Nicétas (magistros)
Nicétas est un haut dignitaire byzantin de la première moitié du Xe siècle, titulaire notamment de la dignité de magistros et dont la fille épouse le coempereur Christophe Lécapène. Il est aussi l'auteur d'une hagiographie sur Théoctiste de Paros.
Biographie
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Un haut dignitaire de l'Empire
modifierNicétas naît vers 870. Il est probablement issu d’une famille de haut rang. Depuis Westerink, l’idée s’est répandue qu’il est originaire de Larissa en Thessalie[1], mais il est en réalité originaire du Péloponnèse, plus précisément de Laconie[2],[3].
Il est certainement marié et a des enfants, au moins un fils et une fille. Sa fille Sophie épouse le coempereur Christophe Lécapène, lequel meurt en 931, sous le règne de son père Romain Ier Lécapène[2].
Dans la Vita Theoctistae Lesbiae, qu’il rédige ultérieurement, Nicétas mentionne sa participation à une expédition navale contre la Crète arabe menée par l’amiral Himérios. Celle-ci commence durant l’été 911, dure environ un an et voit également la participation du futur empereur Romain Ier Lécapène comme commandant subordonné. Nicétas participe à l’expédition comme officier subalterne et reçoit également de l’empereur Léon VI l’autorisation de négocier avec les Arabes. Selon son propre récit, alors que l’expédition fait escale à Paros, le moine et prêtre Syméon lui aurait raconté l’histoire de Théoctiste de Lesbos[2].
Lorsque Romain Lécapène entreprend de s’emparer du pouvoir au palais impérial, à la fin de , il envoit Nicétas, son « co-beau-père » au palais afin d’en faire sortir le patriarche Nicolas Ier Mystikos, qui s’est prononcé contre Romain. Au début d’, lorsque le souverain bulgare Pierre vient à Constantinople afin de conclure un traité de paix et d’épouser Marie Lécapène, fille de Christophe et de Sophie et donc petite-fille de Nicétas, ce dernier l’accueille et l’accompagne jusqu’aux portes de Constantinople[2].
Disgrâce et exil
modifierÀ la fin de 927, Nicétas est soupçonné d’avoir préparé un coup d’État contre l’empereur Romain Ier Lécapène. Il aurait incité Christophe à se révolter contre son père et empereur. En conséquence, en 928, il est banni de la capitale et envoyé sur son domaine rural (proasteion) situé sur l’Hellespont, puis tonsuré comme moine[2].
À de possibles exceptions près, les trente et une lettres conservées de sa correspondance sont probablement toutes rédigées depuis son exil sur l’Hellespont entre 927/928 et 946/947. Son principal correspondant est le patrice et mystikos Jean, auquel sont adressées à lui seul douze lettres du recueil, il écrit aussi à Théophane[4]. Il est également possible que la Vita Theoctistae Lesbiae soit rédigée lors de son exil[2].
Dans de nombreuses lettres adressées à de hauts dignitaires, Nicétas cherche à obtenir la levée de sa condamnation ou sa réhabilitation. Tandis que d’autres dignitaires tombés en disgrâce sous Romain Ier Lécapène, comme le patrice et mystikos Jean déjà mentionné, sont réhabilités soit sous Romain, soit sous Constantin VII, les demandes de grâce de Nicétas semblent n’avoir obtenu aucun succès. Il meurt probablement en exil.
Les vers satiriques du grammairien Euphémios contre Nicétas, conservés dans le De thematibus de Constantin Porphyrogénète, doivent probablement eux aussi dater de cette période d’exil. Avec les lettres de Nicétas, ils constituent un témoignage de son origine péloponnésienne. Dans ces vers, il est tourné en dérision comme ayant une apparence slave. Il lui est également reproché de tirer une fierté excessive de sa noble naissance, alors qu’en réalité celle-ci aurait plutôt été le contraire[2].
Entre 928 et 944/945, Nikétas est également le destinataire d’une lettre d'un professeur, adressée « au moine Nicétas » (Νικήτᾳ μοναχῷ), ce qui implique une date postérieure à 928. L’auteur y console Nikétas de la situation pénible dans laquelle il se trouve. Il lui recommande également le messager chargé de lui remettre la lettre, en précisant que cet homme lui a été très utile et pourrait également devenir un bon ami de Nicétas[2].
Nicétas pourrait éventuellement être identifié avec l’auteur homonyme d’une Hypothesis sur les Psaumes et d’un catalogue des Psaumes. Cet auteur, que Beck situe au Xe siècle, porte lui aussi les titres de patrice et de magistros, auxquels s’ajoute celui d’anthypatos. Étant donné que l’association des titres de patrice et de magistros n’est pas très fréquente et que l’auteur de ces œuvres semble lui aussi n’avoir écrit qu’après être devenu clerc, probablement moine, les arguments en faveur de cette identification paraissent plus nombreux que ceux qui s’y opposent[2],[5].
Notes et références
modifier- ↑ Kazhdan 1991, p. 1480.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Pmbz, Niketas (#25740).
- ↑ Pratsch 2005, p. 501-506.
- ↑ Pmbz, Theophane #28093.
- ↑ (de) Hans-Georg Beck, Kirche und theologische Literatur im byzantinischen Reich, vol. XII.2.1, Munich, C. H. Beck, coll. « Handbuch der Altertumswissenschaft / Byzantinisches Handbuch », , XVI-835 p., p. 596
Sources
modifier- (en) Angela Hero, « Life of St. Theoktiste of Lesbos », dans Holy Women of Byzantium: Ten Saints’ Lives in English Translation, Washington D.C., Dumbarton Oaks Research Library and Collection (no 1), , 95-116 p. (ISBN 0-88402-241-2)
- (en) Alexander Kazhdan (dir.), Oxford Dictionary of Byzantium, New York et Oxford, Oxford University Press, , 1re éd., 3 tom. (ISBN 978-0-19-504652-6 et 0-19-504652-8, LCCN 90023208)
- (de) Ralph-Johannes Lilie, Claudia Ludwig, Beate Zielke et Thomas Pratsch (dir.), Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit Online, De Gruyter, (lire en ligne).
- (de) Thomas Pratsch, « Zur Herkunft des Niketas Magistros (* um 870 – † frühestens 946/47) aus Lakonien », Byzantion, vol. 75, , p. 501-506
- (en) Steven Runciman, The Emperor Romanus Lecapenus and His Reign: A Study of Tenth-Century Byzantium, Cambridge, Cambridge University Press, (1re éd. 1929) (ISBN 0-521-35722-5)