Max Reichmann
Max Reichmann (né le à Strasbourg et mort le à San Francisco) est un réalisateur allemand de l'époque du muet et du début du cinéma sonore. Avant d'être réalisateur, il fut assistant sur plusieurs productions de Ewald André Dupont.
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Biographie
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1900-1918 : De nombreux métiers : photographe et prestidigitateur
modifierReichmann a d’abord exercé une multitude d'emplois avant de s'orienter vers le cinéma : photographe depuis ses seize ans et demi (1900) à Paris où l'avait fait venir le directeur de l'Opéra-Comique Albert Carré, natif de Strasbourg comme lui ; prestidigitateur dans des music-halls ; photographe en Allemagne[1] :
« Ma carrière ? Ma foi vous m’obligez à me retourner et à grouper mes souvenirs qui sont nombreux. Je suis de Strasbourg et je viens du music-hall. C’est un Strasbourgeois, M. Carré, de l’Opéra-Comique, qui m’a fait venir à Paris à seize ans et demi, J’ai d’abord été photographe dans un grand atelier parisien pendant cinq ans. Je menais de front cette profession et celle de... prestidigitateur. Oui, au temps où l’on montrait les films coloriés de Robert Houdin, je faisais d’innombrables tours, sans me soucier aucunement du cinématographe. C’est ce qui m’a valu un voyage en Angleterre et une connaissance approfondie de ces milieux colorés et sympathiques du music-hall. Vers 1911, j’étais en Allemagne où j’avais repris ma profession de photographe. »
1918-1933 : Carrière dans le cinéma en Allemagne
modifierAprès la Première Guerre mondiale, il a commencé à travailler pour le cinéma, d'abord comme photographe pour la société cinématographique UFA créée en , et comme monteur puis assistant du réalisateur Ewald André Dupont pendant cinq ans de à [1] :
« J’ai vu alors un film français tout à fait remarquable intitulé Alcool. À ce moment-là, Berlin ne comptait qu’une salle cinématographique, celle de l’Union. Ce film a été pour moi une révélation, et après la guerre, je suis entré à l’Ufa, comme photographe. J’ai travaillé avec Dupont qui, un jour, m’a demandé un avis au sujet d’un scénario se déroulant dans les milieux du music-hall. Mes observations m’ont fait passer du grade de photographe à celui d’assistant. Et deux mois après, on m’offrait une place de metteur en scène. Pendant cinq ans toutefois, je suis resté auprès de E.-A. Dupont. »
En et , il est régisseur général d'un film en deux parties Enfants du Crépuscule d’Ewald André Dupont. En , il a fait ses débuts de réalisateur à Vienne dans L’amante de l’assassin. Au mois de , Reichmann est reparti à Berlin et en il a d'abord été employé comme assistant-réalisateur dans Variétés, grand classique du cinéma muet dirigé par Ewald André Dupont[2] :
« J’ai été cinq ans le premier assistant de Dupont. L’idée de Variétés était de moi. Dès cette époque, voyez-vous, j’avais l’idée de montrer le cirque, tel qu’il est, tel que je le vois. »
Max Reichmann a ensuite enchaîné films policiers et films d'aventure, servis par des comédiens de la trempe de Paul Wegener, Jenny Jugo, Harry Liedtke, La Jana ou Olga Tchekhova. Au mois de , il a créé sa propre société de production : Max Reichmann Filmproduktion GmbH[3]. Reichmann s'est imposé dans le monde germanophone comme un pionnier du cinéma parlant avec quatre premiers films sonorisés, dont plusieurs séquences du Favori de Schönbrunn et une collaboration fructueuse avec le ténor Richard Tauber : en , il a ainsi porté à l'écran Le Pays du sourire, la célèbre comédie musicale de Franz Lehár, avec un succès retentissant. Il s’est aussi attaché la collaboration du compositeur Paul Dessau et celle du scénariste Walter Reisch.
1933-1935 : L'exil en France : deux films musicaux et un projet avorté
modifierJuif, en , la montée du nazisme l'a contraint à l’expatriation. Il s'est d'abord exilé en France où il a réalisé, dès l'année de son arrivée, en , deux films musicaux, courts métrages inspirés d’œuvres musicales de deux compositeurs français, Paul Dukas et Maurice Ravel : respectivement L'Apprenti sorcier et Bolero, faisant partie d'une série de Contes musicaux de la Compagnie française de films, tournés en France l'été 1933[4] et présentés ensemble début au cinéma L'Ermitage-Studio des Ursulines, 72, avenue des Champs-Élysées[5]. Les deux films ont été à l'affiche d'un « Festival du fantastique » de à au cinéma Studio 28 à Montmartre[6].
Au premier trimestre , la presse française a annoncé le tournage imminent en France d’un nouveau film de Max Reichmann, Mesure pour mesure, d’après la pièce Mesure pour mesure de William Shakespeare, avec des dialogues de Benno Vigny, mais ce projet n'a finalement pas vu le jour, sans que l’on sache les raisons exactes de ce renoncement[7],[8],[9],[10],[11],[12],[13],[14],[15],[16].
1935-1958 : L'exil en Amérique : arrêt total de sa carrière de réalisateur
modifierEn , il a quitté l'Europe pour l'Amérique. Il s'est installé définitivement aux États-Unis, où il a été naturalisé américain en [17]. Il semble que Max Reichmann ait totalement cessé de diriger des films une fois installé en Amérique. Il a repris une activité de photographe professionnel et de réalisateur de films privés à San Francisco, « The Reichmann Studios »[18].
Vie privée
modifierPostérité
modifierTous les films de Max Reichmann ne sont pas conservés, plusieurs sont perdus ou sans copie localisée, cependant deux d'entre eux ont été exhumés dans les années 2010.
En 2015, cinquante-sept ans après la mort de Max Reichmann, une copie de son film parlant et musical Je ne crois plus aux femmes (Ich glaub’ nie mehr an eine Frau) (1930) a été retrouvée, numérisée et conservée au Musée juif de Berlin[21].
En 2017, la société française Lobster Films a publié un coffret de quatre DVD Avant gardes : chefs-d'œuvre du cinéma expérimental dont le troisième inclut le film musical L'Apprenti sorcier (1933) de Max Reichmann[22].
Filmographie
modifierRéalisateur
modifierFilms muets
modifier- 1924 : Verkettungen[23]
- 1925 : L'Engrenage (Die Geliebte des Mörders), codirigé par Maurice Kéroul[1]
- 1925 : Le Miracle des fleurs (Das Blumenwunder), documentaire scientifique[24]
- 1926 : Derby. Ein Ausschnitt aus der Welt des Trabersports[25]
- 1926 : La Bataille contre Berlin (Der Kampf gegen Berlin)
- 1927 : L’Homme du Pôle (Ramper, der Tiermensch)[26],[27],[28]
- 1927 : Attractions (Manege)[29],[30],[31]
- 1927 : Ma Tante de Monaco (Ihr letztes Abendteuer)[32]
- 1928 : Maîtresse d'escroc (Gaunerliebchen)[33]
- 1928 : Le Photographe du cœur (Der Herzensphotograph)[34]
- 1928 : Le Gentilhomme des bas-fonds (Ritter der Nacht), film tourné en France en 1928, à Nîmes, Marseille, Toulon[35]
- 1928 : Flammes (Weib in Flammen)[36]
- 1929 : Madonna im Fegefeuer parfois sous-titré Mein Herz gehört dir...[37]
Films muets et parlants à la fois
modifier- 1929 : La Bague impériale (Der Günstling von Schönbrunn), film coréalisé par Erich Waschneck, Max Reichmann ayant dirigé les séquences sonorisées du film[38],[39]
Films parlants et musicaux
modifier- 1929 : Die süße Yvonne, court-métrage[40]
- 1929 : Verzeih mir, court-métrage[41]
- 1929 : Wir haben uns gut verstanden..., court-métrage[42]
- 1929 : Jetzt geht's der Dolly gut, court-métrage[43]
- 1930 : Je ne crois plus aux femmes (Ich glaub’ nie mehr an eine Frau), film dont le premier titre était La Chanson de la grue (Das Dirnenlied), film parlant et musical avec Richard Tauber[21]
- 1930 : La Marche à la gloire (Das lockende Ziel), film parlant et musical avec Richard Tauber[44],[45],[46],[47],[48],[49],[50],[51],[52],[53],[54],[55],[56],[57],[58],[59]
- 1930 : Au Pays du sourire (Das Land des Lächelns), sur la musique de l'opérette Le Pays du sourire de Franz Lehár, avec Richard Tauber[60],[61]
- 1930 : Wie werde ich reich und glücklich ?[62]
- 1931 : La Grande attraction (Die große Attraktion), avec Richard Tauber[63]
- 1932 : Camp volant (Marco, der Klown), film multilingue tourné en France, notamment au Cirque d'Hiver, en 1931[1],[64],[65],[2],[66],[67]
- 1933 : Bolero, sur la musique du Boléro de Maurice Ravel, court-métrage tourné en France l'été [5],[68],[69],[70],[71],[72],[73],[6],[74],[75],[76],[77]
- 1933 : L’Apprenti-sorcier (Der Zauberlehrling), sur la musique de L'Apprenti sorcier de Paul Dukas, court-métrage tourné en France l'été [78],[4],[79],[6]
Assistant-réalisateur
modifier- 1922 : Sie und die drei, réalisé par Ewald André Dupont[80]
- 1925 : Variétés (Varieté), réalisé par Ewald André Dupont[81]
Régisseur général
modifier- 1921 : Der Mann aus Neapel, réalisé par Ewald André Dupont[82]
- 1922 : Kämpfende Welten, réalisé par Ewald André Dupont[83]
Bibliographie
modifierDictionnaires du cinéma
modifier- (de) Kay Weniger, Das große Personenlexikon des Films. Die Schauspieler, Regisseure, Kameraleute, Produzenten, Komponisten, Drehbuchautoren, Filmarchitekten, Ausstatter, Kostümbildner, Cutter, Tontechniker, Maskenbildner und Special Effects Designer des 20. Jahrhunderts, vol. 6, Berlin, Schwarzkopf & Schwarzkopf, (ISBN 3-89602-340-3), p. 450
- (en) Hans-Michael Bock et Tim Bergfelder, The Concise CineGraph. Encyclopedia of German Cinema, New York, Berghahn Books, (ISBN 9781571816559, BNF 42237293)
- (de) Kay Weniger, „Es wird im Leben dir mehr genommen als gegeben …“. Lexikon der aus Deutschland und Österreich emigrierten Filmschaffenden 1933 bis 1945. Eine Gesamtübersicht, Hambourg, Acabus Verlag, (ISBN 978-3-86282-049-8, BNF 45197904), p. 601
Catalogues
modifier- Stanislas Choko, Affiches de cinéma : trésors de la Bibliothèque nationale de France : 1896-1960, Paris, Bibliothèque nationale de France -Éd. de l'amateur, (ISBN 2-7177-1950-4, BNF 35765753) L’ouvrage recense et reproduit plusieurs affiches de films de Max Reichmann conservées à la BnF
Interviews de Max Reichmann
modifier- Jean Vincent-Bréchignac, « Entrevue. Benno Vigny et Max Reichmann font un film », Pour Vous, , p. 5 (lire en ligne, consulté le )
- Jack Plunkett, « Autour de Camp volant. Nous avons voulu créer quelque chose de neuf nous disent Max Reichmann et Benno Vigny », Ciné-Comœdia, no 1254, (lire en ligne, consulté le )
- « Une interview avec Max Reichmann, le metteur en scène strasbourgeois du film de Tauber La Grande Attraction qui passe actuellement au Cinéma Palace », Les Dernières Nouvelles de Strasbourg, no 118, , p. 5 (lire en ligne, consulté le )
- « Cinémas. Shakespeare à l’écran », Excelsior, , p. 4 (ISSN 1255-9997, lire en ligne, consulté le )
- Benjamin Fainsilber, « La page du cinéma. Shakespeare à l’écran. MM. Max Reichmann et Benno Vigny préparent l’adaptation de Mesure pour Mesure », Excelsior, , p. 4 (ISSN 1255-9997, lire en ligne, consulté le )
- M.I., « Des projets. Shakespeare scénariste », Le Jour, , p. 6 (ISSN 2492-9204, lire en ligne, consulté le )
- Jany Casanova, « « Mesure pour mesure sera un film à la fois artistique et populaire », dit Max Reichmann », Paris-Soir, , p. 11 (ISSN 2492-9204, lire en ligne, consulté le )
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 Jean Vincent-Bréchignac, « Entrevue. Benno Vigny et Max Reichmann font un film », Pour Vous, , p. 5 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Jack Plunkett, « Autour de Camp volant. Nous avons voulu créer quelque chose de neuf nous disent Max Reichmann et Benno Vigny », Ciné-Comœdia, no 1254, (lire en ligne, consulté le )
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- 1 2 « On annonce », La cinématographie française, (lire en ligne, consulté le )
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- ↑ « Petites nouvelles », Excelsior, , p. 6 (ISSN 1255-9997, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Cinémas. Shakespeare à l’écran », Excelsior, , p. 4 (ISSN 1255-9997, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Benjamin Fainsilber, « La page du cinéma. Shakespeare à l’écran. MM. Max Reichmann et Benno Vigny préparent l’adaptation de Mesure pour Mesure », Excelsior, , p. 4 (ISSN 1255-9997, lire en ligne, consulté le )
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- ↑ Manuel Cornejo, « Maurice Ravel et le Septième Art », Cahiers Maurice Ravel, no 15, , p. 107-108 (ISBN 978-2-8404-9664-9)
- ↑ Maurice Ravel, L'intégrale : Correspondance (1895-1937), écrits et entretiens : édition établie, présentée et annotée par Manuel Cornejo, Paris, Le Passeur Éditeur, (ISBN 978-2-36890-577-7 et 2-36890-577-4, BNF 45607052), p. 1670
- ↑ Maurice Ravel (préf. Mathias Auclair), Correspondance, écrits et entretiens : édition établie, présentée et annotée par Manuel Cornejo, Paris, Gallimard, coll. « Tel », (ISBN 9782073111111, BNF 47682301), p. 2748-2749
- ↑ Aimée Barancy, « Gœthe et Paul Dukas à l’écran : on tourne L’Apprenti Sorcier », L’Intransigeant, , p. 12 (ISSN 1256-0189, lire en ligne, consulté le )
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- ↑ (de) « Sie und die drei »
, sur filmportal.de (consulté le ) - ↑ (de) « Varieté »
, sur filmportal.de/film (consulté le ) - ↑ (de) « Der Mann aus Neapel »
, sur filmportal (consulté le ) - ↑ (de) « Kämpfende Welten »
, sur filmportal.de (consulté le )
Liens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Max Reichmann sur le site des films allemands filmportal.de
- Max Reichmann dans la base de données Dezède