Organisation militaire révolutionnaire
L'Organisation militaire révolutionnaire, abrégée OMR) était une faction politique au sein des forces armées du Burkina Faso. L'OMR était dirigée par le capitaine Thomas Sankara. Le groupe est issu d'un mouvement de jeunes officiers militaires radicaux au cours des années 1970. Le groupe joue un rôle influent dans le régime militaire qui prend le pouvoir en 1982, et constitue l'une des principales forces de la révolution du 4 août 1983. L'OMR continue de fonctionner comme l'une des factions au sein du gouvernement entre 1983 et 1987.
ROC
modifierL'OMR puise ses racines dans un groupement informel de jeunes officiers militaires progressistes nommé ROC. Le groupe émerge au milieu des années 1970, dans un contexte de corruption généralisée des hauts responsables militaires par le détournement de l'aide humanitaire. Les jeunes officiers progressistes Sankara et Jean-Baptiste Boukary Lingani rédigent alors des tracts anonymes sous les pseudonymes de «Le Roc» et «Arête». Leur groupement finit par prendre le nom de «ROC». On a largement attribué au ROC la signification de Rassemblement des officiers communistes, mais cette hypothèse est rejetée par d'anciens membres qui soutiennent que le nom n'était que le mot français «roc». Les premiers membres du ROC sont Sankara, Boukary Lingani, Henri Zongo, Abdoul Salam Kaboré et Boukary Kaboré. Par la suite, Blaise Compaoré rejoint le groupe[1].
Le ROC recherche le développement économique et la transformation culturelle du pays, la souveraineté nationale, ainsi que le ralliement aux autres pays socialistes et progressistes au nom de la libération du Tiers-Monde. Le ROC se réunit secrètement dans des maisons privées ou des maquis (restaurants-bars) à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. Durant la période 1981-1983, les officiers militaires du ROC sont liés au Parti africain de l'indépendance (PAI) et à l'ancienne faction de l'Union des luttes communistes (ULC) dirigée par Valère Somé. Des contacts existent également avec le Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV) via Watamou Lamien.
Période de la CSP
modifierPendant l'exil de Sankara, Compaoré et Zongo, des éléments du ROC, des officiers militaires tels que Pierre Ouédraogo, Laurent Sedego et Jean-Claude Kamboulé maintiennent le réseau organisationnel du groupe actif à l'intérieur de la Haute-Volta. Pierre Ouédraogo coordonne les préparatifs du coup d'État du 7 novembre 1982 avec les officiers conservateurs. À la suite du coup d'État du , la junte militaire du Conseil de salut du peuple (CSP) s'empare du pouvoir. Après un débat interne, le ROC rejoint le gouvernement de la junte du CSP et vote pour que Jean-Baptiste Ouédraogo devienne président lors d'une réunion tenue le . Lors de la réunion du CSP organisée du 22 au , Compaoré est admis au sein du CSP tandis que Boukary Lingani est élu président de la nouvelle Assemblée nationale, avec un autre membre du ROC, Kilimité Hein, comme vice-président[2].
Pendant la période de la junte militaire du CSP, des tensions apparaissent au sein du nouveau régime entre les radicaux, soutenus par la Libye et le Ghana, et les conservateurs, soutenus par la France et la Côte d'Ivoire. Le ROC se réunit chez Zongo le , ce qui constitue la première réunion formelle du groupe[3]. Parmi les participants figurent Sankara, Compaoré, Boukary Lingani, Zongo, Pierre Ouédraogo et Jean-Claude Kamboulé. Selon un témoignage ultérieur de Compaoré, cette réunion décide de constituer formellement l'OMR. L'OMR souhaite créer un poste de Premier ministre afin d'y installer Sankara pour orienter le processus vers une transition vers un pouvoir civil. De plus, l'OMR veut inclure le PAI et l'ancien groupe ULC de Valère Somé au sein du cabinet. En , l'OMR présente ses exigences lors d'une réunion de la junte du CSP. Bien que les propositions de l'OMR rencontrent la résistance des membres conservateurs du CSP, elle parvient à pousser Jean-Baptiste Ouédraogo à accepter Sankara comme Premier ministre et fait entrer au gouvernement deux ministres du PAI et un de l'ancienne ULC. Selon Bruno Jaffré, l'OMR dispose probablement de la majorité des membres au sein de la junte du CSP avant l'arrestation de Sankara en [2].
Révolution du 4 août 1983
modifierAprès le renversement de Jean-Baptiste Ouédraogo en , des divisions apparaissent au sein de l'OMR sur la ligne politique à suivre. Compaoré soutient qu'il doit lui-même devenir président, ayant été le principal chef de l'insurrection, commandant les troupes en garnison à Pô et libérant Sankara de son assignation à résidence. Cependant, la faction dirigée par Ernest Nongma Ouédraogo, ministre de la Sécurité dans le nouveau gouvernement, insiste pour que Sankara soit le nouveau président. La faction dirigée par Ouédraogo s'oppose à la candidature de Compaoré à la présidence, invoquant la vive opposition à son égard de la part des autres forces ayant mené la révolution le PAI et les éléments de l'ancienne ULC. Au début du nouveau régime, une vingtaine d'officiers militaires participent aux réunions du Conseil national de la révolution (CNR), tous appartenant à l'OMR[3]. Dans le gouvernement de 21 membres qui entre en fonction le , on compte 5 de ces jeunes officiers, le capitaine Sankara, le capitaine Compaoré, le capitaine Zongo, le commandant Boukary Lingani et le commandant Abdoul Salam Kaboré[4].
L'OMR resurgit en tant qu'organisation formelle autour de Sankara et d'autres officiers militaires lors des négociations pour la réconciliation du CNR avec le PAI en . Selon Sennen Andriamirado, Sankara mobilise l'OMR pour contrer l'influence de l'Union des luttes communistes - Reconstruite (ULC-R) au sein du gouvernement[5]. Le commandant Abdoul Salam Kaboré est alors le porte-parole de l'OMR. En , alors que des discussions ont lieu sur une possible unification du Groupe communiste burkinabè (GCB), de l'Union des communistes burkinabè (UCB) et de l'ULC-R, l'OMR est mentionnée comme la quatrième force politique du processus[6]. Après des tensions au sein du CNR en , Sankara relance l'OMR, alors en sommeil.
Formalisation de l'OMR et renversement de Sankara
modifierSankara convoque une réunion d'urgence de l'OMR le pour discuter de la circulation de tracts anonymes diffamatoires visant sa personne et les membres de sa famille. Lors de cette réunion, Compaoré et ses associés sont accusés de diffuser ces tracts. En réponse, Compaoré déclare que l'OMR est un groupement militaire incompétent en ce qui concerne la mobilisation, l'organisation et l'éducation du peuple[7]. Durant cette période, l'OMR, qui fonctionne alors comme une faction informelle, commence à rédiger des statuts formels pour le groupe. Le préambule du projet de statuts stipule que l'OMR s'engage en faveur de «l'union de la gauche burkinabè vers la création d'un parti marxiste-léniniste»[3].
Le soir du , Sankara convoque les dirigeants de l'UCB pour une réunion d'urgence. Lors de cette rencontre, Sankara présente les nouveaux statuts de l'OMR, qui la définissent comme une «organisation politico-militaire qui participe à l'exercice du pouvoir d'État au sein du Conseil national de la révolution». Sankara déclare que les membres de l'OMR ne peuvent appartenir à aucune autre organisation politique et que, par conséquent, les officiers militaires doivent se retirer de l'UCB. Ce message est très mal accueilli par l'UCB. Sankara est renversé et exécuté le lendemain[8].
Notes
modifierRéférences
modifier- ↑ (en) Brian J. Peterson, Thomas Sankara: A Revolutionary in Cold War Africa, Indiana University Press, (ISBN 978-0-253-05377-0, lire en ligne)
- 1 2 (en) James Genova, Making New People: Politics, Cinema, and Liberation in Burkina Faso, 1983–1987, MSU Press, (ISBN 978-1-62895-477-7, lire en ligne)
- 1 2 3 Ludo Martens et Hilde Meesters, Sankara, Compaoré et la révolution burkinabè, Editions Aden, (ISBN 978-2-87262-033-3, lire en ligne)
- ↑ International Crisis Group, « Revolution and Counter-revolution », JSTOR, International Crisis Group, , Page 5–Page 10 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Ernest Harsch, Burkina Faso: A History of Power, Protest, and Revolution, Bloomsbury Publishing, (ISBN 978-1-78699-137-9, lire en ligne)
- ↑ René Otayek, F. Michel Sawadogo et Jean-Pierre Guingané, Le Burkina entre révolution et démocratie, 1983-1993: ordre politique et changement social en Afrique subsaharienne, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-86537-702-2, lire en ligne)
- ↑ Centre de recherche et d'étude sur les pays d'Afrique orientale (Pau), POLITIQUE AFRICAINE N-033 - Retour au Burkina, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-8111-0128-2, lire en ligne)
- ↑ (en) M. Ibelema, The African Press, Civic Cynicism, and Democracy, Springer, (ISBN 978-0-230-61049-1, lire en ligne)