Nat Turner

esclave afro-américain qui a pris la tête d'une révolte d'esclaves en Virginie en 1831

Nathaniel dit Nat Turner, né le et mort pendu le , est un esclave et prédicateur afro-américain. En 1831, il conduit une révolte d'esclaves contre leurs maîtres blancs dans le comté de Southampton en Virginie. Cette insurrection sanglante d'esclaves entraîne une répression, légale et illégale, encore plus sanglante, et déclenche dans les États du Sud, la promulgation de nouvelles dispositions durcissant encore plus les Codes de l'esclavage (Slave codes (en)).

Dans la communauté afro-américaine, ou pour les abolitionnistes blancs, Nat Turner est considéré comme un martyr et un héros légendaire. Dans les années 1960, il devient une icône du mouvement du Black Power.

Informations essentielles

Nat Turner
Gravure des années 1880 montrant la capture de Nat Turner.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Nathaniel
Surnom
Ol' Prophet Nat
Nationalité
Activité
Esclave, prédicateur
Conjoint
Cherry Turner (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Vénéré par
Black Power
Conflit

Biographie

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Naissance en esclavage et formation autodidacte

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Esclaves au travail dans une plantation de Virginie, vers 1798.

Nathaniel "Nat" Turner naît comme esclave le dans la plantation de Benjamin Turner, à qui il doit son nom, dans le comté de Southampton (État de Virginie)[1].

La semaine précédant, l'esclave Gabriel Prosser, qui avait projeté une révolte dans le même État, vient d'être pendu. Alors que Turner est encore tout jeune enfant, on l'entend décrire ces événements survenus avant sa naissance[1].

Sa mère Nancy est une esclave domestique[2], déportée d'Afrique en 1793[3], ou amenée en 1795 par colon français fuyant la révolte d'esclaves de Saint-Domingue[2]. Elle transmet à Turner la fierté de ses origines africaines et la haine de l'esclavage[4]. La tradition veut qu'elle ait menacé de le tuer plutôt que de le voir grandir en esclavage. Quant à son père, il finit par s'échapper dans le Nord quand Nat a 8 ou 9 ans[3], mais auparavant, il contribue avec sa femme à valoriser leur fils, lui disant qu'il est destiné à un grand dessein et qu'il deviendra sûrement un prophète[4]. Nat Turner entretient également des relations étroites avec sa grand-mère paternelle, Bridget, issue de la communauté Kormantin, enlevée en Afrique (dans l'actuel Ghana) et déportée en Amérique à l'âge de 13 ans. Elle lui transmettra sa foi chrétienne[5],[2].

En 1809, Samuel Turner, le fils aîné de son maître, achète 360 acres à proximité pour y établir une plantation de coton. Nat, sa mère, sa grand-mère, et cinq autres esclaves sont alors prêtés pour y travailler. C'est probablement à ce moment que Nat prend le nom de famille de Turner, afin de conserver un lien avec la plantation d'origine de ses parents[2]. À la mort de leur maître Benjamin Turner en 1810, Nat et sa mère deviennent par héritage la propriété du fils aîné. Précoce, il profite de la permissivité de son nouveau maître pour apprendre à lire et à écrire en lisant des livres scolaires pour enfants blancs[2]. Il améliorent aussi ses connaissances en expérimentant la fabrication de papier et de poudre à canon[4].

En 1821, Nat Turner épouse une esclave du nom de Cherry avec qui il a déjà eu deux fils et une filles[3]. Toutefois, à la mort de leur maître l'année suivante, ceux-ci sont vendus à deux planteurs différents[4], Cherry et les enfants à Giles Reese pour 40 $[3], et Nat à Thomas Moore pour 400 $[6], une somme très élevée qui témoigne de sa force physique issue d'une décennie de dur travail forcé[2],[5].

De la prédication à la rébellion

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Ayant appris à lire et écrire, Nat Turner commence à lire la Bible. Sa foi allie les croyances africaines de sa mère au christianisme de son premier maître Benjamin Turner[7]. À partir de l'adolescence, il se met à prêcher de façon clandestine auprès des esclaves qui le surnomment « le Prophète ». On le voit souvent pratiquer le jeûne, prier ou se plonger dans la lecture des récits de la Bible[2],[8]. Il mène des offices baptistes et même, en 1827, il baptise un homme blanc[4], Etheldred T. Brantley, le contremaître alcoolique d'un plantation voisine[2],[5].

Grâce à sa grande connaissance de la Bible, Turner est conscient des hypocrisies et des contradictions des Blancs qui disent suivre les enseignements de Jésus mais discriminent pourtant les Noirs libres et gardaient les autres enchaînés. Les propriétaires d’esclaves en Virginie se vantent de leur bienveillance à l'égard de leurs « nègres » mais rompent les familles, comme ce fut le cas pour sa femme et lui[4].

Il a fréquemment des visions, qu'il interprète comme des messages de Dieu. À l'âge de 21 ans, peut-être parce qu'il venait d'être fouetté, il échappe à la vigilance de son surveillant et s'évade loin de sa plantation[3], comme son père avant lui. Il revient toutefois un mois plus tard, car la faim l'a rendu délirant et qu'il a eu une vision lui disant de « retourner au service de son maître terrestre »[9]. En 1824, en travaillant dans les champs, pour le compte de son nouveau propriétaire Thomas Moore, Turner a une deuxième vision, dans laquelle « le Sauveur est sur le point de délivrer son courroux sur les péchés des hommes, et le grand jour du jugement est tout proche »[10].

Le , Turner a une autre vision où Dieu le choisit pour combattre le Serpent, symbole satanique de l'esclavage[11],[5],[12]. Turner attend alors avec impatience le signal pour commencer sa mission qui est de « tuer ses ennemis avec leurs propres armes ». Ne pouvant garder le silence, il annonce à son maître Thomas Moore que les esclaves doivent être libres et qu'ils le seront « un jour ou un autre ». Considérant ce discours d'un esclave comme dangereux d'un esclave, Moore le fait rouer de coups[4].

Cette même année, son maître Thomas Moore meurt et Nat Turner a pour nouveau propriétaire son fils de neuf ans, Putnam Moore, ce que Turner a du trouver particulièrement humiliant[4].

En 1829, une convention se réunit en Virginie pour rédiger une nouvelle constitution. Alors que les esclaves espèrent accéder à la liberté, la convention rejette tout projet d'émancipation, et exclue également des Noirs libres du suffrage. Au même moment, des publications anti-esclavagistes du Nord réussissent à parvenir en Virginie. Parmi elles, l’appel de David Walker au soulèvement des esclaves. En réaction, les autorités de Virginie promulguent une loi contre l'enseignement de la lecture et de l'écriture aux esclaves[4].

En 1829, le charron Joseph Travis épouse la veuve de Moore et vient s'installer dans la plantation où travaillent 17 esclaves parmi lesquels Nat Turner[3]. Ce dernier, bien qu'il ait changé plusieurs fois de maître, a conservé le nom de son premier propriétaire[4]. Au sujet de Joseph Travis, Turner le considère comme « un gentil maître », contre lequel il n'a aucune plainte[1].

L'activité de Turner comme prédicateur dans sa région lui permet d'acquérir des informations utiles pour son projet d'insurrection. Il sait en quel esclave il peut avoir confiance, et où sont les routes et les meilleures planques. Il réunit autour de lui un petit groupe de fidèles composé de 4 esclaves et 2 Noirs libres, mais il ne les tient informé de son plan qu'à partir de sa vision de 1828[3].

Révolte de 1831

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Le signe déclencheur

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Suivant les pas du défunt Denmark Vesey de Caroline du Sud, il commence les préparatifs pour un soulèvement ou rébellion contre les blancs esclavagistes du comté de Southampton. Le , voyant en une éclipse annulaire de soleil le signe divin qu'il attendait, il décide de mener une action contre les propriétaires d'esclaves avec quatre autres esclaves, Nelson (plantation Williams[12]), Samuel (plantation Francis[12]), Henry (plantation Porter[12]) et Hark (plantation Travis[12]) actifs au sein de l'église dédiée aux esclaves. Initialement prévue pour le , jour de fête nationale, la révolte est repoussée car Turner tombe malade[1], probablement en raison de sa pratique du jeûne[2].

Nat Turner lors du repas en forêt précédent le lancement de la révolte.

Un second événement intervient le , jour où le soleil se teinte d'une ombre verdâtre[1], et où apparaît à sa surface une tache noire. Pour Turner, il s'agit là du signe déclencheur. À ses hommes, il dit que « comme la tache noire survole le soleil, de même les Noirs survoleront la terre »[4]. La révolte éclate une semaine plus tard, le [1], à la suite d'un repas pris au plus profond des bois. Sur place, Turner et ses quatre compagnons sont rejoints par deux nouvelles recrues : Jack (plantation Reese[12]), l’un des amis de Hark, et Will (plantation Francis[12]), un homme puissant résolu à gagner sa liberté ou à mourir en essayant[4].

Libération des esclaves et massacre de familles de planteurs blancs

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Dans la nuit du , avec les six autres esclaves en qui il a sa confiance, Turner lance la révolte[13]. Les premières victimes sont les maîtres de la plantation dans laquelle ils travaillent : Joseph Travis et la veuve Moore, ainsi que Putnam Moore, le jeune propriétaire légal de Turner. Avec la mort de Putnam, Turner sent qu’enfin, après trente ans de servitude, il est libre[4].

Nat Turner incitant les esclaves à la révolte[14].

Les insurgés se procurèrent ensuite quatre fusils, plusieurs vieux mousquets et quelques cartouches. Dans la grange, sous le commandement de Nat Turner, le groupe est entraîné aux manœuvres militaires. Nat Turner, qui souhaitent que ses compagnons se considèrent comme des soldats et non comme des hors-la-loi[3], prend le titre de « Général Cargill », avec une solde de 10 $ par jour[note 1]. Henry Porter, le payeur, doit recevoir 5 $ par jour, et chaque soldat 1 $[12]. De là, les insurgés marchent de plantation en plantation, libérant les esclaves, jusqu'à ce que, le lundi matin, le groupe compte quinze hommes, dont neuf à cheval[12]. Le nombre de rebelles augmente encore pour passer à une quarantaine, puis à une soixantaine, la plupart à cheval[1]. Ils sont armés de fusils, de pistolets, de haches, d'épées. Bien qu’ils confisquent des chevaux, des armes et de l’eau-de-vie (Turner, lui, ne boit jamais d'alcool), les insurgés ne prennent que ce qui est nécessaire pour continuer la lutte[4].

Massacre des familles de planteurs.

Par la suite, Turner applique le message de Jehovah, le dieu vengeur de l'Ancien Testament, qui dit par l’intermédiaire de son prophète Ezéchiel[4] : « Tuez les vieillards, les jeunes gens, les jeunes filles, les enfants, les femmes, jusqu’à ce que tous soient exterminés ![15] » Ainsi, 55 membres de familles de riches planteurs sont tués pendant les deux premiers jours de la révolte[1],[5],[12]. Le journal Richmond Examiner note que, selon Turner, « le meurtre à l'aveugle n'était pas leur intention au départ, et qu'ils avaient eu d'abord comme but de répandre la terreur et l'inquiétude »[16]. De même, aucun viol ni torture ne sont commis[3], et les insurgés épargnent même quelques fermes appartenant à des Blancs pauvres ne possédant pas d'esclaves[3], Turner estimant que ceux-ci « ne pensaient pas mieux d’eux-mêmes qu’ils ne le faisaient des nègres »[4]. La plantation sur laquelle se trouvent sa femme et ses enfants est aussi contournée, afin de les protéger. De son côté, Nat Turner n'aura tué qu'une seule personne, la demoiselle Margaret Whitehead[4].

Nat Turner et ses rebelles décident ensuite de marcher vers la ville de Jerusalem (l'actuelle Courtland en Virginie depuis 1888) pour s'emparer de son arsenal. Toutefois, la tendance se renverse, et Nat Turner et ses troupes doivent se retirer dans les bois environnants[12].

Écrasement de la révolte et massacre de Noirs

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Répression de la révolte.

Dès l'annonce de la rébellion, le gouverneur John Floyd, craignant un soulèvement à l'échelle de l'État, alerte la milice et envoie des unités de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie dans le comté de Southampton[4],[5],[12]. Au total, ils constituent une force de plus de 3 000 hommes blancs qui disperse la cinquantaine d'esclaves révoltés[13].

Le mardi 22 août au soir, une chasse à l'homme à grande échelle est en cours dans le sud-est de la Virginie et en Caroline du Nord à la recherche de rebelles fugitifs, et de collaborateurs présumés, cachés dans les bois ou les marécages. La troupes et les milices, aidés de chiens hurlants, les capturent pour être jugés à Jérusalem, et tuent ce qui résistent, ce qui est souvent le cas. Un insurgé noir libre s'est par exemple suicidé plutôt que d'être pris par des hommes blancs.

Des exactions sont également commises sur près de 200 Noirs[17],[1] n'ayant rien à voir avec l'insurrection, dont au moins 120 en une seul journée[12]. Nombre d'entre eux sont soumis à la torture, brûlés à mort, mutilés ou encore décapités[4],[12].

Rumeurs dans les États voisins

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Bien que le soulèvement ait pris fin le 24 août 1831, des rumeurs venant de la Caroline du Nord prétendent que les insurgés dirigés par Nat Turner ont incendié la ville de Wilmington et massacré ses habitants et qu'ils marchent vers Raleigh, ce qui est faux mais sème la terreur auprès des habitants de Raleigh et de la ville voisine Fayetteville, qui alors s'arment et poursuivent des insurgés imaginaires et emprisonnent ou pendent des Noirs innocents[12].

À Macon dans l'État de Géorgie, des esclaves sont arrêtés et ligotés à des arbres sous la garde des milices locales ainsi que dans d'autres villes de l'État[12].

En Alabama, les rumeurs font état d'une conspiration dirigée par une alliance entre les Amérindiens et les Afro-Américains[12].

Toutes ces rumeurs sèment la panique, d'autant que Nat Turner échappe toujours à ses différents poursuivants[12].

Cavale de Nat Turner

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De son côté, Turner échappe aux patrouilles blanches en se cachant dans un trou à proximité de la plantation Reese à laquelle travaille sa femme[2]. Il reste encore un homme libre pendant deux mois, malgré les récompenses promises totalisant 1 100 $ sur sa tête[4]. Dans l'avis de recherche, Turner est décrit ainsi[8] :

« Entre 1,68 m et 1,73 m, pèse entre 68 kg et 73 kg, teint plutôt clair, mais pas mulâtre, les épaules larges, un nez plat et large, de grands yeux, de larges pieds plats, plutôt cagneux, démarche vive et active, des cheveux très fins sur le dessus de la tête, pas de barbe, à l'exception de la lèvre supérieure et le haut du menton, une cicatrice sur l'une de ses tempes, et une sur la nuque, une bosse sur l'un des os de son bras droit, près du poignet, causée par un coup[18]. »

Des Blancs s'en prennent à sa femme Cherry, fouettée[19], torturée[20] et frappée dans le but de retrouver son mari[4]. Toutefois, elle ne révèlera jamais la localisation de Turner[20].

Capture, jugement et châtiment

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Le , après 2 mois d'évasion et alors qu'il est en train d'améliorer le camouflage de sa planque[2], Nat Turner est accidentellement découvert par Benjamin Phipps. Ce dernier tombe par hasard sur une personne noire, il lui demande qui elle est, cette dernière lui répond « Je suis Nat Turner ! »[12]. Face au fusil de chasse chargé, Turner n'a pas d'autre choix que de jeter son épée[4].

Le procès débute le dans la ville de Jerusalem. Nat Turner et 48 autres Noirs sont alors jugés pour diverses accusations de complot, d'insurrection et de trahison[4] par une cour spéciale de type oyer and terminer (en), tribunal « ségrégué » réservés aux crimes commis par des esclaves[2]. Au cours du procès, Turner assume être le responsable de la révolte et des massacres, bien qu'il n'ait tué lui-même qu'une seule personne[4]. Dix accusés sont condamnés à être « transportés », probablement hors des États-Unis[4] pour être vendus dans des plantations esclavagistes des Caraïbes[3]. Quant à Nat Turner, il est exécuté par pendaison à l'âge de 31 ans, de même que 18 de ses compagnons, dont une femme[4]. Le 11 novembre, Turner se rend à sa mort dans un silence résolu[4]. Son cadavre a été écorché, décapité et écartelé[21],[22],[12]. Les parties de son corps ont ensuite été tannées et vendues dans les magasins du comté de Southampton[12].

Au total, 55 esclaves de la révolte sont exécutés au cours des combats ou après les jugements. Un climat hystérique suit la rébellion, et des foules blanches lynchent près de 200 Noirs, dont beaucoup n’avaient rien à voir avec la rébellion[1].

L'État de Virginie se charge ensuite d'indemniser les esclavagistes pour la perte de leurs esclaves[1].

« Les confessions » de Nat Turner

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Le 1er novembre 1831, l'avocat Thomas R. Gray (en), esclavagiste ayant participé à la première milice blanche contre les esclaves révoltés[23], vient dans la cellule de Turner, « vêtu de chiffons et couvert de chaînes », pour l'interroger[4]. Sur une période de trois jours, Turner livre volontairement une confession sur la genèse et l'exécution de la révolte, relatant ses visions religieuses et soutenant à nouveau qu'il était un prophète de Dieu Tout-Puissant. À la question de Gray demandant : « Ne vous rendez-vous pas compte à présent que vous êtes dans l'erreur ? », Turner répond : « Le Christ n'a-t-il pas été crucifié ? »[4]

Thomas R. Gray publie son recueil sous le titre de The Confessions of Nat Turner (« Les confessions de Nat Turner ») ; cet ouvrage constitue un document historique essentiel pour mieux comprendre la personnalité de Nat Turner[24],[25].

Conséquences

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La révolte de Nat Turner a mis fin au mythe blanc du Sud selon lequel les esclaves étaient soit contents de leur sort, soit trop serviles pour monter une révolte armée[13],[3].

Ayant désespérément besoin de blâmer quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes pour cet événement, les Sudistes l'imputent à un sinistre complot abolitionniste des « Yankees » pour détruire leur mode de vie. Toutefois, certains d’entre eux défendent malgré tout l’idée de l'émancipation des Noirs comme le seul moyen d’empêcher de nouvelles violences[4]. De janvier à février 1832, une réunion se tient à la chambre des délégués de Virginie. Ces derniers, sous la houlette de James McDowell (en), décident lors d'un vote serré[1] de rejeter les mesures d'émancipation des Afro-Américains et de réduire le nombre d'Afro-Américains libres sur le territoire de la Virginie[5]. Ils révisent ensuite le code des esclaves afin de restreindre rigoureusement les droits des Noirs, même libres, et ainsi éviter toute nouvelle révolte. Les systèmes de patrouille et de milice sont renforcés, et les écoles d'esclaves, les réunions religieuses et les prédicateurs sont fortement limités. L'éducation et la religion sont en effet considérés comme des moyens subversifs permettant aux esclaves de penser par eux-mêmes[4].

D'autres États promulguent des lois pour interdire aux Noirs et aux Blancs de critiquer l’esclavage[4], pour limiter les déplacements des Afro-Américains libres, restreindre les célébrations des offices religieux ou d'autres réunions sans surveillance ou leur apprendre à lire et à écrire[5]. De même, dans tout le Sud, les propriétaires d'esclaves durcissent la discipline des esclaves.

Au cours des années 1840, le Vieux-Sud conçoit un système d’esclavage si oppressif que l’insurrection organisée y est presque impossible[4].

Postérité

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Symbole de terreur ou héros révolutionnaire

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Pour les Blancs du Sud, le nom de Nat Turner est un symbole de terreur et de représailles violentes. Pour les Noirs en revanche, il devient au fil des années un héros noir légendaire ayant brisé ses chaînes et assassiné des Blancs parce que l'esclavage avait assassiné des Noirs[4]. Le mouvement dit du Black Power fera de Turner une icône de sa lutte[26].

Scot French écrit dans les colonnes du New York Times « Accepter Nat Turner et le placer au panthéon des héros révolutionnaires américains, c’est accepter la violence comme moyen de changement social. Il y a une sorte de conscience radicale qui trouble encore aujourd’hui les partisans d’une société racialement réconciliée. L'histoire est vivante parce qu'elle est pertinente aujourd'hui pour les questions de savoir comment s'organiser pour le changement. »[26].

Selon Lamont H. Yeakey, « Puisque Turner était animé par un désir de liberté, on peut considérer qu'il était taillé dans la même étoffe que les patriotes américains qui ont combattu durant la guerre d'Indépendance... Tout comme Patrick Henry, Turner estimait que la devise « la liberté ou la mort » devait guider l'existence de l'homme. »[27]

Nat Turner Trail

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Dans le comté de Southampton, la révolte de Nat Turner a longtemps été présentée uniquement comme un épisode de terreur. Au début du XXIe siècle, la Southampton Historical Society a entrepris un effort pour proposer une nouvelle approche de la rébellion de Nat Turner, de manière factuelle et impartiale, en rappelant le contexte esclavagiste[28].

À l'occasion du déplacement de la maison Rebecca Vaughan à cinq milles de son site d'origine sur Barrow Road à Courtland, pour sa réhabilitation[29], la Southampton County Historical Society en a fait un centre d'accueil pour le projet de Nat Turner Trail (sentier Nat Turner). La maison contient des artefacts uniques tels que l’épée de Nat Turner, ou encore la serrure de sa cellule de prison. En utilisant également des panneaux interprétatifs et une application SmartPhone, les voyageurs pourront voir 40 sites associés aux causes, aux événements et aux conséquences de l'insurrection des esclaves de Southampton de 1831[28],[30].

Descendance de Nat Turner

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Gilbert Turner, fils supposé de Nat Turner.

Nat Turner et sa femme Cherry ont eu trois enfants : Riddick[31], Charlot[32] et Gilbert[33],[34]. Ce dernier sera forgeron. Libéré de l'esclavage après la guerre de Sécession, il partira s'installer dans l'Ohio[35].

Dans les arts

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Littérature

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  • William Styron (trad. de l'anglais américain par Maurice-Edgar Coindreau), Les Confessions de Nat Turner, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier » (réimpr. 1982) (1re éd. 1 janvier 1969), 423 p. (OCLC 300033439)[36]

Bande-dessinée

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Cinéma

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Notes et références

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Références

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  18. ↑ Description of Turner included in a $500 reward notice in the Washington National Intelligencer on September 24, 1831.
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  41. ↑ (en) William Murray, « Reimagining Terror in the Graphic Novel », CEA Critic, vol. 77, no 3,‎ , p. 329-338 (10 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
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Bibliographie

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Sources primaires

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Articles anglophones

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Années 1920-1979

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  • John W. Cromwell, « The Aftermath of Nat Turner's Insurrection », The Journal of Negro History, vol. 5, no 2,‎ , p. 208-234 (27 pages) (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Russel B. Nye, « Freedom Road : Nat Turner », The Centennial Review of Arts & Science, vol. 1, no 3,‎ , p. 242-263 (22 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • Robert N. Elliott, « The Nat Turner Insurrection as Reported in the North Carolina Press », The North Carolina Historical Review, vol. 38, no 1,‎ , p. 1-18 (18 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • Donald K. Pickens, « Uncle Tom Becomes Nat Turner: A Commentary on Two American Heroes », Negro American Literature Forum, vol. 3, no 2,‎ , p. 45-48 (4 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • George Core, « "The Confessions of Nat Turner" and "The Burden of the Past" », The Southern Literary Journal, vol. 2, no 2,‎ , p. 117-134 (18 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • « After Nat Turner: A Letter from the North », The Journal of Negro History, vol. 55, no 2,‎ , p. 144-151 (8 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • F. N. Boney, « The Blue Lizard: Another View of Nat Turner's Country on the Eve of Rebellion », Phylon (1960-), vol. 31, no 4,‎ , p. 351-358 (8 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • Seymour L. Gross et Eileen Bender, « History, Politics and Literature: The Myth of Nat Turner », American Quarterly, vol. 23, no 4,‎ , p. 487-518 (32 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • Donald W. Markos, « Margaret Whitehead in "The Confesssions of Nat Turner" », Studies in the Novel, vol. 4, no 1,‎ , p. 52-59 (8 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • Denise Askin, « The Half-Loaf of Learning: A Religious Theme in "The Confessions of Nat Turner" », Newsletter of the Conference on Christianity and Literature, vol. 21, no 4,‎ , p. 8-11 (4 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
  • David Eggenschwiler, « Tragedy and Melodrama in The Confessions of Nat Turner », Twentieth Century Literature, vol. 20, no 1,‎ , p. 19-33 (15 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
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  • Herbert Shapiro, « The Confessions of Nat Turner: William Styron and his Critics », Negro American Literature Forum, vol. 9, no 4,‎ , p. 99-104 (6 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
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  • Harry D. Amis, « History as Self-Serving Myth: another Look at Styron's "The Confessions of Nat Turner" », CLA Journal, vol. 22, no 2,‎ , p. 134-146 (13 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire)
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Années 1980-1999

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  • John Lang, « The Alpha and the Omega: Styron's The Confessions of Nat Turner », American Literature, vol. 54, no 3,‎ , p. 499-503 (5 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • James M. Mellard, « This Unquiet Dust: The Problem of History in Styron's "The Confessıons of Nat Turner" », The Mississippi Quarterly, vol. 36, no 4,‎ , p. 525-543 (19 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Richard A. Betts, « "The Confessions of Nat Turner" and the Use of Tragedy », CLA Journal, vol. 27, no 4,‎ , p. 419-435 (17 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
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  • John C. Inscoe, « Slave Rebellion in the First Person: The Literary "Confessions" of Nat Turner and Dessa Rose », The Virginia Magazine of History and Biography, vol. 97, no 4,‎ , p. 419-436 (18 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Daniel W. Ross, « "Things I Don't Want to Find out about": The Primal Scene in The Confessions of Nat Turner », Twentieth Century Literature, vol. 39, no 1,‎ , p. 79-98 (20 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
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  • Anthony Stewart, « William Turnergraystyro, Novelist: Reactiving State Power on "The Confessionss of Nat Turner" », Studies in the Novel, vol. 27, no 2,‎ , p. 169-185 (17 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Mary Kemp Davis, « William Styron's Nat Turner as an Archetypal Hero », The Southern Literary Journal, vol. 28, no 1,‎ , p. 67-84 (18 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Mark Simpson, « Nat Turner at the Limits of Travel », Cultural Critique, no 37,‎ , p. 31-60 (30 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),

Années 2000-2009

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  • Stephen Howard Browne, « "This Unparalleled and Inhuman Massacre": The Gothic, the Sacred, and the Meaning of Nat Turner », "This Unparalleled and Inhuman Massacre": The Gothic, the Sacred, and the Meaning of Nat Turner, vol. 3, no 3,‎ , p. 309-331 (23 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
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  • Makungu M. Akinyela, « Battling the Serpent: Nat Turner, Africanized Christianity, and a Black Ethos », Journal of Black Studies, vol. 33, no 3,‎ , p. 255-280 (26 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Richard H. Brodhead, « Tanner Lecture: Prophets in America ca. 1830: Emerson, Nat Turner, Joseph Smith », Journal of Mormon History, vol. 29, no 1,‎ , p. 42-65 (24 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • M. Cooper Harriss, « Where is the Voice Coming from ? Rhetoric, Religion, and Violence in "The Confessions of Nat Turner" », Soundings, vol. 89, nos 1/2,‎ printemps - été 2006, p. 135-170 (36 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Ron Briley, « A Study Guide for Stephen B. Oates' The Fires of Jubilee: Nat Turner's Fierce Rebellion », The History Teacher, vol. 39, no 3,‎ , p. 355-366 (12 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Anthony E. Kaye, « Neighborhoods and Nat Turner: The Making of a Slave Rebel and the Unmaking of a Slave Rebellion », Journal of the Early Republic, vol. 27, no 4,‎ , p. 705-720 (16 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Patrick H. Breen, « Contested Communion: The Limits of White Solidarity in Nat Turner's Virginia », Journal of the Early Republic, vol. 27, no 4,‎ , p. 685-703 (19 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Randolph Ferguson Scully, « "I Come Here Before You Did and I Shall Not Go Away": Race, Gender, and Evangelical Community on the Eve of the Nat Turner Rebellion », Journal of the Early Republic, vol. 27, no 4,‎ , p. 661-684 (24 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Anthony Santoro, « The Prophet in His Own Words: Nat Turner's Biblical Construction », The Virginia Magazine of History and Biography, vol. 116, no 2,‎ , p. 114-149 (36 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),

Années 2010-2019

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  • Tavengwa Gwekwerere, « From Nat Turner to Molefi Kete Asante: Reading the European Intellectual Indictment of the Afrocentric Conception of Reality », Journal of Black Studies, vol. 41, no 1,‎ , p. 108-126 (19 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Daniel W. Ross, « William Styron, James Baldwin, and "The Confessions of Nat Turner": The Dream of a Common History », CEA Critic, vol. 74, nos 2/3,‎ printemps - été 2012, p. 88-99 (12 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Laura Thiemann Scales, « Narrative Revolutions in Nat Turner and Joseph Smith », American Literary History, vol. 24, no 2,‎ , p. 205-233 (29 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • John Mac Kilgore, « Nat Turner and the Work of Enthusiasm », PMLA, vol. 130, no 5,‎ , p. 1347-1362 (16 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Michael Lackey, « Introduction to The Confessions of Nat Turner », The Mississippi Quarterly, vol. 69, no 1,‎ , p. 3-8 (6 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Linda S. Watts, « The Hidden Face of History », The Mississippi Quarterly, vol. 69, no 1,‎ , p. 93-114 (22 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Bethany Ober Mannon, « "A Mighty Clamor to Know" », The Mississippi Quarterly, vol. 69, no 1,‎ , p. 47-64 (18 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • James L. West III, « Yourcenar, et al. », The Mississippi Quarterly, vol. 69, no 1,‎ , p. 30-46 (17 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • Gavin Cologne-Brookes, « Dead Man Walking », The Mississippi Quarterly, vol. 69, no 1,‎ , p. 9-29 (21 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),
  • George Elliott Clarke, « Lincoln Reviews the Prospects for Peace (Pace Appomattox)/Julius Caesar's Report on His Assassination/Nat Turner Talks (1831) », Transition, vol. 124,‎ , p. 45-50 (6 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),,
  • Alphonso F. Saville IV, « I Know It Was the Blood: Prophetic Initiation and Retributive Justice in the Narratives of John Marrant, Nat Turner, and Frederick Douglass », Journal of Africana Religions, vol. 7, no 2,‎ , p. 234-254 (21 pages) (lire en ligne Inscription nécessaire),

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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