Église Saint-Paul de Francfort

édifice religieux allemand
(Redirigé depuis Paulskirche)

L’église Saint-Paul de Francfort (en allemand : Frankfurter Paulskirche, généralement abrégé en Paulskirche) est une ancienne église luthérienne de Francfort-sur-le-Main, en Hesse. Construite entre 1789 et 1833, elle compte parmi les principaux édifices néoclassiques de la ville. Elle est surtout connue pour avoir accueilli en 1848 et 1849 le premier parlement élu à l'échelle de l'Allemagne. Celui-ci élabore les droits fondamentaux du peuple allemand et adopte la Constitution de Francfort, destinée à doter l'Allemagne d'un État unifié, constitutionnel et parlementaire[2],[3].

Église Saint-Paul
Édifice ovale en grès rouge surmonté d'une tour et d'une toiture sombre
Vue de l'église Saint-Paul depuis le sud
Présentation
Nom local Frankfurter Paulskirche
Culte Luthéranisme (ancien lieu de culte)
Type Église
Début de la construction 1789
Fin des travaux 1833
Architecte Andreas Liebhardt, Johann Georg Christian Hess et Johann Friedrich Christian Hess
Autres campagnes de travaux 1947-1948 : reconstruction par la Planungsgemeinschaft Paulskirche (Eugen Blanck, Gottlob Schaupp, Rudolf Schwarz et Johannes Krahn) ; 1986-1988 : rénovation
Style dominant Néoclassicisme
Protection Kulturdenkmal (Hesse)[1]
Géographie
Pays Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Land Hesse
Ville Francfort-sur-le-Main
Coordonnées 50° 06′ 40″ nord, 8° 40′ 51″ est

Carte

À partir de 1848, la Paulskirche est associée aux traditions libérale, nationale et démocratique de la révolution de 1848-1849. Presque entièrement détruite par les bombardements de mars 1944, elle est reconstruite en 1947-1948 par Eugen Blanck, Gottlob Schaupp, Rudolf Schwarz et Johannes Krahn. Elle rouvre le 18 mai 1948, pour le centenaire de l'Assemblée nationale. Elle n'est alors plus affectée au culte permanent et acquiert principalement une fonction politique, cérémonielle et mémorielle[1],[4].

Depuis 1948, l'édifice accueille des commémorations, des expositions, des discours politiques et des remises de prix, dont le prix de la paix des libraires allemands. L'architecture issue de la reconstruction constitue elle-même une strate patrimoniale et mémorielle, et non un simple substitut de l'église du XIXe siècle. La relation entre l'héritage parlementaire de 1848 et sa réinterprétation après le national-socialisme est au cœur des débats contemporains sur la rénovation du monument et sur la création, à proximité, d'une « Maison de la démocratie »[5].

Histoire

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De la Barfüßerkirche à la Paulskirche

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Au Moyen Âge, le site accueille l'église du couvent franciscain de Francfort, appelée Barfüßerkirche et attestée à partir de 1270. Après la Réforme, les derniers frères remettent le couvent au conseil de la ville en 1529. Au cours du XVIe siècle, la Barfüßerkirche devient la principale église luthérienne de Francfort. Les anciens bâtiments conventuels abritent aussi des fonctions scolaires, administratives et sociales[6],[7].

Devenue vétuste et trop exiguë, l'ancienne église ferme après un dernier office en février 1782. Elle est démolie en 1786-1787 afin de permettre la construction d'un édifice plus vaste[6].

Vue ancienne de l'église Saint-Paul et de la place au début du XXe siècle.
La Paulskirche vers 1900.

Le chantier commence en 1789 d'après un projet d'Andreas Liebhardt, bientôt remanié par Johann Georg Christian Hess. Les travaux en grès rouge du Main sont engagés, mais les difficultés financières liées aux guerres révolutionnaires puis aux guerres napoléoniennes entraînent une longue interruption. Ils reprennent ensuite sous la direction de l'architecte municipal Johann Friedrich Christian Hess, qui mène l'édifice à son achèvement. En mai 1833, le consistoire luthérien choisit le nom de « Paulskirche », en référence à l'apôtre Paul ; l'église est inaugurée le 9 juin suivant[3],[6].

La nouvelle église entre dans le patrimoine religieux entretenu par la ville au titre des accords de dotation conclus avec les confessions chrétiennes. En 1833, elle remplace la Barfüßerkirche dans la liste des édifices concernés. Ce régime prend fin après la Seconde Guerre mondiale : en 1953, la Paulskirche et l'ancienne Weißfrauenkirche sont échangées contre l'ancien couvent dominicain et son église. Cet échange accompagne la transformation durable de la Paulskirche en édifice civique[8].

Le Parlement de Francfort de 1848-1849

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Dessin montrant les députés siégeant dans l'église transformée en salle parlementaire, avec le public dans la galerie.
Séance de l'Assemblée nationale dans la Paulskirche en 1848, dessin de Ludwig von Elliott.

À la suite de la révolution de Mars 1848, Francfort est choisie pour accueillir une assemblée chargée de préparer l'unification politique de l'Allemagne. La ville abrite déjà la Diète fédérale et occupe une position centrale dans l'espace germanique. Le Pré-parlement se réunit du 31 mars au 4 avril 1848, après une séance d'ouverture au Römer. Celui-ci est trop petit pour accueillir durablement plusieurs centaines de représentants ; la Paulskirche, alors l'un des plus vastes espaces couverts de Francfort, est donc retenue pour le futur parlement[3].

Le Parlement de Francfort tient sa première séance de travail dans l'église le 18 mai 1848, après une ouverture solennelle au Römer et un cortège jusqu'à la Paulskirche. L'intérieur est alors transformé en salle parlementaire : l'autel est retiré, une estrade et une tribune sont installées, la chaire est masquée et un plafond intermédiaire améliore l'acoustique. Des drapeaux noir-rouge-or et une grande représentation de Germania de Philipp Veit complètent le décor. La galerie est ouverte au public. Pendant l'hiver 1848-1849, l'installation d'un chauffage central impose le transfert temporaire des séances dans l'église réformée du Kornmarkt, du 6 novembre 1848 au 9 janvier 1849[3].

La représentation politique instaurée en 1848 reste toutefois limitée. Les femmes ne disposent ni du droit de vote ni de l'éligibilité et ne siègent pas à l'Assemblée. Elles assistent néanmoins aux débats depuis une galerie bientôt surnommée la « galerie des dames », malgré leur exclusion institutionnelle[9].

Les travaux parlementaires se déroulent dans un climat de fortes tensions entre révolution institutionnelle et mobilisation de rue. Après le vote de l'armistice de Malmö, les affrontements des 17 et 18 septembre 1848 à Francfort révèlent la fragilité de l'autorité de l'Assemblée et opposent ses partisans à des courants révolutionnaires plus radicaux[10].

Pendant le transfert au Kornmarkt, l'Assemblée achève en décembre 1848 l'adoption des « droits fondamentaux du peuple allemand ». Les décisions sont prises les 20 et 21 décembre, avant la promulgation de la loi à la fin du mois[10]. De retour à la Paulskirche, l'Assemblée achève la seconde lecture de la Constitution de Francfort et l'adopte le 27 mars 1849 ; le texte est proclamé le lendemain[11]. La constitution ne peut toutefois être imposée aux États allemands et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV refuse la couronne impériale qui lui est proposée. Le 30 mai 1849, les derniers députés décident de transférer l'Assemblée à Stuttgart, où le Parlement croupion allemand est dispersé en juin[2],[3].

Malgré l'échec politique immédiat de l'Assemblée, le souvenir de 1848 s'attache durablement à la Paulskirche. Le bâtiment devient progressivement l'un des symboles de l'unité nationale et des libertés politiques, dont la signification varie selon les régimes allemands successifs[2],[4].

Du retour au culte à la mémoire de 1848

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Après la fin de l'Assemblée nationale, la Paulskirche est rendue à la communauté luthérienne en octobre 1852 et redevient un lieu de culte. Sa fonction religieuse coexiste toutefois avec un souvenir politique de plus en plus affirmé. Le 18 octobre 1903, un monument à l'unité allemande est inauguré sur la Paulsplatz, devant l'église. Le site s'inscrit ainsi dans une mémoire nationale qui ne se confond pas encore avec la lecture démocratique dominante après 1945[12].

Vue de l'église Saint-Paul avec le monument à l'unité au premier plan.
La Paulskirche et le monument à l'unité sur la Paulsplatz.

Sous la République de Weimar, la mémoire de 1848 reçoit une interprétation explicitement républicaine et démocratique. En 1923, le 75e anniversaire de l'Assemblée nationale donne lieu à une grande commémoration à laquelle participe le président du Reich Friedrich Ebert. Après sa mort, en 1925, la municipalité décide de lui dédier un monument sur la façade. La figure en bronze conçue par Richard Scheibe est dévoilée le 11 août 1926, lors des célébrations de la Journée de la Constitution. Contesté notamment au sein de la communauté paroissiale, le monument est retiré par les autorités nationales-socialistes en 1933[13].

Destruction en 1944

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La Paulskirche reste utilisée pour le culte jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Son dernier office dominical avant sa destruction est célébré le 12 mars 1944. Déjà endommagée par des bombes incendiaires, elle est touchée lors des bombardements de la vieille ville des 18 et 22 mars 1944 et brûle presque entièrement. Les murs extérieurs subsistent en grande partie, mais la toiture et l'aménagement intérieur disparaissent[2],[1].

Reconstruction de 1947-1948

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Ouvriers et échafaudages autour de la Paulskirche en ruine pendant sa reconstruction.
Travaux de reconstruction en 1947.

La valeur symbolique du bâtiment conduit la municipalité à faire de sa reconstruction une priorité. Un concours est organisé au printemps 1946 et le projet de Gottlob Schaupp est classé en tête. La solution finalement réalisée ne se limite toutefois pas à ce projet : les débats portent sur la fidélité à l'état ancien, la restitution éventuelle des galeries et de la toiture et, plus largement, sur la signification à donner à l'édifice dans l'Allemagne d'après-guerre. Eugen Blanck prend contact avec Rudolf Schwarz puis forme, avec Schaupp et Johannes Krahn, la Planungsgemeinschaft Paulskirche, chargée de mettre au point le projet définitif[14].

Le chantier prend aussi une dimension qui dépasse Francfort. La première pierre est posée le 17 mars 1947, dans une ville encore largement détruite, tandis que des dons matériels et financiers arrivent de plusieurs régions et zones d'occupation. À l'approche de la réouverture, environ 30 000 sportifs participent à des courses-relais convergeant vers Francfort et apportent des messages des villes et régions qui ont contribué au chantier[15].

Cinq cloches civiles illustrent cette volonté panallemande. Une grande « cloche du centenaire » provient de la zone d'occupation britannique ; quatre autres sont fondues à Apolda, dans la zone soviétique. Elles sont présentées comme le symbole d'un espoir de reconstruction démocratique commune avant la création de deux États allemands. Installées dans la tour, elles y restent jusqu'en 1987, puis rejoignent les collections du Musée historique de Francfort[16].

Le bâtiment est remis à la ville le 14 mai 1948 et rouvre officiellement quatre jours plus tard, exactement un siècle après l'ouverture de l'Assemblée nationale. Environ 35 000 personnes suivent à l'extérieur la cérémonie, retransmise par haut-parleurs. Le discours principal est prononcé par l'écrivain Fritz von Unruh, de retour en Allemagne après seize ans d'émigration. Les récits institutionnels de l'après-guerre présentent la cérémonie comme un acte de « renaissance » de la démocratie allemande[15].

La signification politique de la reconstruction n'est cependant pas univoque. Les choix architecturaux modernes et la portée symbolique de la réouverture suscitent des désaccords, tandis que la division croissante entre zones d'occupation modifie rapidement le sens de l'idéal d'unité proclamé en 1948. L'historien Andrew Demshuk analyse ces controverses comme une confrontation durable entre restitution historicisante, modernisme et usages successifs de la tradition de 1848 dans l'Allemagne après le national-socialisme[4].

Sur le plan des usages, la réouverture marque une rupture durable. La Paulskirche n'est pas rendue au culte permanent : elle devient principalement un monument politique et un lieu de rassemblement civique[2].

Architecture

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L'édifice de 1833

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Plan ancien montrant la forme elliptique de l'église, la tour au sud et les cages d'escalier.
Plan de la Paulskirche dans son état de 1896.

La Paulskirche est construite en grès rouge du Main selon un plan central elliptique. Deux cages d'escalier sont accolées au nord, tandis que la tour se dresse au sud. Deux niveaux de fenêtres en plein cintre rythment les façades. Haute d'environ 55 mètres avec la croix, la tour domine ce volume isolé sur la Paulsplatz, à proximité immédiate du Römer[3],[1].

Au XIXe siècle, le volume intérieur, haut d'environ trente mètres, est organisé comme une église de prédication protestante. Une galerie périphérique repose sur vingt colonnes ioniques et l'ensemble peut accueillir environ 2 000 personnes. Cette disposition permet à une assemblée nombreuse de voir et d'entendre un orateur, ce qui facilite l'adaptation de l'église aux besoins du parlement en 1848[3].

Les transformations parlementaires de 1848 sont conçues comme des aménagements temporaires. Elles modifient l'autel, les tribunes, l'éclairage, l'acoustique et le chauffage sans changer l'enveloppe générale de l'édifice. Après 1852, la Paulskirche retrouve son usage cultuel et l'aménagement parlementaire disparaît[3].

L'architecture de la reconstruction

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Grande salle plénière moderne avec rangées de sièges incurvées et éclairage zénithal.
La salle plénière actuelle, issue de la reconstruction de 1947-1948.

La reconstruction de 1947-1948 conserve l'essentiel des murs extérieurs, mais ne restitue ni l'espace intérieur de 1833 ni celui du parlement de 1848. Une dalle intermédiaire divise le volume en deux niveaux. Au rez-de-chaussée, la Wandelhalle forme un espace bas où un cercle de colonnes entoure un noyau ovale. Au-dessus, la grande salle plénière est couverte d'une coupole percée d'un oculus ; des rangées incurvées de sièges font face à une tribune située au sud[1].

Le parti architectural répond à des contraintes pratiques tout en revêtant une dimension symbolique. La progression depuis le niveau inférieur relativement sombre vers la salle supérieure éclairée par le haut est interprétée comme une image du passage de la dictature à la démocratie. Les plans de reconstruction montrent toutefois que la fonction future du bâtiment n'est pas fixée d'emblée : plusieurs solutions conservent une possibilité d'usage religieux, tandis que le débat porte sur la coexistence d'activités liturgiques, culturelles et politiques[14].

Cette indétermination fonctionnelle s'estompe à mesure que la Paulskirche s'impose comme lieu civique. L'échec de la candidature de Francfort au statut de capitale fédérale et l'installation ultérieure de la communauté protestante dans d'autres locaux contribuent à fixer cette orientation. Avec le temps, la reconstruction de 1948 acquiert elle-même une valeur patrimoniale : elle n'est plus considérée comme un simple état provisoire dans l'attente d'une restitution de 1848[1],[5].

Transformations depuis les années 1980

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Une rénovation générale est menée entre 1986 et 1988, puis complétée jusqu'en 1991 dans l'esprit de l'architecture d'après-guerre. Des verrières conçues par Wilhelm Buschulte sont installées et la salle basse reçoit un programme artistique plus affirmé[1].

Entre 1987 et 1991, le peintre Johannes Grützke réalise dans la Wandelhalle la grande composition Der Zug der Volksvertreter La procession des représentants du peuple »). En transposant l'entrée des députés de 1848 dans un langage figuratif contemporain, l'œuvre inscrit aussi le décor intérieur dans la mémoire parlementaire du lieu[1],[2].

L'ensemble de la Paulskirche est inscrit comme Kulturdenkmal au registre des monuments du Land de Hesse pour des raisons historiques, artistiques et urbanistiques. Cette protection englobe la substance du XIXe siècle aussi bien que les interventions significatives de l'après-guerre[1].

Construction d'un lieu de mémoire démocratique

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De 1948 aux premières décennies de la République fédérale

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Dès la semaine de réouverture de mai 1948, la fonction de la Paulskirche dépasse la commémoration de l'Assemblée nationale. L'édifice accueille des manifestations consacrées à l'unité allemande, à la coopération européenne et à la reconstruction politique. Le 22 mai, un congrès interzonal de femmes s'y tient, cent ans après une Assemblée nationale dont les femmes avaient été exclues comme électrices et représentantes[15].

En juillet 1949, Thomas Mann, revenu pour la première fois en Allemagne après seize ans d'exil, prononce dans la Paulskirche un discours lors des célébrations de Goethe. Il refuse d'identifier l'Allemagne à l'une de ses zones d'occupation et affirme s'adresser au pays dans son ensemble. Quelques semaines plus tard, il y reçoit le prix Goethe de la ville. Ces épisodes illustrent l'usage très précoce du bâtiment comme cadre de discours sur l'Allemagne de l'après-guerre[17].

La mémoire de la République de Weimar réapparaît aussi dans le décor. En 1950, Richard Scheibe réalise une nouvelle figure de Friedrich Ebert, placée sur la façade à l'emplacement du monument retiré en 1933[6].

Au cours de la guerre froide, la Paulskirche sert de forum civique et international. Une exposition consacrée au mur de Berlin est présentée dans la Wandelhalle en 1962 et une cérémonie commémore le 17 juin 1963 le dixième anniversaire du soulèvement est-allemand de 1953[18],[19].

Le 25 juin 1963, le président américain John Fitzgerald Kennedy y prononce un discours consacré aux relations transatlantiques et à l'avenir de l'OTAN. Le cadre de la Paulskirche relie alors la tradition démocratique de 1848 aux enjeux de liberté et de coopération occidentale propres à la guerre froide[20].

Mémoire du national-socialisme et pluralisation des usages

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À partir des années 1960, les usages mémoriels de la Paulskirche ne se limitent plus à la tradition démocratique de 1848. Il devient aussi un lieu de confrontation avec les ruptures de l'histoire allemande. Le 24 octobre 1964, un mémorial aux victimes de la terreur nationale-socialiste est inauguré à proximité de l'église. Du 18 novembre au 20 décembre, la Paulskirche accueille une exposition sur Auschwitz. Pour la première fois en Allemagne, celle-ci présente des objets, des photographies originales et des documents provenant notamment du musée d'Auschwitz et du Musée juif d'État de Prague. L'exposition est ensuite reprise dans plusieurs villes allemandes et à Vienne[21].

Ces usages élargissent progressivement la signification du monument. La Paulskirche reste associée à la révolution de 1848, mais elle accueille aussi des débats sur la division allemande, l'intégration européenne, les responsabilités du national-socialisme et les valeurs constitutionnelles de la République fédérale. Sa mémoire apparaît ainsi comme une construction historique évolutive, et non comme la simple survivance d'un symbole de 1848[4].

Commémorations, expositions et cérémonies

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Une exposition permanente consacrée à la Paulskirche et à la démocratie allemande est installée dans la Wandelhalle en 1985, puis remaniée pour le 150e anniversaire de l'Assemblée nationale en 1998[2]. Le 18 mai 1998, le président fédéral Roman Herzog ouvre dans la Paulskirche les célébrations du cent-cinquantenaire et l'exposition 1848 – Aufbruch zur Freiheit, qui attire près de 120 000 visiteurs jusqu'à la mi-septembre[22].

L'exposition permanente est renouvelée en 2022 sous le titre Paulskirche: Demokratie, Debatte, Denkmal. Elle présente à la fois l'histoire du bâtiment, l'héritage constitutionnel de 1848 et les débats sur la manière de transmettre cette mémoire[23].

En 2023, le 175e anniversaire de l'Assemblée nationale donne lieu à de nouvelles cérémonies. Le président fédéral Frank-Walter Steinmeier replace 1848 dans la longue histoire de la démocratie allemande tout en soulignant ses contradictions : exclusion politique des femmes, inégalités sociales et tensions entre libéralisme, démocratie et nationalisme. Il soutient la transformation de la Paulskirche en lieu actif d'apprentissage et de débat démocratiques[24].

La salle plénière accueille par ailleurs plusieurs cérémonies récurrentes. La plus connue est la remise du prix de la paix des libraires allemands pendant la foire du livre de Francfort. S'y ajoutent le prix Goethe, le prix Ludwig-Börne, le prix européen de la Paulskirche pour la démocratie et le prix Paul-Ehrlich-et-Ludwig-Darmstaedter. L'édifice conserve ainsi une fonction civique active, au-delà de son rôle commémoratif[25].

La portée symbolique de la Paulskirche apparaît aussi dans les représentations officielles. En 2015, la pièce commémorative allemande de deux euros consacrée à la Hesse représente le bâtiment en raison de son association avec l'histoire de la démocratie allemande. Elle est mise en circulation le 30 janvier 2015[26].

Rénovation et projet de « Maison de la démocratie »

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À partir de 2018, la ville de Francfort engage une réflexion sur la rénovation de la Paulskirche et sur le renforcement de sa fonction éducative et civique. En 2019, le conseil municipal décide de développer autour du monument un « lieu vivant de la démocratie ». Le projet prévoit, à proximité immédiate, une Haus der Demokratie Maison de la démocratie »)[27].

Les débats portent notamment sur le statut de l'intérieur de 1948. Certains projets antérieurs avaient envisagé de rapprocher la salle de son aspect parlementaire de 1848, tandis que les défenseurs de l'architecture d'après-guerre soulignent la valeur historique du projet de Rudolf Schwarz et de ses collaborateurs. Ces discussions contribuent à faire reconnaître la Paulskirche comme un monument composé de plusieurs strates historiques, plutôt que comme un édifice qu'il faudrait ramener à un état considéré comme originel[14],[4].

Une commission indépendante, constituée en 2021 par le gouvernement fédéral, le Land de Hesse et la ville, remet ses recommandations en avril 2023. Elle propose de renforcer la Paulskirche comme lieu national de mémoire de la démocratie, de créer à proximité une Maison de la démocratie et de conserver les différentes strates historiques du bâtiment. Elle rejette explicitement une reconstruction matérielle des états antérieurs et considère l'architecture de 1948 comme une composante essentielle de l'histoire du monument[5].

En 2024, la ville confirme le principe de conserver et de moderniser l'état issu de la reconstruction de 1948. Après une phase de participation citoyenne en 2025, le conseil municipal approuve, le 5 mars 2026, le lancement de la planification. Le mois suivant, la ville annonce la constitution de l'équipe interdisciplinaire chargée de préparer la rénovation, conduite par l'agence d'architecture francfortoise Wandel Lorch Götze Wach. Le programme prévoit la restauration de la façade en pierre naturelle et de la toiture en cuivre, la rénovation des équipements techniques, de l'éclairage et de la sonorisation, ainsi que l'amélioration de l'accessibilité[27],[28],[25].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (de) « Paulskirche », sur DenkXweb – Landesamt für Denkmalpflege Hessen (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 (de) Evelyn Hils-Brockhoff et Sabine Hock, « Die Paulskirche – Symbol demokratischer Freiheit und nationaler Einheit », sur Institut für Stadtgeschichte Frankfurt, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 (de) « Frankfurter Paulskirche », sur Deutscher Bundestag (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 (en) Andrew Demshuk, « Building the Cathedral of Democracy: Frankfurt’s Paulskirche in Hitler’s Shadow », German History, vol. 39, no 4, , p. 602-625 (DOI 10.1093/gerhis/ghab066)
  5. 1 2 3 (de) « Paulskirche in Frankfurt soll Erinnerungsort für Demokratie werden », sur Landesamt für Denkmalpflege Hessen, (consulté le )
  6. 1 2 3 4 (de) « 18. Mai 1948: 75. Jahrestag der Wiedereröffnung der Frankfurter Paulskirche », sur Hessische Landeszentrale für politische Bildung (consulté le )
  7. (de) Roman Fischer, « Von der Barfüßerkirche zur Paulskirche », sur Institut für Stadtgeschichte Frankfurt, (consulté le )
  8. (de) « Auftakt der Kirchenrundgänge mit der Dreikönigskirche », sur Ville de Francfort-sur-le-Main (consulté le )
  9. (de) Kerstin Wolff, « Frauen und die Revolution. 1848 als Frauenaufbruch », Aus Politik und Zeitgeschichte, nos 7-9, (lire en ligne)
  10. 1 2 (de) « Jahreschronik 1848 », sur LeMO – Deutsches Historisches Museum (consulté le )
  11. (de) « 27. März 1849: Paulskirche verabschiedet Verfassung des Deutschen Reiches », sur Deutscher Bundestag (consulté le )
  12. (de) « Stadtchronik 1903 », sur Institut für Stadtgeschichte Frankfurt (consulté le )
  13. (de) Nathalie Angersbach, « Zwischen Bewunderung und Ablehnung: Das Friedrich-Ebert-Denkmal 1926 », sur Historisches Museum Frankfurt, (consulté le )
  14. 1 2 3 (de) Ralf Dorn, « Zum baulichen Bestand der Frankfurter Paulskirche nach 1945 », sur Landesamt für Denkmalpflege Hessen, (consulté le )
  15. 1 2 3 (de) « Stadtchronik 1948 », sur Institut für Stadtgeschichte Frankfurt (consulté le )
  16. (de) « Die Jahrhundertglocke und die vier Apoldaer Glocken für die Paulskirche », sur Hessische Landeszentrale für politische Bildung (consulté le )
  17. (de) « Stadtchronik 1949 », sur Institut für Stadtgeschichte Frankfurt (consulté le )
  18. (de) « Stadtchronik 1962 », sur Institut für Stadtgeschichte Frankfurt (consulté le )
  19. (de) « Stadtchronik 1963 », sur Institut für Stadtgeschichte Frankfurt (consulté le )
  20. (en) « Address in the Assembly Hall at the Paulskirche, Frankfurt, 25 June 1963 », sur John F. Kennedy Presidential Library and Museum (consulté le )
  21. (de) « Stadtchronik 1964 », sur Institut für Stadtgeschichte Frankfurt (consulté le )
  22. (de) « Stadtchronik 1998 », sur Institut für Stadtgeschichte Frankfurt (consulté le )
  23. (de) « Paulskirche », sur Stiftung Orte der deutschen Demokratiegeschichte (consulté le )
  24. (de) « Festakt zu 175 Jahre Deutsche Nationalversammlung in der Paulskirche », sur Présidence fédérale allemande, (consulté le )
  25. 1 2 (de) « Sanierung der Paulskirche beginnt », sur Ville de Francfort-sur-le-Main, (consulté le )
  26. (en) « 2015 – Hesse », sur Deutsche Bundesbank (consulté le )
  27. 1 2 (de) « Die Zukunft der Paulskirche », sur Ville de Francfort-sur-le-Main (consulté le )
  28. (de) « Über uns », sur Ville de Francfort-sur-le-Main (consulté le )

Bibliographie

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  • (de) Dieter Bartetzko, Denkmal für den Aufbau Deutschlands: Die Paulskirche in Frankfurt am Main, édité par Elmar Lixenfeld, Langewiesche, Königstein im Taunus, 1998, 78 p. (ISBN 3-7845-4475-4).
  • (de) Roman Fischer (dir.), Von der Barfüßerkirche zur Paulskirche: Beiträge zur Frankfurter Stadt- und Kirchengeschichte, Verlag Waldemar Kramer, coll. « Studien zur Frankfurter Geschichte », no 44, Francfort-sur-le-Main, 2000, 501 p. (ISBN 3-7829-0502-4).
  • (de) Wolfgang J. Mommsen, « Die Paulskirche », dans Étienne François et Hagen Schulze (dir.), Deutsche Erinnerungsorte, C. H. Beck, Munich, 2001, vol. 2, p. 47-66 (ISBN 978-3-406-47223-7).
  • (de) Maximilian Liesner, Philipp Sturm, Peter Cachola Schmal et Philip Kurz (dir.), Paulskirche. Eine politische Architekturgeschichte / A Political Story of Architecture, av edition, Stuttgart, 2019, 160 p. (ISBN 978-3-89986-315-4).
  • (de) Institut für Stadtgeschichte Frankfurt (dir.), Die Frankfurter Paulskirche. Ort der deutschen Demokratie, Societäts-Verlag, Francfort-sur-le-Main, 2020, 160 p. (ISBN 978-3-95542-394-0).
  • (en) Andrew Demshuk, « Building the Cathedral of Democracy: Frankfurt’s Paulskirche in Hitler’s Shadow », German History, vol. 39, no 4, , p. 602-625 (DOI 10.1093/gerhis/ghab066)
  • (de) Ralf Dorn, « Zum baulichen Bestand der Frankfurter Paulskirche nach 1945 », Denkmalpflege & Kulturgeschichte, no 2, 2020 (lire en ligne).
  • (de) Expertenkommission Paulskirche, Empfehlungen zur Zukunft der Paulskirche und des Hauses der Demokratie, 2023.

Voir aussi

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Articles connexes

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