Massacres de Gacko (1992)
Les massacre de Gacko (1992) désignent l'ensemble des massacres, exécutions sommaires, disparitions forcées et autres crimes commis contre la population civile bosniaque de la municipalité de Gacko entre avril et septembre 1992, durant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Selon les faits établis par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), ces crimes s'inscrivent dans une campagne de nettoyage ethnique menée contre les populations non serbes de Bosnie-Herzégovine.
| Massacres de Gacko (1992) | |
Municipalité de Gacko sur la carte de la Bosnie | |
| Date | 1992 |
|---|---|
| Victimes | Civils bosniaques et croates de Bosnie-Herzégovine |
| Type | Exécution de masse, nettoyage ethnique |
| Morts | plus de 137[1] |
| Auteurs | Armée populaire yougoslave (JNA), Armée de la république serbe de Bosnie (VRS), forces de police locales et paramilitaires |
| Guerre | Guerre de Bosnie-Herzégovine |
| Coordonnées | 43° 10′ 02″ nord, 18° 32′ 07″ est |
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Contexte
modifierSituée dans l'est de la Bosnie-Herzégovine, la municipalité de Gacko occupe une position stratégique entre plusieurs régions à majorité serbe et les zones habitées par une importante population bosniaque.
Au début de l'éclatement de la Yougoslavie, les dirigeants nationalistes serbes considèrent ces territoires comme devant être intégrés à une entité serbe en Bosnie-Herzégovine. À partir de 1991, les dirigeants des Serbes de Bosnie mettent en place des structures politiques parallèles et proclament plusieurs régions autonomes serbes dans les territoires qu'ils revendiquent. Le 9 janvier 1992, ces territoires sont réunis au sein de la République serbe de Bosnie-Herzégovine, entité autoproclamée[2].
Dans le cadre de cette réorganisation politique et territoriale, les autorités serbes de Bosnie, avec le soutien des structures de sécurité et des forces armées serbes, entreprennent de prendre le contrôle des municipalités considérées comme stratégiques.
Prise de contrôle de Gacko
modifierAu début de l'année 1992, l'Armée populaire yougoslave (JNA) retire les armes des dépôts de la Défense territoriale de Bosnie-Herzégovine et les distribue à la population serbe. En avril 1992, la JNA prend le contrôle de Gacko et ordonne à la population bosniaque de remettre les armes encore en sa possession[3].
Parallèlement, plusieurs formations paramilitaires serbes, notamment les hommes d'Arkan, les Bérets rouges et des unités de Tchetniks dirigées par Vojislav Šešelj, venues de Serbie et de Bosnie-Herzégovine, sont déployées dans la municipalité.
Les autorités serbes locales mettent en place des structures parallèles de pouvoir et placent les institutions municipales sous leur contrôle. Les responsables bosniaques sont progressivement écartés des fonctions administratives et politiques. Avec l'appui des forces militaires et policières serbes, les nouvelles autorités entreprennent des opérations dirigées contre la population bosniaque.
Selon les constatations du TPIY, les actes d'intimidation contre les Bosniaques commencent dès le mois de mars 1992.
En mai et juin 1992, de nombreux Bosniaques musulmans sont arrêtés et soumis à des mauvais traitements par les Aigles blancs (paramilitaire). Au cours de la même période, la mosquée de Gacko est détruite à l'explosif par des forces serbes. La majeure partie de la population bosniaque quitte ensuite la municipalité pour se réfugier à Fazlagića Kula et à « Borac »[4].
Attaques contre les villages
modifierÀ partir du printemps 1992, plusieurs localités de la municipalité de Gacko sont attaquées par des forces serbes comprenant des unités de l'Armée populaire yougoslave (JNA), puis de l'Armée de la Republika Srpska (VRS), des forces de police relevant du « Ministère de l'Intérieur de la Republika Srpska » (MUP RS), ainsi que diverses formations paramilitaires.
Plusieurs villages, notamment Međuljići, Bašići (Gacko), Fazlagića Kula, Gračanica (Gacko) et Avtovac, ont été attaqués.
Ces opérations sont menées dans le cadre de la prise de contrôle des territoires revendiqués par les autorités serbes de Bosnie. Les structures policières locales, placées sous l'autorité du « Centre de sécurité publique de Trebinje »(CSB Trebinje), participent également aux opérations conduites contre la population bosniaque de la municipalité.
Les offensives sont accompagnées de bombardements, d'incendies de maisons, d'arrestations arbitraires, de pillages et de destructions de biens. Dans plusieurs villages, les habitants sont contraints de fuir, tandis que les hommes sont souvent séparés des femmes et des enfants avant d'être arrêtés ou transférés vers des lieux de détention[5].
Le 17 juin 1992, les forces serbes, comprenant notamment des unités du « corps d'armée d'Užice » de la JNA de Serbie ainsi que des forces de police locales, attaquent Fazlagića Kula. Les habitants bosniaques tentent d'organiser une défense, mais les forces serbes utilisent l'artillerie, des mortiers et des chars pour prendre la localité[4].
Les massacres
modifierÀ la suite de la prise de contrôle de la municipalité de Gacko en 1992, plusieurs massacres et exécutions de civils bosniaques sont commis par des membres des forces militaires, policières et paramilitaires serbes.
Selon les constatations du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), les victimes sont principalement des civils qui ne participent pas aux combats. Les crimes comprennent des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des mauvais traitements et des persécutions commises dans le cadre de la campagne de nettoyage ethnique menée contre la population non serbe.
Parmi les crimes établis par les juridictions internationales figurent notamment :
- En mars 1992, deux civils bosniaques sont arrêtés puis tués par des membres d'une unité paramilitaire serbe à Gacko[6].
- En juin 1992, quatre civils bosniaques sont exécutés à l'hôtel de la centrale électrique de Gacko[4]
- Le 17 juin 1992, lors de l'attaque contre Fazlagića Kula , environ 130 femmes, enfants et personnes âgées bosniaques sont tués alors qu'ils attendent d'être évacués de la municipalite[7].
- Le 3 juillet 1992, cinq hommes bosniaques détenus au commissariat de police de Gacko sont exécutés par des Serbes locaux sur ordre du chef de la police Popić[6].
- Le 13 août 1992, sept civils bosniaques amenés depuis les locaux du SJB de Gacko sont exécutés sur le pont de Kotlina par des membres de la police de Gacko[4], [8].
- Un nombre indéterminé de civils bosniaques originaires de Gacko et de Kalinovik sont tués alors qu'ils sont détenus dans l'école primaire de Kalinovik[6].
Le TPIY a conclu que ces crimes s'inscrivaient dans une campagne coordonnée visant à éliminer durablement la présence de la population bosniaque dans la municipalité de Gacko et dans les territoires revendiqués par les autorités serbes de Bosnie.
Centres de détention
modifierSelon les constatations du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), environ 270 Bosniaques musulmans et Croates sont détenus dans six centres de détention de la municipalité de Gacko, notamment dans la caserne de la JNA, les locaux du SJB de Gacko, l'hôtel de la centrale électrique , Bureau de poste d’Avtovac. Fazlagića Kula et Hôtel Samacki [9],[4].
Plus de 150 à 170 Bosniaques musulmans sont notamment détenus dans le sous-sol de l'hôtel de la centrale électrique, situé à environ 500 mètres des locaux du SJB de Gacko[4].
Les détenus sont soumis à des passages à tabac, des actes de torture, des traitements cruels et inhumains, ainsi qu'à des violences sexuelles, notamment des viols. Les conditions de détention sont particulièrement précaires en raison de la surpopulation, du manque de nourriture et des mauvais traitements infligés par les gardiens et d'autres membres des forces serbes[3].
Destructions et expulsions
modifierÀ la suite des opérations militaires et policières, de nombreuses habitations appartenant à des Bosniaques sont incendiées ou détruites. Des biens privés, des commerces ainsi que plusieurs édifices religieux sont également endommagés ou détruits.
Ces destructions s'accompagnent de l'expulsion forcée de la population non serbe de la municipalité. Selon les constatations du TPIY, environ 3 000 non-Serbes qui résidaient dans la municipalité de Gacko en 1991 sont devenus des personnes déplacées ou des réfugiés en 1997[4].
Le TPIY a conclu que ces expulsions et destructions s'inscrivaient dans la campagne de nettoyage ethnique menée contre la population non serbe de la municipalité.
Procédures judiciaires
modifierLes crimes commis dans la municipalité de Gacko en 1992 ont été examinés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), notamment dans l'affaire Le Procureur c/ Mićo Stanišić et Stojan Župljanin[3]. Dans son jugement, le TPIY a établi que Mićo Stanišić, ministre de l'Intérieur de la Republika Srpska, et Stojan Župljanin, chef du Centre de sécurité publique de Banja Luka, avaient participé à une entreprise criminelle commune visant à éliminer durablement les populations bosniaques et croates des territoires revendiqués par les autorités serbes de Bosnie. L'affaire Stanišić et Župljanin portait sur des crimes commis dans plusieurs municipalités de Bosnie-Herzégovine en 1992, dont Gacko. Les charges retenues comprenaient notamment les persécutions, les meurtres, les tortures, les expulsions forcées, les transferts forcés, les détentions illégales, les violences sexuelles et la destruction de biens appartenant aux populations non serbes.
Le 27 mars 2013, la Chambre de première instance du TPIY a condamné Mićo Stanišić et Stojan Župljanin à 22 ans d'emprisonnement pour crimes contre l'humanité et violations des lois ou coutumes de la guerre. La Chambre d'appel a confirmé les condamnations et les peines le 30 juin 2016.
Les crimes commis dans la municipalité de Gacko ont également fait l'objet de procédures devant les juridictions nationales de Bosnie-Herzégovine, notamment la Cour de Bosnie-Herzégovine, qui a poursuivi certains auteurs directs impliqués dans les crimes contre les civils[10].
Références
modifier- ↑ « Le Procureur c/ Mićo Stanišić et Stojan Župljanin, jugement, tome 1 », TPIY, , p. 483, paragraphe 1241
- ↑ (en) Robert J.Donia, « The Origins of Republika Srpska, 1990-1992 »
- 1 2 3 TPIY, « Résumé du jugement rendu dans l’affaire Stanišić et Župljanin »,
- 1 2 3 4 5 6 7 « Le Procureur c/ Mićo Stanišić et Stojan Župljanin, jugement, tome 1 », TPIY, , p. 465 - 486, paragraphes 1199-1251
- ↑ Nations Unies, « Comité des droits de l'homme, Bosnie et Herzegovine CCPR/C/89 »,
- 1 2 3 TPIY, « Le Procureur c/ Momčilo Krajišnik, IT-00-39-T, Jugement », , p. 277, paragraphe 718
- ↑ TPIY, « Le Procureur c/ Momčilo Krajišnik, IT-00-39-T, Jugement », , p. 280, paragraphe 720
- ↑ (en) « Witness Describes Execution Ordeal », sur iwpr.net,
- ↑ TPIY, « Le procureur de Tribunal contre Momcilo Krajisnik et Biljana Plavsic, Acte d’accusation consolidé modifié »
- ↑ (en) « Court Jails Two Bosnian Serbs For War Crimes », sur rferl.org,