Mélanie Berger-Volle

couturière franco-autrichienne

Mélanie Berger-Volle, née le à Vienne (Autriche) et morte le à Saint-Étienne, de nationalités autrichienne et française, est une couturière, militante trotskiste durant son adolescence contre l'austrofascisme et résistante française pendant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie

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Mélanie Berger naît dans une famille juive à Vienne-Leopoldstadt. Après avoir achevé sa scolarité au collège, elle apprend le métier de corsetière dans le cadre de son apprentissage de couturière. Elle dit avoir développé une pensée politique à partir de l'âge de 13 ans. Socialisée politiquement dans le mouvement ouvrier, elle participe, dès l'âge de 15 ans, à des activités illégales pendant l'austrofascisme. Elle adhère pendant sa scolarité au parti des Socialistes révolutionnaires d'Autriche (Revolutionäre Sozialisten Österreichs, RSÖ). Les membres de ce parti interdit se retrouvent sur une plage naturiste de la Lobau. Elle raconte dans une interview que c'est là qu'elle a commencé, nue, ses premières discussions politiques. Elle adhère peu après à l'organisation internationaliste et antistalinienne des Communistes révolutionnaires d'Autriche (RKÖ).

Mélanie Berger en 1939, habillée et coiffée comme un homme, au temps où elle traversait la frontière franco-belge.

En , menacée d'emprisonnement en tant que juive et communiste après l'Anschluss, elle traverse l'Allemagne en autostop[1] pour se rendre en Belgique à Anvers où elle séjourne illégalement. Elle passe en France avec des amis début 1939 parmi les travailleurs frontaliers, vêtue en homme. À Paris, elle est tout d'abord protégée par son nom « Berger », aussi français qu'allemand et obtient même une autorisation de séjour convoitée. Au début de la Seconde Guerre mondiale, elle est toutefois poursuivie comme les autres antifascistes en tant qu'ennemie étrangère et transférée à Clermont-Ferrand. Elle doit partir de là en train pour être internée au camp de Gurs. Mais elle réussit à échapper à l'incarcération et trouve un travail comme bonne chez un avocat. Elle peut ainsi éviter provisoirement la détention.

Tandis que ses amis sont détenus aux Milles, elle réussit à maintenir les liens du groupe RKÖ avec ses bases à Anvers, Les Milles, Londres, Zürich et New York. Pour fuir la Wehrmacht, elle se rend dans le sud de la France à Montauban. Elle distribue aux soldats allemands des tracts anti-hitlériens[2].

Le , elle est arrêtée par la police de Toulouse au 3 quai Docteur-Laffargue et conduite au commissariat de Montauban où elle est interrogée, battue et ensuite transférée à la prison Saint-Michel à Toulouse[2]. Le , elle est condamnée par la cour d'appel de Toulouse à 15 ans de travaux forcés et à 20 ans d'interdiction de séjour pour « activités communistes et anarchistes » et pour diffusion, dans un but de propagande, de tracts de nature à nuire à l’intérêt national[2]. Après son procès, elle est transférée à la prison des Baumettes à Marseille, où elle est incarcérée avec trois autres femmes, Jeanne Katzenstein, Madeleine Goetzmann et Margot Usclat[2]. La situation d' « Anna » ou de « Nelly », les pseudonymes de Mélanie Berger dans la Résistance, devient dangereuse car la Gestapo recherche depuis 1943 les prisonniers politiques dans les prisons du régime de Vichy. Après avoir été transférée en à l'hôpital-prison pour être soignée d'une jaunisse aiguë, elle peut être libérée lors d'une action spectaculaire par des membres de son groupe auxquels se joint un soldat en uniforme de la Wehrmacht qui veut déserter et qui a pu être convaincu de participer à cette action. Ils viennent la chercher pour un interrogatoire avec de faux papiers de la Gestapo. Mélanie Berger a pu auparavant expliquer clandestinement depuis l'hôpital comment elle pouvait être délivrée.

« Nous étions un groupe autrichien, dans lequel il y avait aussi des Allemands. Nous avons publié des textes en allemand qui expliquaient aux soldats ce qu'était le national-socialisme. Ce n'était bien sûr pas un travail facile car nous avons perdu ainsi de très nombreux amis, mais nous en avons aussi gagné de nouveaux. Il y avait parmi eux un soldat qui a aidé à venir me chercher en prison. »[3]

— Interview en 2013 de Mélanie Berger-Volle

Désormais libre, elle se réfugie à Lyon pour reprendre son combat, prend contact avec la résistance française et poursuit son engagement dans la Résistance avec de faux papiers et sous divers noms. En 1944, elle est à nouveau interpellée à Paris juste avant la Libération[2].

Mélanie Berger sur la Canebière à Marseille en 1946.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle vit à Paris et devient citoyenne française en 1947. Lors d'une visite à ses parents en Autriche, elle fait la connaissance du journaliste français Lucien Volle, son futur mari. Volle a eu des responsabilités dans la Résistance et est connu sous le nom de « Capitaine Lulu » dans le groupe de résistance « Lafayette » en Haute-Loire. Après avoir vécu 10 ans à Vienne, le couple retourne en France, à Drancy.

Mélanie Berger-Volle travaille pour la municipalité de Drancy. Son mari et elle s'engagent dans différentes associations d'anciens résistants comme l'ANACR (Association nationale des anciens combattants et ami(e)s de la Résistance). À la retraite, le couple déménage en Haute-Loire et se consacre ensemble au travail de mémoire jusqu'à la mort de Lucien Volle, le . En dépit de son grand âge, elle continue à témoigner dans les écoles[4].

Elle reçoit plusieurs distinctions honorifiques de la Résistance ainsi que la Médaille des évadés ; elle est faite chevalier des Palmes académiques et de l’ordre national du Mérite[5]. Pour son inlassable travail de mémoire en tant que témoin de son époque, elle est décorée de La Légion d'honneur le par le président François Hollande. Le , l'ambassadrice d'Autriche Ursula Plassnik lui remet le Mérite d'or de la république d'Autriche, attribué par le président autrichien Heinz Fischer, lors d'une cérémonie à l'ambassade d'Autriche à Paris.

Mélanie Berger-Volle s'installe à Saint-Étienne, dans une résidence services seniors Les Jardins d'Arcadie[6],[7].

« Enfant déjà, j'étais un peu rebelle. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi il y avait des pauvres et des riches. Je ne pouvais pas comprendre qu'il y ait des gens qui se croient supérieurs parce qu'ils ont une autre couleur de peau ou une autre religion. Je n'ai jamais voulu le comprendre. J'ai toujours voulu changer le monde. Je veux toujours le changer mais malheureusement je ne le pourrai plus. »[3]

— Interview en 2013 de Mélanie Berger-Volle

Elle meurt le , toujours à Saint-Étienne, à l'âge de 105 ans. Ses funérailles ont eu lieu le 30 octobre 2026 au cimetière de Brives-Charensac[8],[9],[10].

Distinctions et honneurs

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Autrichienne

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Françaises

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Le , Mélanie Berger-Volle est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur, au titre de « internée résistante ; 72 ans de services »[11].

Le , Mélanie Berger-Volle est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national du Mérite, au titre de « membre du comité de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes ; 40 ans d'activités professionnelles, associatives et de services civils et militaires »[12].

Depuis le , elle est également commandeur de l'ordre des Palmes académiques[13].

Notes et références

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  1. ↑ « Musée de la résistance en ligne », sur museedelaresistanceenligne.org (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 Christian Robert, Histoires d'Auvergnats Tome II, Éditions des Monts d'Auvergne.
  3. 1 2 (de) « Ich wollte die Welt verändern », Wiener Zeitung, (consulté le ).
  4. ↑ (de) Marina Käfer, « Mélanie Berger-Volle », sur linkswende.org, (consulté le ).
  5. ↑ « Berger-Volle Mélanie (Méla) », sur Le Maitron (consulté le ).
  6. ↑ (de) « Zeitzeuginnengespräch : Die Resistance-Kämpferin Mélanie Volle-Berger », sur Wuppertaler Widerstand [La résistance à Wuppertal], (consulté le ).
  7. ↑ Nathalie Rouiller, « Melanie Berger, résistante et si bien ... », sur Medias citoyens diois,
  8. ↑ « Avis de décès de Madame Mélanie VOLLE née BERGER paru le 26/10/2026 dans Le Progrès - département Loire », sur libramemoria.com, (consulté le ).
  9. ↑ « Disparition : la résistante stéphanoise Mélanie Berger-Volle est morte à 105 ans », sur Ici (radio).fr, (consulté le ).
  10. ↑ « La résistante Mélanie Berger-Volle est morte à l'âge de 105 ans », sur France Info,
  11. ↑ « Décret du 12 juillet 2013 portant nomination dans l'ordre national de la Légion d'honneur », sur legifrance.gouv.fr (consulté le ).
  12. ↑ « Décret du 14 novembre 2002 portant nomination dans l'ordre national du Mérite », sur legifrance.gouv.fr (consulté le ).
  13. ↑ « Bulletin officiel des décorations, médailles et récompenses n°1 du 5 janvier 2026 texte 57 », sur legifrance.gouv.fr (consulté le ).

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Cécile Denis, La résistance allemande et autrichienne en France. D'après sa presse clandestine. L'histoire de trois réseaux germanophones actifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale au travers de leurs journaux et de leurs tracts, Paris, Éditions L'Harmattan, , 318 p. (ISBN 978-2-343-21680-5)
  • (de) Nils Klawitter, Die kleine Sache Widerstand. Wie Melanie Berger den Nazis entkam, Wien, Czernin Verlag, , 160 p. (ISBN 978-3-7076-0845-8)
  • Nils Klawitter, La petite main de la résistance. Comment Melanie Berger défia les nazis. Traduit de l'allemand et préfacé par Jean-Claude Mourlevat, Paris, Éditions Robert Laffont, , 240 p. (ISBN 978-2-221-28784-2)
  • Christian Robert, Histoires d'Auvergnats, Champetières, éditions des monts d'Auvergne, , 422 p. (ISBN 978-2-36654-067-3), p. 145-171
  • Johan Lagrange et Clément Goutelle, Mélanie Berger-Volle Tome 1-Résistance, Jarjille, , 48 p. (ISBN 978-2-493649-39-3)

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Liens externes

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