Pierre Du Bosc

théologien français

Pierre Du Bosc, né à Bayeux le et mort à Rotterdam le , est un prédicateur protestant.

Pierre Du Bosc
Biographie
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Pierre Bayle juge qu'il est le « plus grand prédicateur de son temps ».

Biographie

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Le Temple réformé de Caen (1611-1685)

Il est le dernier et seul survivant de treize enfants ; son père est Guillaume Du Bosc, avocat au Parlement de Rouen, mort en 1653 et sa mère, Marie L’Hotelier, morte en 1663. Il commence ses études à l’académie de Montauban, la quitte au bout de dix-huit mois, et les continue à Saumur, pendant trois ans.

À vingt-trois ans, le colloque de Trévières, assemblé le , le donne pour collègue au célèbre Bochart au temple de Caen. Il acquiert une réputation d’éloquence et devient un pasteur distingué de la Normandie. Le consistoire le choisit pour tout discours d’apparat à un grand personnage, son nom devient connu à Paris.

Dès 1658, le consistoire de Charenton envoie en Normandie le ministre Gaches et l’ancien Massanes  ; ils essaient de convaincre le consistoire de Caen d'envoyer cet orateur de talent dans la capitale ; la demande, renouvelée plusieurs fois, appuyée par les plus illustres Protestants, est rejetée ; Du Bosc lui-même ne tient pas à partir.

Les Jésuites prennent ombrage de sa renommée et veulent l’éloigner de la Normandie. Ils obtiennent, en 1664, une lettre de cachet qui l’exile à Châlons. Il aurait parlé de l’autorité royale en termes irréfléchis, alors que, pour Du Bosc, le roi était l’image de Dieu sur terre.

Son exil dura environ six mois. Il le remplit d'une correspondance active et de travaux littéraires. Le plan des Jésuites échoua. Les protestants et beaucoup d’honnêtes gens ont pris sa défense. L’évêque de Châlons viendra manger à sa table deux fois par semaine. Montausier, Turenne, Ruvigny, le premier écuyer Béringhen obtinrent une nouvelle lettre de cachet le .

Du Bosc ne manqua pas d’aller remercier les ministres d’État, dont le ministre Le Tellier.

Il est de retour à Caen le . Les Jésuites renouvelèrent plusieurs fois leurs accusations contre lui.

En 1668, les églises du royaume envoient à Paris des députés ; ils présentent au roi des remontrances au sujet de la fameuse Déclaration du  ; celles de Normandie élurent Du Bosc, comme chef de la députation. Il rédigea les observations à soumettre au Conseil.

Le bruit de la prochaine suppression des Chambres de l’édit de Paris et de Rouen se répandit. Les députés sollicitèrent une audience ; le roi ne reçut que le député général et Du Bosc ; ce dernier se surpassa. Son discours a été publié. Louis XIV promit d’y réfléchir ; passant ensuite dans la chambre de la reine, il déclara, en présence de la Cour, qu’il venait d’entendre l’homme le plus éloquent de son royaume.

L’édit de suppression fut rendu au mois de . Cet édit fut la première atteinte directe portée à l’édit de Nantes ; les Réformés le craignaient, comme un précédent à l’abolition de cet édit. Le Tellier leur demanda un mémoire ; les Protestants n’en présentèrent aucun, pour ne pas accepter un compromis sur la violation de l’édit de Nantes.

Concernant la Déclaration de 1666, après six mois de démarches, Du Bosc obtint la Déclaration du  ; elle modifiait la première dans ses dispositions les plus vexatoires. Il retourna à Caen et fut appelé à présider le synode provincial.

Il revient à Paris dès le mois de juin. Il dressa la Requête générale qui fut présentée au roi par [Ruvigny] . Le roi en renvoya l’examen à son retour de Chambord ; Du Bosc repartit pour Caen.

Il revint une quatrième fois à Paris, au commencement de 1670, pour solliciter une réponse à la Requête générale. Il prêcha les et le à Charenton, sur Apoc. III, 14-16 ; le lendemain, l’archevêque vint à Versailles l’accusant d’avoir parlé de la religion catholique en termes injurieux. Louis XIV refusa d’ajouter foi à cette dénonciation.

Pour forcer la réponse du Conseil, les Protestants firent imprimer la Requête générale. Dès qu’elle parut, Châteauneuf convoqua les députés des églises dans son cabinet, leur fit de vifs reproches et envoya deux d’entre eux, Le Verdier et Chabot, à la Bastille.

Les autres firent rédiger une seconde requête par Du Bosc ; Ruvigny fut chargé de présenter au roi. Le , elle fut rapportée au Conseil. Villeroy et Le Tellier furent nommés pour l’examiner ; ils firent traîner l’affaire en longueur ; Du Bosc dut faire plusieurs voyages à Paris.

Au cours de l’un d’eux, en 1676, Châteauneuf l’assura que le roi aurait une joie extraordinaire de sa conversion, qu’il n’avait qu’à demander, qu’on lui donnerait quelle charge il voudrait, qu’on avancerait ses enfants, etc. Du Bosc refusa et resta ministre de l’église de Caen.

Dans tous ses rapports avec le gouvernement, Du Bosc montra prudence, courage, fermeté et habileté ; il en gagna l’estime de Louis XIV et de ses ministres. Il obtint, le , un arrêt du Conseil qui maintint l’exercice du culte à Caen. En 1682, Du Bosc fut appelé à présider le Synode de Normandie qui s’assembla à Quevilly le .

À la fin de 1684, sous l'accusation de relaps admis à la Cène, un procès fut intenté à l’église de Caen ; Du Bosc, arrêté avec ses collègues Yorin et Guillebert, fut traîné de ville en ville, subir plusieurs interrogatoires, et traduit devant la Tournelle de Rouen.

Le duc de Montausier écrivit en sa faveur au procureur général Le Guerchois ; ce dernier répondit que sa charge l’obligeait à poursuivre Du Bosc dans toute sa rigueur. Il demanda le bannissement perpétuel, la confiscation des biens et l’amende honorable. Du Bosc plaida sa cause lui-même. Les juges condamnèrent les ministres de Caen, par arrêt du , à une amende de 400 livres, à l'interdiction de leur ministère et à un bannissement à vingt lieues de Caen. Les ministres avaient un délai de quinze jours pour sortir de Caen.

Après sa condamnation, Du Bosc ne pouvait rester en France. La reine de Danemark lui offrit asile. L’évêque de Londres l’engagea à passer en Angleterre, en lui promettant un bénéfice. Depuis plus de deux mois, les magistrats de Rotterdam le sollicitaient d’accepter la chaire de l’église wallonne de leur ville. Il se décida pour la Hollande.

Le Parlement de Normandie venait de rompre ses liens avec son église ; il partit pour Paris ; il obtint, le , un passeport pour la Hollande, avec permission d’emmener ses deux filles et même de disposer de ses biens[1].

Mais ses biens furent mis sous séquestre après son départ de Caen, il ne put emmener que sa fille cadette, qui épousa plus tard Philippe Le Gendre. L’aînée, mariée à Michel Néel, sieur de La Bouillonnière, ne voulut pas quitter son mari et leurs trois enfants. Plus tard, Michel Néel réussit à sortir de France ; il arriva en Hollande avec sa femme et un seul de ses enfants, qui mourut au bout de huit jours ; l’aîné expira de fatigue en chemin ; le plus jeune tomba entre les mains des soldats qui veillaient aux frontières et fut enfermé à la Propagation de la foi, où il mourut.

Arrivé en Hollande à la fin du mois d’ et installé le , Du Bosc tomba malade de chagrin. Il languit pendant les dernières années de sa vie, entouré de ses enfants et de quelques fidèles amis, dont Madame de Tilly et de Mademoiselle de Saint-Contest. Il remplit ses devoirs de pasteur jusqu'au bout. Il se préparait à monter en chaire lorsqu’il mourut le , après quarante-sept années de ministère.

Dans son Histoire des ouvrages des savans, Basnage juge Du Bosc comme prédicateur :

« M. Du Bosc avait reçu de la nature tous les dons extérieurs qui contribuent à l’éloquence. Il parlait avec beaucoup de dignité et de grandeur : le geste, la voix, la majesté de sa personne, tout concourait à le rendre un parfait orateur. Son discours était soutenu de sentiment, orné de comparaisons et embelli d’expressions pompeuses. »

L’auteur de l’Histoire de la révocation de l’édit de Nantes ajoute :

« On peut dire qu’il avait tous les dons nécessaires à un orateur chrétien. Il avait l’esprit éclairé par la connaissance des belles-lettres. Il était bon philosophe, solide théologien, critique judicieux. Il était fort bien fait de sa personne. Il avait une voix également agréable et forte, un geste bien composé, un corps robuste, une santé vigoureuse. Tout le monde s’accorde à louer la douceur de son caractère, son désintéressement, sa piété et son zèle sans bornes pour l’Église protestante. »

Du Bosc avait été marié deux fois. Il avait épousé, en 1650, Marie Moisant, fille de Guillaume Moisant, de Caen, et avait eu un fils, mort, en 1676, lieutenant dans le régiment de Scbomberg et une fille, qui épousa Michel Néel. En 1657, Il se remaria avec Anne de Cahaignes, fille sœur d’Etienne, sieur de Verrières, professeur de médecine à Caen, qui lui donna une fille ; elle sera mariée à Philipe Le Gendre.

Publications

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  • Sermons sur l’Épître de St. Paul aux Éphésiens : contenant l’explication des principales matières contenues dans les trois premiers chapitres de cette Épître, Rotterdam, Reinier Leers, 1699

Notes et références

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  1. ↑ Cette permission s’accordait encore facilement aux ministres à l’époque. Ce fut seulement dans un conseil tenu, le 8 octobre, à Fontainebleau, pour décider si on enfermerait les pasteurs protestants entre quatre murs ou si on les laisserait partir, qu’on s’arrêta, sur celte observation de Châteauneuf, que la nourriture de tant de prisonniers serait une lourde charge pour le roi, au parti de leur permettre de sortir du royaume, en confisquant toutefois leurs biens. Le roi y gagnait doublement.

Annexes

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Bibliographie et sources

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  • Henri Basnage de Beauval, Histoire des ouvrages des Savans, 1656-1710, Rotterdam, Reinier Leers, 1687-1709
  • Émile Haag, La France protestante, t. IX, Paris, Librairie Sandoz et Fischbacher, 1854, p. 86-90
  • Célestin Hippeau, Les Écrivains normands au XVIIe siècle, Caen, Buhour, 1858, p. 201-241
  • Pierre Bayle, « Bosc (Pierre du) », dans Dictionnaire historique et critique (nouvelle édition), Desoer libraire, Paris, 1820, tome 4, p. 2-7 (lire en ligne)
  • Alexandre Rodolphe Vinet, Histoire de la prédication parmi les réformés de France au dix-septième siècle, Paris : chez les éditeurs, 1860, pp.350-471

Liens externes

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