Matthew Barney
Matthew Barney est un artiste américain né le à San Francisco. Travaillant avec le dessin, la photographie, le film, les installations vidéos et la sculpture.
| Naissance |
San Francisco (Californie, États-Unis) |
|---|---|
| Nationalité | Américaine |
| Profession | Réalisateur, photographe, sculpteur |
| Films notables | Cremaster |
Biographie
modifierJoueur de football américain accompli dans son lycée de l'Idaho, il découvre l'art et les musées lors de visites à sa mère divorcée à New York.
Il fait des études de médecine et, diplômé de Yale en 1989, il débute dans le milieu de l'art par l'entremise de la galeriste Barbara Gladstone et connaît un succès rapide.
Il vit un temps avec la chanteuse islandaise Björk, avec qui il a une fille, Isadora, née en 2002[1]. Ils se séparent en 2013, d'après Björk. Il vit et travaille à New York.
Matthew Barney est le lauréat du Prix Europa 2000 du meilleur jeune artiste (doté de 25 millions de lires) à la 45e Biennale de Venise en 1993. En 1996, il est le premier bénéficiaire du prix Hugo Boss, attribué par la fondation Guggenheim.
Oeuvre
modifierUne pratique entre sculpture, performance et cinéma
modifierMatthew Barney développe une pratique associant sculpture, dessin, photographie, performance, installation et cinéma. Les films ne constituent pas dans son travail un domaine séparé des arts plastiques : ils sont généralement conçus en relation avec des objets, des décors, des costumes, des dessins et des actions performatives, ensuite présentés dans l’espace d’exposition[2].
Son œuvre s’organise fréquemment autour de la transformation de la matière et du corps. Elle met en relation l’effort physique, la résistance, la croissance biologique, la différenciation sexuelle et la production de formes. Ces processus sont associés à des récits empruntant à la mythologie, au sport, à l’histoire, à l’architecture, à la géologie et aux cultures populaires.
Barney emploie des matériaux industriels ou organiques tels que la vaseline, les résines plastiques, le silicone, la cire, les métaux et les thermoplastiques. Certains de ces matériaux sont choisis pour leur instabilité ou leur capacité à passer d’un état à un autre. Les sculptures ne sont donc pas seulement des objets issus des films : elles participent aux transformations et aux actions représentées à l’écran[3].
Drawing Restraint
modifierCommencée en 1987, alors que Matthew Barney étudie à l’université Yale, la série Drawing Restraint repose sur l’idée que la forme peut se développer à partir d’une contrainte. L’artiste transpose au dessin un principe emprunté à l’entraînement sportif : de même que le muscle se renforce en rencontrant une résistance, le geste artistique serait stimulé par les obstacles qui l’empêchent de s’accomplir librement[4].
Dans les premières actions de la série, Barney cherche à dessiner tout en soumettant son corps à différentes restrictions. Il doit, par exemple, bondir sur un trampoline pour atteindre une surface placée en hauteur, escalader des obstacles ou se maintenir à distance du mur au moyen de câbles et de tubes élastiques. Les dessins sont accompagnés de photographies et de vidéos documentant l’effort nécessaire à leur réalisation[5].
Ces œuvres ne présentent pas le dessin comme l’expression immédiate d’un geste libre. L’image produite conserve au contraire la trace d’un mouvement contrarié, de la fatigue, de l’équilibre et des limites physiques du corps. La performance, son dispositif et le résultat graphique constituent ensemble l’œuvre.
La série se poursuit au-delà des premières expériences réalisées entre 1987 et 1989. À partir de Drawing Restraint 7 (1993), Barney introduit des personnages, des décors et une structure narrative plus développée. Cette installation vidéo à trois canaux met notamment en scène des satyres parcourant une limousine dans les rues de Manhattan. L’œuvre reçoit le prix Europa 2000 à la Biennale de Venise de 1993.
Drawing Restraint 9
modifierRéalisé en 2005, Drawing Restraint 9 comprend un long métrage, des sculptures, des photographies et des dessins. Le film se déroule principalement à bord du navire-usine japonais Nisshin Maru et met en scène deux personnages désignés comme les « invités occidentaux », interprétés par Matthew Barney et la chanteuse Björk, qui en compose également la musique.
Le projet associe la chasse à la baleine, la cérémonie du thé, le shintō, la transformation du pétrole et la relation historique entre la graisse animale et les combustibles industriels. Une vaste forme réalisée en vaseline est coulée sur le pont du navire, puis progressivement découpée et transformée au cours du voyage.
Les deux personnages participent à une cérémonie complexe avant de subir une métamorphose corporelle évoquant celle de mammifères marins. Le film met ainsi en parallèle la transformation des matériaux, les rites culturels, l’adaptation biologique et la relation entre le Japon et le monde occidental[6].
Une rétrospective consacrée à l’ensemble de la série Drawing Restraint est organisée en 2005 par le musée d'Art contemporain du XXIe siècle de Kanazawa. Elle est ensuite présentée au Leeum Samsung Museum of Art de Séoul, au Musée d’Art moderne de San Francisco, à la Serpentine Gallery de Londres et à la Kunsthalle de Vienne[4].
The Cremaster Cycle
modifierRéalisé entre 1994 et 2002, The Cremaster Cycle est constitué de cinq films accompagnés de sculptures, de photographies, de dessins, de livres d’artiste et d’installations. Les épisodes ne sont pas produits dans l’ordre numérique : Cremaster 4 est réalisé en premier, suivi de Cremaster 1, Cremaster 5, Cremaster 2 et enfin Cremaster 3[7].
Le titre fait référence au muscle crémaster, dont la contraction provoque l’élévation des testicules. À partir de cette fonction anatomique, Barney élabore un système métaphorique consacré à l’apparition des formes et à la différenciation sexuelle de l’embryon. Le cycle ne suit toutefois pas un récit biologique linéaire : il associe ce modèle à des événements historiques, des mythes, des paysages, des architectures et des biographies réelles ou fictives[8].
Chaque film est lié à un territoire et à un ensemble de références propres. Cremaster 4 se déroule sur l’île de Man pendant le Tourist Trophy motocycliste et mêle la figure d’un satyre à celle du bélier de Loughton. Cremaster 1, tourné dans le stade de Boise, associe une chorégraphie inspirée de Busby Berkeley à des motifs évoquant les organes reproducteurs féminins. Cremaster 5 prend la forme d’un opéra tragique situé à Budapest.
Cremaster 2 s’inspire librement de la vie et de l’exécution de Gary Gilmore, qu’il met en relation avec le paysage de l’Utah, les abeilles et la figure de Harry Houdini. Cremaster 3, situé principalement dans le Chrysler Building et au musée Guggenheim de New York, associe les rites de la franc-maçonnerie, la construction architecturale et une compétition physique opposant plusieurs personnages[9],[10].
Les personnages ne possèdent pas toujours une identité psychologique stable. Ils fonctionnent souvent comme les composantes d’un système en transformation et peuvent combiner plusieurs figures historiques, biologiques ou mythologiques. Barney interprète lui-même de nombreux rôles, tandis que d’autres sont confiés à des personnalités telles que Ursula Andress, Norman Mailer, Richard Serra, Aimee Mullins ou le musicien Dave Lombardo.
Les photographies, dessins et sculptures réalisés parallèlement aux films ne doivent pas être considérés comme de simples produits dérivés. Ils prolongent certaines scènes, isolent des personnages ou matérialisent les emblèmes récurrents du cycle. Le cinéma devient ainsi le centre narratif d’un ensemble qui se déploie dans plusieurs médiums[11].
Une exposition consacrée au cycle complet est inaugurée en 2002 au musée Ludwig de Cologne, puis présentée au musée d'Art moderne de Paris et, en 2003, au musée Guggenheim de New York. Dans ce dernier lieu, les œuvres sont réparties le long de la rampe hélicoïdale, selon une progression qui reprend la structure des cinq épisodes[5].
River of Fundament
modifierDéveloppé entre 2006 et 2014 avec le compositeur Jonathan Bepler, River of Fundament est un projet associant un film d’environ six heures, des performances, des sculptures monumentales, des dessins et des photographies. Il est librement inspiré du roman Ancient Evenings de Norman Mailer, consacré à la mort et à la réincarnation dans l’Égypte antique.
Barney transpose le récit dans les paysages industriels et urbains des États-Unis. L’écrivain Norman Mailer y devient lui-même un personnage qui subit plusieurs morts et renaissances. Cette transformation est mise en parallèle avec les métamorphoses de trois automobiles américaines : une Chrysler Imperial de 1967, une Pontiac Firebird Trans Am de 1979 et une Ford Crown Victoria de 2001.
Le projet est structuré en trois actes et associe les rites funéraires égyptiens à l’histoire industrielle américaine. Les automobiles sont démontées, fondues ou transformées en sculptures de métal. Les processus de moulage, de coulée et de recyclage deviennent ainsi des équivalents matériels des thèmes de la mort, de la mémoire et de la régénération[12].
Plusieurs séquences du film proviennent de performances publiques réalisées à Los Angeles, Detroit et New York. Ces actions combinent musique, procession, sculpture, chorégraphie et intervention sur des véhicules. Le film ne constitue donc pas seulement l’enregistrement d’un spectacle : il réorganise des événements tournés à des moments et dans des lieux différents en un récit autonome.
L’exposition associée réunit notamment quatorze sculptures monumentales, dont certaines pèsent plus de vingt tonnes, ainsi que des vitrines, des dessins et des photographies produits pendant la réalisation du film[13].
Redoubt
modifierPrésenté pour la première fois en 2019 à la galerie d’art de l’université Yale, Redoubt est composé d’un film d’environ deux heures, de sculptures monumentales, de gravures et de plaques de cuivre galvanisées. Le projet est tourné dans les montagnes Sawtooth, dans l’Idaho, région où Barney a grandi[14].
Le film transpose librement le mythe de Diane et Actéon. Une femme désignée comme Diane parcourt les montagnes avec deux accompagnatrices afin de chasser le loup. Un personnage appelé le Graveur les suit et inscrit leurs déplacements sur des plaques de cuivre en utilisant des techniques d’attaque chimique et d’électrogravure.
Les gestes de chasse, de dessin et de gravure sont traités comme des actions parallèles. Les plaques de cuivre sont réalisées à l’intérieur du film, puis exposées comme des œuvres autonomes. Le projet associe ainsi la représentation d’un paysage à l’action physique et chimique par laquelle une image est inscrite dans la matière.
Redoubt confronte également plusieurs conceptions du territoire : espace naturel, zone de chasse, milieu habité par les animaux et paysage transformé en image. L’absence presque complète de dialogues donne une place centrale aux gestes, aux sons, aux déplacements et aux relations entre les personnages et leur environnement.
Secondary
modifierRéalisé en 2023, Secondary revient sur un accident survenu en 1978 pendant un match de football américain opposant les Raiders d’Oakland aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Le joueur Jack Tatum percute le receveur Darryl Stingley, qui reste paralysé à la suite du choc.
L’installation filmique reconstitue l’action au moyen d’interprètes réunis dans l’ancien studio de Barney à Long Island City. La répétition du choc est entourée d’exercices, de mouvements préparatoires et d’actions réalisées avec des sculptures en terre cuite. La fragilité du matériau contraste avec la puissance et la violence associées au football américain.
Le projet prolonge l’intérêt ancien de Barney pour le sport comme système de contrainte et comme représentation de la masculinité. Contrairement aux récits mythologiques et aux décors spectaculaires de Cremaster, il se concentre sur un événement réel et sur sa persistance dans la mémoire collective américaine.
Réception et reconnaissance institutionnelle
modifierEn 1991, peu après sa sortie de Yale, Matthew Barney bénéficie de sa première exposition personnelle dans un musée au musée d'Art moderne de San Francisco. Celle-ci réunit des sculptures, des installations et des performances liées aux débuts de la série Drawing Restraint[15].
Il reçoit en 1993 le prix Europa 2000 à la Biennale de Venise. En 1996, il est le premier lauréat du prix Hugo-Boss, décerné par le musée Guggenheim pour distinguer une contribution importante à l’art contemporain.
La présentation de l’ensemble du cycle Cremaster au musée Ludwig, au musée d’Art moderne de Paris et au musée Guggenheim entre 2002 et 2003 contribue à asseoir sa reconnaissance internationale. Son œuvre fait ensuite l’objet d’expositions consacrées à Drawing Restraint, River of Fundament et Redoubt dans plusieurs institutions internationales.
Œuvres
modifier- 1994 : Cremaster 4
- 1995 : Cremaster 1
- 1997 : Cremaster 5
- 1999 : Cremaster 2
- 2002 : Cremaster 3
- 2003 : The Order
- 2006 : Drawing Restraint 9
- 2006 : Destricted - segment Hoist
Notes et références
modifier- ↑ « Vulnicura » : Björk soigne ses blessures amoureuses, Le Monde.
- ↑ (en) « Matthew Barney », sur San Francisco Museum of Modern Art (consulté le )
- ↑ (en) « Matthew Barney on using plastics and petroleum jelly », sur San Francisco Museum of Modern Art (consulté le )
- 1 2 (en) « Matthew Barney: Drawing Restraint », sur San Francisco Museum of Modern Art, (consulté le )
- 1 2 (en) « Biography », sur Musée Solomon-R.-Guggenheim (consulté le )
- ↑ (en) « Matthew Barney: Drawing Restraint », sur San Francisco Museum of Modern Art, (consulté le )
- ↑ (en) « Matthew Barney: The Cremaster Cycle », sur Musée Solomon-R.-Guggenheim (consulté le )
- ↑ (en) « Matthew Barney », sur Musée Solomon-R.-Guggenheim, (consulté le )
- ↑ (en) « Cremaster 2 », sur Musée Solomon-R.-Guggenheim (consulté le )
- ↑ (en) « Cremaster 3 », sur Musée Solomon-R.-Guggenheim (consulté le )
- ↑ (en) « Matthew Barney: The Cremaster Cycle », sur Musée Solomon-R.-Guggenheim, (consulté le )
- ↑ (en) « Matthew Barney: River of Fundament », sur Museum of Contemporary Art, Los Angeles, (consulté le )
- ↑ (en) « Matthew Barney: River of Fundament », sur Museum of Contemporary Art, Los Angeles, (consulté le )
- ↑ (en) « Artist Matthew Barney’s latest work enriched by Yale experience », sur Université Yale, (consulté le )
- ↑ (en) « Matthew Barney: New Work », sur San Francisco Museum of Modern Art, (consulté le )
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressource relative au spectacle :
- Ressource relative à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Site officiel du Cremaster Cycle
- Site officiel de Drawing Restraint