René Maurice Fréchet

mathématicien français
(Redirigé depuis Maurice Fréchet)

René Maurice Fréchet (prénom usuel Maurice), né à Maligny le et mort à Paris le [1], est un mathématicien français. Mathématicien prolifique, il travailla entre autres en topologie, en théorie des probabilités et en statistique.

René Maurice Fréchet
Fonction
Président
Société française de biométrie (d)
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Maurice René FréchetVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
René Maurice FréchetVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Drapeau de la France français
Formation
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Membre de
Conflit
Maîtres
Directeur de thèse
Distinctions
Œuvres principales
Plaque commémorative.

Biographie

modifier

Jeunesse et formation

modifier

Maurice Fréchet fait des études secondaires au lycée Buffon à Paris, où il a comme professeur de mathématiques Jacques Hadamard qui l'encourage vivement et lui donne des cours particuliers[2]. Après les baccalauréats ès lettres et ès sciences il suit la classe de mathématiques spéciales au lycée Saint-Louis puis fait de 1900 à 1903 des études supérieures scientifiques à l'École normale supérieure et à la faculté des sciences de l'université de Paris, où il obtient les licences ès sciences mathématiques et physiques en 1902. Lauréat du concours d'agrégation de mathématiques en 1903[3], il prépare ensuite le doctorat ès sciences mathématiques qu'il obtient devant la faculté des sciences de Paris en 1906[4],[5].

Carrière

modifier

1907-1927

modifier

Il est ensuite nommé professeur en classe de mathématiques spéciales au lycée de Besançon (1907) puis à celui de Nantes (1908) avant d'être nommé maître de conférences à la faculté des sciences de Rennes (1909), puis chargé de cours à Poitiers (1910) (remplacé à Rennes par Bertrand Gambier) où il obtient l'année suivante la chaire de mécanique rationnelle (en remplacement d'Henri Lebesgue nommé maître de conférences d'analyse mathématique à Paris), notamment grâce au soutien de Borel. Mobilisé durant la Grande guerre, notamment comme traducteur auprès du commandement britannique, il est envoyé après l'armistice à l'université de Strasbourg, redevenue française, comme titulaire de la chaire d'analyse supérieure (René Garnier le remplace à Poitiers). Il y dirige notamment l'institut de mathématiques et est professeur de statistique et d'assurances à l’Institut d'enseignement commercial supérieur de Strasbourg[6].

À partir de 1928

modifier

En 1928 est créé à l'université de Paris l'Institut Henri-Poincaré, notamment pour développer l'enseignement des probabilités, sous la direction d’Émile Borel, titulaire de la chaire de calcul des probabilités et physique mathématiques de la faculté. Maurice Fréchet est alors nommé maître de conférences de probabilité le et obtient le titre de professeur sans chaire le de la même année (Georges Valiron lui succède à Strasbourg). Le il est nommé titulaire de la chaire de mathématiques générales (Georges Valiron lui succède comme maître de conférences de calcul des probabilités et physique mathématiques tout en étant chargé du cours de mathématiques générales). Le , Fréchet est transféré à la chaire de calcul différentiel et calcul intégral. En automne-hiver 1935, il fait un long voyage en Europe de l'Est et en URSS, renforçant les liens mathématiques avec ces pays[7].

Le il succède à Émile Borel à la chaire de calcul des probabilités et physique mathématiques qu'il conserve jusqu'à sa retraite en 1949. Il fut notamment directeur des laboratoires de calculs et de statistiques de l'Institut Henri-Poincaré.

Il est élu membre de l'Académie polonaise des sciences en 1929, de la Société royale d'Édimbourg en 1947 et de l'Académie des sciences de Paris le 14 mai 1956 à la section géométrie de l’Académie des sciences, succédant à Émile Borel.

Il dirigea notamment les thèses de Nachman Aronszajn, Wolfgang Döblin, Ky Fan, Robert Fortet, Đuro Kurepa et Jean Ville.

Il était espérantophone, a publié des résultats mathématiques dans cette langue[8],[9],[10],[11],[12],[13] et a été président de l’association scientifique internationale d'espéranto (eo).

Travaux

modifier

Ses travaux en analyse fonctionnelle, commencés lors de sa thèse sous la direction de Jacques Hadamard, le poussent à chercher un cadre plus général que la métrique euclidienne.

Dans le domaine du calcul des probabilités, Fréchet a étudié la loi de probabilité suivie par la valeur maximum d'un échantillon de variables indépendantes de même loi. La résolution d'une équation fonctionnelle lui a permis d'identifier la loi de probabilité qui porte son nom.

Il introduit en 1906 les espaces métriques et dégage les premières notions de topologie en cherchant à formaliser en termes abstraits les travaux de Volterra, Arzelà, Hadamard et Cantor. Il introduit les notions de filtre, de convergence uniforme, de convergence compacte (en) et d'équicontinuité.

Distinctions

modifier

Décorations

modifier

Lauréat de l'Institut de France :

  • Prix Montyon de statistique (1925)[15],[16];
  • Prix Jérôme Ponti (1926) ;
  • Prix Vaillant (1928) ;
  • Prix Poncelet (1934) ;
  • Prix Petit d'Ormoy (1935) ;
  • Prix Houllevigne (1942) ;
  • Médaille Émile Picard (1946).

Famille

modifier

Maurice Fréchet s'est marié avec Suzanne Marie Carrive le 3 septembre 1908 et a eu 4 enfants : Hélène, Henri, Denis et Alain[1].

Sa fille Hélène Fréchet est mariée avec le biochimiste et académicien Edgar Lederer.

Hommages

modifier
Photo du panneau de la rue Maurice Fréchet à Lens.
Panneau de la rue Maurice Fréchet à Lens (photo prise en 2018)

À Lens (Pas-de-Calais) une rue porte le nom de Maurice Fréchet.

Une salle de réunion de l'institut Henri-Poincaré (IHP) à Paris porte son nom[17].

Une journée d'études consacrée à Maurice Fréchet s'est tenue le 16 juin 2000 à Paris. Elle a été coorganisée conjointement par le Centre Alexandre Koyré (CAK) et le Centre d'Analyse et de Mathématiques Sociales (CAMS).

Un colloque international en l'honneur de Maurice Fréchet a été organisé à l'institut Henri-Poincaré de Paris en à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa mort.

Une exposition intitulée « Maurice Fréchet : Les mathématiques et le concret » a été organisée par l'Institut Henri Poincaré dans la bibliothèque de l'IHP, du 4 mars au 30 juin 2026[18].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 « Archives de Paris, état-civil numérisé du 14e arrondissement de Paris, 14D 601 (17/5/1973 - 7/6/1973), acte de décès n°2274 de l'année 1973. » Accès libre, sur Archives de Paris (consulté le ), p. 29
  2. ↑ (en) John J. O'Connor et Edmund F. Robertson, « René Maurice Fréchet », sur MacTutor, université de St Andrews.
  3. ↑ « Les agrégés de mathématiques »
  4. ↑ Sur quelques points du calcul fonctionnel.
  5. ↑ Source pour la date du doctorat : (en) « René Maurice Fréchet », sur le site du Mathematics Genealogy Project.
  6. ↑ Laurent Mazliak, « La mission strasbourgeoise de Maurice Fréchet », sur CNRS - images des mathématiques.
  7. ↑ Matthias Cléry et Thomas Perfettini, « Le voyage de Maurice Fréchet en Europe de l’Est en 1935 », sur Images des maths,
  8. ↑ « La paraanalitikaj funkcioj en n dimensioj », Journal für die reine und angewandte Mathematik, 195, Heft 1 / 2,‎ , p. 22-41
  9. ↑ « Pri iuj tipoj de minimumaj surfacoj », Sciencaj studoj bazitaj sur originalaj esploroj kaj observoj,‎
  10. ↑ « Ĉu la spaco de la kurboj estas Banach-a spaco ? », J.Math. pures et appl., t. 40,‎ , p. 197
  11. ↑ « L’espace dont chaque élément est une courbe n’est qu’un semi-espace de Banach », Ann. scient. Ec.Norm. Sup.. 3e série,.78,‎ , p. 241-272
  12. ↑ « Determinado de la plej generalaj planaj paraanalitikaj funkcioj », Ann. di Mat. 35,‎ , p. 255-268
  13. ↑ « La kanonaj formoj de la 2,3,4-dimensiaj paraanalitikaj funkcioj », in Compositio Mathematica t. 12, 1954-1956, p. 81-96
  14. ↑ « FRECHET René Maurice » Accès libre, sur Base Léonore (consulté le )
  15. ↑ Académie des sciences, « 2 C 3229, Montyon - Statistique (1925) » Accès libre, sur Portail des Archives de l'Académie des sciences (consulté le )
  16. ↑ Académie des sciences, « 67 J 669, Académie des sciences » Accès libre, sur Portail des Archives de l'Académie des sciences (consulté le )
  17. ↑ « Salles et service de l'Institut Henri Poincaré » Accès libre, sur Institut Henri Poincaré (consulté le )
  18. ↑ « Maurice Fréchet - Les mathématiques et le concret » Accès libre, sur Institut Henri Poincaré (consulté le )

Bibliographie

modifier
  • ANGUS E. Taylor :
    • « A Study of Maurice Fréchet : I. His Early Work on Point Set Theory and the Theory of Functionals », in Archive for History of Exact Sciences, vol. 27, n°3, 1982, pp. 233-295. [lire en ligne (page consultée le 4 août 2026)] ;
    • « A Study of Maurice Fréchet : II. Mainly about his Work on General Topology », in Archive for History of Exact Sciences, vol. 34, n°4, 1985, pp. 279-380. [lire en ligne (page consultée le 4 août 2026)] :
    • « A Study of Maurice Fréchet : III Fréchet as Analyst, 1909-1930 », in Archive for History of Exact Sciences, vol. 37, n° 1, 1987, pp. 25-76. [lire en ligne (page consultée le 4 août 2026)].
  • ARBOLEDA Luis Carlos, « Rapport sur l’inventaire et l’analyse des papiers du Fonds-Fréchet dans les archives de l’Académie des Sciences de Paris », in Cahiers du séminaire d’histoire des mathématiques, série 1, t. 2, 1981, pp. 9-17.
  • ARMATTE Michel, « Maurice Fréchet statisticien, enquêteur et agitateur public. », in Revue d'histoire des mathématiques, n° 7, vol. 1, 2001, pp. 7-65.[lire en ligne (page consultée le 4 août 2026)].
  • BARBUT Marc, LOCKER Bernard, MAZLIAK Laurent, Paul Lévy - Maurice Fréchet : 50 ans de correspondance en 107 lettres, Hermann Paris, Paris, 2008.
  • CHARLE Christophe, TELKÈS Eva, « 46. Fréchet (Maurice). », in Les Professeurs de la faculté des sciences de Paris, 1901-1939, Dictionnaire biographique (1901-1939), Paris : Institut national de recherche pédagogique, Histoire biographique de l'enseignement, t.25, 1989, pp. 127-131. [lire en ligne (page consultée le 4 août 2026)]
  • CLÉRY Matthias, PERFETTINI Thomas, « Le voyage de Maurice Fréchet en Europe de l’Est en 1935 », Images des Mathématiques, CNRS, 2016. [lire en ligne (page consultée le 4 août 2026)]
  • HAVLOVÁ Veronika, MAZLIAK Laurent, ŠIŠMA Pavel, Le début des relations mathématiques franco-tchécoslovaques vu à travers la correspondance Hostinsky-Fréchet, Journ@l Électronique d'Histoire des Probabilités et de la Statistique, vol. 1, no. 1, . [lire en ligne (page consultée le 5 août 2026)]
  • MANDELBROJT Szolem, « Notice nécrologique sur Maurice Fréchet, membre de la section de Géométrie », in Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, Paris, Série. A-B277, 1973, pp. 73-76.
  • MARTIN Olivier, « Maurice Fréchet et Maurice Halbwachs à l’Université de Strasbourg », Intervention à la journée d’étude « Maurice Fréchet » organisée par le Centre Alexandre Koyré et le CAMS, juin 2000, Paris. [lire en ligne (page consultée le 4 août 2026)].
  • MAZLIAK Laurent, « La mission strasbourgeoise de Maurice Fréchet », Images des mathématiques, CNRS, 2010. [lire en ligne (page consultée le 4 août 2026)].
  • SIEGMUND-SCHULTZE Reinhard, « The Institute Henri Poincaré and mathematics in France between the wars », in Revue d'histoire des sciences, vol. 62, n°1, 2009, pp. 247-283. [lire en ligne (page consultée le 4 août 2026)].

Rapports, mémoire de DEA et thèse en histoire des sciences

modifier
  • ARBOLEDA Luis Carlos :
    • Sur la vie et l’œuvre de M. Fréchet, mémoire de DEA, EHESS, Paris, 1977.
    • « Rapport sur l’étude de la première boite des papiers de Fréchet», Dossier biographique Maurice Fréchet, Archives de l'Académie des sciences, Paris, 1978.
    • « Rapport sur le travail d’analyse des papiers de Maurice Fréchet conservés dans les archives de l’Académie des Sciences de Paris. Présenté par L.C. Arboleda à MM. les Secrétaires Perpétuels », Dossier biographique Maurice Fréchet, Archives de l'Académie des sciences, Paris, 1978.
    • Contribution à l’étude des premières recherches topologiques (d’après la correspondance et les publications de Maurice Fréchet (1904-1928), thèse de doctorat de troisième cycle, EHESS, Paris, 1980.

Annexes

modifier