Philippe Pascal

auteur et interprète français

Philippe Pascal, né le à Sidi Bel Abbès (Algérie) et mort le à Rennes, est un chanteur et parolier français, issu de la scène rennaise.

Philippe Pascal
Philippe Pascal avec Marquis de Sade au festival des Vieilles Charrues (2018).
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
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Philippe Alain Roger PascalVoir et modifier les données sur Wikidata
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Genre artistique

Il est le chanteur du groupe Marquis de Sade de 1977 à 1981, puis fonde Marc Seberg en , juste avant la séparation du premier.

Après la dissolution de Marc Seberg en 1991, il enregistre un album en duo avec la claviériste Pascale Le Berre qui est publié en 1994. En 1998, les deux artistes, devenus mari et femme, se produisent à l'occasion de la 20e édition des Trans Musicales sous le nom de « Pascal ». Après une longue pause, il monte une formation de blues, nommée The Blue Train Choir, qui donne quelques concerts et grave un CD promotionnel en 2004.

Il quitte ensuite l'industrie musicale avant de reformer Marquis de Sade en 2017. Après une mini tournée et le projet d'enregistrement d'un nouvel album studio, il est retrouvé mort à son domicile en 2019.

Biographie

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Enfance et adolescence

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Philippe Alain Roger Pascal[1] est né le à Sidi Bel Abbès, en Algérie[2]. Il est le fils de deux instituteurs[3],[2]. Son père Roger Pascal[4] apprécie le jazz et jouait de la clarinette dans un petit orchestre de bal au cours de sa jeunesse étudiante[5]. Son grand-père maternel, originaire des Ardennes[6], est officier au sein de la Légion étrangère[7],[8], mais meurt à la fin de la Seconde guerre mondiale[9],[4]. Il a aussi un frère plus jeune[7], prénommé Pierre[a].

Quand l'Algérie devient indépendante, la famille regagne la France et s'installe d'abord à Sète, puis à Dol-de-Bretagne, dans le département de l'Ille-et-Vilaine[8]. Le jeune garçon découvre la littérature en « dévor[ant] » les livres de son père, féru de science-fiction[5]. Il lit aussi des ouvrages d'auteurs comme Kafka, Lovecraft[8], Jean Ray et un peu de poésie : sa mère possédait une édition illustrée des Fleurs du mal de Charles Baudelaire[5]. Il se souviendra plus tard de cet auteur lorsqu'il chantera son poème Recueillement sur l'album Le Chant des terres (1985) de Marc Seberg[b]. Vers l'âge de douze ou treize ans, il écoute des albums de jazz et de negro spirituals tirés de la discothèque paternelle[5]. Le [12], il tombe sur un concert de Big Joe Williams dans l'émission Pop 2 de Patrice Blanc-Francard et en ressort bouleversé[13]. Il devient alors un « fan de blues »[3], en particulier celui de l'entre-deux-guerres, et se passionne pour le répertoire de Leadbelly[4], mais aussi de Blind Lemon Jefferson, Blind Blake ou Fred McDowell[8]. Le [14], il voit à la télévision une retransmission du concert au Bataclan de Lou Reed, John Cale et Nico, ex-membres du mythique Velvet Underground[8]. Mais c'est grâce à son ami guitariste Gilles Rettel, alias Anzia, dont il fait la connaissance au lycée Jacques-Cartier de Saint-Malo, qu'il découvre ses premiers disques de rock, notamment Hunky Dory de David Bowie, Transformer de Lou Reed, et surtout le double album Andy Warhol's Velvet Underground featuring Nico[c],[16] qui provoquent chez lui de véritables « électrochocs »[17].

Vers l'âge de dix-sept ans, il s'enthousiasme pour l'expressionnisme allemand en visionnant des films comme Le Cabinet du docteur Caligari dans un ciné-club[18]. Avec un autre ami d'enfance, il assiste également à l'éclosion du krautrock, et s'intéresse plus particulièrement aux groupes Neu![2] et Kraftwerk[19] qui l'influenceront par la suite[20].

Formation et premiers groupes

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Captivé par la paléontologie, il se sent néanmoins plus « littéraire » que scientifique[21] et s'inscrit à l'université Rennes-II Haute-Bretagne de Rennes[22], afin de poursuivre des études d'histoire[23]. Il intègre aussi l'école normale, après avoir réussi le concours quand il était en classe de 3e[24],[3]. Plus passionné par la musique et l'achat de disques[d] que par ses études, il monte souvent à Paris pour fouiner chez les disquaires, explorer des librairies spécialisées et dénicher de nouveaux groupes[e].

Il se marie en 1975 et obtient un poste d'instituteur dans un petit village de la baie du Mont-Saint-Michel[19]. Parallèlement, il découvre les premiers disques de punk new-yorkais, dont les 45 tours Hey Joe / Piss Factory de Patti Smith, Little Johnny Jewel de Television et Blank Generation de Richard Hell & The Voidoids[19], sans oublier le fameux premier album Horses de Patti Smith qui le fascine littéralement[26]. Galvanisé par l'énergie de ces artistes, il décide de sauter lui-aussi le pas et devient le chanteur du groupe Dahu de Dol-de-Bretagne[8] en 1976[19].

Philippe Pascal à ses débuts.
Philippe Pascal à ses débuts.

Dans la foulée, il fonde avec son ami Anzia le groupe Pentathal Lethally[f]. La formation se compose de Philippe Pascal au chant, d'Anzia et Michel Rouillé aux guitares, de Stany Guérin à la basse et de Philippe Thierry à la batterie. Son frère Pierre Pascal y participe également mais « son rôle n'est pas très défini »[10]. Excepté le morceau Red Walls (qui deviendra Walls sur le premier album de Marquis de Sade)[8], le combo ne joue que des reprises de titres de Lou Reed, David Bowie (Hang On to Yourself) et des Stooges (1969, I Wanna Be Your Dog et Gimme Danger)[28]. Ils ne donnent qu'une poignée de concerts, dont un premier en plein air le [29], à Loscouët-sur-Meu[30],[10], et un autre le [31], en première partie du groupe Factory, au théâtre municipal de Saint-Servan à Saint-Malo[30].

Carrière musicale

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Marquis de Sade (1977-1981)

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Vue de quatre musiciens d'un groupe de rock en train de jouer sur une scène plongée dans la pénombre.
Marquis de Sade en concert à Rennes.

Faisant suite à différentes formations (Night Society[32], puis Detroit Punk et Gang Rennes[33]), Marquis de Sade est créé pendant l'été 1977 par le bassiste et chanteur Christian Trotoux[34], dit Dargelos (futur leader du groupe Les Nus) et le guitariste Frank Darcel, rejoints par Pierre Thomas à la batterie et Alain Pottier aux claviers[35]. Influencé au départ par les Stranglers[35], ce premier combo figure parmi les pionniers du mouvement punk rennais[33]. Désireux de se professionnaliser, ils font paraître une petite annonce pour recruter de nouveaux musiciens, que Philippe Pascal remarque chez le disquaire Disc 2000 de Rennes[36]. De son côté, Christian Dargelos, qui a vu la performance de ce dernier lors du premier concert de Pentathal Lethally à Loscouët-sur-Meu, lui demande de venir voir Marquis de Sade le , en première partie des Damned, à la place des Lices de Rennes[37]. Philippe Pascal assiste au concert, puis Christian Dargelos lui propose de les rejoindre en tant que chanteur[g],[35]. Il finit par accepter et les premières répétitions commencent dès le mois de [35],[39]. Au début, il se contente de faire des reprises (Substitute des Who et Under My Thumb des Rolling Stones)[40], puis commence à écrire ses propres chansons (comme les inédits Flesh Candle et Insect Paranoïa), que le groupe joue sur scène le , à la salle de la Cité de Rennes[41].

Avec l'arrivée du saxophoniste Daniel Paboeuf, ils enregistrent leur premier 45 tours Air Tight Cell / Henry, qui paraît en sous le label Terrapin[42],[2] (du nom de l'association créée par leur premier manager Hervé Bordier[43]). Le combo connaît alors de nombreux changements de personnel[35], et se stabilise avec l'arrivée de Thierry Alexandre à la basse en [8]. En , ils participent à la première édition des Trans Musicales[35], et le mois suivant, ils enregistrent leur premier album Dantzig Twist (en). Ce disque d'obédience post-punk[44],[45], mais parsemé de quelques stridences free jazz[2],[46], sort en [47] chez Pathé-Marconi/EMI[48]. En , ils passent en tête d'affiche dans l'émission Chorus animée par Antoine de Caunes, tandis que The Cure fait leur première partie[49].

En , le magazine Actuel présente en couverture les membres du groupe accompagnés de leurs mères, et publie un article « fortement bidonné » sous le titre Les jeunes gens modernes aiment leurs mamans[50],[51]. Après un nouveau single Rythmiques / White Light/White Heat, ils enregistrent leur second album Rue de Siam qui sort en [35]. Mais les divergences artistiques sont désormais trop grandes entre Philippe Pascal, qui veut continuer à exploiter le côté brut et sans concessions du premier album[52], et les autres membres — dont Frank Darcel — qui souhaitent se diriger vers une sorte de « funk blanc »[53],[8]. Le groupe se sépare en après un concert d'adieu dans la discothèque L'Espace de Rennes, puis une ultime prestation lors d'un festival à Marpent (près de Maubeuge)[54].

Marc Seberg (1981-1990)

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Anticipant la fin de Marquis de Sade, Philippe Pascal fonde ensuite le groupe Marc Seberg avec le guitariste Anzia en [55]. Ce dernier faisait partie de Pentathal Lethally, mais il a aussi été le second guitariste de Marquis de Sade pendant huit mois (de à )[35]. Ils commencent par faire quelques démos avec des membres du groupe Frakture, puis, après avoir signé un contrat avec le label Virgin[55], ils enregistrent leur premier album Marc Seberg 83 avec le batteur Pierre Thomas (lui aussi ex-membre de Marquis de Sade) et le bassiste Pierre Corneau[55]. Sorti en , cet album très sombre[56], prolonge ce que Philippe Pascal « n'avai[t] pas pu faire avec Marquis de Sade[57] ». Il est presque entièrement composé de chansons écrites en anglais, à l'exception de trois titres[58] dont Sylvie qui sort en 45 tours en [55].

Avec l'arrivée de la claviériste Pascale Le Berre (ex-Complot Bronswick[59]), le son du groupe prend une « autre dimension »[57]. L'album Le Chant des terres, cette fois presque entièrement écrit en français[60], est publié en [55]. Il est suivi de Lumières & trahisons qui sort en [55], puis par Le Bout des nerfs en début d'année 1990[8]. Ce dernier album studio est précédé par le single Quelque chose, noir qui, pour la première fois depuis les débuts du groupe, a fait l'objet d'un clip[61]. Malgré un succès public croissant[62],[63], le groupe se saborde avant même la parution du disque Au clair de la nuit / Live à Rennes (1991) qui propose un mini concert capté à l'Ubu de Rennes[8].

Le duo Philippe Pascale (1990-2000)

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L'album Philippe Pascale reprend le titre India Song, créé par Jeanne Moreau.
L'album Philippe Pascale reprend le titre India Song, créé par Jeanne Moreau.

Avant d'attendre la dissolution officielle de Marc Seberg[h], Philippe Pascal poursuit son aventure en duo avec la claviériste Pascale Le Berre (devenue entre-temps sa compagne[66]), sous le nom de Philippe Pascale[67].

Le , ils commencent d'abord par se produire à Casablanca (Maroc), à l'occasion d'un concert en soutien à l'AMLS (Association Marocaine de Lutte contre le Sida)[67],[68]. Quelques années plus tard, Alain Maneval leur consacre un documentaire[69],[70], qui est diffusé sur la chaîne Arte en [71],[72]. Leur premier et unique album, simplement intitulé Philippe Pascale, paraît en de la même année[69], sous le label Weekend[73]. Pour cet opus aux couleurs plus chaleureuses[74], flirtant parfois avec le jazz[75], Pascale Le Berre a composé une grande partie des pistes à la guitare[68] en s'entourant d'instrumentistes aux styles variés, dont le contrebassiste Paddy Steer (ex-membre de Yargo)[76], le batteur Yves-André Lefeuvre (de Complot Bronswick)[68] et l'accordéoniste Adriano Cominotto[75]. Hormis une reprise de la chanson India Song pour rendre hommage à l'actrice Jeanne Moreau[76], tous les morceaux sont originaux et comportent des paroles plus « impressionnistes », cherchant à capturer les sensations du moment présent[76].

Le couple se marie[63], puis fait une dernière apparition sur scène en , cette fois sous le nom de « Pascal » au cours de la 20e édition des Trans Musicales[8]. Accompagnés d'un trompettiste et d'un joueur de vièle chinoise, ils revisitent leur ancien répertoire[8] sur fond de musique électronique[63], un genre musical que le chanteur apprécie particulièrement depuis sa découverte de Kraftwerk[i]. Après ce concert, Philippe Pascal décide de faire une longue pause[77] ; mais avant de se séparer[63], les deux musiciens enregistrent, dans leur home studio, dix chansons[78],[j] basées sur des « mises en musique de poèmes » d'auteurs comme Paul Celan, Paul Morand et Delmore Schwartz, l'un des mentors de Lou Reed[77].

The Blue Train Choir, le retour au blues (2002-2005)

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Portrait en buste d'un guitariste d'âge mur en train de jouer pendant un concert.
Portrait en noir et blanc d'un fermier afro-américain jouant de la guitare au milieu d'une clairière.
Accompagné de trois musiciens dont le guitariste Goulven Hamel (à gauche), il rend hommage à des figures du blues rural comme Fred McDowell (à droite).

En , il découvre par hasard un groupe de blues californien jouant sur une plage de Venice à Los Angeles[8]. Cette découverte lui donne vivement envie de renouer avec ses premières émotions musicales et de remonter sur les planches. De retour en France, il téléphone au guitariste Pierre Fablet (ex-Tohu Bohu / Le Train Fantôme[81]) pour lui faire part de son projet de créer un nouveau groupe de blues avec deux guitares (acoustique et électrique[82]) et une batterie, mais sans basse[83]. Voulant imiter les Bad Seeds (la formation qui accompagne le rocker australien Nick Cave)[83] et réinventer l'esprit du blues traditionnel[63],[k], il fonde The Blue Train Choir en [8]. Outre Pierre Fablet à la guitare et aux chœurs, le groupe comprend son beau-frère[l] Antoine Perrault alias Tonio Marinescu[86] (ex-Kalashnikov[84]) à la batterie et aux chœurs, ainsi que Goulven Hamel à la seconde guitare et aux chœurs[83].

Leur répertoire se compose de blues classiques tels que le célèbre That's All Right (Mama) de Arthur Crudup, de holy blues comme Lord I wished I was in heaven (repris entre autres par le « révérend » Robert Wilkins et Fred McDowell[87]), de chansons folkloriques américaines comme John Henry, et de « work-songs » telles que Pick a Bale of Cotton (popularisé par Leadbelly[88]). Leurs reprises, parfois proches du punk[82], sont particulièrement rugueuses et abrasives[89], évoquant le style des premiers albums[m] de Nick Cave[63] ou, dans une moindre mesure, ceux de These Immortal Souls[63].

Fin , le groupe se produit d'abord à Rennes, notamment dans des bars[89], mais aussi à Carhaix[82]. L'année suivante, ils investissent l'Ubu à l'occasion des Trans Musicales en [92],[8]. Ce dernier concert donne lieu à un CD promotionnel, publié en , qui propose en bonus le titre studio With Me Now, écrit et composé par Philippe Pascal et ses musiciens[93]. La même année, la formation se produit à Paris, puis à Sainte-Marie-aux-Mines en [8], et le groupe finit par s'arrêter[94].

Apparitions éparses (2006-2015)

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Après ce retour aux racines blues, Philippe Pascal quitte le milieu de la musique pour travailler dans la pharmacie de sa femme[24], et se limite désormais à quelques apparitions sporadiques[63]. En , il enregistre le duo Pour ce que je sais de toi avec l'actrice Isabelle Adjani qui ne sortira que dix-sept ans plus tard, sur l'album Adjani, bande originale (2023) composé et produit par Pascal Obispo[95],[96]. Ce dernier, qui admire son travail depuis [97],[98], ne manque pas d'idées pour encourager son retour sur scène[98]. En , il le pousse à travailler avec l'auteur Jean Fauque sur un projet d'album qui ne verra finalement pas le jour[n]. Il enregistre tout de même trois titres sous la houlette de Pascal Obispo, dont le posthume La Ballade du dernier amour (mise en musique d'un poème de Charles Cros)[99].

Entre temps, il rejoint le groupe Kalashnikov pour chanter Little Doll des Stooges[24] sur la scène de l'Ubu à Rennes, dans le cadre de l'expo-concert Rennes 1981 organisée en par le plasticien Patrice Poch[100]. Ce dernier était parvenu à réunir plusieurs groupes punks rennais comme Kalashnikov, Frakture, Wart et les Trotskids, et avait tenté, en vain, de convaincre les Marquis de Sade de se reformer pour l'occasion[101]. Le , à la fin de la tournée Diskönoir d'Étienne Daho, Philippe Pascal reprend avec lui le titre Chelsea Girls de Nico[46], au Liberté à Rennes[102]. Au même moment, Frank Darcel propose également au chanteur une reformation qui n'aboutit pas non plus[103], mais ce dernier accepte tout de même d'interpréter le titre Conrad Veidt avec la formation éphémère Dantzig à l'Ubu le , afin de promouvoir le documentaire Des jeunes gens mödernes de Jean-François Sanz[104].

Reformation de Marquis de Sade (2017-2019)

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Portrait en buste d'un homme d'âge mur aux cheveux blancs chantant dans un micro au cours d'un festival de musique.
Philippe Pascal en tournée, lors du retour de Marquis de Sade.

Après une première tentative infructueuse de reformer les Marquis de Sade en [101], Patrice Poch commence à réfléchir en à une nouvelle exposition pour fêter les quarante ans de la création du combo rennais[105],[106]. L'idée était, au départ, de « faire illustrer les titres de Marquis de Sade par autant d'artistes[106] ». Frank Darcel et la section rythmique du groupe sont d'accord pour rejouer à cette occasion, mais il reste encore à convaincre le chanteur[106]. Patrice Poch contacte ce dernier pour lui parler de l'exposition, mais sans évoquer un éventuel concert. Parallèlement, il défend le projet auprès de ses proches (son épouse Claire, son fils Pierre-Jean et son beau-frère Tonio Marinescu)[107]. Quelque temps plus tard, Philippe Pascal rencontre le plasticien dans son bureau et, après négociation, il finit enfin par accepter l'idée de chanter sur quelques morceaux seulement[107]. Afin de programmer un « set » d'une durée beaucoup plus longue[107], Patrice Poch organise ensuite une réunion des membres de la formation au Café de la Paix à Rennes[105].

Après ces retrouvailles, le groupe est cette fois désireux de reprendre les répétitions en vue d'un concert programmé dans la même ville au Liberté, le [108]. Accompagné de musiciens additionnels comme le guitariste Xavier Géronimi[109], le claviériste Paul Dechaume et le fidèle saxophoniste Daniel Paboeuf[110], ils jouent l'intégralité de leur premier album Dantzig Twist (en), mais aussi une bonne partie de Rue de Siam, sans oublier quelques reprises comme White Light/White Heat du Velvet Underground ainsi que Hero de Neu![111]. Les billets se sont bien vendus[112], et le concert donne lieu à l'album live 16-09-17[113]. L'année suivante, le groupe se lance dans une mini tournée qui commence au festival Art Rock de Saint-Brieuc[114] et se poursuit à Paris[115], avant de se terminer à La Rochelle et Tarbes[116]. En , Marquis de Sade se produit encore au Petit Bain à Paris, et la formation commence à plancher sur un troisième album[116]. Mais, depuis son aventure avortée avec The Blue Train Choir[94], Philippe Pascal a de plus en plus de mal à imaginer de nouveaux textes[116]. Son épouse appelle alors le chanteur Dominique A pour lui demander d'aider son mari[117],[118]. Le musicien nantais le contacte ensuite par courriel, et Philippe Pascal lui rétorque, deux jours plus tard, qu'il est « trop stressé pour [lui] donner une réponse », mais qu'il le recontactera dans quelques jours. La mort ne lui en laissera pas le temps, car il décède dès le lendemain[119].

Philippe Pascal est retrouvé sans vie chez lui, le . Selon le journal Ouest-France : « Le chanteur du groupe culte Marquis de Sade a été retrouvé mort à son domicile, à Rennes, le jeudi au soir. Une enquête de police a été ouverte pour préciser les circonstances du décès. La piste du suicide[o] est privilégiée[123]. »

Ses obsèques se déroulent le dans la salle du Ponant[p] à Pacé (Ille-et-Vilaine), suivies de l'inhumation au cimetière du Nord de Rennes. Étaient entre autres présents Dominique A, Pascal Obispo, Étienne Daho et Alan Stivell afin de lui rendre un dernier hommage[126].

De son côté, la presse française salue unanimement[127] ce chanteur à la « voix […] reconnaissable entre mille, grave et profonde, capable d'impressionnantes envolées lyriques[128] ». Pour le claviériste Arnold Turboust (présent sur le premier album de Marquis de Sade) : « s'il avait été anglais ou américain, tout le monde ne parlerait que de lui, tellement il avait de grâce, de classe, de charisme »[45].

Autres activités

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Philippe Pascal est aussi auteur de nouvelles et de poésies inspirées, entre autres, par Charles Baudelaire[63] et Arthur Rimbaud[63],[46]. Son livre Lignes de fuite, paru en 1990 chez Coprah[129], contient les paroles des chansons écrites pour Marc Seberg, quelques textes de Marquis de Sade, une nouvelle, ainsi que des reproductions de manuscrits et de photos[130]. En , il organise une soirée autour de la lecture de poèmes au centre culturel le Triangle de Rennes[131], à laquelle il invite plusieurs poètes ainsi que le chanteur Dominique A qui le relate dans son livre Fleurs plantées par Philippe[132].

En , il fait aussi une apparition en tant qu'acteur dans le film Paris, mon petit corps est bien las de ce grand monde, réalisé par Franssou Prenant[8]. Deux ans plus tard, il joue dans le court métrage La Voix de Luna (2002) de Margot Abascal, tourné à Rennes pendant le festival Trans Musicales[133]. Cette fiction raconte l'histoire d'une chanteuse (jouée par Jeanne Savary) qui cherche à retrouver sa « voix perdue »[134]. Ce film, dans lequel joue également Muriel Moreno, obtient le prix du jury au festival des Rencontres cinématographiques de Digne-les-Bains[135].

Postérité et hommages

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En tant que chanteur de Marquis de Sade mais surtout de Marc Seberg[136], son influence a été décisive sur l'éclosion de musiciens comme Pascal Obispo[137],[138], Miossec[139] ou Dominique A[140] :

« Chanteur new wave aux textes poétiques, Philippe Pascal a tout du héros romantique. Son charisme et les traces qu’il laisse sur disques, photos ou vidéos en font, pour toujours, une figure mystérieuse et fascinante du rock de son époque[24]. »

— Éric Delsart.

Philippe Pascal est cité explicitement à plusieurs reprises dans la chanson Nationale 137 de Dominique A[141],[142], extraite du second disque Ursa minor de la version deluxe de l'album Toute latitude (2018)[143]. Deux ans plus tard, ce dernier fait paraître le livre Fleurs plantées par Philippe (2020) qui évoque sa relation personnelle avec le chanteur disparu[141],[144].

Vue d'une petite place urbaine devant une salle de spectacle sous un ciel ensoleillé.
Le parvis Philippe-Pascal, à l'entrée de la salle de la Cité de Rennes.

Les hommages musicaux se multiplient dans les années suivantes. Sur Aurora (2021), le premier album du groupe Marquis (créé par Frank Darcel, Thierry Alexandre et Éric Morinière), les titres Je n'écrirai plus si souvent (signé par Étienne Daho) et l'instrumental Le Voyage d'Andréa ont été écrits en sa mémoire[q]. Le , de nombreux artistes, dont Pascal Obispo, Denis Bortek (de Jad Wio), Mona Soyoc (de KaS Product), Dominique A, Étienne Daho et le Blue Train Choir unissent leurs talents à l'occasion d'un concert hommage donné à la salle de la Cité de Rennes[146],[147]. En [148], Pascale Le Berre publie l'album De quelle couleur est la passion ?, sur lequel on trouve un inédit de Philippe Pascal[78] , ainsi que plusieurs reprises de ses chansons par des invités de marque comme Alan Stivell, Étienne Daho, Dominique A, Jeanne Cherhal ou Theo Hakola[149].

Afin de se souvenir de celui qui incarnait le « visage du rock rennais[150] », la place située devant la salle de la Cité de Rennes est officiellement baptisée « parvis Philippe-Pascal », le [151].

Discographie

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Information Les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par les bases de données Discogs et MusicBrainz.

Avec Marquis de Sade

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Albums studio

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Album en public

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Avec Marc Seberg

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Avec Pascale Le Berre

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  • 1994 : Philippe Pascale

Avec The Blue Train Choir

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Collaborations

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Albums studio

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Album en public

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Compilations

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Filmographie

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Icône signalant une information Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par le générique de fin de l'œuvre audiovisuelle présentée ici, ainsi que par les bases de données cinématographiques IMDb et Allociné, présentes dans la section « Liens externes ».

Comme acteur

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Long métrage

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Court métrage

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Publications

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  • Lignes de fuite : écrits, 1979-1989, Paris, Éditions Coprah, , 161 p. (OCLC 462160912)

Notes et références

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  1. ↑ Selon les propres mots du chanteur, son frère Pierre Pascal, qui participe à la création de son groupe Pentathal Lethally, est « une espèce de muse » qui inspirera plusieurs de ses chansons, notamment celles de Marc Seberg[10].
  2. ↑ Il a choisi ce poème pour remplacer un texte intitulé Deep Blue Sea qu'il n'a pas pu finaliser. Par chance, les vers de Baudelaire s'adaptaient assez bien à la musique déjà composée[11].
  3. ↑ Cette compilation MGM, destinée au marché européen, regroupe les premières chansons du Velvet Underground et comporte une pochette blanche ornée de neuf illustrations d'une bouche de femme en train de boire une bouteille de Coca-Cola avec une paille[15].
  4. ↑ Notamment auprès du disquaire Disc 2000 à Rennes, où il côtoie le vendeur Hervé Bordier, qui deviendra l'agent artistique de Marquis de Sade et sera à l'origine des Trans Musicales de Rennes[25].
  5. ↑ Comme il l'explique à Grégoire Laville :
    « Ce sont dans ces lieux que j'ai, pendant trois ans, réellement fait mon éducation, beaucoup plus qu'à la fac d'histoire de Rennes[23]. »

    — Philippe Pascal

  6. ↑ Ce nom découle d'une mauvaise compréhension des paroles « Pentothal instantly » (« du Pentothal, vite ! », extraites de la chanson Lady Godiva's Operation du Velvet Underground (figurant sur l'album White Light/White Heat)[27].
  7. ↑ À cette époque, Christian Dargelos ne s'estime « plus suffisant vocalement » au sein du groupe[38].
  8. ↑ La presse annonce officiellement la séparation du groupe au printemps 1991[64], mais selon le bassiste Pierre Corneau, le chanteur et la claviériste « étaient [déjà] partis sur autre chose[65] ».
  9. ↑ Il cite entre autres l'album Trans-Europe Express (1977) du duo allemand[20].
  10. ↑ Ces chansons n'ont jamais été publiées officiellement, en dehors du titre inédit I am a book (Delmore Schwartz / Pascale Le Berre) qui a été enregistré en 2000[79], et que l'on retrouve sur la compilation De quelle couleur est la passion ? (2025)[80].
  11. ↑ Interrogé par Grégoire Laville, il précise :
    « Avec The Blue Train Choir, on voulait revisiter la musique de Fred McDowell, Son House, Skip James… Actualiser le blues des années 1930-1940 avec une part d'expérimental[84]. »

    — Philippe Pascal

  12. ↑ Après sa rupture avec Pascale Le Berre, Philippe Pascal se remarie avec la sœur jumelle de l'épouse du peintre et batteur Tonio Marinescu. Ce dernier décède dans la nuit du au [85].
  13. ↑ Les références au blues rural sont particulièrement présentes sur The First Born is Dead (1985), comme en témoignent des titres explicites tels que Tupelo (ville du Mississipi) ou Blind Lemon Jefferson (un bluesman célèbre)[90]. L'album de reprises Kicking Against the Pricks (1986) inclut quant à lui I'm Gonna Kill That Woman de John Lee Hooker et surtout Black Betty de Leadbelly[91], un artiste cher à Philippe Pascal[4].
  14. ↑ D'après le témoignage de Jean Fauque, le chanteur aurait abandonné le projet après le décès de la sœur de son épouse[99].
  15. ↑ Aucun proche du chanteur n'a pu réellement expliquer cet acte, même si son épouse a confié à Dominique A qu'un raptus aurait pu le déclencher[120]. Selon le bassiste Thierry Alexandre qui discutait souvent avec lui lors de déplacements en voiture, il souffrait d'un « mal-être perpétuel » et était constamment en « quête d'absolu »[121]. D'autre part, Dominique A indique que le frère de Philippe Pascal s'était lui-même donné la mort, de nombreuses années avant lui[122].
  16. ↑ Au cours de la cérémonie, rapporte le rédacteur en chef Frédéric Lemaître qui avait précédemment interviewé le groupe Marquis de Sade dans sa revue Persona en [124], de nombreux morceaux de musique sont diffusés, dont Satellite of Love de Lou Reed, Chelsea Girls de Nico, Death is not the End de Bob Dylan (dans la version chantée par Nick Cave) et surtout un vieil enregistrement d'un blues de Blind Boy Fuller, joué par Pierre Fablet sur un gramophone[125].
  17. ↑ Dans Je n'écrirai plus si souvent, Étienne Daho a indiqué avoir voulu « capturer l'essence de Philippe [avec une écriture] à la fois poétique et abstrait[e], sans pathos[102] ». Quant au Voyage d'Andréa, il adresse un clin d'œil aux débuts de Marquis de Sade, quand Philippe Pascal avait pris pour pseudonyme le prénom Andréas[145].

Références

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  1. ↑ « Fichier des décès : Pascal Philippe Alain Roger », sur MatchID (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 Laufer 2014, p. 1618.
  3. 1 2 3 Laville 2018, p. 90.
  4. 1 2 3 4 Erwan Perron, « Philippe Pascal (Marquis de Sade) : “Quelle boucherie, le romantisme !” », Télérama,‎ (lire en ligne).
  5. 1 2 3 4 Gonin 2025, p. 57.
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Voir aussi

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Bibliographie

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Ouvrages

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Articles

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  • Philippe Djanoumoff et Christian Copin, « Philippe Pascal et le poète aux cheveux verts », L'Équerre, no 1,‎ , p. 16-17 (lire en ligne [PDF]).
  • Arnaud Viviant, « Les pensées de Pascal », Guitare et Claviers, no 77,‎ .
  • Alain Connangle, « Philippe Pascal et Quelque chose, noir », Sur la même longueur d'ondes, no 26,‎ , p. 12-13.
  • Claude Freilich, « Philippe Pascale : À la recherche du ton perdu », Rock Sound, no 11,‎ , p. 68-69.
  • « L'homme qui aime quand le blues rocke », Le Télégramme,‎ (lire en ligne Accès libre).
  • Philippe Mathé, « Philippe Pascal était le visage du rock rennais », Ouest-France,‎ 14-15 septembre 2019.
  • Pierre Mikaïloff, « Philippe Pascal : 1956-2019 », Rock & Folk, no 627,‎ , p. 16-17.

Documentaires

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  • [vidéo] « Philippe Pascale », Frédéric Le Clair (réalisateur), Alain Maneval (présentateur), dans Macadam sur Arte, , 56 min.
    Long entretien avec Philippe Pascal et la claviériste Pascale Le Berre.
  • [vidéo] « Rock 'N' Rennes », Erwan Le Guillermic (réalisateur), David Morvan (réalisateur) sur France 3 Bretagne, , 52 min.
  • [vidéo][VOD] « Rock da Breizh », Erwan Le Guillermic (réalisateur), David Morvan (réalisateur), , 52 min, Aligal Production.
  • Des jeunes gens mödernes : Post punk, cold wave et culture novö en France (1978-1983), de Polyester (prod.) et de Jean-François Sanz (réal.), 2015, DVD.
    Ce DVD contient plusieurs interventions de Philippe Pascal, dont un entretien de 23 min dans les suppléments.

Articles connexes

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Liens externes

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