Mastaba de Chepseskaf
Le mastaba el-Faraoun est le nom donné par les Égyptiens contemporains au tombeau de Chepseskaf, dernier souverain de la IVe dynastie. Ce tombeau marque un tournant dans l'édification des tombes royales de l'Ancien Empire. En effet, depuis la IIIe dynastie, chaque roi se fait édifier un complexe funéraire dont le principal monument est une pyramide qui atteint avec la IVe dynastie des proportions colossales et une perfection géométrique qui force l'admiration depuis l'Antiquité. Non seulement Chepseskaf rompt avec le choix de ses prédécesseurs de bâtir le complexe funéraire en face d'Héliopolis, en faisant établir le sien propre à Saqqarah, mais plus encore la rupture semble être complète par l'édification non plus d'une pyramide mais d'un gigantesque mastaba qui néanmoins est inclus dans un complexe funéraire.
| Commanditaire | ||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Autre nom |
Qebeh Shepseskaf, Qbḥ Špss-kȝ=f (« Shepseskaf est rafraîchi ») Nom arabe : "Mastaba el-Faraoun" (Le banc du pharaon) | |||||||||
| Nom (hiéroglyphes) | ||||||||||
| Construction |
entre 2 472 et 2 467 av. J.-C. | |||||||||
| Type | ||||||||||
| Hauteur |
18 mètres | |||||||||
| Base |
99,6 × 74,4 m | |||||||||
| Inclinaison |
65° | |||||||||
| Coordonnées |
Ce fait est diversement interprété par les égyptologues. Certaines théories penchent en faveur d'un complexe inachevé en raison de la brièveté du règne ce qui expliquerait que la plupart des éléments du complexe sont en briques crues. D'autres militent pour une remise en question du dogme héliopolitain, le choix de la forme du monument, qui s'apparenterait soit à une reproduction du sanctuaire primitif de Bouto soit à un gigantesque sarcophage démontrant une volonté affichée du roi de se rapprocher du mythe osirien.
Quoi qu'il en soit, ce tombeau à l'écart des sentiers battus reste une œuvre typique de la IVe dynastie par la disposition des appartements funéraires royaux, le choix des matériaux de construction et de revêtement du monument ou encore par le plan du complexe funéraire dans son ensemble.
Emplacement
modifierLa monument est le premier monument d'envergure construit dans le sud de Saqqarah-Sud. Les précédents monuments d'envergure les plus proches étaient alors la pyramide de Djéser au nord, dans le nord de Saqqarah, et les pyramides de Snéfrou, à Dahchour. Par la suite, Saqqarah-Sud sera privilégié comme site de construction de tombes royales à partir de Djedkarê Isési, jusqu'à la pyramide de Pépi II, construit immédiatement au nord du mastaba de Chepseskaf.
Exploration du monument
modifierLe monument fut décrit pour la première fois par John Shae Perring au milieu du XIXe siècle[1]. Karl Richard Lepsius rechercha également le tombeau, mais sans mener d’étude approfondie[1]. La première exploration des parties souterraines de la structure fut réalisée par Auguste Mariette en 1858, qui ne publia cependant aucun compte-rendu de ses fouilles ; seuls des plans non commentés furent publiés de manière posthume par Gaston Maspero en 1889[2]. Une fouille complète du complexe funéraire fut entreprise pour la première fois par Gustave Jéquier en 1924 ou 1925[1]. Il fut également le premier à attribuer la structure à Chepseskaf, suite à la découverte dans la cour devant le petit temple funéraire de nombreux fragments d'une statue en dolérite contemporaine du monument[note 1] dont le cartouche, lacunaire, se finissait par ...kaf — ne laissant donc comme possibilité que Chepseskaf et Ouserkaf[3],[note 2] — ainsi que deux fragments joints d'une dalle datée du tout début du Moyen Empire et mentionnant une prêtrise du culte funéraire de Chepseskaf[note 3],[5]. Auparavant, le tombeau avait été attribué par erreur à Ounas, le dernier souverain de la Ve dynastie[6].
Le complexe funéraire
modifier
Ce complexe adopte le schéma classique des complexes mis au point pour les souverains de la IVe dynastie avec un temple de la vallée et une chaussée montante le reliant à un temple funéraire inclus dans le péribole ceignant le tombeau royal. Le temple de la vallée n'a pas encore été localisé avec précision et n'a donc fait pour le moment l'objet d'aucune fouille[9].
Temple funéraire
modifier
Le temple haut est particulièrement détruit, au point que les murs restants ne sont conservés que sur trois assises maximum, et qu'en bien des points, il ne reste que les fondations, dallage et murs ayant été enlevés : ainsi, le plan n'a pu être déduit en ces points parce que le dallage reposait sur de la terre pilée, tandis que la base des murs reposait sur des fondations en pierre[11]. De plus, l'angle Sud-Ouest de la cour dallée et les murs qui la bordait de ce côté ont disparu, car un énorme trou d'une quinzaine de mètres de profondeur avait été creusé à une date indéterminée et dans lequel rien ne fut trouvé[12]. Au-dessus de ce trou, cependant, des fragments d'une statue en dolérite de Chepseskaf ont été découverts[3] (il s'agit de l'un des éléments ayant permis d'identifier le propriétaire du mastaba, les autres objets contemporains découverts dans le complexe se résumant à des vases[13]).
Accolé à la face est du tombeau royal, à l'instar des autres complexes funéraires royaux de la dynastie, le temple avait été construit devant une avant-cour, délimitée par l'enceinte interne en briques, et comportait lui-même une cour intérieur, destinée aux rites de purification des offrandes avant leur présentation dans les salles réservées au culte du roi défunt à l'arrière de l'édifice. La première assise, haute de 1 m, des murs extérieurs du temple cultuel était construite en granit ; des blocs restent encore en place sur les murs Nord et Est de l'édifice. Le reste des murs était construit en calcaire de Tourah. Ces murs, d'une épaisseur de 2,20 m, étaient construits en de demi-murs entre lesquels du remplissage était mis en place[14]. Les murs intérieurs du temple avait la même épaisseur et la même méthode de construction, mais l'état de délabrement du temple est tel que la fouille n'a pas permis de déterminer si la première assise de ces murs était aussi en granit ou bien en calcaire de Tourah[15].
La façade Est du temple était percée de deux portes, liant ainsi l'avant-cour et le temple. La première, au centre de la façade, mène à la cour intérieur mentionnée précédemment ; cette cour couvre près de la moitié de la surface du temple et n'a pour seule particularité de posséder un système d'évacuation des eaux, notamment des eaux de libation, qui court sous le dallage depuis le centre de la cour vers le Nord pour déverser les eaux hors du temple, dans une cuve rectangulaire taillée dans un seul bloc[16]. La seconde porte, située au sud de la façade Est, mène à un couloir longeant le mur Sud du temple ; à l'extrémité ouest de ce couloir se trouvent trois portes : l'une, perçant la façade Sud du temple, mène à la cour située entre l'enceinte interne et le mastaba et entourant ce dernier ; celle du nord conduit au couloir longeant par l'ouest la cour, tandis que la porte ouest mène à la partie intime du temple[16].
Le couloir longeant par l'ouest la cour, et accessible également depuis cette dernière depuis une porte située en face de celle mentionnée précédemment et liant l'avant-cour à la cour, mène à ce qu'il semble être une petite courette, divisée par des murets et au centre de laquelle démarrait un système d'évacuation des eaux permettant d'évacuer les eaux de libation au nord du temple, dans une petit bassin en terre accolé à la cuve rectangulaire mentionnée précédemment. Entre cette courette et le mastaba se trouvaient deux petites chambres, probablement des magasins. Il est possible, mais incertain à cause de l'état très dégradé de cette portion du mur, qu'une porte perçait le mur Nord au niveau de la courette pour s'ouvrir sur l'espace entre le mastaba et le mur d'enceinte interne. Quant à la partie intime du temple, il est constitué de deux petites chambres orientées est-ouest et du sanctuaire en forme de T[12]. Il est à noter que ce sanctuaire en forme de T est une disposition que l'on ne retrouve pas dans les temples funéraires des pyramides contemporaines ; là où les autres temples funéraires comportaient une salle de culte à cinq niches[12]. Ce changement démontrerait selon certaines hypothèses que ce monument répondait à des obligations théologiques différentes, pour ne pas dire divergentes, de celles adoptées par la plupart des souverains de la IVe dynastie.
Avant-cour
modifier
L'avant-cour carrée située devant le temple funéraire est d'une surface presque égale à celle du temple lui-même. Cette avant-cour est délimitée à l'ouest par le temple, et au nord, au sud et à l'est par des murs en brique crue crépies d'un enduit jaune-brun, qui ont la particularité d'être en « façade de palais » côté intérieur : le motif est classique sur le mur Nord, et simplifié sur les murs est et sud. La raison de cette différence est cependant inconnue, mais se retrouve dans la pyramide de Mykérinos[18].
Au milieu du mur Est, en face de l'entrée centrale du temple funéraire, se trouvait une porte. Cependant, à une date indéterminée, une réfection a eu lieu à ce niveau-là, et la porte fouillée par Gustave Jéquier, renforcée par des pierres mal taillées, n'est pas la porte originelle[19]. Une autre porte dans le mur sud menait au vestibule qui clôturait la chaussée montante. Cependant, l'état actuel est très dégradé et le massif originel a subi plusieurs remaniements successifs, rendant très difficile la reconstitution de cette zone du complexe[20]. Ainsi, ce temple haut et sa double enceinte comportaient deux accès. Ce point semble indiquer un changement dans la pratique cultuelle car on ne trouve pas ce double accès dans les temples funéraires précédents. L'ensemble est comparable au plan du temple de la vallée de Mykérinos et c'est précisément cette ressemblance qui interroge la fonction finale de l'édifice.
Les murs Nord et Sud ont été modifié : à l'origine, ils rejoignaient le temple funéraire, formant un prolongement des murs Nord et Sud de ce temple ; cependant, à une date indéterminée, l'extrémité ouest du mur Nord a été démolie et le mur restant a été continué par deux angles droits successifs pour contourner le temple funéraire et rejoindre le mur d'enceinte interne ; de même, le mur Sud a été coupé en son milieu et a été continué par deux angles droits successifs pour contourner le temple funéraire et rejoindre le mur d'enceinte interne. En conséquence, l'avant-cour n'était fermée mais complètement ouverte, par les côtés Nord et Sud, sur l'espace entre le mastaba et le mur d'enceinte interne[20]. En conséquence, après ces modifications, le temple funéraire en pierre est resté isolé devant le mastaba[20].
Enceintes
modifier
L'une des originalités du complexe est la double enceinte de brique crue qui délimite ainsi deux espaces imbriqués ; l'enceinte interne fait le tour du mastaba à une distance d'environ 10 mètres, celle externe étant distante d'environ 48 mètres de la première[20]. Ces murs étaient crépies du même enduit jaune-brun, caractéristique de la période. Le mur interne est conservé sur presque tout son parcours, à l'exception d l'angle Nord-Est où il a disparu ; le mur est conservé en moyenne sur deux ou trois lits de briques, et est même conservé jusqu'à une hauteur d'un peu plus de 2,5 mètres au niveau du mur Ouest[22]. Le mur externe n'est quant à lui conservé que sur de petits tronçons dans la partie sud du complexe : de la section nord du mur Est, c'est-à-dire au nord de la chaussée, il ne que le tronçon accolé à la dite chaussée, le reste ayant disparu pour laisser la place à des tombeaux plus récents ; plus au nord se trouve une large dépression où aucun vestige du mur n'a été trouvé ; quant au mur Nord et à la section nord du mur Ouest, ils devaient se trouver dans une zone réoccupée à la fin de la VIe dynastie pour devenir une nécropole associée au complexe pyramidal de Pépi II, ce qui fait qu'un vestige du mur n'a été découvert[9].
Le mur interne faisait donc le tour du mastaba et venait, côté Est, s'appuyer contre les murs du temple funéraire. L'espace entre le mastaba et l'enceinte n'était à l'origine accessible que depuis la porte perçant le mur Sud du temple funéraire et, peut-être, par une porte perçant le mur nord au niveau de la courette. Cependant, comme indiqué précédemment, les tronçons de l'enceinte accolés au temple funéraire furent démolis pour permettre à l'avant-cour de s'ouvrir à l'espace situé entre le mastaba et l'enceinte interne. Ce mur d'enceinte présente la particularité d'avoir une porte murée près du coin Nord-Ouest, qui semble n'avoir été utilisée que pendant la construction du complexe[23]. Rien ne se trouvait dans l'espace entre le mastaba et l'enceinte interne, à l'exception des deux bassins situés immédiatement au nord du temple et recevant les eaux des libations[24]. Quant à l'espace entre les deux murs d'enceinte, seules deux petites portes situées l'une en face de l'autre à l'extrémité ouest de la chaussée, juste avant le vestibule, permettaient d'y accéder[9].
Les murs des deux enceintes étaient construits de manière régulière : la base était de 2,05 mètres d'épaisseur (soit environ 4 coudées), avec un fruit de chaque côté qui fait qu'à une hauteur de 2,5 mètres, l'épaisseur était d'environ 1 mètre. La hauteur totale ne devait pas dépasser 3 mètres ou 3,50 mètres, se terminant au sommet par un faîtage en dos d'âne (forme habituelle pour de tels murs à cette époque)[23].
Chaussée
modifierSi le temple de la vallée, et donc le point de départ de la chaussée, n'ont pas été repérés, la chaussée elle-même a été reconnue par Gustave Jéquier sur une longueur de près de 760 mètres jusqu'au temple funéraire[9]. Le désert s'élevant en pente douce et sans accident de terrain, aucun travaux conséquent n'a été nécessaire pour la construction de la chaussée. Si la construction de petits remblais ou le creusement de petites tranchées ont été nécessaires, alors aucune trace n'a pour l'instant été découverte[9]. Le tracé de la chaussée n'est d'ailleurs pas rectiligne mais brisé au premier tiers de son parcours obliquant, dans le sens de la descente, vers le nord, en direction donc du temple de la vallée[25].
La chaussée elle-même, d'un style très simple, traduisant probablement un achèvement à la hâte, consiste en un long et étroit corridor en brique crue couvert en voûte en berceau à lits inclinés et aux parois crépies de l'enduit jaune-brun caractéristique et sans décoration. La largeur du passage est de 1,70 mètre et sa hauteur sous voûte de moins de 3 mètres[25]. Les murs en brique sont épais à la base de 1,20 mètre et sont conservés selon les endroits de l'état d'arasement jusqu'à mi-hauteur ; dans la partie la plus près de la vallée, la chaussée est même entièrement conservée[26].
À l'extrémité aval de la partie dégagée de la chaussée ont été découvertes des bases de colonnes, taillées grossièrement ; elles pourraient provenir du portique faisant la jonction entre le temple de la vallée et la chaussée, mais elles pourraient également provenir d'une autre construction d'une tout autre époque[25]. Non loin ont également été découverts des vases datés de la VIe dynastie[27]. La particularité de la chaussée est qu'elle débouche dans un vestibule au sud-est du temple funéraire, et non pas dans l'axe[25].
Le mastaba
modifier
La superstructure
modifierInitialement et lorsque le monument était achevé, le tombeau de Chepseskaf se composait d'un gigantesque édifice dont la construction est dans la droite ligne des édifices de la IVe dynastie tant par la qualité des matériaux usités que par leur taille. Actuellement le monument se présente sous la forme d'un grand mastaba à deux degrés de cinq assises de blocs de calcaire local. Ces blocs sont colossaux et s'apparentent dans leur disposition aux constructions pyramidales des prédécesseurs de Chepseskaf. L'ensemble était recouvert d'un revêtement de calcaire fin de Tourah, disparu aujourd'hui, qui reposait sur les premières assises conçues en granit rouge d'Assouan à l'instar des revêtements des pyramides de Gizeh.
Là s'arrête la comparaison car en lieu et place d'un monument pyramidal l'architecture choisie pour édifier le tombeau royal rompt avec la tradition. Orienté nord-sud ce bâtiment mesurait initialement 99,60 mètres de longueur sur 74,40 mètres de large pour une hauteur dépassant d'environ 18 mètres, avec des murs accusant un fruit à la forte inclinaison de 65°[28]. Le toit du monument était bombé à l'image des représentations classiques du tombeau dans les reliefs et descriptions antiques. Il semble que dès sa conception ce monument fut pensé sous cette forme rectangulaire qui, si elle rappelle aujourd'hui celle d'un mastaba, devait autrefois prendre l'aspect de la chapelle primitive du sanctuaire de Bouto ou encore d'un tombeau primitif de l'époque thinite ou plus traditionnellement celui d'un monumental sarcophage, ces trois exemples répondant à des notions architecturales équivalentes lorsqu'ils sont transposés à une telle échelle[29]. Les restitutions proposées par les égyptologues reprennent la plupart du temps l'exemple du sarcophage colossal.
Les fondations
modifierLe sol, constitué d'un conglomérat de sable et de cailloux, n'étant pas homogène, et la roche n'affleurant nulle part dans la zone, la construction du monument a nécessité la mise en place d'une solide fondation[30]. L'ensemble du monument repose donc sur une fondation couvrant l'ensemble de la surface du monument et dépassant de chaque côté de 2,5 m et située à une profondeur de 2,5 m également[31]. Cette fondation est constituée de gros blocs 1,5 m de haut et provenant d'une carrière dans la montagne libyque située à quelques kilomètres au Sud-Ouest du monument (une route dallée menant de cette zone d'extraction a été repérée par Karl Richard Lepsius puis par Jacques de Morgan[31]). Si les blocs sont d'une hauteur homogène, ils sont de longueur et de largeur variables ; cependant, ils ont été assemblés de manière à limiter les espaces entre les blocs, espaces remplis de mortier et de cailloux[31]. Une partie des fondations a été mise au jour, notamment au niveau de l'angle Sud-Est du mastaba[32]. Gustave Jéquier a constaté, lors de sa fouille, que ces fondations n'avaient pas bougées depuis leur mise en place[31].
Le gros œuvre
modifier
Le gros œuvre est constituée du même matériau que les fondations ; cependant, leurs dimensions sont plus régulières et leur taille, plus soignée[31]. Le calcaire utilisé, de moindre qualité que celui du parement, a cependant subi l'érosion éolienne ; les angles du monument sont maintenant arrondis, et certains assises sont mêmes profondément creusées. Ceci se remarque notamment sur la face Nord du monument[34].
Le monument est constituée de dix assises relativement régulières de 1,50 mètre à 2 mètres, chaque assise étant placée un peu en retrait par rapport à l'assise du dessous, créant ainsi un fruit au niveau des faces extérieures caractéristiques des mastabsa[34]. La plupart des blocs occupent toute la hauteur de leur assise ; cependant, en certains endroits, deux blocs ont été utilisés. Entre la cinquième et sixième assise se trouve un décroché de près de 2 mètres de profondeur, rappelant un peu les pyramies à degrés. Si ce décroché interroge, il était cependant prévu depuis le départ, comme le montre la manière dont les blocs de la sixième assise reposent sur ceux de la cinquième[34].
Une large profonde brèche creusée dans la face nord à une époque inconnue par des pilleurs de tombes permet de constatée que ces assises bien réglées et homogènes n'ont été construites que sur une profondeur de six à sept mètres, tout du moins sur la face nord. En effet, le cœur du monument est fait de pierres plus petites, moins bien taillées, disposées avec moins de soin et dont les intervalles, plus larges, sont comblés avec du mortier. Cette méthode de construction n'est pas unique à ce monument, mais typique des monuments égyptiens, notamment des autres pyramides de la dynastie[34].
Le toit du mastaba n'était pas plat mais bombé selon l'axe Est-Ouest, avec un écart de hauteur, une fois le parement installé, de 3 mètres entre le milieu du toit et le haut des parois Est et Ouest[29]. De même, aux extrémités Nord et Sud du toit se trouvaient deux massifs rectangilaires occupant toute la largeur de l'édifice et épais de 5 mètres[29]. Si l'érosion a fortement érodée la face Nord, il reste une bonne partie du massif de la face Sud, avec même quelques traces de blocs de parement encore visibles[29].
Le parement
modifierLe parement était constitué de gros blocs de calcaire provenant de la carrière de Tourah, qui reposaient sur les premières assises conçues en granit rouge d'Assouan (la partie en granit est cependant d'une hauteur inconnue)[35]. Ce parement reposait lui aussi sur les fondations du monument, mais plus précisément sur un lit de blocs de calcaire de qualité couvrant ces fondations et qui devait, à l'origine, tout juste affleurer du sol. Aujourd'hui, ce lit de blocs de qualité forment comme un troitoir au-dessus du sol environnant[28]. Ce parement, une fois mis en place, cachait les petits retraits entre chaque assise ainsi que le décroché de près de 2 mètres de profondeur, laissant ainsi des faces parfaitement lisses[36]. Lespace entre ce parement et la massif du gros œuvre était comblé de matériaux divers assemblés avec du mortier ; ce remplissage est conservé en bien des endroits et cache encore aujourd'hui une partie significative des blocs du gros œuvre, notamment au niveau du décroché de 2 mètres où il en reste une grande quantité, ce qui prouve d'ailleurs que ce gradin n'était pas reporté sur les faces du monument[37].
Ces blocs ont tous été enlevés des faces du monument[note 4], mais certains se trouvaient encore dans les talus de déblais entourant le monument et formés lors de l'exploitation du monument comme carrière[36]. Les blocs de parement varient en longueur de 1,50 mètres à 2 mètres, et la hauteur n'était pas constante[36]. Le fruit mesuré varie de 61° à 69° ; ceci s'explique probablement parce que les lits du parement n'étaient pas tous parfaitement horizontaux mais s'incliaient, pour certains, légèrement vers l'intérieur. La majorité des angles étant de 64° et 65°, cette dernière valeur est en général retenue comme fruit des faces du monument[38].
Les appartements funéraires
modifier

Le dispositif souterrain dont l'accès reste traditionnellement sur la face nord du monument, reprend celui existant chez Mykérinos en le simplifiant et en lui donnant un plan plus cohérent. L'ensemble a été bâti en maçonnerie entièrement parée de granite rouge d'Assouan au fond d'une fosse, d'une profondeur de sept mètres, creusée dans le plateau calcaire du site. Ce dispositif rappelle les grandes excavations de Zaouiet el-Aryan ou d'Abou Rawash sur une échelle moins spectaculaire[40].
Un premier couloir, de 1,15 mètre de large pour 1,27 mètre de haut[41], s'enfonce sur une 20,75 mètres (aujourd'hui 16,30 mètres[note 5]) dans le massif du monument, selon une pente de 23° 30′[42], et poursuivant dans la fosse, débouche sur un corridor obturé par trois porticulli de granite épais de 30 cm[41]. Après cette section, le passage passe à l'horizontal. Au début, elle forme une petite chambre de 2,67 mètres de long et de 2,00 mètres de haut. Derrière cette chambre suivent trois pierres encore ancrées dans le plafond. À ce stade, le passage a une largeur de 1,10 mètre et sa hauteur diminue à 1,27 mètre. Ici, les murs et le plafond sont recouverts de granit. Après la chute des pierres, la hauteur du passage augmente à nouveau, mais le sol est très irrégulier à cet endroit, car il n'était plus pavé. Après une nouvelle réduction de la hauteur à 1,20 mètre et une distance horizontale totale de 19,46 mètres, le passage mène finalement à l'antichambre[41].
L'antichambre a une longueur est-ouest de 8,31 mètres, une largeur de 3,05 mètres et une hauteur de 5,55 mètres. Elle était couverte par un système de dalles monolithiques en granit non poli disposées en chevrons[43]. De son côté ouest, un couloir de 1,20 mètre de haut, 1,11 mètre de large et 1,54 mètre de long avec une pente de 10° 30′ mène à la chambre funéraire. Elle mesure 7,79 mètres de long, 3,85 mètres de large et 4,90 mètres de haut[42]. Elle possède un toit également composé de dalles monolithiques de granit non poli disposées en chevrons, et dont le soffite avait été retaillé en cintre, lui donnant l'aspect d'une voûte[43]. Cette particularité se trouve également dans les appartements funéraires de Mykérinos à Gizeh. Lors de l'exploration du caveau, des débris d'un sarcophage, qui était probablement fait de grauwacke ou de basalte, à la décoration en façade de palais et doté d'une gorge égyptienne a permis de restituer une œuvre similaire au sarcophage de Mykérinos[43]. Une inscrition d'un prêtre, lacunaire, a été inscrite sur la paroi est de la chambre funéraire, seule inscription retrouvée à l'intérieur du mastaba[43].
Depuis l'angle sud-est de l'antichambre, un couloir mène plus au sud. Il mesure 10,62 mètres de long, 1,14 mètre de large et entre 2,10 et 2,30 mètres de haut. Sur son côté est, il y a quatre niches étroites, une autre sur son côté ouest, directement en face de la niche orientale la plus reculée. Les niches orientales ont une longueur de 2,10 à 2,27 mètres, une largeur de près de 0,80 mètre et une hauteur de 1,40 mètre, la niche occidentale a une longueur de 2,65 mètres et une largeur de 1,16 mètre. Ces niches devaient abriter le mobilier funéraire du roi. Deux d'entre elles, celle de l'ouest et la première parmi celles de l'est, ont été creusées par les pilleurs, permettant ainsi de voir ce qui se trouve derrère les blocs de granit des appartements funéraires : de gros blocs de calcaire de Tourah, entassés soigneusement mais sans mortier permettant de les lier les uns aux autres[44].
Histoire du monument
modifierDans les inscriptions officielles désignant le complexe funéraire de Chepseskaf, le déterminatif mer désignant la pyramide est systématiquement employé. Les appartements funéraires de cette tombe sont par ailleurs semblables à ceux d'une pyramide. Les matériaux employés restent en taille et en qualité des matériaux analogues à ceux utilisés pour l'édification des pyramides de Gizeh par exemple. Le complexe reprend les éléments essentiels des complexes pyramidaux avec un temple bas, une chaussée et un temple haut accolé à la face est du cénotaphe royal. Tout semble indiquer qu'initialement Chepseskaf avait l'intention de se faire bâtir une pyramide bien que le choix de son emplacement marque une réelle rupture avec la nécropole dynastique traditionnelle.
Cependant ces faits semblent se contredire avec les résultats des études menées sur le monument depuis Mariette jusqu'à Hawass en passant par Gustave Jéquier qui le premier en dressa un plan complet. En effet, ces travaux démontrent qu'il n'y a pas eu de changements au cours de l'édification du monument et que s'il a été en effet achevé à la hâte par son successeur Ouserkaf, notamment en ce qui concerne le temple funéraire et sa double enceinte, son plan avait été dès le départ celui du monument que nous connaissons aujourd'hui. De plus les différences notoires et sans précédent dans le plan du temple funéraire incitent à penser qu'il y a eu de la part du roi une volonté délibérée de marquer le pas et de ne pas s'associer à l'entreprise titanesque de ses prédécesseurs et probablement à la théologie qui la soutenait. Sa mort, sans doute prématurée, intervint alors que le caveau et le monument principal du complexe étaient en voie d'achèvement et le temple funéraire en cours d'édification.
Chepseskaf y reçut un culte jusqu'à la fin de la VIe dynastie, qui sera réactivé au Moyen Empire à la suite de la période d'anarchie de la Première Période intermédiaire[45].
Photos
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Gustave Jéquier la juge du même style que les statues de Khéphren et Mykérinos retrouvées à Gizeh[3].
- ↑ La pyramide d'Ouserkaf a été identifiée comme étant celle de ce roi peu après la publication de l'ouvrage de Jéquier.
- ↑ Ces fragments ont été retrouvés dans une tombe voisine[4].
- ↑ Une inscription du prince Khâemouaset indique que le parement était encore intact sous le règne de Ramsès II[11].
- ↑ Les premiers mètres du premier couloir onté été détruits lors de l'exploitation du monument comme carrière[41].
Références
modifier- 1 2 3 Jéquier 1928, p. 2.
- ↑ Mariette et Maspero 1889, p. 361-365.
- 1 2 3 Jéquier 1928, p. 21.
- ↑ Jéquier 1928, p. 31.
- ↑ Jéquier 1928, p. 31 et Pl. XII.
- ↑ Jéquier 1928, p. 3.
- ↑ Jéquier 1928, p. 21, fig.12.
- ↑ Jéquier 1928, Pl. XII.
- 1 2 3 4 5 Jéquier 1928, p. 19.
- ↑ Jéquier 1928, p. 14, fig. 8.
- 1 2 Jéquier 1928, p. 13.
- 1 2 3 Jéquier 1928, p. 15.
- ↑ Jéquier 1928, p. 22-24.
- ↑ Jéquier 1928, p. 13-14.
- ↑ Jéquier 1928, p. 14.
- 1 2 Jéquier 1928, p. 14-15.
- ↑ Jéquier 1928, Pl. VI.
- ↑ Jéquier 1928, p. 16.
- ↑ Jéquier 1928, p. 16-17.
- 1 2 3 4 Jéquier 1928, p. 17.
- ↑ Jéquier 1928, p. 18, fig. 9.
- ↑ Jéquier 1928, p. 17-18.
- 1 2 Jéquier 1928, p. 18.
- ↑ Jéquier 1928, p. 18-19.
- 1 2 3 4 Jéquier 1928, p. 20.
- ↑ Jéquier 1928, p. 20 et Pl. X.2.
- ↑ Jéquier 1928, p. 20-21.
- 1 2 Jéquier 1928, p. 11.
- 1 2 3 4 Jéquier 1928, p. 9.
- ↑ Jéquier 1928, p. 6-7.
- 1 2 3 4 5 Jéquier 1928, p. 7.
- ↑ Jéquier 1928, p. 7 et Pl. V.
- ↑ Jéquier 1928, p. 10, fig. 3.
- 1 2 3 4 Jéquier 1928, p. 8.
- ↑ Jéquier 1928, p. 11-12.
- 1 2 3 Jéquier 1928, p. 10.
- ↑ Jéquier 1928, p. 12.
- ↑ Jéquier 1928, p. 10-11.
- ↑ Jéquier 1928, Pl. II.
- ↑ Jéquier 1928, p. 3-4.
- 1 2 3 4 Jéquier 1928, p. 4.
- 1 2 Lehner 1997, p. 139.
- 1 2 3 4 Jéquier 1928, p. 5.
- ↑ Jéquier 1928, p. 5-6.
- ↑ Jéquier 1928, p. 24-32.
Bibliographie
modifierBibliographie spécifique au mastaba
modifier- Auguste Mariette et Gaston Maspero, Les mastabas de l'Ancien Empire - Fragment du dernier ouvrage de A. Mariette, publié d'après le manuscrit de l'auteur, Paris, F. Vieweg, librairie-éditeur, (lire en ligne) ;
- Gustave Jéquier, Le mastabat Faraoun : douze ans de fouilles à Saqqarah, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale (IFAO), ;
- (it) Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi, L'Architettura delle Piramidi Menfite : La Grande Fossa di Zauiet el-Aryan, la Piramide di Micerino, il Mastabat Faraun, la Tomba di Khentkaus, vol. VI, Rapallo, Officine Grafiche Canessa, (lire en ligne).
Bibliographie générale sur les pyramides
modifier- Jean-Pierre Adam et Christiane Ziegler, Les pyramides d'Égypte, Paris, Hachette, , 222 p. (ISBN 9782014621242, lire en ligne) ;
- (en) Iorwerth Edwards, The pyramids of Egypt, Londres, Penguin Books, (1re éd. 1947) (ISBN 978-0140136340, lire en ligne) ;
- Zahi Hawass, Trésor des pyramides, White Star, , 416 p. (ISBN 978-8861123823) ;
- (de) Peter Jánosi, Die Pyramiden: Mythos und Archäologie, C.H. Beck, , 128 p. (ISBN 978-3406508318) ;
- Jean-Philippe Lauer, Le Mystère des pyramides, Paris, Presses de la Cité, , 3e éd. (1re éd. 1948) (ISBN 2-258-02368-8) ;
- (en) Mark Lehner, The Complete Pyramids, Londres, Thames & Hudson, , 256 p. (ISBN 978-0-5000-5084-2) ;
- Franck Monnier, L'ère des géants : Une description détaillée des grandes pyramides d'Égypte, Paris VIe, Éditions De Boccard, , 268 p. (ISBN 978-2-7018-0493-4) ;
- (de) Alberto Siliotti et Zahi Hawass, Pyramiden. Pharaonengräber des Alten und Mittleren Reiches, Köln, Karl Müller, , 168 p. (ISBN 978-3860706503) ;
- (de) Rainier Stadelmann, Die ägyptischen Pyramiden: Von Ziegelbau zum Weltwunder, Mainz am Rhein, Phillip von Zabern, coll. « Kulturgeschichte der antiken Welt » (no 30), (1re éd. 1985) (ISBN 978-3-8053-0855-7, OCLC 961317530) ;
- (en) Miroslav Verner, The Pyramids : The Archaeology and History of Egypt’s Iconic Monuments, Le Caire, New York, The American University in Cairo Press, (1re éd. 1997 (tchèque), 2001 (anglais)), 464 p. (ISBN 978-9774169885).
Autres références
modifier- Sydney Aufrère et Jean-Claude Golvin, L'Égypte restituée : Sites, temples et pyramides de Basse-Égypte, t. 3, Paris, Éditions Errance, , 364 p. (ISBN 978-2-87772-148-6) ;
- Jacques Vandier, Manuel d'archéologie égyptienne, vol. I, II, III.
