Naa Gbewaa
Naa Gbewaa, aussi appelé Na Gbewa, Na Bawa, Nedega ou Kulu Gbagha, est un souverain connu par les traditions orales des peuples du nord du Ghana et du Burkina Faso. Il est considéré comme l'ancêtre commun des dynasties du Dagbon, du Mamprugu, du Nanung et de plusieurs royaumes mossis.
| Nom dans la langue maternelle |
Na Gbewa |
|---|---|
| Autres noms |
Na Gbewa, Na Bawa, Nedega, Kulu Gbagha[1] |
| Activité | |
| Enfant |
Il aurait établi son pouvoir à Pusiga, dans le nord-est de l'actuel Ghana, avant que ses descendants ne fondent plusieurs royaumes distincts. Sa période d'activité ne peut pas être fixée avec certitude, mais les reconstitutions historiques la situent entre la fin du XIVe siècle et le début du XVe siècle.
Biographie
modifierOrigines et établissement à Pusiga
modifierLes informations relatives à Naa Gbewaa proviennent principalement de généalogies royales, de récits transmis par les tambourinaires de cour et de traditions orales recueillies aux XXe et XXIe siècles[4]. Ces récits diffèrent sur le nombre, le sexe et l'ordre de naissance de ses enfants[4].
Une tradition dynastique fait de Naa Gbewaa le petit-fils de Tohajie, appelé le « Chasseur rouge », et rapporte qu'il s'établit à Pusiga[2]. L’Histoire générale de l’Afrique de l’UNESCO le désigne sous les noms de Na Bawa, Gweba ou Nedega et le rattache aux origines de la dynastie mamprusi[1].
Les travaux historiques ne présentent pas Naa Gbewaa comme le fondateur direct de tous les royaumes qui se réclament de lui[2]. Ils le décrivent plutôt comme l'ancêtre d'une lignée dont plusieurs branches créent ensuite des États distincts[3].
Formation des royaumes issus de sa lignée
modifierSelon les récits recueillis, Zirile succède d'abord à Naa Gbewaa, puis un conflit de succession provoque la séparation de plusieurs branches de la famille[2]. Tohigu fonde la dynastie du Mamprugu, Shitobu celle du Dagbon et Gmantambo celle du Nanung[3]. Cette répartition est également rapportée dans les traditions conservées par les tambourinaires du Dagbon[5].
Les traditions mossies rattachent pour leur part leur dynastie à Yennenga, appelée Yemtori ou Yaantuuri dans les traditions du Dagbon[1]. Yennenga est présentée comme une fille de Naa Gbewaa et comme la mère de Ouédraogo, ancêtre de plusieurs dynasties mossies[6],[7]. Le lien entre les traditions mossies, dagombas et mamprusies est également étudié dans les travaux consacrés aux origines des États mossi-dagomba[8].
Descendance selon la tradition du Dagbon
modifierLa liste suivante reprend les noms transmis dans A Drummer’s Testament, une collecte de récits historiques et généalogiques auprès de tambourinaires et d’anciens du Dagbon[9]. Cette liste représente une tradition particulière et ne constitue pas une généalogie dont l'ordre de naissance serait établi avec certitude[4].
| N° | Nom | Observation |
|---|---|---|
| 1 | Yemtori, Yaantuuri ou Yennenga | Elle est présentée comme une fille de Naa Gbewaa et comme la mère de Ouédraogo, figure fondatrice des dynasties mossies[1],[7]. |
| 2 | Gundo Naa Kachaɣu | Elle est l'une des deux filles nommées dans la tradition recueillie et elle est rattachée à l'origine de la fonction de Gundo Naa[9],[10]. |
| 3 | Naa Ʒirli, également appelé Zirile | Il est présenté comme le fils aîné et comme le premier successeur de Naa Gbewaa[2],[5]. |
| 4 | Fɔɣu, également appelé Kufɔɣu | Il vient après Zirile dans l'ordre généalogique rapporté par la tradition recueillie[5]. |
| 5 | Naa Shitɔbu | Il fonde la branche dynastique à l'origine du royaume de Dagbon[3],[2]. |
| 6 | Gmamprugulana Tohigu, également appelé Tosugu | Il s'établit dans le Mamprugu et fonde la dynastie royale associée à Nalerigu[2],[5]. |
| 7 | Bimbila Naa Gmantambo | Il s'établit à Bimbila et fonde la branche dynastique du Nanung[3],[5]. |
| 8 | Salagalana Kayilkuna | Il est associé à l'ancienne chefferie de Salaga dans le récit généalogique[9],[5]. |
| 9 | Kuɣa Naa Subee Kpɛma | Il est nommé parmi les enfants de Naa Gbewaa et parmi les proches de Shitobu[9],[5]. |
| 10 | Karaga Naa Beemoni | Il est présenté comme le chef installé à Karaga[5]. |
| 11 | Sunson Naa Buɣyilgu | Il est présenté comme le chef de Sunsong[5]. |
| 12 | Sanglana Subee Bila | Il est présenté comme le titulaire de la chefferie de Sang[5]. |
| 13 | Nyensung Yaambana | Il est nommé parmi les enfants de Naa Gbewaa dans le récit des tambourinaires[9],[5]. |
| 14 | Savelugu Naa Yenyoo | Il est associé à la chefferie de Savelugu[5]. |
| 15 | Nanton Naa Baatanga | Il est associé à la chefferie de Nanton[5]. |
| 16 | Yamolkaragalana Kayetuli | Il est nommé parmi les enfants de Naa Gbewaa dans la généalogie transmise par les tambourinaires[9],[5]. |
| 17 | Bohinsan Zugulana | Il est nommé parmi les enfants de Naa Gbewaa dans la même tradition généalogique[9],[5]. |
| 18 | Zantanlana Yirigitundi | Il est associé à Zantana, dans le territoire du Dagbon[5]. |
| 19 | Zoggolana Sungburi | Il est nommé parmi les enfants de Naa Gbewaa sous le titre de Zoggolana[9],[5]. |
| 20 | Nyingaa Ʒibie | Il est nommé parmi les enfants de Naa Gbewaa dans le récit généalogique[9],[5]. |
| 21 | Kpuɣli Kungoo | Il est nommé parmi les enfants de Naa Gbewaa dans le récit généalogique[9],[5]. |
Mort et sanctuaire
modifierLa tradition orale ne décrit pas la mort de Naa Gbewaa comme un décès ordinaire, mais affirme qu'il aurait disparu dans le sol ou aurait été englouti par la terre à Pusiga[11]. Le sanctuaire de Naa Gbewaa est établi à l'endroit auquel cette disparition est associée, dans le district de Pusiga, au sein de la région du Haut Ghana oriental[11].
Le sanctuaire se trouve à environ 90 km à l'est de Bolgatanga[12]. Les descendants des dynasties qui se réclament de Naa Gbewaa continuent d'y accomplir des hommages et des rites commémoratifs[12].
Historiographie
modifierLes chronologies proposées pour Naa Gbewaa reposent sur le calcul du nombre de générations séparant les premiers souverains des rois dont les règnes sont mieux documentés[1]. Selon la durée moyenne retenue pour une génération, l’UNESCO situe le règne de Na Bawa entre 1375 et 1420[1]. Mustapha Abdul-Hamid place pour sa part la formation du royaume de Dagbon entre 1300 et 1400, tout en signalant les désaccords entre les différentes traditions[3].
Martin Staniland rapporte une tradition attribuant dix-sept enfants à Naa Gbewaa, tandis que d'autres récits donnent des nombres et des ordres de naissance différents[4]. Ces variations conduisent les historiens à distinguer les éléments communs aux traditions de leurs développements généalogiques propres à chaque royaume[4].
Articles connexes
modifierBibliographie
modifier- (en) J. F. Ade Ajayi (dir.) et Michael Crowder (dir.), History of West Africa, vol. 1, Londres, Longman, (ISBN 978-0-582-64187-7).
- (en) Mark R. Lipschutz et R. Kent Rasmussen, Dictionary of African Historical Biography, Berkeley, University of California Press, (ISBN 978-0-520-06611-3).
- (en) Martin Staniland, The Lions of Dagbon : Political Change in Northern Ghana, Cambridge, Cambridge University Press, , 241 p. (ISBN 0521206820).
- (en) Mustapha Abdul-Hamid, « Islam, Politics and Development: Negotiating the Future of Dagbon in Ghana », Abibisem: Journal of African Culture and Civilization, vol. 4, , p. 47-62 (DOI 10.47963/ajacc.v4i.875).
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 (en) D. T. Niane, General History of Africa : Africa from the Twelfth to the Sixteenth Century, vol. 4, UNESCO, (lire en ligne), p. 219-220
- 1 2 3 4 5 6 7 Staniland 1975, p. 3-4.
- 1 2 3 4 5 6 Abdul-Hamid 2011, p. 47-62.
- 1 2 3 4 5 Staniland 1975, p. 186-187.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 (en) John M. Chernoff et Alhaji Ibrahim Abdulai, « Naa Shitɔbu, Naa Nyaɣsi, and the Founding of Dagbon », sur A Drummer's Testament (consulté le )
- ↑ (en) « The forgotten kingdom », sur Africa Is a Country, (consulté le )
- 1 2 Edouard Joubeaud (dir.), Yann Degruel (dessin) et Sylvia Serbin (texte), Yennega, princesse de Gambaga, UNESCO, coll. « Femmes dans l’histoire de l’Afrique », , 58 p. (ISBN 978-92-3-200036-1, lire en ligne)
- ↑ (en) A. A. Iliasu, « The origins of the Mossi-Dagomba states », Research review, vol. 7, no 2, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en) John M. Chernoff et Alhaji Ibrahim Abdulai, « Children of Naa Gbewaa mentioned in the text », sur A Drummer's Testament (consulté le )
- ↑ (en) John M. Chernoff et Alhaji Ibrahim Abdulai, « The Yaa-Naa and the Yendi Elders », sur A Drummer's Testament (consulté le )
- 1 2 (en) « The Naa Gbewaa Shrine », sur GBC Ghana Online, (consulté le )
- 1 2 (en) « Naa Gbewaa Shrine », sur Ghana Attractions Company Limited (consulté le )