Mirza Malkom Khan

diplomate iranien
Mirza Melkum Khan
Fonction
Ambassadeur d'Iran en France
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Հովսեփ Հակոբի ՄելքումյանVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Enfant
Freydoun Malkom (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Biographie

modifier

Mirzâ Malkam Khân Nâzem al-Dowle est né en 1833 à Jolfâ, le quartier arménien d'Ispahan[1]. Son père, qui enseigne le français et l'anglais, l'inscrit dans une école catholique d'Ispahan, puis l’envoie étudier en France[1] où il se forme en politique et économie. De retour en Iran, il travaille comme interprète au ministère des affaires étrangères et enseigne à Dâr al-Funûn[1].

Il fonde la « Farâmush Khâne », une société secrète conçue selon le modèle des franc-maçons[1]. Il écrit Daftar-e Tanzimat Livre des réformes ») où il prévient le Shah contre le risque pour la Perse d'être submergée par les puissances étrangères, à moins d'entreprendre des réformes urgentes[1]. Il plaide pour l'égalité et l'amélioration du bien-être, pour la séparation du pouvoir exécutif et du législatif. Son livre est mal accueilli par le clergé, pour qui les seules lois sont la sharia. Les oulémas dénoncent aussi la Faramushkhaneh, comme favorisant l'athéisme. La société est fermée par Nâser od-Din Shâh en 1861, et son livre interdit[1]. Il est envoyé en exil à Bagdad puis à Istanbul. En 1871, il retourne en Iran comme conseiller et devient ambassadeur en Angleterre. Il est impliqué dans la Concession Reuter (en) et l’affaire de la concession de la loterie royale, qui entraînent sa destitution.

En 1890, il fonde le journal Qanun La loi »), avec pour slogan : « unité, justice et progrès ». Dans l'éditorial du premier numéro, il souligne le besoin de lois pour mettre fin à l'arbitraire. Ces lois doivent émaner d'une assemblée nationale consultative. Ses publications ont une forte influence sur la révolution constitutionnelle qui éclate en 1905[1].

Après la mort de Nâser od-Din Shâh en 1896, il se réconcilie avec son successeur Muzaffar od-Din Shâh et devient ambassadeur d’Iran en Italie en 1898, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort en 1908[2].

Pensée politique

modifier

La pensée politique de Mirza Malkum Khan s'inspire de la philosophie rationnelle et empirique, et s'est développée dans le courant du libéralisme. Ses principes fondamentaux reposent sur trois piliers principaux :

  1. Constitutionnalité de l'État – qu'il décrit comme un « gouvernement organisé par la loi » ou une « administration légale ».
  2. Croyance en la législation – avec l'idée que « nous devons contrer le flot de tous les maux par la barrière des lois ».
  3. Reconnaissance des droits individuels – dont l'origine est attribuée au droit naturel ou « primordial ».

Les idées de Malkum sont fortement influencées par les penseurs du XVIIIᵉ siècle, en particulier Montesquieu, ainsi que par le libéralisme du XIXᵉ siècle qui progressait parallèlement aux sciences expérimentales. Ces influences ont exercé une empreinte directe sur ses concepts politiques.

Il a exposé les fondements de sa pensée politique dans le Dafter-e Tanzimat (Livre des Réformes), développant progressivement ses aspects dans d'autres essais et articles[3].

Œuvres

modifier

Le Carnet occulte (Daftar-e Tanzimat) :

Ce traité constitue la première œuvre de Malkom Khan, écrite entre 1858 et 1860 , lorsqu'il avait entre 26 et 28 ans, peu après la destitution de Mirza Agha Khan Nouri de sa fonction de Premier ministre. L’objectif principal de Malkom dans cette œuvre était d’encourager Nasser al-Din Shah à entreprendre des réformes politiques et administratives[2]. C'est la première description, en persan, d'un régime constitutionnel. Il introduit en Perse les concepts de qanun (loi, sans connotation religieuse), mellat (nation), majles-e chura (assemblée consultative)[4].

L’Ami et le Ministre (Rafiq va Vazir) :

Écrit peu de temps après Daftar-e Tanzimat, ce traité en constitue la suite et une justification explicite des idées qu’il propose[2].

L’Assemblée des Réformes (Majles-e Tanzimat) :

Ce texte aurait été rédigé aux alentours des années 1859-1860 , car il y fait mention de Mahmoud Khan Kalantar, qui était gouverneur de Téhéran avant d’être exécuté sur ordre de Nasser al-Din Shah en 1860, lors des troubles liés à la pénurie de pain et aux émeutes des femmes de Téhéran[2].

L’Administration publique (Dastgah-e Divan) :

Ce traité critique le système bureaucratique iranien sous le règne de Nasser al-Din Shah. Malkom y incite à nouveau le Shah à mener des réformes structurelles. La rédaction de ce texte peut être située entre 1861 et 1863[2].

Le Carnet de la Loi (Daftar-e Qanun) :

Rédigé en 1860, ce traité porte sur le droit pénal. Dans cette œuvre, Malkom cherche à adapter un nouveau code pénal, inspiré du droit pénal français, au système monarchique iranien[2].

L’Appel à la justice (Neda-ye Adalat) :

Rédigé en 1905, pour Mozaffar al-Din Shah, ce traité reflète les préoccupations de Malkom en matière de justice et d’équité[2].

La Politique étatique (Politika-ye Dolati) :

Dans ce traité, Malkom Khan analyse la rivalité politique et militaire entre les deux grandes puissances de l’époque, la Russie et l’Angleterre, pour le contrôle de l’Asie, notamment de l’Inde. Il examine également le sort de l’Iran au cœur de cette confrontation, en tenant compte de sa position géopolitique stratégique[2].

Les Principes du progrès (Osul-e Taraqqi) :

Dans ce traité, Malkom utilise les concepts et principes de l’économie pour discuter de la nécessité et des modalités du développement économique en Iran. Selon les mémoires de Mirza Mohammad Ali Khan Farid al-Molk, secrétaire de l’ambassade d’Iran à Londres, Malkom a rédigé ce texte en 1883, à Londres, et l’a envoyé à Mirza Ali Khan Amin al-Dowleh à Téhéran[2].

Bibliographie

modifier
  • ALGAR Hamid, Mirzâ Malkam Khân :A Study in Iranian Modernism, California, University of California Press, 1973.
  • ASIL Hojatollâh, Mirzâ Malkam Khân Nâzem al-Dowle Va Nazari-e Pardâzi-e Modernit-e Irani [Mirzâ Makam Khân Nâzem al-Dowle et la théorie de la modernité iranienne], Téhéran, Kavir, 1384/2005.
  • ASIL Hojatollâh, Resâlehây-e Mirzâ Makam Khân [Les traités de Mirzâ Makam Khân], Téhéran, Ney, 1381/2002.
  • ADAMIYAT Fereydun, Fekr-e Azâdi Va Moghadamehe Nehzat-e Mashrutiyat  [L'idée de liberté et l'introduction du mouvement constitutionnel], Téhéran, Tâbân, 1340/1961.
  • HAGHDAR Ali Asghar, Nâmehay-e Mirzâ Malkam Khân Nâzem al-Dowle [ Les lettres de Mirzâ Malkam Khân Nâzem al-Dowle], Téhéran, Cheshme, 1396/2017.
  • NURAEI Fereshteh,  Tahqiq Dar Afkâr-e Mirzâ Malkam Khân Nâzem al-Dowle [Recherche dans les pensées de Mirzâ Malkam Khân Nâzem al-Dowle], Téhéran, Amirkabir, 1352/1973.
  • NATEGH Homa, Mirzâ Malkam Khân, Ruznâmey-e Qânun [ Mirza Malkam Khan, le journal Qanun], Téhéran, Amirkabir, 1355/1976.
  • RAEEN Esmail, Iraniané Armani (Les Iraniens arméniens), éd. Amir Kabir (entesharate), 1970
  • RAEEN Esmail, Mirzâ Malkam Khân, Zendegi Va Kousheshhâ-ye Siâsi u [Sa vie et ses efforts politiques], Téhéran, Safiali Shâh, 1353/1974.
  • RABIZADEH Hashem, Koliât-e Malkam [Les Œuvres Complètes de Malkam], Téhéran, Majles, 1325/1946.
  • ROUHANI Ala-ed-dine , Goushehaï az tarikhé framassonerie Iran (Aspects of the History of Freemasonry in Iran), 2002 (ISBN 1-58814-025-3), IBEX Publishers, Inc. Maryland.
  • TABATABAEI Mohit, Majmu-e Asâr-e Mirzâ Malkam Khân [Collection d'œuvres de Mirzâ Malkam Khân], Téhéran, Dânesh, 1327/1948.

Liens externes

modifier

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 (en) Ervand Abrahamian, Iran between two revolutions, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-10134-7, lire en ligne), p. 65-69
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 ASIL Hojatollâh, Resâlehây-e Mirzâ Makam Khân [Les traités de Mirzâ Makam Khân], Téhéran, Ney, , 528 p.
  3. NURAEI Fereshteh, Tahqiq Dar Afkâr-e Mirzâ Malkam Khân Nâzem al-Dowle [Recherche dans les pensées de Mirzâ Malkam Khân Nâzem al-Dowle], Téhéran, Amirkabir, , 252 p.
  4. (en-US) Abbas Amanat, « CONSTITUTIONAL REVOLUTION i. Intellectual background », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )