Oulnoutin (en grec : Οὐλνούτιν), également connue sous les formes Oghnout ou Ełnut, est une ancienne forteresse du Taron, en Arménie. Généralement identifiée à l'actuelle localité d'Ognut, dans l'est de la Turquie, elle passe sous le contrôle de l'Empire byzantin au cours de la première moitié du Xe siècle, sous le règne de Romain Ier Lécapène. Située sur la bordure nord-occidentale du Taron, elle constitue l'un des premiers points d'implantation territoriale byzantine dans cette principauté arménienne. Dans les années 970, elle devient également le siège d'un évêché relevant de la métropole de Trébizonde et participe ainsi à l'extension de l'organisation ecclésiastique byzantine vers l'Arménie.

Localisation

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Oulnoutin se situe dans la partie nord-occidentale du Taron, région historique correspondant approximativement à la région de l'actuelle Muş. Le toponyme grec Οὐλνούτιν, transmis notamment par le De administrando imperio de Constantin VII Porphyrogénète, est rapproché des formes arméniennes Ełnut ou Ełanc‘ berd et généralement identifié à l'actuelle Ognut, située à environ 60 kilomètres au nord-ouest de Muş. L'historien Tim Greenwood décrit Oulnoutin comme une forteresse située sur la bordure nord-occidentale du Taron et souligne sa position stratégique. Son identification avec Ognut repose toutefois principalement sur les travaux de géographie historique et ne correspond pas à une identification archéologique certaine de vestiges de la forteresse byzantine[1],[2].

Histoire

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L'entrée d'Oulnoutin dans la sphère byzantine s'inscrit dans les relations entretenues au début du Xe siècle entre l'Empire et les princes arméniens du Taron. Selon le récit de Constantin VII dans le chapitre 43 du De administrando imperio, le prince arménien Tornikios, en conflit avec ses cousins Bagrat et Ašot, demande à l'empereur Romain Ier Lécapène de prendre possession de ses domaines et de l'accueillir avec sa famille à Constantinople[2].

Tornikios meurt cependant avant l'arrivée de l'émissaire impérial, le protospathaire et interprète Krinitès, après avoir légué ses territoires à l'empereur. Romain Ier entreprend alors d'en prendre possession. Bagrat et Ašot, qui souhaitent conserver les domaines de leur cousin, proposent un compromis : ils cèdent à l'empereur Oulnoutin et l'ensemble de son territoire environnant en échange de sa renonciation à l'héritage de Tornikios. Romain accepte cette proposition et la forteresse passe ainsi sous contrôle byzantin[3].

La date précise de cette acquisition demeure incertaine. Le De administrando imperio ne la précise pas. Oulnoutin représente néanmoins une implantation byzantine dans le Taron plusieurs décennies avant l'incorporation de l'ensemble de la principauté à l'Empire. Sa position sur la bordure occidentale du Taron explique probablement l'intérêt stratégique que présente la forteresse pour Constantinople[3].

Oulnoutin demeure une place fortifiée au moins jusqu'au XIe siècle. Sous le règne de l'impératrice Théodora (1055-1056), l'historien arménien Aristakès de Lastivert mentionne ainsi Ełnut, identifié à Oulnoutin : Iwanē, fils de Liparit, y fait emprisonner un juge impérial chargé de l'administration de l'Orient, capturé dans la forteresse de Hawačič‘.

Évêché

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La prise de contrôle d'Oulnoutin par l'Empire n'implique pas immédiatement l'établissement attesté d'un évêché byzantin. Celui-ci apparaît dans la documentation plusieurs décennies plus tard, dans le contexte de l'expansion politique et ecclésiastique de l'Empire vers les régions arméniennes. Dans les années 970, Oulnoutin compte parmi onze nouveaux évêchés suffragants dépendant de la métropole de Trébizonde, aux côtés notamment de Mananalis et de Basean. Cette organisation témoigne de l'extension vers l'est de la juridiction de l'Église de Constantinople, parallèlement à l'intégration politique des territoires de la frontière arménienne dans l'Empire[4].

La création de l'évêché doit être replacée dans le contexte religieux particulier de l'Arménie médiévale. L'Église apostolique arménienne n'avait pas accepté les décisions du concile de Chalcédoine de 451, contrairement à l'Église impériale byzantine. L'établissement d'évêchés relevant de métropoles byzantines dans les territoires nouvellement contrôlés par Constantinople contribue donc non seulement à leur intégration administrative, mais également à l'extension des structures ecclésiastiques chalcédoniennes. Oulnoutin se trouve ainsi, à la fin du Xe siècle, dans une zone de contact entre les structures ecclésiastiques arméniennes et byzantines. La création de son siège épiscopal ne permet toutefois pas de conclure à la disparition de la présence chrétienne arménienne locale ni à une conversion générale de la population au christianisme chalcédonien[4].

Notes et références

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  1. ↑ Greenwood 2008, p. 357.
  2. 1 2 Constantin VII 1967, p. 197.
  3. 1 2 (en) Tim W. Greenwood, « Social Change in Eleventh-Century Armenia: the evidence from Tarōn », Revue des études arméniennes, vol. 25,‎ 1994-1995, p. 135-161
  4. 1 2 Greenwood 2008, p. 359.

Sources

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  • (en) Tim W. Greenwood, « Armenian Neighbours (600–1045) », dans The Cambridge History of the Byzantine Empire c. 500–1492, Cambridge, Cambridge University Press, , 333-364 p.
  • (en) Constantin VII Porphyrogénète, De Administrando Imperio, Washington, Dumbarton Oaks Center for Byzantine Studies,