Kunanyi/Mont Wellington
Le Kunanyi/mont Wellington (1 271 m), de son nom officiel depuis 2014, est un sommet de Tasmanie, en Australie, surplombant la ville de Hobart.
| Kunanyi/Mont Wellington | |
Vue sur le mont Wellington, Hobart et la Derwent River depuis l'est. | |
| Géographie | |
|---|---|
| Altitude | 1 271 m |
| Massif | Chaîne Wellington |
| Coordonnées | 42° 53′ 57″ sud, 147° 13′ 57″ est |
| Administration | |
| Pays | |
| État | Tasmanie |
| Ascension | |
| Première | par George Bass (contestée), par George Brown |
| Voie la plus facile | route |
| Géologie | |
| Roches | Dolérite, grès, pélite |
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|
Toponymie
modifierLes noms aborigènes du mont sont Unghanyahletta, Pooranetere ou Kunanyi[1].
En 1792, le capitaine William Bligh du HMS Providence le désigne sous le nom de Table Hill (« montagne de la Table »). La même année, d'Entrecasteaux le représente sur une carte sous le nom de Le Plateau. En 1793, John Hayes (en) le nomme Skiddaw, d'après le nom d'une montagne anglaise.
En 1798, Matthew Flinders et George Bass font pour la première fois le tour de l'île de Tasmanie. Ils nomment la rivière Derwent, et conservent le nom de Table Hill en raison de la ressemblance avec la montagne de la Table en Afrique du Sud. Ce nom est conservé jusqu'en 1822, date à laquelle le mont est rebaptisé en l'honneur du duc de Wellington, vainqueur de Napoléon à Waterloo[2].
Le nom aborigène Kunanyi lui est adjoint en 2014[3].
Géographie
modifierGéologie
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Les contreforts sont composés de pélites sédimentaires déposées au cours du Permien (il y a 250 à 300 millions d'années). Elles se présentent en couches horizontales ou légèrement inclinées, atteignant parfois un mètre d'épaisseur, et sont de couleur blanc crème à gris.
Des grès riches en quartz se sont formés au cours du Trias (il y a 200 à 250 millions d'années) et ont recouvert les pélites. Ils se situent au-dessus de 600 m d'altitude et forment des falaises jaunes s'étendant sur 1 km de longueur et atteignant 50 m de hauteur.
Une intrusion de dolérite s'est produite durant le Jurassique, il y a environ 150 millions d'années. Visible depuis Hobart, elle forme une falaise appelée « tuyaux d'orgues » (the Organ Pipes), de par leur forme et du bruit qu'y fait le vent. Des fissures de retrait se sont formées lors du refroidissement du magma en fusion, créant de grandes colonnes verticales. Le mont Wellington et la vallée de la Derwent sont issus de ce phénomène.
L'érosion a depuis mis au jour l'intrusion horizontale de dolérite de 350 m d'épaisseur, ornée des Orgues sur la face est de la montagne. Cette zone a reculé d'environ deux kilomètres depuis la formation de l'escarpement il y a 10 à 15 millions d'années[4].
Climat
modifierLes précipitations moyennes varient de 750 mm sur les contreforts nord et sud à 1 500 mm près du sommet. La neige peut tomber en toute saison, mais la météo changeante et la proximité de la mer font qu'un enneigement persistant est rare.
Les vents soufflent principalement d'ouest et de nord-ouest tout au long de l'année. Une rafale de 200 km/h a été enregistrée le . Durant les mois les plus chauds, des vents forts et secs de nord-ouest peuvent créer des conditions propices aux feux de brousse, comme ce fut le cas lors des incendies dévastateurs de 1967[5].
Une station d'observation météorologique a été installée au sommet en 1895 par Clement Lindley Wragge (en)[6].
Faune et flore
modifierFlore
modifierLe mont Wellington comprend plusieurs étages de végétation : d'abord des forêts mixtes puis, au fur et à mesure que l'on s'élève, une forêt humide, un étage subalpin et enfin des landes alpines, des prairies herbacées et des tourbières à sphaignes[7].
Plus de 500 espèces de plantes ont été recensées dans le parc, dont 80 espèces endémiques, 164 espèces de mousses, 130 d'hépatiques et 95 de macrolichens.
Plus de 130 espèces exotiques envahissantes se trouvent dans les contreforts près des zones aménagées et font l'objet de programmes d'éradication[8],[9].
Faune
modifierLa variété d'altitudes, de végétation et de reliefs du parc Wellington entraîne une grande diversité de faune.
Ont été observées 67 espèces d'oiseaux dont trois menacées en Tasmanie : l'aigle à queue cunéiforme, la perruche de Latham et l'autour blanc[10], de même qu'environ 5 000 espèces d'invertébrés, dont beaucoup sont endémiques et certaines ont une aire de répartition très restreinte[11].
Le parc Wellington abrite le potoroo à long nez, le pademelon, le bettongia, le bandicoot brun du Sud et le bandicoot rayé de l'Est, le phalanger commun, le possum à queue en anneau, le phalanger pygmée et l'opossum pygmée, le quoll oriental, l'ornithorynque et l'échidné, la souris à longue queue, l'antechine sombre et diverses espèces de chauves-souris.
Dans les zones humides du parc et de ses environs vivent la grenouille de Tasmanie, le crapaud du Sud, la grenouille taureau, la grenouille tachetée et la rainette verte et dorée, une espèce menacée.
Parmi les reptiles présents dans le parc, on trouve des scinques à langue bleue, dragons des montagnes et les trois espèces de serpents de Tasmanie : le serpent-tigre, le mocassin à tête cuivrée et le serpent à lèvres blanches[12].
Histoire
modifierLe Kunanyi/mont Wellington était depuis 35 000 ans le territoire du groupe aborigène Muwinina, appartenant à la nation du Sud-Est, qui pratiquait le brûlis pour débroussailler et chasser. Le mont revêtait pour eux une grande importance spirituelle[13]. Des artéfacts en pierre ont été découverts au pied de la montagne, mais aucune recherche systématique n'a été entreprise dans le parc Wellington[14].
Le premier Européen à visiter la région, Abel Tasman, n'a probablement pas vu la montagne en 1642, car son navire se trouvait assez loin en mer lorsqu'il naviguait le long de la côte sud-est de l'île – se rapprochant près des actuelles baies de North et de Marion[15].
La première ascension aurait été accomplie par George Bass le jour de Noël 1798. Il est suivi en 1804 par le botaniste Robert Brown, qui recueille de nombreux échantillons, et par son confrère Allan Cunningham en 1819[16]. En 1810, Salome Pitt, accompagnée d'une jeune aborigène, est la première femme européenne à atteindre le sommet[17].
La montagne commence à être exploitée en 1817, quand des forçats sont employés comme bûcherons. En 1831, ceux-ci creusent un canal pour amener de l'eau potable à Hobart et, en 1849, compactent de la neige pour approvisionner la ville en glace.
Charles Darwin effectue l'ascension du mont Wellington en 1836 :
« Un autre jour, je fais l’ascension du mont Wellington en compagnie de quelques officiers ; nous avions pris un guide, car les forêts sont si épaisses, qu’ayant voulu aller seul je m’étais perdu. Malheureusement notre guide est un niais qui nous fait prendre par le versant méridional de la montagne, versant le plus humide, où la végétation est plus active et où, par conséquent, la difficulté de l’ascension est beaucoup plus considérable, grâce aux troncs d’arbres pourris qui sont là en presque aussi grand nombre qu’à la Terre de Feu ou à Chiloé. Il nous faut cinq heures et demie d’un véritable travail avant d’atteindre le sommet.
Dans bien des endroits, les eucalyptus atteignent une grosseur considérable et forment une magnifique forêt. Dans quelques ravins humides on trouve de magnifiques fougères arborescentes, j’en ai vu une qui avait au moins 20 pieds de haut et 6 pieds de grosseur. Les branchages forment des parasols fort élégants, qui répandent une ombre si épaisse, qu’on peut la comparer au crépuscule. Le sommet de la montagne, large et plat, est composé d’immenses masses angulaires de grès. On se trouve alors à 3 100 pieds au-dessus du niveau de la mer. Le temps était splendide et la vue admirable ; au nord, le pays se présente sous forme d’une masse de montagnes boisées ayant à peu près la même hauteur que celle sur laquelle nous nous trouvons et affectant les mêmes formes ; au sud, le pays est découpé en baies nombreuses. »[18]
— Voyage d'un naturaliste autour du monde

En 1855, le hors-la-loi John « Rocky » Whelan (en) se cache sur les pentes du mont Wellington, dans une grotte située en contrebas des sources, avant d'être finalement capturé après avoir commis plusieurs meurtres aux alentours de Hobart. Sa grotte est encore visitée aujourd'hui[19].
En 1876 l'abattage d'arbres et la collecte de fougères autour du mont Wellington, notamment sur ses pentes occidentales, suscitent des inquiétudes croissantes. Le journal The Mercury met en garde : « Les pentes de la montagne sont déboisées, défigurées et privées de leur attrait. » Ce qui n'empêche pas la construction de nombreux petits chalets d'agrément[2].
En 1905 est déposée la première demande d'autorisation de construction d'un téléphérique. Sept autres suivent en un siècle, la dernière est rejetée par la justice en 2022[20].
En 1906 une grande partie du versant est du mont Wellington est placée sous la tutelle du conseil municipal de Hobart. Une forte proportion des activités d'exploitation forestière cesse[2].
Des sentiers de randonnée sont tracés dans les années 1920 et une route est construite jusqu'au sommet dans le cadre d'un programme d'aide aux chômeurs. Elle est inaugurée en après 30 mois de travaux[21].
D'importants incendies se déclarent en 1945 et surtout en 1967, celui-ci touchant toute la Tasmanie (en).
Deux pylônes de télévision sont érigés en 1960. L'un est toujours en place aujourd'hui, le second ayant dû, en raison des conditions climatiques, être remplacé[22].
En 1993, une loi créant le parc Wellington, d'une superficie de 180 km2, et instaurant sa protection, est adoptée par le parlement de Tasmanie[23].
Activités
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La partie basse de ses versants est traversée par de nombreux chemins de randonnée[24]. Une étroite route goudronnée longue de 22 km mène au sommet. Un point de vue couvert et fermé offre un panorama sur la ville et l'estuaire de la Derwent River, et permet d'apercevoir au loin, à 100 km vers l'ouest les parcs nationaux de Tasmanie classés au patrimoine mondial de l'humanité.
Notes et références
modifier- ↑ Les noms aborigènes en palawa kani portent depuis fin 2024 une majuscule.
- 1 2 3 Wellington Park, Historical Notes of Wellington Park
- ↑ (en-US) « Aboriginal and Dual Names », sur Tasmanian Aboriginal Centre
- ↑ Mark Williams, Geology, geomorphology and soils of Wellington Park
- ↑ « Climate statistics for Australian locations » [archive du ], sur www.bom.gov.au
- ↑ (en) « Weather », sur Wellington Park Management Trust
- ↑ Mark Williams, Vegetation of Wellington Park
- ↑ (en) Wellington Park Management Trust, « Wellington Park Management Trust », sur Wellington Park Management Trust
- ↑ Mark Williams, Plant Communities of Conservation Value
- ↑ Mark Williams, Birdlife of Wellington Park
- ↑ Mark Williams, Invertebrates of Wellington Park
- ↑ (en) « Wellington Park Management Trust », sur Wellington Park Management Trust
- ↑ (en) « 'Something's happened up there': Why Aboriginal Tasmanians shun Hobart's mountain top », ABC News, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Aboriginal Heritage », sur Wellington Park Management Trust
- ↑ (en) Chris Leadbeater, « How a Dutch explorer's antipodean muddle changed the course of world history », The Telegraph, (lire en ligne)
- ↑ Mark Williams, Early Naturalists in Wellington Park
- ↑ « Women in Tasmania », sur www.women.tas.gov.au
- ↑ Texte sur Wikisource
- ↑ (en) Agerico, « Hobart Killer Hid in Kunanyi Cave », sur The Hobart / Launceston Magazine, (consulté le )
- ↑ (en) « Hobart cable car project dealt another blow as company loses appeal over council refusal », ABC News, (lire en ligne)
- ↑ (en) « The Pinnacle Road, Mt Wellington (Feature Article) », sur www.abs.gov.au,
- ↑ (en) « Mt Wellington tower demolition (Feature Article) », sur www.abs.gov.au, (consulté le )
- ↑ « Wellington Park Act 1993 », sur www.legislation.tas.gov.au
- ↑ Bushwalking in Wellington Park
Liens externes
modifier- Ressource relative à la géographie :