Le nengone ou p'ene nengone correspond à l’une des vingt-huit langues kanak qui composent le paysage linguistique calédonien.

Nengone
Pays Nouvelle-Calédonie
Région Îles Loyauté
Nombre de locuteurs 8 940 (2014)[1]
Classification par famille
Statut officiel
Régi par Académie des langues kanak
Codes de langue
IETF nen
ISO 639-3 nen
Glottolog neng1238

Langue parlée aussi bien par les Maréens que par la population originaire de Tiga, elle est la deuxième langue kanak la plus parlée, après le drehu, avec 8 940 locuteurs déclarés de 14 ans et plus, dont 3 544 sur l’île de Maré et 4 659 dans le Grand Nouméa selon le recensement de 2009. Enseignée depuis la maternelle jusqu’au lycée comme matière facultative, elle fait partie des épreuves de langues vivantes optionnelles au baccalauréat depuis 1992. Elle est également enseignée à l’Université de la Nouvelle-Calédonie dans le cadre de la licence de Langues, littératures et civilisations régionales depuis 1999[2].

Étymologiquement, le terme « nengone » désigne à la fois l’île de Maré et la langue qui y est pratiquée. L’étymologie populaire explique que le terme découlerait de neng, signifiant « questionner » ou « questionnement ». On suppose aussi que le terme a été emprunté à une autre langue de l’Océanie[3].

Trois niveaux de langues

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Cette langue Kanak des îles Loyautés de Nouvelle Calédonie est riche du point de vue symbolique car, comme à l'image du Français, il existe trois niveaux de langues correspondant à diverses situations d'existence. Utiliser tel ou tel niveau de langue, c'est se situer socialement par rapport à son interlocuteur[4].

  • P'ene Iwateno

Ce niveau de langue en Nengone, le plus élevé, s'utilise pour marquer un très grand respect envers son interlocuteur, et lors de fêtes ou activités socialement importantes, comme lors d'un mariage ou d'un décès. Il permet aussi de s'adresser à un inconnu ou à un étranger. Ce niveau de langue se caractérise par des occurrences rallongées.

  • P'ene Egesho (ou p'ene eeth)

Ce niveau de langue en Nengone, le plus bas, s'utilise pour marquer au contraire un mépris envers son interlocuteur. Il s'emploie souvent lors de conflits et équivaut au langage familier voire vulgaire en Français.

  • P'ene Animac

Ce niveau de langue en Nengone correspond au langage courant, la langue qui est utilisée au jour le jour, et donc dans sa forme la plus simple et/ou neutre. Il s'emploie dans toutes les interactions sociales plutôt privées, familiales et/ou amicales.

Nous pouvons prendre un exemple que nous déclinerons en ces trois niveaux de langues :

  • P'ene Iwateno : Ehme ci alatone co kodraru o tri ? : Voudriez-vous boire du thé ?
  • P'ene Egesho : Hmeume co wau o trii ? : Tu veux bouffer du thé ?
  • P'ene Animac : Bo ci alane co kua trii ? : Veux-tu boire du thé ?

L'idée de boire du thé est toujours la même. Cependant la situation sociale demande une adaptation particulière et donc l'emploi d'une variante de la langue selon les personnes à qui nous nous adressons et donc le contexte social par rapport au lieu, ou au rang social de la personne et par rapport à la situation plus ou moins conflictuelle.

Voici un tableau comparatif contenant des exemples proposés par l'Académie des Langues Kanaks :

Pene Nengone Pene Iwateno Pene Egesho Traduction
1 Paegogo Parowo Pahnec Visage
2 Tube nengoc Tube beridr Pen Bouche
3 Waegogo Warowo Wanec Œil, yeux
4 Kaka Ci kodraru Ci cia Manger
5 Bo Bua / Ehme Hmeuhme 2 p.s - "Tu/vous"
6 Hmengo Buhme Ziehme Vous 2
7 Kariroi Karuia Beau, belle
8 Ci tango Ci taeto - Mort
9 Ci pina Ci shedo Arriver
10 Ci hu Ci leng(e) Cou Aller
11 Ci nunu Ci xiwaimomo Ci nueu Écrire
12 Ci nengoc Ci beridr Ci pen Parler

Cependant, il existe toujours plus d'exemples dans des situations diverses de communications quotidiennes.

Alphabet Nengone

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Alphabet recensé en 1984 mais publié en 2007[5]
a b c d e
f g h i j
k l m n o
p r s t u
v w x y z

L'alphabet du nengone ci-dessous, s'appuie sur les travaux de Dawel Cawa, Jacques Haewegene et Marie-Rose Trabe réalisés dans les années 1984 par le Bureau des Langues Vernaculaires, mais publiés en 2007. Ils sont en cours de normalisation. L’alphabet du nengone comprend donc 26 lettres, dont 6 voyelles et 20 consonnes.

Grammaire

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Le p'ene nengone présente plusieurs caractéristiques communes aux langues océaniennes tout en possédant des particularités propres. Selon l'Académie des langues kanak, la distinction entre les fonctions nominales et prédicatives constitue un aspect important de son fonctionnement grammatical. Dans la norme graphique proposée par l'académie de s langues Kanak (l'ALK), le marqueur aspectuel ci est utilisé pour signaler la fonction prédicative d'un mot. Ainsi, el(e) désigne la « pluie », tandis que ci el(e) signifie « pleuvoir ». De même, puul peut désigner un « discours », alors que ci puul correspond à l'action de « discourir [6]».

Les Pronoms en langue Nengone

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Les pronoms singuliers du nengone permettent de désigner une seule personne. la première personne du singulier est inu je »), la deuxième personne du singulier est bo tu »), tandis que bone correspond à la troisième personne du singulier (« il / elle »). Ces pronoms sont couramment utilisés pour exprimer l'action réalisée par une personne unique[7].

Exemples :

Inu ci ruac. : Je travaille.

Bo ci ruac. : Tu travailles.

Bone ci ruace. : Il/Elle travaille ;

Les pronoms de dualité

Le nengone possède une catégorie particulière appelée dualité, utilisée pour désigner exactement deux personnes. Cette caractérité est fréquente dans les langues océaniennes. Les formes attestées sont ethewe nous deux », inclusif, c’est-à-dire le locuteur et son interlocuteur) et hmengo vous deux », exclusif du locuteur, c’est-à-dire deux interlocuteurs ou deux personnes auxquelles on s’adresse)[8].

Ou, si vous souhaitez mettre davantage en évidence l’opposition :

Les formes attestées sont ethewe nous deux », duel inclusif : toi et moi) et hmengo vous deux », duel exclusif : vous deux, sans moi).

Les pronoms pluriels

Les pronoms pluriels servent à désigner plus de deux personnes. La deuxième personne du pluriel est bunij vous ») et la troisième personne du pluriel est buic ils/elles »). Ces formes permettent d'exprimer des actions réalisées par plusieurs personnes [2]

Exemples :

Bunij ci ruac. : Vous travaillez.

Buic ci ruac. : Ils/Elles travaillent.

Les pronoms inclusifs et exclusifs

Comme de nombreuses langues océaniennes, le nengone distingue deux formes du pronom « nous ». Le nous inclusif inclut l'interlocuteur dans le groupe, tandis que le nous exclusif l'exclut. Cette distinction constitue une caractéristique importante du système pronominal nengone [3]

Eje : nous (inclusif, avec l'interlocuteur).

Enije : nous (exclusif, sans l'interlocuteur).  

Exemples :

Eje ci kodraru : Nous mangeons (en incluant l'interlocuteur)[2].

Enije ci kodraru : Nous mangeons (en excluant l'interlocuteur).  [2]

Ainsi, le système pronominal du nengone se distingue par la présence des formes de dualité et par l'opposition entre le « nous » inclusif et le « nous » exclusif, deux traits caractéristiques des langues océaniennes.  [5]

Notes et références

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  1. Julie Dupré, « Les aires coutumières et les langues kanak de Nouvelle-Calédonie », sur archive.org (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 « Nengone-Initiation à la langue Nengone » (consulté le )
  3. 1 2 « Académie des Langues Kanaks de Nouvelle-Calédonie », sur ALK (consulté le )
  4. Marie-Joseph Dubois, Dictionnaire Maré-français, Paris, 2 vol., 1079 p., Paris, INALCO document dactylographié et photocopié par l’Atelier de reprographie de l’INALCO.,
  5. 1 2 « Académie des Langues Kanaks », sur ALK (consulté le )
  6. « Nengone », sur alk.nc (consulté le )
  7. « Les pronoms singuliers »
  8. « Nengone | Académie des Langues Kanak (ALK) », sur www.alk.nc (consulté le )

Voir aussi

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Liens externes

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