Bassaricyon alleni
Bassaricyon d’Allen, Olingo d’Allen, Olingo des plaines de l’Est
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Mammalia |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Caniformia |
| Famille | Procyonidae |
| Genre | Bassaricyon |
Répartition géographique
Bassaricyon alleni, le Bassaricyon d’Allen, mais plus communément désigné sous le nom d’Olingo d’Allen ou encore celui deOlingo des plaines de l’Est, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des procyonidés.
Principalement frugivore, cette espèce arboricole au mode de vie nocturne et solitaire est endémique des forêts tropicales humides d'Amérique du Sud. Son aire de répartition, la plus vaste parmi les olingos, s'étend du bassin amazonien aux versants orientaux des Andes, du nord-ouest de la Bolivie jusqu'au Venezuela et aux Guyanes.
Longtemps confondu avec d'autres espèces du genre, notamment le kinkajou ou le l’Olingo de Chocolat (Bassaricyon medius), il a été formellement distingué grâce aux travaux de révision taxonomique menés par le zoologiste Kristofer Helgen en 2013. Bien que l'UICN le classe actuellement dans la catégorie « préoccupation mineure » (LC) en raison de sa large distribution, l'espèce reste mal connue et demeure vulnérable face à la déforestation et à la fragmentation croissante de son habitat naturel.
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Bassaricyon alleni O.Thomas, 1880 selon Mammal Diversity Database ()[2] ;
- Nom normalisé anglais : Eastern Lowland Olingo ;
- Nom vulgaire recommandé en français : Olingo d’Allen[3][4] ;
- Autre nom vulgaire typique en français : Olingo des plaines de l’Est[3] ;
- Autres noms vulgaires : Bassaricyon d’Allen[5],[6] ;
- Noms vernaculaires : Bassaricyon[5],[6], Olingo.
Taxonomie
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Les olingos ont été découverts tardivement, dans les années 1870[8]. L'espèce Bassaricyon alleni a été formellement décrite en 1880 par le zoologiste britannique Oldfield Thomas dans son article sur les mammifères de l'Équateur[7], à partir d'un spécimen adulte femelle collecté par M. Buckley à Sarayacu[7]. Il a indiqué comme localité type Sarayacu sur la rivière Bobonaza, dans le cours supérieur de la rivière Pastaza, des territoires se trouvant en Équateur[9]. L'holotype, BMNH 80.5.6.37, comprend la peau et le crâne d'une femelle adulte[8].
À cette époque, le genre des Bassaricyons n'était connu que par un unique crâne collecté au Costa Rica par le professeur William Gabb, dont la peau avait été égarée. Ce crâne avait été décrit en 1876 par Joel Asaph Allen sous le nom de Bassaricyon gabbii. En comparant le crâne de son spécimen équatorien avec les travaux d'Allen, Thomas a confirmé l'appartenance au même genre tout en isolant des divergences morphologiques et géographiques justifiant une espèce distincte, qu'il a nommée alleni en hommage à Joel Asaph Allen, le descripteur du genre[7].
La distinction de B. alleni repose sur plusieurs critères morphologiques et crâniens : le profil supérieur du crâne est régulièrement convexe chez B. gabbii, tandis que la région frontale est aplatie chez B. alleni. La hauteur perpendiculaire du crâne est de 1 pouce chez le premier contre 0,9 pouce chez le second, et les processus supra-orbitaires se situent différemment par rapport au profil frontal. Les arcades zygomatiques sont presque parallèles chez B. gabbii alors qu'elles divergent légèrement vers l'arrière chez B. alleni. Sur le plan dentaire, la dernière molaire supérieure est subcadrangulaire chez B. gabbii et subtriangulaire chez B. alleni, ce dernier présentant en outre des différences au niveau du processus coronoïde et de la mandibule[7].
Phylogénie
modifierPlusieurs études moléculaires récentes ont permis d'établir les relations phylogénétiques entre les procyonidés, notamment le genre des Olingos, illustrées dans le cladogramme ci-dessous[10],[8],[11] :
| Procyonidae |
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Populations et sous-espèces
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Plusieurs auteurs ont ensuite décrit d'autres sous-espèces, pour un total de cinq. On en a distingué trois par la suite :
- L’Olingo des plaines de l’Est (B. a. alleni Thomas, 1880)(sous-espèce-type)[9] ;
- L’Olingo des plaines de l’Ouest (B. a. medius Thomas, 1909)[9] ;
- B. a. orinomus Goldman, 1912[9].
Néanmoins, les connaissances sur cet olingo sont restées fragmentaires, principalement en raison de la courte histoire de son étude et du mode de vie discret de l'animal, ce qui s'est traduit par un faible nombre de spécimens collectés. Jusqu'en 2013, aucune étude exhaustive du genre n'avait été publiée. Cette lacune a été comblée par Helgen et ses collaborateurs. Leur publication élève l’olingo des plaines de l’Ouest (B. a. medius) au rang d'espèce distincte sous le nom d’Olingo de Choco (B. medius), incluant orinomus comme sous-espèce[8]. Cette proposition a été acceptée par d'autres auteurs[12] et confirmée par des recherches ultérieures. Leur lignée des différentes espèces d’olingo s'étant séparée des autres procyonidés il y a environ 21,4 millions d'années[8].
Les auteurs de la description de l’Olinguito (B. neblina) distinguent, outre celui-ci et l'olingo d'Allen, deux autres espèces d'olingos. Selon leurs recherches, la lignée de l’Olinguito a divergé en premier. La séparation entre l'olingo d'Allen et de Choco s'est produite il y a 2,5 à 2,8 millions d'années, les populations étant séparées par la cordillère des Andes. Leur cytochrome b diffère de 6 à 7 %[8].
D'après les analyses d'ADN mitochondrial menées par Willis et ses collègues en 2025, l'olingo d'Allen constitue le groupe frère d'un clade formé par l'olingo de Gabb et l’Olinguito. En revanche, dans l'analyse basée sur le cytochrome b issue de la même étude, il s'avère paraphylétique par rapport à Bassaricyon beddardi, formant avec lui un clade en groupe frère de celui de l’Olingo de Choco (Bassaricyon medius).
Description
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Morphologie générale et dimensions
modifierL'olingo d'Allen est un olingo de taille moyenne, se situant entre l'olingo de Gabb (Bassaricyon gabbii), plus grand, et l’Olinguito (Bassaricyon neblina), plus petit[8]. Comme tout les olingos, son corps est svelte et doté de membres antérieurs relativement courts ainsi que de membres postérieurs légèrement plus allongés[8].
Les mesures corporelles ont fait l'objet de réévaluations au fil des études. Si les données anciennes situaient la longueur tête-corps entre 30 et 49 cm[9], les analyses récentes établissent une longueur totale moyenne de 842 ± 50,6 mm, avec des variations allant de 705 à 985 mm[8]. La queue, qui mesure entre 35 et 53 cm selon les premières observations[9], peut représenter de 1,0 à 1,4 fois la longueur de la tête et du corps[8]. Cette longueur caudale est proportionnellement plus marquée chez les individus vivant en altitude[8]. Le poids, historiquement estimé entre 0,9 et 1,6 kg[9] (ou de 1,1 à 1,5 kg selon d'autres sources[8]), est aujourd'hui davantage caractérisé par une moyenne de 872 ± 169 g[8]. Enfin, les pattes postérieurs mesurent entre 7,2 et 9,2 cm, les oreilles arrondies environ 3 à 4,3 cm[8], et leurs longeurs sont de 34 ± 4,3 mm[8].
Adaptations régionales et traits crâniens
modifierUne variabilité géographique est observable : les spécimens issus du versant oriental des Andes, à plus de 1 000 mètres d'altitude, arborent un pelage plus long, une queue plus courte et une teinte plus brunâtre, moins orangée que leurs congénères des plaines amazoniennes[8].
Sur le plan anatomique, le crâne de l'olingo d'Allen se distingue par une largeur supérieure et un museau légèrement plus court que ceux de son espèce sœur, l'Olingo de Choco (B. medius)[8]. Le museau, plus pointu que celui du kinkajou, est teinté de gris et terminé par un nez souvent rose, ce qui contraste avec le nez sombre de celui de Choco[9],[8]. La dentition révèle des dents jugales plus développées que celles de l’Olinguito, et les bulles tympaniques sont également plus imposantes et plus gonflées que chez celui de Choco[8], tout comme la quatrième prémolaire[8].
Pelage et distinction des espèces proches
modifierLa robe de l'olingo d'Allen se caractérise par une teinte brun tanné relativement homogène[9],[8]. Le dos est nettement plus foncé que le ventre, une démarcation absente chez le kinkajou[9]. L'espèce est plus sombre que les autres olingos en raison de la densité des pointes de poils noires sur le dos, un trait plus marqué que chez B. medius[8].
La queue, ornée d'anneaux peu visibles[9], est plus duveteuse que celle, musclée, du kinkajou[9]. Bien qu'elle ne soit pas préhensile, le kinkajou étant le seul représentant des carnivores possédant cette capacité[9], elle joue un rôle dans le maintien de l'équilibre de l'animal dans les arbres[9].
Plusieurs confusions sont possibles avec d'autres mammifères. Le kinkajou se distingue par une taille bien plus imposante, atteignant jusqu'à 76 cm de longueur de corps et 4,5 kg[9], soit un poids généralement doublé par rapport à l'olingo[9]. Le cacomistle diffère quant à lui par sa coloration plus brune et ses rayures caudales nettement moins marquées[9]. Enfin, La distinction avec l’Olingo de Choco est plus complexe : bien que l'espèce soit allopatrique, elle est nettement plus petite dans sa sous-espèce nominale (B. m. medius). La sous-espèce B. m. orinomus partage des dimensions proches, mais se différencie par une queue souvent rougeâtre[8] et une coloration moins uniforme. Ces deux espèces présentent par ailleurs une distance génétique de 6 à 7 % établie par l'analyse du gène du cytochrome b[8].
Écologie et comportement
modifierRépartition géographique et habitat
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L'olingo d'Allen est la seule espèce de son genre à être présente à l'est de la cordillère des Andes, d’où son d’Olingo des plaines de l’Est[8]. Son aire de répartition, la plus vaste de tous les olingos, s'étend sur les forêts tropicales du bassin amazonien[9]. On le rencontre du nord-ouest de la Bolivie, de l'est du Pérou et de l'Équateur jusqu'à l'ouest du Brésil, notamment dans les États d'Amazonas et d'Acre, et probablement dans ceux de Roraima et de Pará[13]. L'espèce est également présente en Colombie, au Venezuela et au Guyana, où sa présence a été confirmée par deux spécimens types historiques de Bassaricyon beddardi[13]. En revanche, aucune preuve de sa présence n'a été établie au Suriname ni en Guyane française. Bien que des spécimens brésiliens aient été collectés dès le début du XXe siècle, leur identification formelle en tant qu'appartenant à cette espèce n'a été confirmée qu'en 2010[14].
Dans cet habitat composé exclusivement de forêts humides, l'olingo d'Allen vit depuis le niveau de la mer jusqu'à 2 000 mètres d'altitude[13]. Si la grande majorité des individus se situe dans les plaines en dessous de 1 000 mètres, il occupe également les versants orientaux des Andes, où il est présent entre 1 100 et 2 000 mètres, particulièrement au Pérou et en Équateur, zones où l’Olinguito est absent[8].
Activité et comportements
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L'olingo d'Allen est une espèce strictement nocturne ; il débute son activité au coucher du soleil pour la terminer à l'aube[13]. Durant la journée, il s'abrite dans des cavités dans les tronc ou tout autre refuge situé dans les arbres[9].
Bien qu'il mène un mode de vie essentiellement arboricole, il n'hésite pas à descendre au sol pour traverser des zones dégagées lorsque les houppiers ne se rejoignent pas[13][9]. Les connaissances sur ses déplacements restent limitées : les données proviennent principalement de l'observation d'un unique mâle qui parcourait entre 4 et 5 km par nuit sur un territoire de 37 hectares[9].
Sur le plan social, l'espèce est considérée comme solitaire et présente une organisation sociale limitée[13][8]. Les individus sont probablement plus solitaires que le kinkajou, qui peut évoluer en petits groupes composés de deux mâles et d'une femelle[9]. Les mâles manifestent des comportements assez agressifs les uns envers les autres[8]. En captivité, des comportements de marquage territorial et des vocalisations ont été observés ; ces dernières ont été décrites par les observateurs de terrain, selon une transcription anglaise, comme « wer-toll », « wake-up » et « whey-chuck »[9]. En situation de menace, les individus ont la capacité de libérer une odeur nauséabonde[8].
Alimentation
modifierL'olingo d'Allen est une espèce principalement frugivore, se nourrissant d'une large variété de fruits et de fleurs[9][13]. Son régime alimentaire est complété par des ressources d'origine animale, bien que la part exacte de cette composante reste difficile à quantifier dans la nature[9]. À l’état sauvage, il consomme notamment des insectes, des petits rongeurs, des lézards, des oisillons ainsi que des œufs[13].
Si les observations de terrain se concentrent largement sur la consommation de fruits et de fleurs, la morphologie dentaire de l'animal confirme qu'il est également apte à consommer de petites proies[9]. La prédation d'arthropodes a été formellement documentée en milieu naturel en 2023[12]. Contrairement aux autres espèces du genre, il semble occuper une place de super prédateur au sein de son écosystème[8].
Dans son habitat, l'olingo d'Allen partage souvent les mêmes ressources alimentaires que le kinkajou. Cependant, ce dernier, étant de plus grande taille, est susceptible de l’attaquer et de le chasser des sources de nourriture lorsqu'ils se rencontrent[9].
Reproduction et cycle de vie
modifierLa reproduction de l'olingo d'Allen a principalement été documentée grâce à l'étude d'individus maintenus en captivité[9]. L'espèce est polyœstrienne, avec un cycle menstruel d'une durée de 24 jours[9]. Lors de la phase de reproduction, le mâle approche la femelle sur trois nuits consécutives, s'accouplant avec elle lors de séances pouvant atteindre 68 minutes[9].
La gestation dure entre 72 et 74 jours et aboutit à la naissance d'un unique petit[9],[8]. Cette mise bas d'un seul individu est une caractéristique partagée avec d'autres procyonidés arboricoles comme le kinkajou, contrairement aux procyonidés terrestres tels que les coatis, qui donnent naissance à des portées plus nombreuses pouvant atteindre quatre individus[9].
Le développement du jeune Olingo est progressif : il commence à se tenir sur ses pattes à trois semaines et commence à se déplacer à dix semaines[9]. Il mange en autonomie vers l'âge de 7 semaines et commence à grimper aux arbres entre 3 et 5 mois[9]. La durée d'une génération est estimée à 8,2 ans[13].
L’olingo d’Allen et l’Homme
modifierStatut de conservation et menaces
modifierL'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe l'olingo d'Allen dans la catégorie « préoccupation mineure » (Least concern, LC)[13]. Cette évaluation, réalisée en 2016 suite à la distinction taxonomique de l'espèce de l’Olingo de Choco (B. medius), se justifie principalement par la vaste aire de répartition de l'animal, qui englobe de nombreuses zones protégées[13]. Toutefois, l'UICN souligne que l'espèce demeure très mal connue dans son milieu naturel et qu'une réévaluation serait nécessaire dès que de nouvelles données seront disponibles[13].
Bien que son statut global soit considéré comme préoccupant, la population totale est supposée en déclin, principalement en raison de sa dépendance stricte aux milieux forestiers dans une zone géographique où le couvert forestier diminue[13]. Les menaces pesant sur l'espèce incluent la déforestation, la fragmentation croissante de son habitat ainsi que le développement de nouvelles implantations humaines, auxquelles ces mammifères arboricoles sont particulièrement sensibles[13].
L'olingo d'Allen est considéré comme relativement rare. Son étude est rendue difficile par le manque de données de terrain et par la confusion fréquente, au sein des témoignages des populations locales, avec le kinkajou, ce qui rend ces informations difficilement exploitables d'un point de vue scientifique[13].
À l'inverse d'autres espèces, l'olingo fait très rarement l'objet de chasse et il n'existe actuellement aucune donnée attestant d'un commerce ou d'une exploitation particulière de l'espèce[13]. Si la présence de l'olingo d'Allen est suspectée dans plusieurs zones protégées en raison de l'étendue de son aire de répartition, des recherches approfondies sur son utilisation de l'habitat, son histoire naturelle et les pressions locales sont nécessaires pour affiner son évaluation de conservation[13].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- (pl)/(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en polonais « Olingo skryty » (voir la liste des auteurs) et en allemand « Makibär » (voir la liste des auteurs).
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Bibliographie
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Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- (en) Mammal Diversity Database (MDD) : Bassaricyon alleni (consulté le )
- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Bassaricyon alleni
- (en) Catalogue of Life : Bassaricyon alleni Thomas, 1880 (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Bassaricyon alleni Thomas, 1880
- (en) Animal Diversity Web : Bassaricyon alleni
- (en) NCBI : Bassaricyon alleni (taxons inclus)
- (en) UICN : espèce Bassaricyon alleni Thomas, 1880 (consulté le )