Mouvement Swadeshi
Le mouvement Swadeshi (de l'hindi : स्वदेशी svadēśī, auto-suffisant, de son propre pays[1]) est un objectif d'autarcie affilié au mouvement pour l'indépendance de l'Inde, qui participe à la naissance d'un nationalisme indien[2].

Il inclut en particulier le boycott des produits britanniques importés au profit des productions indiennes locales.
Le mouvement Swadeshi est d'abord théorisé dans la seconde moitié du XIXe siècle par les premiers militants pour la cause nationale indienne. Il connaît un premier apogée après la partition du Bengale en 1905, amenant à l'abrogation de cette décision en 1911. Il est ensuite repris avec succès par Mohandas Karamchand Gandhi.
Concept
modifierMohandas Karamchand Gandhi présente le mouvement Swadeshi comme l'âme du Swaraj, qui est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Des Indiens aisés font des dons de terres et d'argent pour que les foyers puissent coudre leur propre Kkhādī. Dans un second temps, le mouvement s'étend à d'autres secteurs, dans l'objectif de rendre des villages entiers autonomes[3].
Historique
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1850-1918 : Premier mouvement Swadeshi et conceptualisation
modifierLe mouvement Swadeshi est d'abord théorisé dans la seconde moitié du XIXe siècle par les premiers militants pour la cause nationale indienne, dont Dadabhai Naoroji, Gopal Krishna Gokhale, Mahadev Govind Ranade, Bal Gangadhar Tilak, Ganesh Vyankatesh Joshi, Bhaswat K. Nigoni, V. O. Chidambaram Pillai, Subramanya Bharathi, Subramaniya Siva et Ram Singh Kuka[4]. Naoroji publie le livre Poverty in India en 1876 : il y explique sa « théorie du siphon », selon laquelle l'empire colonial britannique extrait systématiquement les richesses indiennes pour son propre bénéfice[5],[6]. En 1892, il est élu à la Chambre des communes de Grande-Bretagne au sein du Parti libéral et est le premier à porter les griefs des Indiens directement auprès du gouvernement britannique[5],[6].
Les Sikhs Namdhari boycottent l'éducation, les tribunaux et les tissus anglais : en 1871 et 1872, ils fabriquent des khādī eux-mêmes, s'appuient sur l'éducation populaire et s'auto-gouvernent sous le modèle du Panchayati raj[7],[8],[9].
En 1893, Bal Gangadhar Tilak utilise le festival de Ganesh Chaturthi pour populariser l'utilisation et la consommation de biens indigènes[10].
En , le gouvernement britannique annonce avoir décidé de la partition du Bengale, une nouvelle très mal accueillie par les Indiens[11],[12]. Le , des militants indépendantistes se retrouvent au Town Hall de Calcutta (en) pour discuter de comment soutenir la production domestique et éviter les importations et le mouvement Swadeshi gagne en popularité[13].
En , à Thoothukudi, V. O. Chidambaram Pillai prend le contrôle de la British-India Steam Navigation Company, qu'il fait gérer par des Indiens et renomme en Swadeshi Shipping Company[14].
En raison de ce mouvement de boycott, les Britanniques réunifient le Bengale en 1911 et déplacent la capitale à New Delhi.
1918-1947 : Second mouvement Swadeshi, Gandhi et indépendance
modifierEn 1918, Mohandas Karamchand Gandhi présente un nouveau style de rouet plus efficace à Bombay, le « charka ». L'objet devient un symbole et un outil de la lutte pour l'indépendance. Le , il brûle 150 000 pièces de tissu anglais dans le quartier de Parel à Bombay[15]. Il crée des centres de filage de khādī partout dans le pays et présente les stylistes comme des figures importantes de la résistance pour l'indépendance[16].
À minuit le , le Congrès national indien hausse le drapeau de l'Inde sur les rives de la Ravi à Lahore. Le Congrès, mené par Mohandas Karamchand Gandhi et Jawaharlal Nehru, publie le Purna Swaraj (en), ou déclaration de swaraj total, le [17].
Le Congrès national indien utilise le mouvement Swadeshi pour sa lutte[18]. Gandhi s'engage pour la désobéissance civile non-violente, qu'il appelle satyagraha, pour obtenir l'indépendance indienne[19],[20]. Il estime que si les moyens utilisés pour obtenir l'indépendance sont « impurs », le changement sera forcément négatif et mènera à l'inverse d'un progrès[21].
En 1936, 62% des tissus vendus en Inde sont fabriqués dans le pays, et 76% en 1945[22].
1947-1991 : Troisième mouvement Swadeshi et économie planifiée
modifierSous Jawaharlal Nehru et les premiers ministres suivants à tendance socialiste, le gouvernement indien priorise la limitation des importations, l'expansion du secteur public, et des politiques protectionnistes pour assurer l'auto-suffisance du pays. L'Inde voit grandir son industrie lourde, ses institutions scientifiques, et s'appuie sur une économie planifiée[23].
Le groupe paramilitaire d'extrême-droite nationaliste hindou Rashtriya Swayamsevak Sangh s'inspire aussi de la doctrine Swadeshi pour ses politiques économiques, sans forcément s'opposer à la mondialisation[24].
Après 1991 : Quatrième mouvement Swadeshi et mondialisation
modifierLe premier ministre Pamulaparthi Venkata Narasimha Rao et son ministre des finances Manmohan Singh passent d'une économie planifiée et centralisée à un mouvement de privatisation, de libéralisation et de mondialisation. Ils encouragent les entreprises indiennes à devenir compétitives sur le marché international. Ce mouvement, lui aussi appelé Swadeshi, voit l'émergence de grands groupes comme Infosys, Wipro Technologies et Tata Motors[25].
Narendra Modi lance plusieurs campagnes comme Make in India et Atmanirbhar Bharat, dont le nom est inspiré par un des slogans de Gandhi, pour encourager l'industrie indienne et la réduction de la dépendance envers les biens étrangers[26],[27].
Postérité et hommages
modifierLe , un drapeau indien tricolore fabriqué à la main est déployé à New Delhi par Jawaharlal Nehru[18].
Le a lieu la première Journée nationale du rouet à main, rappelant le , journée de proclamation de la doctrice Swadeshi[28].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Swadeshi movement » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en-US) « Swadeshi » [archive du ], sur Metta Center, (consulté le )
- ↑ L. M. Bhole, Essays on Gandhian Socio-Economics, Shipra Publications, Delhi, 2000. Chapter 14: "Savadesi: Meaning and Contemporary Relevance".
- ↑ (en) Sharanya Munsi, « Jamnalal Bajaj, the Gandhian capitalist who was called the Mahatma's 'Merchant Prince' », The Print, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en-US) « History of Swadeshi Movement : Causes & Effects » [archive du ], sur Cultural India, (consulté le )
- 1 2 Dadabhai Naoroji, Poverty of India, Ranima Union Press, (ISBN 9789389801422, lire en ligne)
- 1 2 Dadabhai Naoroji, Poverty and Un-British Rule in India, Publications Division, Ministry of Information and Broadcasting, Government of India, (ISBN 9789387436909, lire en ligne)
- ↑ Tara Anjan et Saldi Rattan, Satguru Ram Singh and the Kuka Movement, New Delhi, Publications Division Ministry of Information & Broadcasting, (ISBN 9788123022581)
- ↑ Manmohan Kaur, Women in India's freedom struggle, Sterling, , p. 76
- ↑ Peter Clarke, Encyclopedia of New Religious Movements, Oxon, Routledge, (ISBN 9781134499700), p. 425
- ↑ Richard I. Cashman, The Myth of the Lokamanya Tilak and Mass Politics in Maharashtra, University of California Press, , 70–73 (ISBN 978-0-520-02407-6, lire en ligne
) - ↑ (en) John R. McLane, « The Decision to Partition Bengal in 1905 », The Indian Economic and Social History Review, vol. 2, no 3, , p. 221–237 (ISSN 0019-4646, DOI 10.1177/001946466400200302, lire en ligne
) - ↑ Dennis Judd, Lion and Tiger:The Rise and fall of British Empire 1600 to 1947, Oxford University Press, (ISBN 0192803581, lire en ligne [archive du ])
- ↑ « Swadeshi Movement: Timeline and Important facts that you must know » [archive du ], India Today, (consulté le )
- ↑ (en) « Make In India: Why India needs Swadeshi 2.0 », Academics For Nation, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
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- ↑ Wolpert 2001, p. 141.
- 1 2 « No, Nehru didn't hoist India's first tricolour at Red Fort. And British flag wasn't lowered » [archive du ], The Print (consulté le )
- ↑ Ackerman 2000, p. 108.
- ↑ Dalton 1993, p. 9-10.
- ↑ Johnson 2005, p. 118.
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- ↑ Saarang Narayan, « Swadeshi globalization: Dattopant Thengadi's Hindu Nationalist path for globalization in late twentieth-century India », Globalizations, vol. 0, no 0, , p. 1–22 (ISSN 1474-7731, DOI 10.1080/14747731.2025.2573111
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- ↑ Sanjaya Baru, JOURNEY OF A NATION: 75 YEARS OF INDIAN ECONOMY Re-emerge, Reinvest, Re-engage, Rupa Books (ISBN 9789355203854, lire en ligne)
- ↑ « Make-in-India, Vocal for Local new icons of Bapu's Swadeshi idea: Amit Shah », Times of India (consulté le )
- ↑ « Explained: Why is August 7 called National Handloom Day », The Indian Express, (lire en ligne [archive du ], consulté le )