La peça (en portugais), également appelée boa peça ou peça da India, et en espagnol pieza de India, est une unité de valeur utilisée entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle dans le cadre de la traite esclavagiste atlantique, en particulier dans les échanges entre les colonies espagnoles d’Amérique et les négriers opérant depuis l’Afrique de l'Ouest via les îles du Cap-Vert.

Elle servait à mesurer les quotas d’esclaves déportés et à calculer certaines taxes liées à leur importation.

De manière générale, une peça correspondait à une personne réduite en esclavage considérée comme « valide », le plus souvent un homme ou une femme âgé de 15 à 25 ans. Les personnes jugées plus âgées, plus jeunes ou infirmes étaient comptabilisées comme une fraction de peça.

Contexte et histoire

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Contexte

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Le traité d’Alcáçovas de 1479 partage l’Atlantique entre sphères d’influence espagnole et portugaise[1]. L’Espagne, qui dépendait du travail forcé des Africains déportés dans son empire américain, ne disposait cependant pas d’implantation commerciale propre sur la côte ouest-africaine, principale zone d’approvisionnement[2]. Elle dut donc recourir à des marchands portugais, puis à d’autres puissances négrières, dans le cadre de contrats appelés asiento de negros. Dans ces contrats, les volumes n’étaient pas toujours exprimés en nombre d’individus, mais en piezas de India[1].

Selon Elena Schneider, le terme pourrait provenir du nombre de pièces de tissu venues d’Inde échangées contre une personne en Afrique de l’Ouest[3].

Indulto

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L’unité servait aussi à traiter les cas d’esclaves importés illégalement[3]. Lorsqu’ils étaient repérés en territoire espagnol, ils pouvaient être saisis et revendus au bénéfice de la compagnie détentrice de l’Asiento, moyennant compensation au propriétaire privé et versement d’une taxe aux autorités espagnoles. Là encore, l’évaluation se faisait en piezas de Indias ou en fractions de cette unité[4].

Définition et usages

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Définitions

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Les équivalences exactes variaient selon les sources et les périodes[3]. Elena Schneider donne notamment les conversions suivantes :[5],[3].

  • 1 personne âgée de 16 ou 18 ans à 35 ans = 1 pieza de India ;
  • 2 personnes âgées de 12 ou 14 ans à 16 ou 18 ans = 1 pieza de India ;
  • 3 personnes âgées de 6 à 12 ou 14 ans = 2 piezas de India.

Victoria Gardner Sorsby indique qu’une pieza de Indias correspondait aussi à une mesure de sept palmos ou quartas et désignait, au milieu du XVIIe siècle, un homme esclave « de premier choix », en bonne condition physique, âgé de 14 à 30 ans et mesurant environ 4 pieds 8 pouces. La notion servait donc également à évaluer une cargaison humaine selon des critères physiques et marchands[5].

Usage historique

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Le rapport entre le nombre de piezas de Indias et le nombre effectif de personnes déportées permet aux historiens d’estimer la composition par âge et par sexe des cargaisons d’esclaves. Sous l’Asiento britannique, le ratio moyen observé par Sorsby est de 0,79 : en moyenne, une personne réduite en esclavage était donc évaluée à 0,79 pieza de India[6].

Sous l’Asiento britannique

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En 1713, dans le cadre du traité d'Utrecht, les Britanniques obtiennent l’Asiento, c’est-à-dire le monopole de la fourniture d’esclaves aux colonies espagnoles. Ce monopole est confié à la South Sea Company, créée en 1711[3]. Le contrat autorise l’introduction de 4 800 piezas de Indias par an pendant trente ans. Il prévoit aussi une taxe d’importation de 33 1/3 pesos sur chacune des 4 000 premières piezas, les 800 dernières étant exemptées[5].

À l’arrivée des navires dans les ports espagnols, les captifs étaient inspectés par les autorités royales locales afin de convertir l’effectif réel en piezas de Indias, pour vérifier le respect du quota et calculer les droits dus. Ils n’étaient pas toujours mesurés individuellement, mais parfois par groupes, à l’aide d’un ruban gradué. Des déductions pouvaient être appliquées en cas de défaut physique, de mutilation, de cicatrices ou selon l’âge et le sexe[7].

Notes et références

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  1. 1 2 (en) Elena Schneider, The Occupation of Havana, University of North Carolina Press, , p. 23, 39 note 36
  2. ↑ (en) Victoria Gardner Sorsby, British Trade with Spanish America under the Asiento 1713-1740, University College London, , p. 11, 44
  3. 1 2 3 4 5 (en) Elena Schneider, The Occupation of Havana, University of North Carolina Press, , p. 39 note 36
  4. ↑ (en) Victoria Gardner Sorsby, British Trade with Spanish America under the Asiento 1713-1740, University College London, , p. 12, 60-61, 164 note 12
  5. 1 2 3 (en) Victoria Gardner Sorsby, British Trade with Spanish America under the Asiento 1713-1740, University College London, , p. 11
  6. ↑ (en) Victoria Gardner Sorsby, British Trade with Spanish America under the Asiento 1713-1740, University College London, , p. 263, 271
  7. ↑ (en) Victoria Gardner Sorsby, British Trade with Spanish America under the Asiento 1713-1740, University College London, , p. 44 ; 11 note 9

Voir aussi

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