Non-conformistes des années 1930

Courant du personnalisme des années 1930

L'historiographie française contemporaine désigne sous le nom de « non-conformistes des années 1930 », en se référant à l'ouvrage éponyme de Jean-Louis Loubet del Bayle, une nébuleuse de groupes et de revues d'inspiration « personnaliste », apparue entre 1930 et 1934 et animée par de jeunes intellectuels français qui avaient la volonté de situer leur « engagement » en marge des mouvements d'idées établis.

L'avant-guerre

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On pouvait y distinguer trois courants[réf. souhaitée] :

Face à ce qu'ils percevaient comme une « crise de civilisation », ces jeunes intellectuels présentaient, malgré certaines divergences, un « front commun », en rupture avec le « désordre établi » que leur semblaient représenter les institutions capitalistes et parlementaires d'une société libérale et individualiste, dont les fondements institutionnels leur paraissaient aussi fragiles et « inhumains » que les fondements culturels en proie à un matérialisme et un nihilisme destructeurs.

Refusant parallèlement les tentatives « étatistes » de réponse « totale » du communisme ou du fascisme, ils avaient l'ambition, pour remédier à cette « crise de l'homme au XXe siècle », de susciter une « révolution spirituelle », transformant simultanément les choses et les hommes, qui devait trouver son inspiration philosophique dans une conception « personnaliste » de l'homme et de ses rapports avec la nature et la société, et se traduire par la construction d'un « ordre nouveau », au-delà de l'individualisme et du collectivisme, orienté vers une organisation « fédéraliste », « personnaliste et communautaire » des rapports sociaux.

La crise du 6 février 1934 marque un tournant : face à la montée des ligues d’extrême droite et à l’instabilité politique, les non-conformistes divergent dans leurs réponses. Certains, comme Thierry Maulnier (Jeune Droite), se rapprochent des mouvements nationalistes, tandis que d’autres, comme Emmanuel Mounier (Esprit), renforcent leur engagement pour une révolution spirituelle et sociale.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, ces divergences s’accentuent :

  • Collaboration : Maulnier et Maxence soutiennent le régime de Vichy, participant à des revues comme Je suis partout ou à des mouvements comme Jeune France.
  • Résistance : Mounier, bien que critique de la démocratie parlementaire, refuse toute collaboration. Esprit devient clandestin en 1941, et il est arrêté par la Gestapo en 1944.
  • Ambiguïtés : L’École d’Uriage (1940-1942), inspirée par le personnalisme, forme des cadres pour la Révolution nationale, mais certains de ses membres (comme Hubert Beuve-Méry) rejoignent ensuite la Résistance.

L’influence des non-conformistes après 1945 reste ambivalente : si certains (comme Maulnier) sont marginalisés par l’épuration, d’autres (comme Mounier ou Marc) jouent un rôle clé dans la reconstruction morale et politique de la France.

Héritage

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Après la guerre, nombre de ces non-conformistes deviendront des militants des mouvements fédéralistes européens (Robert Buron, Daniel-Rops, Jean de Fabrègues, Alexandre Marc, Thierry Maulnier, Denis de Rougemont). La revue Esprit, tout en prenant ses distances avec une partie de son héritage, contribuera aux débats de la IVe et de la Ve République sur l'avènement d'une « nouvelle gauche » et ne sera pas sans influence sur ce que dans les années 1980 on appellera la « deuxième gauche ».

Après 1968, certains courants écologistes se rattacheront à cet « esprit des années 1930 » : Denis de Rougemont ou Jacques Ellul. Cette influence s'est aussi exercée sur le courant de la démocratie chrétienne et sur ses prolongements. Au-delà des frontières de la France, le personnalisme des années 1930 trouvera aussi une audience, par exemple au Québec dans les années 1930-1970 ou parmi les milieux de dissidents de l'Europe de l'Est, tandis qu'il ne sera pas étranger à l'évolution de la réflexion des milieux catholiques durant la seconde moitié du XXe siècle.

Débats sur les non-conformistes

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Les orientations intellectuelles et politiques des non-conformistes des années 1930 et leurs engagements ultérieurs ont fait l'objet d'interprétations diverses et controversées.

Certains, comme Zeev Sternhell, y ont vu notamment une forme particulièrement sophistiquée de « fascisme français »[1]. Cette thèse, qui a bénéficié d'une certaine audience médiatique[précision nécessaire], a été discutée, notamment par Michel Winock, en soulignant qu'elle repose sur une reconstruction conceptuelle de la définition du « fascisme » - négligeant certaines caractéristiques communément admises (comme l'étatisme ou le nationalisme) et en incluant d'autres jusque-là non prises en compte (comme l'anti-matérialisme).

Par ailleurs, d'autres chercheurs[Qui ?] ont parfois étendu ce terme aux groupes et aux revues qui continueront à surgir jusqu'en 1939 en marge des partis établis, mais avec des identités plus floues et en présentant des caractéristiques plus hétérogènes que ceux évoqués précédemment.

Liste non exhaustive des Non-conformistes

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Notes et références

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  1. ↑ Dans son ouvrage Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France, Paris, Éditions du Seuil, 1983; à propos duquel, en ce qui concerne la critique à Denis de Rougemont, voir: Fabrizio Frigerio, « L'engagement politique de Denis de Rougemont», Cadmos, Genève, 1986, n. 33, p. 115-124.


Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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