Barthélemy-François-Joseph Mouffle d'Angerville
Barthélemy François Joseph Mouffle (ou Moufle) d’Angerville, né le à Guéret et mort le à Paris, est un journaliste et homme de lettres français, continuateur des Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres.
Biographie
modifierFils de Benjamin-Anne Mouffle, receveur des tailles d’origine parisienne, à Guéret[1], il s’installe, après la mort de ce dernier en 1736, à Paris, avec sa mère et son frère.
En 1740, il hérite de son oncle et parrain Barthélemy, prêtre à la Sorbonne. Cinq ans plus tard, il reçoit des lettres d’émancipation et intègre l’administration de la Marine en tant qu’écrivain, grâce aux puissantes relations familiales. Il se fait aussi recevoir avocat pour obéir aux injonctions de Maurepas. Mais le démon de l’écriture ne le quitte pas et avec un de ses compatriotes Rochon de Chabannes, il publie clandestinement un petit ouvrage licencieux Les Cannevas de la Pâris qui leur vaut, malgré l'anonymat, un bref séjour à la Bastille, en 1750.
Nommé élève de la Marine à Rochefort puis écrivain ordinaire, on connaît de lui cette appréciation : « Proche parent de M. de Georville, trésorier général. A de l'éducation, l'esprit orné s’applique. C’est un sujet qui doit percer[2]. »
Il embarque sur le Zéphyr, et fait la campagne de Louisbourg, puis les choses se passent très mal avec le comte de Grasse, « espèce de colosse fort lourd, fort bête et fort grossier dans son arrogance[3] », lorsque ce dernier prend le commandement du Zéphyr, envoyé en campagne le long du Golfe de Guinée. Il quitte alors définitivement la Marine.
Dans les années 1770, il collabore avec Pidansat de Mairobert, autre ancien écrivain de marine, au Journal historique, puis aux Mémoires secrets dits de Bachaumont.
En 1781, il est arrêté chez sa parente, Mme de Mouffle de Champigny, rue de Berri par le lieutenant de police Lenoir, alors qu’il vient de publier anonymement, à Londres, un ouvrage en quatre volumes intitulé Vie privée de Louis XV, ou principaux événements, particularités et anecdotes de son règne, ouvrage attaquant frontalement le pouvoir royal en dévoilant sans filtre les intrigues politiques, les scandales financiers et les secrets d’alcôve de l’ancien roi, qui a connu un succès fulgurant[4]. À nouveau embastillé, son séjour ne dure que quelques semaines et il parvient même à recouvrer les documents confisqués.
Sa Vie privée de Louis XV, ou principaux événements, particularités et anecdotes de son règne, imprimée à Londres et interdite par la censure française, est réimprimée à Neuchâtel, possession du roi de Prusse : elle est diffusée clandestinement en France avec un grand succès. Une traduction allemande faite à Neuchâtel est vendue librement en Allemagne malgré quelques piques contre Frédéric II, la censure prussienne ayant seulement exigé le retrait de quelques passages concernant la « guerre des pommes de terre » entre l'Autriche et la Prusse[5].
On lui attribue un texte contre-révolutionnaire Adresse aux princes…[6] publié par le comte de Sanois en 1792. Il meurt le dans une relative misère rue du Colombier à Paris et ses héritiers (des cousins Mouffle du côté de son père, des cousins Keingiaert[1] du côté de sa mère) se disputent ses maigres restes.
Publications
modifier- Journal historique de la Révolution opérée dans la constitution de la monarchie française par le chancelier de Maupeou, Londres (Amsterdam), 1774-1776, 7 vol. in-12
- Mémoires pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France depuis I762, jusqu'à nos jours, Londres, J. Adamson, 1777 1789, 36 vol.
- Vie privée de Louis XV, ou principaux événements, particularités et anecdotes de son règne, Londres, 1781, réimprimée sous le titre de Siècle de Louis XV, 1796.
- Adresse aux princes français et aux émigrants de cette malheureuse nation au sujet de la guerre et de leur retour, Paris, .
Notes et références
modifier- 1 2 « MOUFLE D'ANGERVILLE | Dictionnaire des journalistes », sur dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr (consulté le ).
- ↑ Cité par Amédée Carriat, p. 640.
- ↑ Mouffle d’Angerville, Vie privée de Louis XV : ou principaux événemens, particularités et anecdotes de son regne, t. 4, Londres, John Peter Lyton, , 334 p. (lire en ligne), p. 263.
- ↑ Robert Darnton, « Vies privées et affaires publiques sous l’Ancien Régime », Actes de la recherche en sciences sociales, Paris, no 154, , p. 24-35 (ISSN 0335-5322, lire en ligne).
- ↑ Edoardo Tortarolo, « La Censure à Berlin au XVIIIe siècle », dans Olivier Bloch et Antony McKenna (dir.), La Lettre clandestine, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, , 288 p. (ISBN 978-2-84050-106-0, OCLC 1072762670, lire en ligne), chap. 6 Censure et clandestinité aux XVIIe et XVIIIe siècles, p. 260.
- ↑ Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, p. 71.
Bibliographie
modifier- Pierre Louis Manuel, La Bastille dévoilée, Paris, Desenne, 1789, t. IV, p. 19 et t. VIII, p. 52-54, en ligne.
- Frantz Funck-Brentano, Figaro et ses devanciers, Paris, 1909.
- Amédée Carriat, « Un écrivain guérétois méconnu, Benjamin (sic) Mouffle d’Angerville » in Mémoires de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, 1976, t. 39, p. 637-56.
- Tawfik Mekki-Berrada, « Barthélémy Moufle d'Angerville (1728-1795) », dans Dictionnaire des journalistes (1600-1789), (sous la direction de J. Sgard), 1999. (En ligne)
- Marc-Marie de Bombelles, Journal, Texte établi, présenté et annoté par Jean Grassion et Frans Durif, Tome I. (1784 – 1789), Droz, Genève, 1977.
Liens externes
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