Montre de pilote

montre-bracelet adaptée à l'usage de la navigation aéronautique

La montre de pilote, ou montre d'aviateur, est une pièce d'horlogerie spécialisée de type montre outil, dont les fonctionnalités sont adaptées à l'usage de la navigation aéronautique. Conçue à l'origine pour l'aviation, son design particulier a inspiré toute une catégorie de montres d'agrément.

La montre aviateur Santos de Cartier

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La Santos Galbée de Cartier - Design Museum, Kensington, Londres - Réinterprétation dans les années 1980 de la montre de pilote créée par Louis Cartier en 1904 pour Alberto Santos-Dumont.

Au début du vingtième siècle, les montres masculines sont exclusivement à gousset et ne sont pas adaptées au pilotage des premiers aéronefs. En 1904, le joailler Louis Cartier sollicite l’horloger Edmond Jaeger et crée pour son ami, l’aéronaute Alberto Santos Dumont, le premier modèle de montre-bracelet pour aviateur. Elle permet de lire l’heure en un coup d’œil et mesurer son temps de vol tout en pilotant. Le prototype, une montre carrée avec des vis apparentes sur les côtés, des chiffres romains et des aiguilles Breguet, est ensuite commercialisé à quelques exemplaires à partir de 1907. La montre aviateur Santos intègre officiellement le catalogue du joaillier en 1911 mais ne rencontre pas le succès et seulement 800 exemplaires du modèle dérivé de l’original sont vendus jusque dans les années 1970. En 1978, le modèle de la Santos est redessiné sous l’impulsion d’Alain-Dominique Perrin et devient un succès commercial pour la maison Cartier[1].

Les montres de pilotes d'aéronef

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Du début du XXe siècle aux années 1930, plusieurs marques comme Longines, Omega, Helvetia ou Zenith fabriquent des montres-bracelet pour pilotes d'aéronef. Des chronographes d'aviateur sont également fabriqués dans un style générique, sans marquage militaire. Le pionnier de l'aviation Louis Blériot assure la publicité de la montre pilote Zenith lors de sa traversée de la Manche en 1909[2].

Pendant la Première guerre mondiale, l'aviation nécessite des équipements performants et les grandes manufactures horlogères comme Longines, Zenith, Omega ou Jaeger-LeCoultre, équipent les premiers appareils de combat avec des instruments de vol et des chronomètres dont la remise à zéro s'effectue encore par l'intermédiaire de la couronne de remontage au début des années 1920 avant que Breitling développe en 1923 le premier poussoir de chronographe indépendant.

Photographie de Charles Lindbergh devant le Spirit of St. Louis dans un catalogue Longines des années 1990

Longines, sur l'idée de l'officier américain Philip Weems, construit le premier chronographe de vol capable de se synchroniser à la seconde près sur un top horaire radiodiffusé. La marque suisse qui collabore également avec Charles Lindbergh, sort la Longines Angle Horaire avec laquelle l'aviateur franchit pour la première fois le l'Atlantique en avion à bord du Spirit of St. Louis[2]. En 1930, IWC crée sa première montre spéciale dédiée aux aviateurs. En 1934, Breitling continue à innover en créant un second poussoir pour chronographe, encore adopté en 2025. Longines met au point la fonction flyback, le retour en vol qui permet de stopper la course de l'aiguille du chronographe et de la relancer dans le même geste, un dispositif crucial pour le déclenchement des tops horaires au passage des balises aériennes.En 1936, IWC livre un nouveau modèle de montre pour aviateur à la Royal Air Force britannique qui fera référence. Elle comporte un large boîtier en acier de plus de 40 mm de diamètre, un cadran de couleur noire avec de grands chiffres doté d'aiguilles luminescentes très visibles, un verre incassable et une grosse couronne de remontage crantée manipulable avec des gants. À partir de 1939, Zenith fabrique la montre d'avion Type 20 pour tableau de bord[2].

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les manufactures horlogères comme Zenith, Breitling, Glashütte, Hamilton, Heuer, IWC, Longines, Omega, Oris, Seiko, Tissot, Waltham équipent avions et pilotes. En 1942, Breitling crée le Chronomat, le premier chronographe muni d'une règle à calcul circulaire à échelle logarithmique[2].

Ces montres à vocation militaire vont inspirer par la suite le design de nombreux modèles de montres civiles.

Les montres de la Luftwaffe

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La B-Uhr, montre de navigation

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La B-Uhr est une montre-bracelet de navigation portée par les navigateurs de la Luftwaffe pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces montres ont été produites par plusieurs entreprises horlogères allemandes et suisses en réponse à une spécification très précise du Ministère de l'Aviation du Reich (Reichsluftfahrtministerium)[3].

Ces montres de navigation étaient connues sous le nom de « Beobachtungsuhren » (« montres d'observation »), abrégé en « B-Uhren ». Elles servaient d'instruments de navigation en vol pour déterminer la position précise de l'appareil et étaient associées à un octant (indicateur d'angle). Les montres B-Uhren ont été fabriquées selon deux configurations successives. Le type A (Baumuster A) fabriqué de 1940 à comportait un cadran classique dont les chiffres de 1 à 11 étaient complétés par un marqueur triangulaire avec un point de chaque côté à la place du chiffre 12. Le type B (Baumuster B), fabriqué à partir de , comportait les chiffres des minutes de 5 à 55 sur un anneau de chapitre autour de la périphérie du cadran, et un petit anneau de sous-chapitre avec des chiffres des heures[3].

Ces montres-bracelet pour hommes étaient conçues pour les navigateurs et devaient être visibles facilement, d'où des dimensions importantes du cadran d'un diamètre de 55 mm. Elles étaient portées par-dessus le blouson d'aviateur et pourvues à cet effet d'un bracelet en cuir très long riveté aux bords du cadran. La couronne en forme d'oignon est grande est détachée du boîtier pour permettre de remonter la montre et la régler en portant des gants en cuir. Pour maximiser la lisibilité, le cadran est noir, tandis que les aiguilles et les index sont blancs et de très grande taille, ce qui rend le cadran de la montre très similaire aux instruments de bord des avions[3].

Seules six entreprises ont fabriqué les B-Uhren d'origine pour la Luftwaffe. A. Lange & Söhne a produit près de 7 000 montres entre 1940 et 1945 dont l'assemblage a été sous-traité par Huber à Munich, Felsing à Berlin, Schieron à Stuttgart, Schätzle & Tschudin à Pforzheim et Wempe à Hambourg. À partir de 1944, pour éviter que les usines ne deviennent des cibles de bombardement, les noms des fabricants ne sont plus gravés sur les montres. Le nom A. Lange & Söhne est remplacé par le code « nhk ».

Certains des fabricants originaux des « B-Uhren » ont ajouté plus tard une anecdote marketing dans leur communication d'entreprise selon laquelle les navigateurs portaient parfois la montre sur la cuisse, mais rien ne prouve cette allégation[3].

La Fliegeruhr, chronographe de pilote

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Après la Première Guerre mondiale, l'Allemagne est interdite d'aviation militaire et aucune montre d'aviation officielle n'est produite. Dans les années 1920 et 1930, des montres de pilote fabriquées par des marques suisses comme Omega, Longines ou IWC sont en circulation[3].

une interprétation moderne de Fliegeruhr - Laco.

Hanhart à Schwenningen en Forêt-Noire, commence la production de chronographes d'aviateurs en 1938. Ils sont distribués aux pilotes de l'armée de l'air allemande et aux officiers de la marine à partir de 1939. En 1941, la firme Tutima de Glashütte développe un chronographe flyback, le calibre 59, et l'intègre dans ses montres fournies à l'armée allemande. Les deux entreprises produisent une grande partie des montres-bracelets chronographes utilisés par les allemands durant la Seconde Guerre mondiale. On estime à environ 15 000 le nombre de chronographes produits pour la Luftwaffe, dont la plupart ont été restitués aux pilotes après la guerre une fois leur mission terminée[3].

Contrairement à la montre de navigation « B-Uhr », le Ministère de l'Aviation du Reich n'a publié aucune spécification pour la « Fliegeruhr ». Ce chronographe de pilote a été introduit pour indiquer l'heure et le temps de vol écoulé grâce à la lunette tournante graduée ainsi que la durée de vol grâce à la fonction flyback permettant un chronométrage précis appelé par les allemands « Tempostopp ». La fonction de retour en vol permettait au pilote de redémarrer le chronographe en synchronisation avec un signal radio, permettant ainsi de calculer la direction avec une précision maximale. Elle était aussi utilisée en cas de faible visibilité, lors d'un vol aux instruments afin de voler en suivant les indications de cap à la seconde près[3].

Les montres de pilote Breitling

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En 1915, l'horloger suisse Gaston Breitling crée l’un des premiers chronographes-bracelet avec un bouton poussoir indépendant inséré en oblique à 2 heures sur le bord du cadran. Le poussoir qui gère le départ, l’arrêt et la remise à zéro du chronographe est ainsi séparé de la couronne classique qui gère le remontage et la mise à l’heure de la montre, permettant une utilisation plus simple de la fonction du chronographe[4].

Une Navitimer de Breitling

Après plusieurs années de recherche, Breitling parvient à améliorer son système et dévoile en 1934 un chronographe bracelet comportant cette fois une couronne et 2 poussoirs. La fonction de mise en marche/arrêt du chronographe est maintenant elle même séparée de la remise à zéro. Cette disposition d’un chronographe est restée la même jusqu'en 2025[5]. En 1942, Breitling sort un premier modèle de Chronomat comportant une règle à calcul. Lancée en 1943, un nouveau modèle de montre de pilote, la Premier propose un chronographe d'aviateur destiné à être porté en ville. Créée en 1954, la Navitimer est un nouveau modèle de montre de pilote mécanique embarquant un chronomètre, une échelle tachymétrique et une lunette à règle à calcul. C'est un instrument de poignet conçu comme une aide pour les pilotes à effectuer des calculs de planification de vol. La lunette qui embarque une véritable règle de calcul permet de calculer des vitesses, des temps de montée et descente ou de vol, la consommation de carburant mais également faire des conversions gallon/litre ou encore kilomètre/mille-nautique. Développée par Breitling et l’AOPA (en) (Aircraft Owners and Pilots Association), la montre est au départ exclusivement réservée aux membres de cette association et n'est commercialisée au grand public qu'à partir de 1956[5].

En 1961, l'astronaute Scott Carpenter commande une Navitimer sur mesure avec un cadran spécial 24 heures avec aiguille très visible permettant de distinguer le jour de la nuit dans l'espace. Lors de la mission Mercury Atlas 7, il porte la montre à bord de la capsule spatiale Aurora 7, faisant de la Navitimer le premier chronographe-bracelet à être porté dans l'espace. Le modèle est ensuite commercialisé sous le nom de Breitling Navitimer Cosmonaute[6].

En 1969 un modèle à remontage automatique doté d'un micro-rotor, la Navitimer Chrono-matic, est mis sur le marché par Breitling. Dans les années 1970, des modèles de Navitimer à quartz, à affichage LED puis LCD sont lancés, tout en conservant la lunette à règle à calcul. Mais l'entreprise Breitling est en difficulté. En 1979, Ernest Schneider, pilote, horloger et propriétaire de la marque Sicura reprend l'entreprise de Willy Breitling, acquiert les droits de la Navitimer et réinstalle Breitling à Granges. La patrouille acrobatique italienne, les Frecce Tricolori, recherche à l'époque un chronographe avec affichage analogique, ce que les modèles à quartz de l’époque ne pouvaient pas offrir. En 1983 Ernest Schneider crée spécialement pour eux un chronographe mécanique, le Chronomat. Apprenant que les pilotes cognaient souvent leur montre contre le cadre métallique de leur appareil lorsqu’ils ouvraient la verrière, il va dessiner la montre avec un verre surbaissé, placé sous le niveau de la lunette et le protéger par quatre cavaliers en métal placés sur le cadran aux repères des 15 minutes. Les cavaliers et le bracelet à rouleaux en métal deviennent des éléments emblématiques du Chronomat qui remet les chronographes mécaniques épais à la mode dans un environnement alors dominé par les montres à quartz ultrafines[6].

Une Navitimer à remontage manuel est commercialisée en 1986. En 1990, alors que les montres mécaniques regagnent en notoriété, une nouvelle version de la Navitimer à remontage automatique et rotor classique est mise sur le marché. En 2009 la marque lance un chronographe automatique Navitimer avec un mouvement maison conçu sans module et offrant 70 heures de réserve de marche[5].

La Navitimer est considérée comme étant l’une des montres de pilote les plus célèbres au monde et comme un incontournable des collections. Produite presque sans discontinuer depuis 1954, dans une esthétique restée fidèle au modèle d'origine, la Navitimer de Breitling est la plus ancienne montre de pilote mécanique encore en production[6].

Serge Gainsbourg a porté une Navitimer 81600. Ce modèle mécanique a été fabriqué de 1986 à 1987 à 2000 exemplaires environ. Un bracelet en acier type « rallye » est réalisé sur mesure par un bijoutier lyonnais sur ordre de Breitling pour répondre à une demande de Gainsbourg qui ne supportait pas les bracelets en cuir[7],[8].

Montre de pilotes contemporaines

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De nombreuses marques proposent des montres dont l'esthétique répond au style des montres de pilote, dont :

Références

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  1. ↑ Benjamin Cuq, « #7Cartier Santos, la première montre d’aviateur ! », sur l'Opinion, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 Hervé Gallet, « Les montres de l'extrême #8 - Le temps des pionniers de l'aviation Montres », sur Le Point, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 (en-US) Bhanu Chopra, « A Crash Course In Flieger (Pilot) And B-Uhren (Navigator) Watches Covering Both Historic And Modern Examples (A Pilot's Watch Photofest!) », sur Quill & Pad, (consulté le )
  4. ↑ « L’histoire de Breitling depuis 1884 », sur www.breitling.com (consulté le )
  5. 1 2 3 Charles, « Breitling Navitimer : Histoire de la Montre de Pilote la plus Iconique », sur Mon Petit Horloger, (consulté le )
  6. 1 2 3 (en) « Aviation History of Breitling - The Watch Guide by Ethos », sur www.ethoswatches.com, (consulté le )
  7. ↑ Jean-philippe Tarot, « Breitling : partenaire d'une exposition photo sur Gainsbourg », sur Montres-de-luxe.com (consulté le )
  8. ↑ « Dimanche – Serge Gainsbourg et sa Breitling Navitimer 81600 – unJOURuneMONTRE.com », (consulté le )
  9. ↑ Par Ludovic B. • 6 ans plus tôt, « Test de la Laco Paderborn », sur Le Petit Poussoir, (consulté le ).