Orda

khan mongol, fils de Djötchi, XIIIe siècle

Orda, né vers 1204 et mort en 1251, est un prince mongol dirigeant la Horde bleue à partir de 1227. Il gouverne les territoires d'Asie centrale correspondant à l'actuel Kazakhstan.

Orda
Fonction
Khan
Horde bleue
-
Biographie
Naissance
Décès
Activité
Famille
Père
Fratrie
Enfants
Khounguiran
Pierre de Rostov (d)
Sartaqtaï (en)
Kouremsa (d)
Quli (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Biographie

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Origine

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Orda est le fils aîné de Djötchi, lui-même fils aîné de Gengis Khan, et le demi-frère de Batu, conquérant (1237-1242) des steppes russes, premier khan de la Horde blanche[1]. Il est le fils sûrement unique de Sarqadu Khatun, issue de la maison Qonggirad et qui semble être l'épouse principale de Djötchi[2] et, ce qui aurait conféré d'emblée à Orda un rang de favori et d'aîné légitime (aqa) au sein de la course au trône djotchide. Cela ferait aussi de lui l’otchigin, le « gardien du foyer », de son père[3],[4]. Batu est également né d'une mère qonggirad, mais d'un rang inférieur, étant l'une des plus jeunes épouses de Djötchi[5].

Fondateur de la Horde bleue

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Succession

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À la mort de Djötchi, aucune consigne claire n'a été laissée pour sa succession. Bien qu'Orda dispose de la primauté absolue par son droit d'aînesse, il manifeste explicitement le désir de céder le trône à son cadet Batu. Conformément au yassa, les deux frères et dix-sept de leurs germains se rendent auprès de Gengis Khan pour faire arbitrer la succession. Ce dernier valide le choix d'Orda[6]. Batu est désigné pour succéder à la tête de l'oulous de Djötchi (ensemble territorial par la suite nommé Horde d'or). L'héritage paternel (oulous, orda[note 1] et tumens[note 2]) est ensuite partagé entre Batu et Orda, ainsi que quelques frères mineurs. Orda prend la tête de l'« aile gauche » de loulous de Djötchi, désignée dans les sources persanes contemporaines (comme le Jami al-tawarikh de Rashid al-Din) sous le terme de « princes de la main gauche » (dast-i chap)[7].

Ce renoncement d'Orda s'inscrit dans les rituels de consensus des steppes, calqués sur les coutumes de partage des ressources où l'aîné (aqa) est servi le premier mais dispose du droit de légitimer le cadet (ini) en lui offrant sa part[8]. Ce processus théâtralisé de refus initial et de don du pouvoir permet d'asseoir la légitimité de Batu sans que le pouvoir paraisse pris par la force[9]. En acceptant ce compromis, Orda concède un net avantage territorial à Batu : le territoire de l'aile droite est extensible vers l'ouest (Europe, Asie Mineure), tandis que le domaine d'Orda à l'est est géographiquement délimité et enclavé par les territoires des autres princes gengiskhanides[10]. Il est toutefois à noter que de ce fait il hérite du domaine originel de Djötchi qui avait été attribué à celui-ci de son vivant alors que l'empire n'était pas autant étendu à l'ouest, ce qui peut aussi expliquer qu'il ait reçu cette partie de l'oulous[3],[4]. Par la suite, le grand khan Ögödei compense Orda en le considérant officiellement comme l'égal de Batu, lui octroyant notamment des apanages et des terres personnelles dans le nord de la Chine[11].

Après la conclusion de la campagne d'Europe en 1241, ce partage territorial se consolide : tandis que la branche de Batu s'établit à l'ouest de l'Oural pour former la Horde blanche tout en conservant sa position de khan de la Horde d'or, Orda et sa lignée (les Ordaïdes) exercent un pouvoir quasi indépendant au sein de la Horde bleue sur les steppes orientales, tout en maintenant une allégeance formelle envers la branche cadette des Batuides, devenant un élément constitutif de la dualité du territoire de la Horde d'or[7].

Toutefois en tant qu'otchigin, il récupère l'orda ainsi que le keshig[note 3] de son père[3],[4],[12].

Positionnement politique

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Sur le plan institutionnel, l’attitude d’Orda après la mort de son père témoigne d'un compromis politique strict pour préserver l'unité clanique. Bien que l’historiographie lui accole tardivement le titre de « Khan », les recherches numismatiques et textuelles démontrent qu’Orda n’a jamais revendiqué ni porté le titre de Khan ou de Qağan de son vivant. Il s'est volontairement limité à des titres princiers ou administratifs tel quUlus-Beki (dirigeant dUlus), abandonnant la titulature souveraine à son cadet Batu, tout en conservant une souveraineté de fait sur ses propres terres[13].

Le mode de gouvernement d'Orda demeure strictement nomade et pastoral. Son centre de pouvoir se déplace au gré des transhumances saisonnières de ses contingents dans les steppes. C'est sa propre cour mobile (ou orda) qui donne son nom à l'entité territoriale qu'il administre. Il commande sa propre armée de l'aile gauche, lève ses propres impôts auprès des tribus nomades sous sa juridiction et rend la justice de manière indépendante, sans que la cour batuide n'intervienne dans ses décisions[13].

Après la disparition des fils de Gengis Khan en 1241, Orda acquiert le statut de doyen et patriarche (aksakal) de la troisième génération des princes gengiskhanides. Selon l'historien Thomas Allsen, bien qu'il ne détienne pas le pouvoir suprême à Karakorum, sa prééminence morale est telle que tous les dirigeants de l'Empire doivent le consulter. Le Grand Khan Möngke fait d'ailleurs inscrire le nom d'Orda avant celui de Batu sur les édits officiels (yassa) expédiés à la Horde. Lors de son passage en 1246, le voyageur occidental Jean de Plan Carpin note qu'Orda est le plus ancien des princes tatars et qu'il est "supérieur à Batu" en préséance[14].

Politique extérieure

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Campagnes militaires

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Orda prend une part active et continue à la campagne militaire occidentale[10]. Dès 1236, il rejoint le général Sübötei pour soumettre les Bulgares de la Volga[10]. En décembre 1237, il est présent aux côtés de Batu, Berke, Shiban, Güyük et Möngke lors de la concentration des forces à Voronej, puis participe au siège et à la destruction de la ville fortifiée de Riazan[15]. En 1240, il est également impliqué dans la prise de Kiev[10].

Lors de l'invasion du royaume de Hongrie au printemps 1241, Sübötei élabore un plan d'encerclement stratégique reposant sur cinq opérations parallèles. Tandis que le gros des forces (Batu et Sübötei) franchit les Carpates par le centre, Orda reçoit le commandement indépendant de l'armée du flanc Nord-Ouest. Sa mission est de traverser la Pologne pour neutraliser les alliés potentiels du roi Béla IV[16].

Orda accomplit sa mission le 9 avril 1241 lors de la bataille de Leignitz. Ses forces y écrasent et terrassent la cavalerie coalisée du duc Henri II le Pieux, composée de chevaliers polonais et allemands. Cette victoire sécurise le flanc nord-oriental de l'invasion mongole, survenant deux jours à peine avant que Batu ne détruise l'armée hongroise à la bataille de Mohi. Au cours de ces opérations en Europe, Orda capture et intègre à ses troupes de nombreux guerriers Jalayir, qu'il réorganise sous son autorité en quatre unités de mille hommes (minggan)[17].

Fidélité à Karakorum et diplomatie mongole

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Après la mort d'Ogedei en décembre 1241, les trajectoires politiques d'Orda et de Batu divergent sensiblement. Tandis que Batu se détache du centre impérial pour consolider son propre oulous et refuse de se rendre à Karakorum, Orda choisit de maintenir une fidélité stricte envers le pouvoir central[11]. En 1246, à la fin de la régence de Töregene, Orda se rend en Mongolie pour représenter l'intégralité de la branche jochide au quriltai chargé d'élire le nouveau grand khan, Güyük. À cette occasion, il joue un rôle politique et judiciaire de premier plan. L'oncle d'Ögödei, Temüge Ochigin, ayant tenté de mener un coup d'État militaire pour s'emparer du trône, Orda est officiellement chargé de mener l'enquête criminelle, assisté par son cousin Möngke. Après avoir interrogé les témoins, Orda et Möngke ordonnent l'exécution de leur grand-oncle, restaurant l'ordre dynastique[8]. Lors de la cérémonie d'intronisation, Orda remplit la fonction protocolaire suprême dévolue aux concurrents les plus sérieux du souverain : c'est lui qui, par les bras, conduit Güyük jusqu'au trône pour l'y asseoir[18].

À la mort de Güyük, Orda s'aligne de nouveau sur la stratégie de son frère Batu pour modifier l'équilibre impérial[19]. Renonçant définitivement à toute prétention directe sur le trône de Gengis Khan[20], les deux frères jochides apportent leur immense poids militaire et politique à la branche des Toluides, soutenant la candidature de Möngke contre le candidat des Ögödeides. Ce choix stratégique, validé par Orda, débouche sur une purge massive des branches d'Ögödei et de Chagatay, sanctuarisant le pouvoir des Toluides à Karakorum[19].

Dans la gestion des relations extérieures de l'Oulous de Djötchi, les prérogatives d'Orda Khan reflètent la bimodalité du pouvoir mongol. Tandis que son frère Batu concentre ses efforts militaires et diplomatiques à l'ouest et au sud, Orda prend la responsabilité du front oriental, matérialisé par une longue frontière commune avec le khanat de Djhaghatay. Orda opte pour une politique de bon voisinage et de stabilisation avec ce voisin. Sous son autorité, l'aile gauche évite les campagnes de conquête destructrices à l'est et privilégie des relations diplomatiques pacifiques. Ce positionnement fait d'Orda un intermédiaire politique clé au sein de l'Empire mongol, garantissant la sécurité des routes commerciales terrestres. Cette stratégie d'alliances et de paix régionale survit à Orda Khan[21].

Fin de vie

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Il meurt en 1251 ou 1253. Son fils aîné et successeur, Khounguiran, dirige l'oulous jusqu'à la fin des années 1270[14].

La Horde bleue, pratiquant encore massivement le tengrisme, n'a pas construit de mausolée pour Orda. Il est inhumé dans une tombe secrète selon le protocole de Gengis Khan pour éviter les pillages. L'islamisation tardive mènera à la construction de nombreux mausolées permanents à partir de 1313[22].

Après sa mort, son nom fait l'objet d'un tabou linguistique mongol et est remplacé par le titre posthume honorifique d'Ezhen Khan (ou Ichen Khan, signifiant « le Seigneur Khan »). Les historiographies médiévale et moderne ont ultérieurement combiné son nom de naissance et cette distinction sous la forme condensée d'Orda-Ezhen ou Orda-Ichen[14].

Dynastie ordaïde

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La dynastie ordaïde conserve une large autonomie politique et militaire jusqu'au début du XIVe siècle, époque où les khans de Saraï centralisent le pouvoir et subordonnent directement l'aile gauche[7]. Les deux khans qui centralisent ce pouvoir, Tokhtamysh et Urus Khan, ont longtemps été associés aux ordaïdes. Cependant, le consensus académique contemporain les en exclue, confirmant leur appartenance à une branche sœur descendante de Toqa-Temür. Cette centralisation marque le déclin ou l'effacement de la branche d'Orda dans la seconde moitié du XIVe siècle au profit des Toqa-Temürides[23]. Signe d'une stabilité politique remarquable ou d'une longévité accrue des souverains, la lignée d'Orda n'a vu succéder qu'environ huit khans jusqu'à la crise de 1360, là où le trône occidental de Batu en a dénombré onze sur la même période[24].  

Complexité historiographique

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Sur le plan historiographique, la figure d'Orda a fait l'objet d'une réécriture importante dans les sources persanes de l'époque séfévide, telles que le Nosakh-e jahan-ara (en). Exclusivement tournées vers la légitimité des khanats orientaux (notamment le Khanat kazakhe), ces chroniques vont jusqu'à attribuer à Orda la paternité des deux branches de l'Oulous, considérant que les souverains de l'aile droite (les Batuides) descendent eux aussi directement de lui. Preuve de la confusion ou du manque d'informations précises chez certains chroniqueurs médiévaux tardifs concernant le début de l'histoire des Ordaïdes, la chronique timouride de Natanzi (Muntakhab al-Tawārīkh-i Mu'īnī) affirme à l'inverse des autres sources que c'est Orda qui devint le successeur officiel de Batu à la mort de ce dernier[25].

Notes et références

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  1. Ensemble de campements militaires.
  2. Contingent militaire de 10.000 hommes.
  3. Ensemble du personnel de l'orda du souverain. Ces keshigten sont recrutés dans les élites ou le commun du peuple, chez les nomades comme les sédentaires. Ils lui appartiennent et lui servent à la fois de garde, de troupes de choc, mais aussi de maisonnée (ensemble de serviteurs) et également de gouvernement, chancellerie, et administration centrale.

Références

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Bibliographie

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Chapitres de livres

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  • (en) Marie Favereau Doumenjou et Liesbeth Geevers, « The Golden Horde, the Spanish Habsburg Monarchy, and the Construction of Ruling Dynasties », dans Maaike van Berkel et Jeroen Duindam, Prince, Pen, and Sword: Eurasian Perspectives, Brill, , 654 p. (ISBN 978-90-04-31571-6, lire en ligne), p. 452-512

Articles

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  • (en) Alsu Arslanova, « Russian research on the interrelations of the Golden Horde with the Ilkhans of Iran and the Chaghatayids », Acta Orientalia Academiae Scientiarum Hungaricae, vol. 58, no 3, , p. 277–293 (ISSN 0001-6446 et 1588-2667, lire en ligne Accès payant [PDF], consulté le )
  • (en) Marie Favereau Doumenjou et Liesbeth Geevers, « The Golden Horde, the Spanish Habsburg Monarchy, and the Construction of Ruling Dynasties from Prince, Pen, and Sword: Eurasian Perspectives on JSTOR », Prince, Pen, and Sword: Eurasian Perspectives, , p. 452-512 (DOI 10.1163/j.ctvbnm4x5.11, lire en ligne Accès libre [PDF])
  • (en) Kim Hodong, « Formation and Changes of Uluses in the Mongol Empire », Journal of the Economic and Social History of the Orient, vol. 62, nos 2/3, , p. 269–317 (ISSN 0022-4995, DOI 10.2307/26673132, lire en ligne Inscription nécessaire [PDF], consulté le )
  • (en) Peter Jackson, « The Dissolution of the Mongol Empire », Central Asiatic Journal, vol. XXII, , p. 186-244 (lire en ligne Inscription nécessaire [PDF])
  • (en) Takushi Kawaguchi et Hiroyuki Nagamine, « RETHINKING THE POLITICAL SYSTEM OF THE JÖCHID », Acta Orientalia Academiae Scientiarum Hungaricae, vol. 69, no 2, , p. 165-181 (ISSN 0001-6446 et 1588-2667, lire en ligne Accès payant [PDF], consulté le )
  • (en) Hiroyuki Nagamine, « THE JOCHID ULUS IN SAFAVID SOURCES: ON THE ISSUE OF THE JOCHID GENEALOGY », Golden Horde Review, vol. 14, no 1, , p. 117-129 (DOI 10.22378/2313-6197.2026-14-1.117-129, lire en ligne Accès libre [PDF], consulté le )
  • (en) Irina P. Panyushkina, Emma R. Usmanova, Kanat Z. Uskenbay et Mukhtar B. Kozha, « CHRONOLOGY OF THE GOLDEN HORDE IN KAZAKHSTAN: 14C DATING OF JOCHI KHAN MAUSOLEUM », Radiocarbon, vol. 64, no 2, , p. 323–331 (ISSN 0033-8222 et 1945-5755, DOI 10.1017/RDC.2022.24, lire en ligne Accès libre [PDF])
  • (en) Istvan Vásáry, « The beginnings of coinage in the blue horde », Acta Orientalia Academiae Scientiarum Hungaricae, vol. 62, no 4, , p. 371–385 (ISSN 0001-6446 et 1588-2667, lire en ligne Accès payant [PDF], consulté le )
  • (en) István Vásáry, « The Tatar ruling houses in Russian genealogical sources », Acta Orientalia Academiae Scientiarum Hungaricae, vol. 61, no 3, , p. 365–372 (lire en ligne Accès payant [PDF], consulté le )

Thèses

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  • Simon Berger, Une armée en guise de peuple. La structure militaire de l’organisation politique sociale des nomades eurasiatiques à travers l’exemple mongol médiéval (thèse de doctorat), EHESS, , 627 p.

Liens externes

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