Massacre de Stupni Do
Le massacre de Stupni Do désigne l'exécution de 38 civils bosniaques par des unités du Conseil de défense croate (HVO) le 23 octobre 1993 dans le village de Stupni Do, durant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Les victimes comprennent des femmes, des enfants et des personnes âgées. Le massacre s'inscrit dans le conflit croato-bosniaque et dans la campagne de persécution menée contre la population bosniaque de Bosnie centrale.
| Massacre de Stupni Do | |||
| Date | |||
|---|---|---|---|
| Lieu | Stupni Do, Bosnie-Herzégovine | ||
| Victimes | Civils bosniaques | ||
| Type | Massacre, crimes de guerre | ||
| Morts | 38 civils bosniaques , dont des femmes et des enfants | ||
| Auteurs | Conseil de défense croate (HVO) | ||
| Guerre | Guerre de Bosnie-Herzégovine | ||
| Coordonnées | 44° 07′ 30″ nord, 18° 19′ 25″ est | ||
| Géolocalisation sur la carte : Bosnie-Herzégovine
Géolocalisation sur la carte : Yougoslavie
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Contexte
modifierAvec l'éclatement de la République fédérative socialiste de Yougoslavie, la Bosnie-Herzégovine devient l'objet de revendications territoriales concurrentes de la Serbie et de la Croatie[1]. Selon les constatations du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), les dirigeants des deux États envisagent dès 1991 un partage de la Bosnie-Herzégovine, tandis que les nationalistes serbes et croates soutiennent la création d'entités politiques destinées à regrouper les populations de leur nationalité[2].
Dans l'affaire Prlić et autres, le TPIY conclut à l'existence d'une entreprise criminelle commune réunissant plusieurs dirigeants politiques et militaires de la République croate d'Herceg-Bosna, avec la participation de hauts responsables de la République de Croatie, dont le président Franjo Tuđman. Selon le jugement, cette entreprise visait à établir une entité croate en Bosnie-Herzégovine afin d'unifier le peuple croate. Pour atteindre cet objectif, les autorités de l'Herceg-Bosna ont mis en œuvre une politique de persécution de la population bosniaque comprenant des déplacements forcés, des internements dans des camps de détention, la destruction de villages et de lieux de culte ainsi que des massacres de civils[3],[4].
Déroulement
modifierLe 23 octobre 1993, des unités spéciales du Conseil de défense croate (HVO), notamment les Maturice et les Apostoli, appuyées par d'autres éléments du HVO, lancent une attaque contre le village bosniaque de Stupni Do, situé dans la municipalité de Vareš. Le village est rapidement encerclé et les habitants sont pris au piège.
Les soldats du HVO investissent les habitations, tirant sur les civils et incendiant systématiquement les maisons. De nombreux habitants sont tués alors qu'ils tentent de fuir, tandis que d'autres sont exécutés à l'intérieur de leurs habitations ou dans les rues du village. Selon le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), 38 civils bosniaques sont tués, parmi lesquels des femmes, des enfants et des personnes âgées[5],[6].
Le jugement précise que 28 victimes « avaient été tuées soit par arme blanche ou par balles à une distance très courte, soit encore brûlées vives dans des maisons »[7],[8].
Les survivants sont expulsés du village après avoir été dépouillés de leurs biens. Plusieurs femmes sont victimes de violences sexuelles et de mauvais traitements. Les soldats pillent les habitations avant d'y mettre le feu. Presque toutes les maisons, les bâtiments agricoles ainsi que la mosquée du village sont détruits[7].
Entre le 23 et le 25 octobre 1993, le HVO empêche les forces de la FORPRONU d'accéder au village[9]. Lorsque les Casques bleus parviennent finalement à entrer dans Stupni Do, ils découvrent un village presque entièrement détruit, où de nombreux corps de civils sont retrouvés dans les maisons incendiées ou dans les décombres[7].
Procédures judiciaires
modifierLe principal responsable poursuivi pour les crimes commis à Stupni Do est Ivica Rajić, commandant du 2e Groupe opérationnel du Conseil de défense croate (HVO). Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) établit qu'il a ordonné l'attaque contre Stupni Do et qu'il exerçait son autorité sur les unités ayant participé aux crimes. Après avoir plaidé coupable, il est condamné le 8 mai 2006 à douze ans d'emprisonnement pour homicides intentionnels, traitements inhumains, destruction injustifiée de biens et appropriation illicite de biens, qualifiés d'infractions graves aux Conventions de Genève[10].
Le massacre de Stupni Do est également examiné dans plusieurs autres affaires devant le TPIY, notamment Tihomir Blaškić et Prlić et autres, dans lesquelles les juges retiennent que les crimes commis dans le village s'inscrivent dans la campagne de persécution menée contre la population bosniaque de Bosnie centrale.
Principales condamnations liées au massacre
modifier- Miroslav Anić, ancien membre de l'unité spéciale « Maturice » du Conseil de défense croate, a été condamné à 15 ans de prison par le tribunal bosnien[11], et la police fédérale bosnienne a émis un mandat d'arrêt contre le fugitif Dominik Ilijašević, également condamné à 15 ans de prison[12].
- Ivica Rajić : condamné par le TPIY à 12 ans d'emprisonnement pour les crimes commis à Stupni Do[10].
- Kordic et Cerkez: condamnés par le TPIY à 25 et 15 ans de prison respectivement[13].
- Prlić et autres : Jadranko Prlić, Bruno Stojić, Slobodan Praljak, Milivoj Petković, Valentin Ćorić et Berislav Pušić sont condamnés par le TPIY à des peines allant de 10 à 25 ans d'emprisonnement[3].
Les jugements concluent que les crimes commis à Stupni Do s'inscrivent dans l'entreprise criminelle commune visant à établir une entité croate en Bosnie-Herzégovine par la persécution et le déplacement forcé de la population bosniaque[14].
Références
modifier- ↑ (en) « BH partition plans in form of a stain », sur sensecentar.org,
- ↑ (en) « Six Bosnian Croat ex-leaders convicted of war crimes », sur BBC News,
- 1 2 TPIY, « Prlić et autres, IT-04-74, fiche informative »
- ↑ « La "Herceg-Bosna", sanglante tentative séparatiste des Croates de Bosnie », sur justiceinfo.net,
- ↑ (en) IRMCT, « Stupni do crimes »,
- ↑ (en) « Bosnians Mourn on Anniversary of Stupni Do Villagers’ Massacre », sur BIRN,
- 1 2 3 TPIY, « Le Procureur c/ Jadranko Prlić, Bruno Stojić, Slobodan Praljak, Milivoj Petković, Valentin Ćorić et Berislav Pušić, jugement, tome III », , p. 458–459
- ↑ (en) « Stupni Do massacre », sur sensecentar.org,
- ↑ (en) « Bodies bear witness to town’s terror », sur washingtonpost.com,
- 1 2 TPIY, « Ivica Rajic « Stupni Do » (IT-95-12), Fiche informative »
- ↑ (en) « Anic: Sentenced to 15 Years in Prison », sur detector.ba,
- ↑ (en) « Police Hunt Fugitive Bosnian Croat War Criminal », sur detector.ba,
- ↑ TPIY, « Jugement de la Chambre de première instance III dans l'affaire "Kordic & Cerkez" »,
- ↑ TPIY, « Résumé du jugement dans l’affaire Prlić et consorts »,