred M. Donner, The Early Islamic Conquests, Princeton, Princeton University Press, (1re éd. 1981) (ISBN 978-0-691-05327-1)
- (en) Gawdat Gabra, « The Revolts of the Bashmuric Copts in the Eighth and Ninth Centuries », dans W. Beltz (ed.), Die koptische Kirche in den ersten drei islamischen Jahrhunderten, Institut für Orientalistik, Martin-Luther-Universität, , p. 111–119
- (en) G. R. Hawting, « Marwān II », dans Bosworth, C. E.; van Donzel, E. & Pellat, Ch. (eds.), The Encyclopaedia of Islam, Second Edition. Volume VI: Mahk–Mid, Leiden, E. J. Brill, (ISBN 978-90-04-08112-3)
- (en) Gerald R. Hawting, The First Dynasty of Islam: The Umayyad Caliphate AD 661–750, London and New York, Routledge, (ISBN 0-415-24072-7)
- Tabarî (trad. Hermann Zotenberg), La Chronique : Histoire des prophètes et des rois [« تاريخ الرسل والملوك (Tārīḫ ar-rusul wal-mulūk) »], vol. II, Arles, Actes Sud, coll. « Sindbad », (ISBN 2-7427-3318-3)
- (en) K.V. Zetterstéen, « Muhammad b. Tahir », dans Bosworth, C. E.; van Donzel, E.; Heinrichs, W. P. & Pellat, Ch. (eds.), The Encyclopaedia of Islam, Second Edition. Volume VII: Mif–Naz, Leiden, E. J. Brill, (ISBN 978-90-04-09419-2)