May Howard Jackson
May Howard Jackson est une sculptrice née le à Philadelphie et morte le , première femme afro-américaine à être admise à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, elle innove en représentant les grands leaders noirs de son époque et des personnes de couleur dans des scènes de la vie quotidiennes. Récompensée en 1928 par le prix de la fondation Harmon, elle fréquente le militant des droits civiques W.E.B. du Bois et la sculptrice Meta Vaux Warrick Fuller.
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Prix de la fondation William E. Harmon pour accomplissement exceptionnel parmi les Afro-Américains (en) |
Biographie
modifierJeunesse et éducation
modifierMay Howard est née à Philadelphie le , dans une famille afro-américaine de la classe moyenne[1].
Elle étudie à l'école d'art de James Liberty Tadd de Philadelphie, un établissement qui utilise de « nouvelles méthodes pédagogiques ». Le fondateur de l'école est un innovateur qui « souligne l'importance de la formation aux arts visuels » pour stimuler le cerveau, et préconise un modèle d'enseignement ambidextre et six années d'enseignement artistique dès la maternelle. Dans cette école, May Howard étudie « le dessin, le dessin conceptuel, le dessin à main levée, la création de motifs monochromes, le modelage, la sculpture sur bois et l'utilisation des outils »[2].
Elle poursuit sa formation artistique, grâce à une bourse, à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts (1895), et devient la première femme afro-américaine à intégrer l'institution[2], ouvrant ainsi la voie à une autre élève célèbre, originaire comme elle de Philadelphie : Meta Vaux Warrick Fuller[1]. Parmi ses professeurs, on compte l'impressionniste américain William Merritt Chase, le sculpteur Charles Grafly (en), un ancien élève de l'académie Julian, et John J. Boyle (un élève de Thomas Eakins, lui-même ancien professeur de l'école)[2]. Ses œuvres sont alors influencées par l'esthétique des Beaux-Arts et caractérisées par le naturalisme et le traitement dynamique des surfaces et des formes[3].
A l'issue de quatre années d'études à la PAFA, Howard épouse le professeur de mathématiques et futur directeur de lycée, William Sherman Jackson[2],[1].
Washington, D.C. et le lycée M Street
modifierEn 1902, May et William habitent à Washington D.C.. William enseigne à la M Street High School (en), le premier lycée public pour Afro-Américains des États-Unis et, à cette époque, le meilleur établissement du pays pour les élèves de couleur[4]. Le corps professoral de la M Street High School était « sans doute supérieur à celui des écoles publiques blanches, dont les enseignants étaient généralement diplômés d'écoles normales et d'instituts de formation des enseignants ». La majorité des professeurs de la M Street High School (dont William) sont d'anciens élèves de prestigieuses institutions universitaires, qui, malgré l'obtention de leur diplôme, ne parviennent pas à trouver un poste d'enseignant dans les universités.
Carrière
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Après son installation à Washington, May Jackson « avait prévu de poursuivre ses études à l’école d’art rattachée à la Corcoran Art Gallery, mais sa candidature fut rejetée en raison de sa couleur de peau ». Un temps découragée, elle affirmera plus tard que « c’est principalement grâce à l’influence et aux encouragements de W.E.B. Du Bois qu’elle reprit son travail avec la détermination de mettre ses dons au service de sa communauté »[5].
Du Bois a également utilisé son travail pour illustrer The Crisis, un journal dont il est le fondateur et qui devient à partir de 1910, le magazine officiel de la NAACP. Grâce au soutien de W.E.B. Du Bois, May Jackson rompt avec le style académique des Beaux-arts et assume de représenter les leaders noirs de son époque dans son œuvre[2] – « des portraits respectables d'hommes respectables » – et ses scènes familiales intimes de familles afro-américaines[2].
Expositions
modifierDans les galeries de Washington
modifierEn 1912, son buste de Du Bois, parmi d'autres œuvres, est exposé à la galerie Veerhoff à Washington[2]. L'artiste reçoit une critique positive dans le Washington Star, qui loue la structure de l'œuvre : « L'expression est vivante et juste, le rendu des textures, la suggestion du mouvement sont bien rendus. »[3]
Pour une femme de couleur, trouver des lieux publics pour exposer son travail constitue un défi. « Il est très rare que les galeries d'art de Washington exposent les œuvres d'artistes de couleur », observait un critique de l'époque, « et le fait que l'œuvre de Mme Jackson ait été exposée témoigne de son talent »[5].
En 1917, Jackson expose à la Corcoran Gallery de Washington, dont l'école d'art l'avait refusée, pour des raisons raciales, à son arrivée dans la capitale quinze ans auparavant[3].
Autres Expositions
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Face au manque de soutien des galeries, May Jackson utilise d'autres espaces publics, tels que le « War Service and Recreation Center » du YMCA de Washington, où, en , elle présente une exposition solo de 25 sculptures[6].
Le lycée de M Street déménage dans de nouveaux bâtiments et est rebaptisé Dunbar School en 1916 en hommage à Paul Laurence Dunbar (décédé en 1906), intellectuel et poète afro-américain de renom (Jackson réalise un portrait en son honneur, dont une fonte en bronze devient propriété de l'établissement). La Dunbar School fonde la Tanner Art League en 1919 et tenea d'organiser une exposition annuelle pour les artistes de couleur. La première exposition présente les œuvres d'artistes de quinze États et comprenait des pièces de Laura Wheeler, Julian Abele, Meta Warrick Fuller, ainsi que des œuvres récentes de Jackson (« un buste et une statuette »)[7]. L'exposition de Dunbar en 1922 présente des œuvres de William Edouard Scott et William McKnight Farrow, ainsi que la première présentation à Washington de la sculpture de Jackson, La Fraternité, qui avait « occupé une place de choix lors d'une récente exposition de la Society of Independent Sculptors au Waldorf Astoria », aux côtés d'autres de ses œuvres[2].
Récompenses
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Son travail est récompensé par un prix de la Fondation Harmon (en) en 1928. Cinq de ses œuvres sont exposées lors d'une exposition, suite à ce prix, dont deux figurent en illustration dans le catalogue (« Buste du doyen Kelly Miller » et « Tête d'un enfant noir »). Selon l'historienne de l'art Leslie King-Hammond (en) May Jackson a abordé « sans compromis ni sentimentalisme, les questions de race et de classe, en particulier celles qui affectaient les mulâtres »[1].
Enseignement
modifierEntre 1922 et 1924, May Jackson a travaille comme professeure d'arts plastiques à l'université Howard. Elle a parmi ses élèves James Porter qui rédigera la première anthologie consacrée à l'Art afro-américain[8].
Dernières années
modifierMay Jackson est décédée en 1931 et est enterrée au cimetière de Woodlawn dans le Bronx, à New York[2]. Du Bois a écrit son éloge funèbre dans le numéro d' de The Crisis : « Avec son âme sensible, elle avait besoin d'encouragement, de contacts et d'une appréciation délicate. Au lieu de cela, elle s'est heurtée aux ombres de la ségrégation raciale… Dans le cas de May Howard Jackson, les contradictions et les ramifications absurdes de la ségrégation raciale ont déchiré son âme»[3].
Références
modifier- 1 2 3 4 Farrington 2005, p. 72.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en-US) « PAFA Acquires Landscape Painting by May Howard Jackson, First African American Woman to Attend the Philadelphia Art School », (consulté le )
- 1 2 3 4 (en) Tolles, « From Model to Monument: American Public Sculpture, 1865–1915 », www.metmuseum.org, (consulté le )
- ↑ (en) Alison Stewart et Melissa Harris-Perry, First Class: The Legacy of Dunbar, America's First Black Public High School, Chicago Review Press, , 3, 54 (ISBN 978-1-61374-012-5, lire en ligne)
- 1 2 (en) Belle Case La Follette et Caroline L. Hunt, Home and Education: Women of the Hour, vol. IV, No. 25, Madison, Wisconsin, Robert M. La Follette Company, , 10 p. (lire en ligne)
- ↑ « Sculptures by Mrs. Jackson », American Art News, vol. 17, no 31, , p. 1–10 (ISSN 1944-0227, JSTOR 25589473, lire en ligne)
- ↑ « Notes », The American Magazine of Art, vol. 10, no 9, , p. 352 (ISSN 2151-254X, JSTOR 23925595, lire en ligne)
- ↑ Farrington 2005, p. 74.
Voir aussi
modifierArticles liés
modifierBibliographie
modifier- (en) Amy Helene Kirschke, Women artists of the Harlem Renaissance, University press of Mississippi, (ISBN 978-1-62846-034-6, 978-1-62674-048-8 et 978-1-62674-208-6)
- Gwendolyn DuBois Shaw, The art of remembering: essays on African American art and history, Duke University Press, coll. « Visual arts of Africa and its diasporas », (ISBN 978-1-4780-2592-4 et 978-1-4780-3017-1)
- North American women artists of the twentieth century: a biographical dictionary, Garland, coll. « Garland reference library of the humanities », (ISBN 978-0-8240-6049-7)
- (en) Lisa E. Farrington, Black artists in their own words, University of California Press, coll. « The documents of twentieth-century art », (ISBN 978-0-520-38414-9)
- (en) Lisa E. Farrington, Creating their own image: the history of African-American women artists, Oxford Univ. Press, (ISBN 978-0-19-516721-4), p. 71-75.

Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :