Opération Sirli

Opération militaire française en Égypte

L'opération Sirli est une opération militaire française menée en Égypte par la direction du Renseignement militaire (DRM). Elle implique un détachement de quatre militaires français et six salariés de l'entreprise CAE Aviation, basés à Marsa Matruh, dont la mission, qui s'inscrit dans la lutte antiterroriste, est de surveiller le désert occidental égyptien pour y détecter d’éventuelles menaces terroristes venues de Libye et de transmettre les renseignements recueillis aux militaires égyptiens.

Opération Sirli
Localisation Désert libyque (Drapeau de l'Égypte Égypte)
Planifiée par Drapeau de la France France
Drapeau de l'Égypte Égypte
Objectif Surveiller le désert pour détecter d’éventuelles menaces terroristes venues de Libye.
Date - potentiellement en cours
Participants

Direction du Renseignement militaire

CAE Aviation

  • 2 pilotes
  • 4 analystes

En pratique, le média d'investigation Disclose révèle en 2021, à partir de documents soumis au secret de la défense nationale, que de nombreuses cibles repérées sont civiles (essentiellement des contrebandiers) et qu'elles sont abattues par l'armée égyptienne, dont la priorité est la lutte contre la contrebande, après leur signalement par l'équipage de l'opération Sirli. Les journalistes relatent que de nombreuses alertes ont été émises, entre 2016 et 2019 par les militaires sur place, puis par la direction de la DRM, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et l'Armée de l'air, quant au dévoiement de l'opération à des fins de ciblage et d'élimination de pick-up de contrebandiers.

Contexte

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L'opération Sirli s'inscrit dans le contexte de la coopération stratégique entre la France et l'Égypte sous la présidence d'Abdel Fattah al-Sissi à partir de 2014, qui se traduit notamment par d'importantes ventes d'armements français à l'Égypte, négociées par le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian[1],[2].

Déroulement

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Mise en place

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L'opération est lancée en dans le cadre de la lutte antiterroriste[3],[4].

Elle consiste en un détachement, baptisé ELT 16 pour « Équipe de liaison technique 16 », composé de quatre militaires français et de six civils (anciens militaires) de l'entreprise luxembourgeoise CAE Aviation (deux pilotes et quatre analystes), qui fournit l'avion léger de surveillance et de reconnaissance (ALSR)  l'armée française en est alors dépourvue , un Merlin III (remplacé en 2017 par un Cessna 208 Caravan)[5]. Les dix hommes sont installés dans la base militaire égyptienne de Marsa Matruh[4].

Leur mission est de survoler, à haute altitude, le désert occidental égyptien afin de repérer d'éventuelles activités de groupes terroristes venus de la Libye frontalière, de collecter des renseignements (images, interceptions sonores, coordonnées géographiques, etc.) et de les transmettre, notamment leur localisation, aux militaires égyptiens[4].

Ciblage de civils

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Comme le révèle ultérieurement Disclose, un média d'investigation français, les militaires français de la DRM analysent dès les premiers mois de l'opération un décalage entre ses objectifs affichés et ceux réellement poursuivis. Les missions de renseignement aérien sont strictement limitées au désert égyptien occidental, qui compte très peu de groupes armés, à l'inverse du Sinaï ou du territoire libyen ; la partie égyptienne apparaît bien plus intéressée par la traque de contrebandiers (souvent de jeunes Égyptiens, qui transportent armes, drogues, tabac, carburant, denrées alimentaires, etc.), nombreux à effectuer le trajet en pick-up depuis la frontière libyenne. Plus encore, dès 2016, il apparaît que l'armée de l'air égyptienne utilise les données de localisation fournies par la France pour cibler et éliminer les pick-ups de simples trafiquants, ce qui s'apparente à des exécutions arbitraires. Disclose recense, à partir de documents soumis au secret de la défense nationale, dix-neuf frappes contre des civils entre 2016 et 2018. L'officier de liaison de la DRM de l'ELT 16 relate dans plusieurs notes la crainte de l'usage des informations de l'ELT 16 à des fins de ciblage ainsi que la priorité donnée à la lutte contre la contrebande[4].

De 2017 à 2018, plusieurs notes confidentiel défense indiquent que la DRM et l'Armée de l'air s'inquiètent du dévoiement de l'opération Sirli ; en 2019, des notes adressées à l'exécutif français (la ministre des Armées Florence Parly, le président de la République Emmanuel Macron) pointent la nécessité de créer un cadre juridique (document écrit) à la coopération avec l'Égypte et de rappeler que les missions de renseignement ne doivent pas être utilisées à des fins de ciblage[4].

Divulgation de l'existence de l'opération

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Le , le média d'investigation Disclose révèle l'existence de l'opération, jusqu'alors secrète. Une source lui a divulgué plusieurs centaines de documents classés « confidentiel défense », issus des services de l’Élysée, du ministère des Armées, mais également de la direction du Renseignement militaire[3]. Les fonds finançant l'opération Sirli sont prélevés sur le budget de l'opération Barkhane[5].

En , le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian (ministre de la Défense lors de la mise en place de l'opération), interrogé par la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, affirme que « le processus d’échange des données est construit de telle manière que ces données ne peuvent servir à guider des frappes »[6].

Les autorités françaises refusent de répondre aux journalistes, invoquant le secret de la défense nationale[7].

D'après une analyse effectuée par Le Monde des données Strava de plusieurs militaires français, l'opération serait encore en cours en mars 2026[8],[9].

Suites judiciaires

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Violation du secret défense

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Le ministère des Armées dépose une première plainte le 11 janvier 2021 puis une seconde le 24 novembre pour « violation du secret de la défense nationale »[10],[11]. Le parquet de Paris y fait suite en ouvrant une information judiciaire le 21 juillet 2022 pour « détournement de secret de défense nationale par son dépositaire, divulgation de secret de défense nationale par son dépositaire, appropriation d’un secret de défense nationale, divulgation de secret de défense nationale et révélation d’information permettant de découvrir l’usage d’une identité d’emprunt ou d’une fausse qualité d’agent de renseignement, son identité réelle ou son appartenance à un service de renseignement »[11].

Le , une journaliste de Disclose, Ariane Lavrilleux, est placée en garde à vue par la direction générale de la Sécurité intérieure et voit son domicile perquisitionné pour « compromission du secret de la défense nationale et révélation d’information pouvant conduire à identifier un agent protégé » ; l'ONG Reporters sans frontières, le CPJ[12] et Amnesty international[13] condamnent ces procédures et s'inquiètent d'une atteinte à la liberté de la presse et au secret des sources[14]. Le même jour, un ancien militaire, suspecté d'avoir donné des informations aux journalistes, est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire[15].

Ariane Lavrilleux est placée sous le statut de témoin assistée le 17 janvier 2025[16]. Le 9 octobre, la juge d'instruction prononce un non-lieu à son égard et renvoie l'ingénieur militaire devant le tribunal correctionnel pour « détournement et divulgation de secret de la défense nationale par son dépositaire », tout en abandonnant les poursuites à son encontre concernant la violation du secret professionnel[17],[18]. Le non-lieu de la journaliste est cependant contesté par le parquet général, qui demande en outre la convocation des autres signataires des articles ainsi que leur dépublication, de même que le documentaire de Complément d'enquête[18],[19]. Le 8 juillet 2026, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris ordonne la réouverture de l'instruction mais ne donne pas suite aux demandes de dépublication [20],[21],[22].

Crime contre l’humanité, complicité de crime contre l’humanité et torture

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Le 26 novembre 2021, Europe Écologie les Verts, le sénateur Guillaume Gontard et l'eurodéputé Mounir Satouri saisissent le procureur général près la Cour de Cassation pour lui demander d'examiner la responsabilité pénale de Florence Parly et Jean-Yves Le Drian devant la Cour de justice de la République[23],[24]. Le procureur leur répond le 3 janvier 2022 qu'il n'engagera pas de poursuite[24].

Le 12 septembre 2022, les ONG Egyptians Abroad for Democracy et Code Pink déposent plainte contre X devant la justice française pour « crime contre l’humanité, complicité de crime contre l’humanité et torture »[25]. Elle est classée sans suite le 19 décembre pour « infractions insuffisamment caractérisées »[23], ce classement est confirmé par le procureur général le 9 octobre 2023[26],[27].

Face à ce refus, les 2 ONG portent plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) le 8 février 2024 pour violation du « droit à la vie », du « droit à un procès équitable » et du « recours effectif »[28],[29],[27]. La CEDH doit encore statuer sur la recevabilité de la plainte[26].

Notes et références

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  1. Disclose et Cyril Elophe, « Surveillance made in France », La Revue dessinée, , p. 50-79 (ISBN 978-2-38264-012-8).
  2. Jean-Pierre Canet, Mathias Destal, Ariane Lavrilleux et Geoffrey Livolsi, « Chronologie d’une compromission », sur egypt-papers.disclose.ngo, Disclose, (consulté le ).
  3. 1 2 Chadi Romanos, « France-Égypte : les relations dangereuses », sur franceculture.fr, .
  4. 1 2 3 4 5 Jean-Pierre Canet, Mathias Destal, Ariane Lavrilleux et Geoffrey Livolsi, « Opération Sirli », sur egypt-papers.disclose.ngo, Disclose, .
  5. 1 2 Jean-Pierre Canet, Mathias Destal, Ariane Lavrilleux et Geoffrey Livolsi, « Les mercenaires du ciel », Disclose, (consulté le ).
  6. Mathilde Boireau, « Mission Sirli : les données échangées avec l’Egypte « ne peuvent servir à guider des frappes », assure Le Drian », Public Sénat, (consulté le ).
  7. Hugo Plagnard, « Révélations sur l'opération Sirli en Egypte : l'ex-directeur du renseignement militaire français confirme l'existence d'une mission secrète », sur www.francetvinfo.fr, France Info, (consulté le ).
  8. « « StravaLeaks » : comment « Le Monde » a pu localiser et suivre 18 000 militaires grâce à l’application sportive, et pourquoi cela pose problème », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  9. « « StravaLeaks » : les journalistes du « Monde » racontent leur enquête », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  10. « Défense. Mission Sirli en Egypte : Paris porte plainte pour violation du secret défense », sur www.leprogres.fr, (consulté le )
  11. 1 2 « Après la garde à vue de la journaliste Ariane Lavrilleux, un ex-militaire mis en examen | TF1 Info », sur www.tf1info.fr, (consulté le )
  12. (en-US) Katy Migiro, « French intelligence agents search home, detain journalist Ariane Lavrilleux over leaks investigation », sur Committee to Protect Journalists, (consulté le )
  13. « France. Le placement en garde à vue d’une journaliste vise à couvrir une forme de « complicité dans de graves atteintes aux droits humains » », sur Amnesty International, (consulté le )
  14. Benjamin Barthe, « La journaliste du site « Disclose », à l’origine du scandale « Sirli » sur la coopération militaire franco-égyptienne, placée en garde à vue », Le Monde, (lire en ligne).
  15. Libération et AFP, « La journaliste d’investigation Ariane Lavrilleux présentée à un juge des libertés et de la détention », sur Libération (consulté le )
  16. Yunnes Abzouz, « La journaliste Ariane Lavrilleux échappe (pour l’instant) à un procès », sur Mediapart, (consulté le )
  17. « Enquête sur les sources du média Disclose : un ingénieur militaire envoyé en correctionnelle », sur Le Figaro, (consulté le )
  18. 1 2 « Ariane Lavrilleux : le parquet général fait appel du non-lieu en faveur de la journaliste », Libération, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  19. « Disclose.ngo — Nouvelle attaque contre Disclose : le gouvernement réclame la censure de l’enquête « Egypt Papers » », sur Disclose.ngo (consulté le )
  20. « “C’est un acharnement judiciaire” : la journaliste Ariane Lavrilleux risque une nouvelle mise en examen », sur www.telerama.fr, (consulté le )
  21. « Opération Sirli : Ariane Lavrilleux et les journalistes de Disclose dénoncent une procédure bâillon après la décision de rouvrir l’enquête - L'Humanité », sur https://www.humanite.fr, (consulté le )
  22. « Affaire Ariane Lavrilleux : la réouverture de l’instruction ravive les inquiétudes sur le secret des sources et les enquêtes d’intérêt public en France | RSF », sur rsf.org, (consulté le )
  23. 1 2 « France-Egypte : l’intouchable opération antiterroriste « Sirli » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  24. 1 2 « Disclose.ngo — Egypt Papers : le gouvernement étouffe le débat démocratique », sur Disclose.ngo (consulté le )
  25. « Disclose.ngo — Opération Sirli en Egypte : l'Etat français visé par une plainte pour complicité de crime contre l’humanité », sur Disclose.ngo (consulté le )
  26. 1 2 « Disclose.ngo — Opération Sirli : la justice européenne demande des comptes à la France », sur Disclose.ngo (consulté le )
  27. 1 2 « HUDOC - European Court of Human Rights », sur hudoc.echr.coe.int (consulté le )
  28. « Disclose.ngo — Opération Sirli : la France visée par une plainte devant la Cour européenne des droits de l’Homme », sur Disclose.ngo (consulté le )
  29. « Opération «Sirli» en Egypte : nouvelle plainte contre la France par deux ONG », Libération, (lire en ligne [archive du ], consulté le )

Voir aussi

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Documentaire

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  • Jean-Pierre Canet, France-Egypte : révélations sur une opération secrète, Disclose-Complément d'enquête, 2021

Articles connexes

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Liens externes

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