Matrice de Bézout
En mathématiques, une matrice de Bézout (ou bézoutienne) est une matrice carrée particulière associée à deux polynômes, introduite par James Joseph Sylvester en 1853 et Arthur Cayley en 1857, et nommée d'après Étienne Bézout[1],[2]. Le terme « bézoutien » peut également désigner le déterminant de cette matrice, qui est égal au résultant des deux polynômes. Les matrices de Bézout sont parfois utilisées pour tester la stabilité d'un polynôme donné.
Définition
modifierSoient et deux polynômes complexes de degré au plus n ,
(On peut remarquer que tout coefficient ou peut être nul.)
La matrice de Bézout d'ordre n associée aux polynômes P et Q est
où les valeurs se déduisent de l'identité
Il s'agit d'une matrice complexe n × n, et ses éléments sont tels que si on pose et pour chaque , alors:
À chaque matrice de Bézout, on peut associer la forme bilinéaire suivante, appelée la bézoutienne :
Exemples
modifier- Pour n = 3, on a pour tous polynômes P et Q de degré (au plus) 3 :
- On considère les deux polynômes et deux polynômes. Alors :
La dernière ligne et la dernière colonne sont toutes deux nulles car P et Q ont un degré strictement inférieur à 4. Les autres valeurs nulles s'expliquent par le fait que pour chaque , soit ou est nul.
Propriétés
modifier- est une matrice symétrique ;
- ;
- ;
- est une fonction bilinéaire ;
- est une matrice réelle si P et Q ont des coefficients réels ;
- est inversible si si et seulement si P et Q n'ont aucune racine commune.
- avec a pour déterminant le résultant de P et Q.
- Toute matrice de Bézout peut être réduite en une forme diagonale par blocs par une matrice de Vandermonde confluente [3].
Applications
modifierUne application importante des matrices de Bézout se trouve en théorie du contrôle. Pour le constater, on considère f(z) un polynôme complexe de degré n et on note q et p les polynômes réels tels que f(iy) = q(y) + i p(y) (avec y réel). On note également r le rang et σ la signature de . On peut alors montrer que :
- f(z) a n − r racines communes avec son conjugué;
- les r racines restantes de f(z) sont situées de telle sorte que :
- ( r + σ )/2 d'entre eux se trouvent dans le demi-plan gauche ouvert, et
- ( r − σ )/2 se trouvent dans le demi-plan droit ouvert ;
- f est stable au sens de Hurwitz si et seulement si est définie positive.
La troisième proposition énonce une condition nécessaire et suffisante de stabilité. Par ailleurs, la première proposition présente des similitudes avec un résultat concernant les matrices de Sylvester[4], tandis que la seconde peut être reliée au théorème de Routh-Hurwitz.
Références
modifier- ↑ Sylvester 1853.
- ↑ Cayley 1857.
- ↑ (en) D.A. Bini, V. Mehrmann et V. Olshevsky, Numerical Methods for Structured Matrices and Applications, Operator Theory: Advances and Applications Book 199, Birkhäuser, (ISBN 978-3-7643-8996-3, DOI 10.1007/978-3-7643-8996-3)
- ↑ (en) Harald K. Wimmer, « On the history of the Bezoutian and the resultant matrix », Linear Algebra and its Applications, vol. 128, , p. 27-34 (DOI 10.1016/0024-3795(90)90280-P)
- Arthur Cayley, « Note sur la méthode d'élimination de Bezout », J. Reine Angew. Math., vol. 53, , p. 366–367 (DOI 10.1515/crll.1857.53.366, lire en ligne
) - (en) M. G. Kreĭn et M. A. Naĭmark, « The method of symmetric and Hermitian forms in the theory of the separation of the roots of algebraic equations », Linear and Multilinear Algebra, vol. 10, no 4, , p. 265–308 (ISSN 0308-1087, DOI 10.1080/03081088108817420, MR 638124)
- (en) Victor Pan et Dario Bini, Polynomial and matrix computations, Basel, Switzerland, Birkhäuser, (ISBN 0-8176-3786-9)
- (en) Anthony J. Pritchard et Diederich Hinrichsen, Mathematical systems theory I: modelling, state space analysis, stability and robustness, Berlin, Springer, (ISBN 3-540-44125-5)
- (en) James Joseph Sylvester, « On a Theory of the Syzygetic Relations of Two Rational Integral Functions, Comprising an Application to the Theory of Sturm's Functions, and That of the Greatest Algebraical Common Measure », Philosophical Transactions of the Royal Society of London, The Royal Society, vol. 143, , p. 407–548 (ISSN 0080-4614, DOI 10.1098/rstl.1853.0018
, JSTOR 108572, lire en ligne)