Nudité au cinéma

représentation dans un film de corps humains complètement ou partiellement nus

La nudité au cinéma est la représentation de corps complètement ou partiellement nus dans les films[1].

Jehanne d'Alcy en unitard, douchée dans Après le bal (1897) de Georges Méliès.
Nudité féminine simulée par un unitard dans un film de 1900, The Temptation of Saint Anthony (Arthur Marvin, American Mutoscope and Biograph Company).
Lo chiamavano Tresette... giocava sempre col morto (1973), scène de nudité masculine utilisée dans un but comique.

Elle peut être utilisée pour soutenir un récit, définir un personnage ou encore à des fins de comédie (comique de situation) ou dans un souci de réalisme, et s'inscrire ainsi dans la logique dramaturgique du film.

Lorsque les films sont destinés à une distribution grand public, ils doivent, en principe respecter des règles de censure qui varient selon les pays, les mœurs et les époques. L'histoire du cinéma démontre que la nudité a longtemps été simulée et que son apparition frontale, sans simulacre, reste anecdotique avant les années 1950, à la fois du fait d'une censure tacite (un code de conduite non écrit) et d'une réglementation effective.

Lorsque la nudité est sexualisée, les films sont parfois classifiés comme érotiques voire pornographiques et leur distribution peut être alors, restreinte en fonction de critères d'âge.

Premières apparitions de nus

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La nudité au cinéma apparaît dès les premiers films avec, par exemple, Le Coucher de la mariée réalisé en par Albert Kirchner et Eugène Pirou et dont il ne reste que deux minutes ; c'est par ailleurs l'un des premiers films érotiques[2].

El Sartorio[3], réalisé vers 1907-1908, reste l'un des plus anciens films à caractère pornographique, c'est-à-dire montrant des actes sexuels non simulés : il aurait été tourné en Argentine et circula sous le manteau (hors des circuits des salles grand public), à l'instar de centaines de petits films produits à cette même époque (un genre appelé « stag film »), comme le montre le documentaire Polissons et Galipettes (2002)[4].

L'Inferno, inspiré de l'œuvre de Dante, réalisé en 1911 par Giuseppe Berardi et Arturo Busnengo, par ailleurs destiné à être le premier long métrage italien jamais produit, montre de façon non simulée des corps féminins et masculins entièrement nus.

Le premier long métrage américain destiné au grand public montrant une femme nue est Sublime Beauté (1915).

Le film grec Daphnis et Chloé (1931) réalisé par Oréstis Láskos est considéré comme étant l'un des premiers longs métrages européens à contenir des scènes de nu non simulées[5].

La film suédois Elle n'a dansé qu'un seul été réalisé en 1951 par Arne Mattsson, constitue un tournant dans l'histoire de la représentation à la fois du corps nu et de la sexualité au cinéma[6].

Le cas du film nudiste : un genre d'abord documentaire

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Film nudiste
Rattaché au genre Cinéma américain : film criminel
Début du genre Années 1930
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis

Pour plus de détails, voir le corps de l'article.

Les premiers films américains dits « nudistes » (nudist films) apparaissent au début des années 1930, sous forme de documentaire, parfois utopiques, qui promeuvent « le mode de vie sain » des premiers naturistes européens et américains. This Nude World, réalisé par Michael Mindlin en 1933, est un documentaire tourné aux États-Unis, en France et en Allemagne ; Elysia, Valley of the Nude, produit la même année, est une docufiction qui se déroule dans le camp de nudistes californinen à Elsinore. Le genre prospère jusqu'à la fin des années trente lors de tournées promotionnelles, avec des films comme Why Nudism? (1933), Nudist Land (1937), et The Unashamed (1938), puis disparaît.

Il est relancé dans les années 1950 avec, en 1954, Jardin de l'Éden (Garden of Eden), le premier film nudiste de fiction tourné en couleurs, que la Cour fédérale de New York juge non-obscène[7]. De fait, ces nouvelles lois de censure causent un afflux de films comme Naked Venus (Edgar G. Ulmer, 1958), Nudist Memories (en) (1959) et Fille du soleil (en) (David F. Friedman et Herschell Gordon Lewis, 1962). Doris Wishma (en), probablement la productrice et réalisatrice la plus active du genre, réalise huit films nudistes entre 1960 et 1964, avec Hideout in the Sun (en) (1960), Nude on the Moon (1961), Diary of a Nudist (en) (1961), Blaze Starr Goes Nudist (en) (1962), Gentlemen Prefer Nature Girls (1963), Playgirls International (en) (1963), Behind the Nudist Curtain (en) (1964) et The Prince and the Nature Girl (1964).

Edward Craven Walker (1918-2000), l'inventeur de la lampe à lave, est alors une figure majeure du mouvement naturiste. Il réalise, sous le nom de Michael Keatering, trois films nudistes : Travelling Light (1959), Sunswept (1962) et Eves on Skis (1963).

Ramsey Harrington produit The Nudist Story (1960) (rebaptisé "For Members Only" ou "Pussycat's Paradise" pour le marché américain), Arthur Knight produit My Bare Lady (1963) et Leo Orenstein, sous le pseudonyme d'Alan Overton, réalise Have Figure, Will Travel (1963)[8]. Sorti en 1961, Nudist Life, produit par George Weiss (en), montre des vues vintage de camps nudistes. La même année en Angleterre, Harrison Marks (en) sort Naked as Nature Intended, qui mettait en vedette Pamela Green (en), et fait un succès au box-office. Son réalisateur va vite faire des films pornographiques softcore[8].

Les films nudistes, sous couvert de présenter les modes de vie nudistes ou naturistes, ont souvent là un prétexte pour porter à l'écran la nudité féminine. Ils prennent soin de respecter les lois en vigueur, en cachant au regard du spectateur les seules zones pubiennes par l'angle de la prise de vue ou par un avant-plan quelconque. Ils sont principalement tournés dans des centres naturistes, mais des modèles à la plastique choisie tiennent les rôles des membres du centre. Beaucoup sortent souvent plusieurs fois, sous des titres différents.

Le manque d'intérêt de la part du public est patent dès le milieu des années 1960, et leur production cesse alors[8].

AnnéeTitreRéalisation / Production
1933 This Naked Age / This Nude World[9] Michael Mindlin
1933 Elysia, Valley of the Nude[10] Hobart Glassey (producteur)
1933 Why Nudism?
1937 Nudist Land
1938 The Unashamed
1954 Jardin de l'Éden Max Nosseck
1958 Naked Venus Edgar G. Ulmer
1959 Nudist Memories (en)
1959 Travelling Light (en) Michael Keatering (Edward Craven Walker)
1960 Hideout in the Sun (en) Doris Wishman
1960The Nudist storyRamsay Harrington (en)
1961 Nude on the Moon Doris Wishman
1961 Diary of a Nudist (en) Doris Wishman
1961 Nudist Life (en) produit par George Weiss (en)
1962 Daughter of the Sun (en) David F. Friedman et Herschell Gordon Lewis
1962Blaze Starr Goes Nudist (en) Doris Wishman
1963Gentlemen Prefer Nature Girls Doris Wishman
1963Playgirls International (en)Doris Wishman
1963Eves on Skis (en)Michael Keatering, alias de Edward Craven Walker
1963My Bare Lady (en)Arthur Knight (prod.)
1963Have Figure, Will Travel (en)Alan Overton, alias de Leo Orenstein (en)
1963Naked as Nature Intended (en)Harrison Marks (en)
1964Behind the Nudist Curtain (en)Doris Wishman
1964The Prince and the Nature GirlDoris Wishman
1962Sunswent (en)Michael Keatering, alias de Edward Craven Walker

Le classement des films incluant des scènes de nu

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Dans le cinéma américain

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La nudité représentée dans les films américains est l'un des critères de classification, séparément de la représentation de la sexualité et aux côtés des critères de violence, de représentation d'usage de drogue, de vulgarité de langage et de violence[11].

Aux États-Unis, l'admissibilité des films pour les publics de différents âges est réglementée par le référencement MPAA. Celui-ci définit les classes de public suivantes[12] :

  • Rated G : General audiences, public général - le film peut être vu à tous âges.
  • Rated PG : Parental Guidance Suggested, la surveillance d'un parent est suggérée.
  • Rated PG-13 : Parents Strongly Cautioned, parents fortement avertis, contenu potentiellement inapproprié pour un enfant de moins de 13 ans.
  • Rated R : Restricted, restreint, les enfants de moins de 17 ans doivent être accompagnés d'un adulte.
  • Rated NC-17 : No children under 17 admitted, interdit aux enfants de moins de 17 ans.

Pour être classé G, un film ne doit contenir aucune nudité. Elle est autorisée de façon brève dans les films de la catégorie PG, de façon complète à partir de la catégorie PG-13. Si la nudité est sexualisée, le film est alors classé R ou NC-17[11].

Ainsi, le film Titanic, contenant une scène seins nus dans un contexte non sexuel, a été classifié PG-13[13]. À l'inverse, le film Basic Instinct contenant une scène de nudité partielle sexualisée a été classifié R pour sensualité[14].

Dans le cinéma français

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Pour le cinéma français, à partir de 1916, tous les films sont soumis à une commission de visionnage et, de fait, les scènes de nus subissent une forme de censure, au moment du montage destiné à produire la copie d'exploitation en salles.

Dans Le Jour se lève réalisé par Marcel Carné en 1939, l'actrice Arletty est nue en sortant d'une douche, la scène a été coupée suite à la censure survenue durant le régime de Vichy, peu après la sortie du film[15].

En sort dans les salles françaises Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim avec quelques scènes de nudité sexualisée explicite censurées par la Commission du CNC[16].

Le relâchement de la censure cinématographique après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing entraîne, en 1974-1975, la distribution d'une vague de films pornographiques, ce qui a pour conséquence l'adoption en 1975 de la loi sur le classement X[17].

Toutefois, les films peuvent être interdits pour une catégorie d'âge et certains le sont aux moins de 18 ans. L'interdiction d'un film à certains publics est décidée par la commission d'exploitation dépendant du ministère de la Culture et peut avoir des conséquences importantes sur la viabilité économique du film concerné.

Notes et références

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  1. Mark Storey, Cinema Au Naturel: A History of Nudist Film, 2003 (ISBN 9780974084404).
  2. (en) Phil De Semlyen, « Film Studies 101: The A-Z of the birth of cinema », sur Empire, (consulté le ).
  3. (en) Dave Thompson, Black and White and Blue: Adult Cinema from the Victorian Age to the VCR, ECW Press, 2007, p. 67–68.
  4. Guillaume Wohlbang, « Polissons et Galipettes [deconstructed] », sur heteroclite.org, .
  5. Michel Demopoulos (dir.), Le Cinéma grec, coll. « Cinéma/Pluriel », Paris, Centre Georges Pompidou, 1995, p. 45.
  6. Jean Béranger, La grande saga du cinéma suédois, in: Le Monde diplomatique, novembre 1971, p. 28.
  7. (en) Jon Lewis, Hollywood V. Hard Core: How the Struggle Over Censorship Saved the Modern Film Industry, New York University Press, , 198–201 (ISBN 978-0-8147-5142-8, lire en ligne).
  8. 1 2 3 Storey, Mark (2003). Cinema Au Naturel: A History of Nudist Film. (ISBN 9780974084404).
  9. (en) Notice film, base IMDb.
  10. (en) Voir le film, sur Archive.org.
  11. 1 2 (en) « Classification and Rating Rules » [PDF], Classification and Rating Administration, (consulté le ), 6–8.
  12. (en) « Film Ratings », Motion Picture Association of America (consulté le ).
  13. IMDB parental guide « Rated PG-13 for disaster related peril and violence, nudity, sensuality and brief language ».
  14. IMDB parental guide « Rated R for strong violence and sensuality, and for drug use and language ».
  15. Claire Fortier-Durand, « Quand une scène censurée du film Le jour se lève a refait surface 75 ans plus tard », in: Première, 15 mai 2020.
  16. « “Et Dieu créa la femme” : pourquoi ce film a créé le mythe Bardot ? », VL Media, 26 avril 2023.
  17. Marie-Anne Paveau, Le Discours pornographique, Paris, La Musardine, 2014, 395 p.  (ISBN 978-2-84271-762-9).

Voir aussi

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Bibliographie

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Ouvrages

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  • Alain Bergala (dir.), Jacques Déniel (dir.) et Patrick Leboutte (dir.), Une encyclopédie du nu au cinéma (publié à la suite des 5es Rencontres cinématographiques de Dunkerque d'), Yellow Now et Studio 43 Éditions, , 456 p. (ISBN 2-87340-099-1 (édité erroné)).
  • Craig Hosoda, The bare facts video guide, The Bare Facts, 1998 (plusieurs rééditions).
  • Jami Bernard, Total Exposure: the movie buff's guide to celebrity nude scenes, Carol Pub. Group, 1999.
  • Francois Duluc, Guide des scènes de nu dans le cinéma français, Lulu.com, 2016.

Vidéographie

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  • 2020 : Skin: A History of Nudity in the Movies, documentaire réalisé par Danny Wolf, Plausible Films, 127 min.

Articles connexes

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