Mikhaïl Sokolov
Mikhaïl Sokolov (en russe : Михаи́л Ксенофо́нтович Соколо́в / Mikhaïl Xénophontovitch Sokolov) né le à Iaroslavl, dans l'Empire russe, décédé le à Moscou, est un peintre, dessinateur enseignant. Il a été actif dans le domaine de l'Avant-garde[1],[2].
Biographie
modifierMikhaïl Sokolov est né le à Iaroslavl dans la famille d'un artisan tonnelier (sa maison n'a pas été conservée jusqu'à ce jour). C'est un marchand mécène de la ville, qui lui a payé ses études artistiques. De 1898 à 1904, il étudie la peinture avec le peintre pédagogue Piotr Romanovski à l'école de dessin de la ville de Iaroslavl. En 1904, il entre à l'Académie d'art et d'industrie Stroganov. Ses professeurs sont alors Stanislas Noakomski (en) et Sergueï Iagoujinski (ru). Il n'a pas reçu vraiment d'éducation systématique et n'a appartenu à aucun groupe artistique. À partir de 1907 il poursuivi d'ailleurs seul ses études.
De 1904 à 1907, les œuvres de Sokolov sont exposées lors d'expositions à Iaroslavl et à Moscou. Dans les année 1907 à 1909, Sokolov sert comme marin sur les navires de la flotte de la Baltique. Pendant la première guerre mondiale, il sert à Pétrograd comme marin de réserve, à l'état-major de la 2é flotte de la Baltique.
En 1916—1917, il a participé à l'exposition «Mir iskousstva» (Pétrograd-Moscou). Elle montre l'influence de l'art français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe sur les tableaux de Sokolov[3]
Pendant la révolution de février 1917, il devient l'un des chefs des marins baltes qui soutenaient les bolchéviques. Après la tentative ratée de renverser le gouvernement provisoire du 3 au il eut une explication personnelle avec Alexandre Kerenski, puis s'éloigna subitement et définitivement de toute activité politique et se consacra à l'art.
Il gagne alors sa vie en enseignant le dessin et la peinture dans la ville de Sergatch dans le gouvernement de Nijni Novgorod (1918—1919) et dans les ateliers d'état de Iaroslavl (Vkhoutemas) (1919—1920). En 1921-22, il travaille à Tver dans les ateliers d'art de l'état et au studio d'art de Yakhromsky (à la manufacture). À partir de 1923 il vit à Moscou.
Il enseigne à l' académie des beaux-arts de Moscou de la mémoire de 1905. À partir de 1934, il devient membre de l' Union des artistes de Moscou (Moskha).
Sokolov ne possédait pas son propre atelier et travaillait dans une pièce de dix mètres carrés d'un appartement sur la Rue Arbat à Moscou. Il n'a obtenu un atelier qu'à la veille de son arrestation. Il est arrêté le et est condamné par le tribunal de la ville de Moscou sur base de l'Article 58 du code pénal de la RSFSR paragraphe 10 [4] et est condamné à 7 ans de camp de travail pénitentiaire ou camp de Goulag de Taïga. Au début il a travaillé comme bûcheron à des travaux généraux, puis il a rapidement été hospitalisé et classé parmi les prisonniers handicapés de première catégorie, ce qui lui a valu d'être exempté de travail.
Au Goulag il a continué à dessiner. Il écrivait des lettres à ses amis et y faisait de petits croquis, mais comme il n'avait rien à portée de main, il peignait avec une allumette, et utilisait de la poudre de dentifrice comme blanc, et créait ainsi de petits chefs-d'œuvre. Certains dessins ont été faits sur des petits morceaux de papier comme des emballages de bonbons. A Moscou on les admirait comme des visions pittoresques de la Taïga avec la neige et les pins[5].
À cause de la faim, Sokolov, qui avait déjà 55 ans, a attrapé les maladies du camp: pellagre,anémie…. Durant l'hiver 1943, sa santé s'est tellement détériorée qu'il a été libéré prématurément. Mais son casier judiciaire n'a pas été effacé et il lui était interdit de vivre à Moscou. Sa mère et ses sœurs vivaient à Iaroslavl mais elle n'ont pas osé l'acceuillir étant donné son état de santé et la réprobation morale qui l'accablait après son passage par le camp de travail.
Ses amis lui ont miraculeusement trouvé un poste de professeur à la maison des pionniers de Rybinsk. Par contre il ne lui a pas été possible d'obtenir la radiation de son casier judiciaire.
À Rybinsk, encouragé par un accueil chaleureux, il commence à créer encore plus activement. Il revient au graphisme et à la peinture sur chevalet. Il crée des illustrations pour Pouchkine et Gogol, Dickens, Maupassant. L'historienne de l'art Nina Golekevitch écrit à son propos :
Durant cette période, le maître met en œuvre ses projets inachevés. Il crée des dizaines de paysages et de natures mortes, parmi lesquelles le cycle des Oiseaux occupe une place particulière. Ses toiles sont remplies de vie, de souffrance, de scepticisme, de pessimisme mais aussi de sublime.
. Comme s'il était incapable de s'habituer à la pénurie de matériaux dans le camp, Sokolov continue à dessiner des miniatures. Ainsi, en janvier 1946 il écrit:
« Les jours suivants j'ai peint en 20-25 verchoc (soit en 4,5 см ) et parfois moins. Il m'est arrivé de peindre pendant 14 heures d'affilée. Une nature morte avec un crâne et une fleur. La fleur symbolise la vie ; c'est pourquoi, malgré la présence du crâne (la mort) cette œuvre n'est pas pessimiste. Beaucoup d'œuvre sur Rybinsk et Saint-Pétersbourg, des compositions romantiques à plusieurs personnages: la cour de Louis XIV, Napoléon entouré de sa suite, Paul Ier lors d'un défilé, la cour de Catherine II. Les thèmes sont historiques, mais je les aborde pour moi, c'est l'atmosphère qui compte et pas les boutons d'un costume. »
.
En , atteint d'un cancer à l'estomac, il est hospitalisé à l'Institut d'urgence médicale Sklifosovsky (en). Il meurt le et est inhumé au Cimetière Piatnitskoïe à Moscou. Il ne sera réhabilité que le .
Galerie
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- Couverture du livre (1923): Sur le théâtre (Tver) anthologie
- couverture de livre (1923): Portraits littéraires: Cent poètes (Tver) de Boris Gusman (en) (1892-1944)
- Fille en rouge, 1931
- Paysage d'hiver, 1940
- Nature morte aux fleurs roses et rouges, 1940
Critique
modifierPeintre de grand talent, Sokolov était l'un des graphistes les plus virtuoses et des illustrateurs de livres les plus remarquables. Il était étranger à tout engagement social ou politique et ne travaillait pas sur commande sociale.
Dans ses thèmes principaux (La Passion du Christ, les portraits féminins, les promenades à la campagne, les cavaliers, les musiciens, les comédiens, les paysages urbains déserts, le vieux Moscou, la nature morte) il se tient systématiquement à l'écart de l'actualité soviétique et fait appel aux traditions classiques de la culture et de l'art au sens large.
Au début de sa carrière, il s'est intéressé à l'impressionnisme, au cubisme et au futurisme. Au début des années 1920 il a détruit les œuvres qu'il avait créées jusqu'en 1923 ; seules quelques-unes ont survécu: celles offertes à des amis ou acquises par le fond muséal de l'État[6].
Au début des années 1920, tout en conservant son goût pour la forme incisive, il s'éloigne de la gauche artistique et se tourne alors vers le néo-romantisme et le post-impressionnisme, créant une version originale et personnelle d'un art sophistiqué et raffiné, intemporel et souvent théâtral. Il est difficile de le classer sans ambiguïté dans la nomenclature artistique[7].
L'art de Sokolov est une synthèse personnelle de l'expérience artistique européenne, une réinterprétation personnelle du style parisien. L'artiste travaillait le plus souvent d'après son imagination (portraits imaginaires, illustrations de livres), parfois d'après nature (paysages, natures mortes), bien qu'il soit difficile de déterminer avec certitude quand il travaillait d'après nature: l'un de ses principaux sujets l'oiseau mort, est très probablement lui aussi le fruit de son imagination[8].
Dans le domaine religieux, il s'est concentré sur le thème de la Passion du Christ qui comptait 500 feuillets. La technique de prédilection de Sokolov était l'encre de Chine associée à la plume et au pinceau.
Au début des années 1920 Sokolov a écrit des poèmes et préparé la publication de ces poèmes intitulés La captivité maléfique ainsi que Saint Sébastien illustrés de ses propres dessins.
Les œuvres créées au camp de travail pénitentiaire constituent une partie unique de l'héritage de Sokolov. Ce sont pour la plupart des miniatures virtuoses de paysages et de scènes imaginaires. Pour les réaliser il utilisait des moyens de fortune: des mines de crayons de couleur, du charbon, de la craie, des allumettes, de la poudre dentaire, des morceaux de brique qui donnent une expressivité particulière à ses dessins.
Travaux
modifier- Cycle pictural Moscou en voie de disparition
- Cycle pictural Les Oiseaux
- Série de paysages
- Série de natures mortes
- Cycles graphiques:
- « Saint Sébastien »
- « La Passion du Christ »
- «Révolution française» [9]
Sur le cycle de la «révolution Française», l'artiste est revenu pendant 20 ans : Maximilien Robespierre, Georges Danton, Camille Desmoulin... Dans l'une des lettres à N. Vereshchagina-Rozanova, il a écrit: «tu comprendras mon amour pour certains héros, en eux, je vois ma réflexion comme dans un miroir, qu'ils soient appelés par d'autres noms, que la situation de leur vie soit différente - cela ne change pas la fidélité de la vision.»
- « Cirque »
- « Les cavaliers »
- « Les musiciens »
- « Les comédiens ambulants »
- « Portraits imaginaires »
- « À Hoffmann »
- « À Dickens »
- « Souvenirs de l'ancienne Espagne »
- Série de portraits (dont une série de portraits de femmes et d'autoportraits)
- Illustration du roman «Oliver Twist» de Charles Dickens (1932—1933)
- Illustrations pour «La Pucelle d'Orléans (Voltaire)» Voltaire (1934)
- Illustration graphique des œuvres «Les Âmes mortes» de Nicolas Gogol, «Anna Karenine» et «Guerre et Paix» de Léon Tolstoï, «Mozart et Salieri» de Pouchkine (1945—1947)
Les œuvres de Sokolov figurent dans de nombreuses collections muséales et privées. Les collections les plus importantes se trouvent à la Galerie Tretiakov, au Musée d'Art de Iaroslavl et au Musée des Beaux-Arts Pouchkine. De 1966 à 2003, une vingtaine d'expositions individuelles de l'artiste ont été organisées à Moscou, Iaroslavl, Saint-Pétersbourg et dans d'autres villes de Russie ainsi qu'à Cassel en Allemagne.
Du au , une exposition s'est tenue au Château des Ingénieurs de la Galerie Tretiakov où ont été présentées les œuvres de l'artiste conservées dans sa ville natale Musée d'Art de Iaroslavl.
Biographie
modifier- Mikhaïl Sokolov¨dans sa correspondance et les souvenirs de ses contemporains (Михаил Соколов в переписке и воспоминаниях современников) // Сост., авт.предисл. и коммент. Голенкевич Н. П. — Moscou: Мол. гвардия, 2003, 299[5]с. : илл. (ISBN 5-235-02526-1)
- Mikhaïl Xénophonovitch Sokolov. Pour les 120 ans de son anniversaire // Série: Archives de l'avant-garde russe (Архив русского авангарда.) — Moscou.: RA, 2005, 240с. : илл. (ISBN 5-902801-03-6)
- Sokolov, Mikhail Ksenofontovich. In: Homage to Savitsky. Collecting 20th-Century Russian and Uzbek Art. Stuttgart 2015, S. 156–159, 210.
Références
modifier- (ru) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en russe intitulé « Соколов, Михаил Ксенофонтович » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en) « Mikhaïl Sokolov biography » (consulté le )
- ↑ (ru) « Sokolov, Mikhail [Michael] Ksenofontovich (1885-1947) », sur russianartandbooks.com (consulté le )
- ↑ « Sokolov Mikhail » [archive du ], sur savitskycollection.org (consulté le )
- ↑ Article 58-10 : La propagande ou l'agitation contenant un appel au renversement, à la subversion ou à l'affaiblissement de l'autorité soviétique ou à la réalisation d'autres crimes contre-révolutionnaires (articles 58-2 à 58-9 de ce code), ainsi que la distribution, la préparation ou la possession de littérature de cette nature sont passibles de -- la privation de liberté pour une durée d'au moins six mois. Les mêmes actions pendant des troubles de masse, ou avec l'utilisation des préjugés religieux ou nationalistes des masses, ou dans une situation de guerre, ou dans des zones proclamées en situation de guerre, sont passibles -- des mesures de défense sociale, telles qu'indiquées à l'article 58-2 de ce code. [6 juin 1927 (SU n° 49, art. 330)].
- ↑ (ru) Viktor Kalinin, « Sans canons pas de liberté », 1, Literaturnaia gazeta, (lire en ligne)
- ↑ (ru) « Mikhaïl Sokolov » (consulté le )
- ↑ « tableaux de M. Sokolov »
- ↑ « œuvres et lettres de Sokolov »
- ↑ «Великая Французская революция»
Liens
modifier- Biographie de SokolovБиографическая справка
- Œuvres de Sokolov Соколов Михаил Ксенофонтович. Биография, Живопись, Письма